Trois sens ont été proposés par les Richonim pour définir la catégorie de pat habaa békhissanim (dont le statut a été exposé à la fin du paragraphe précédent).
- a) Des pâtisseries fourrées, telles que les ozné haman (ou oumantaschen) ou le strudel. Elles sont appelées pat habaa békhissanim[c] parce que ce pain forme une poche que l’on fourre de diverses douceurs, comme du pavot, du cacao et des noix (Rabbénou ‘Hananel).
- b) Des pâtisseries dans la pâte desquelles ont été ajoutées des saveurs qui créent une différence entre elles et le pain. Par exemple des génoises fourrées (torte) ou des biscuits dont le goût est sucré ; ou encore le malawah[d], dans la pâte duquel on ajoute beaucoup d’huile (Maïmonide).
- c) pâtisseries dures, que l’on croque avec les dents, telles que des bagels, des crackers ou des matsot miniatures (Rav Haï Gaon).
En pratique, nous avons coutume de considérer ces trois sortes de pâtisseries comme pat habaa békhissanim. Elles ont ceci de commun que, d’un côté, ce sont des spécialités à base de pâte, cuites au four, comme le pain, et de l’autre, on a l’usage de les manger de manière informelle, non en tant que repas proprement dit. Par conséquent, tant que l’on ne fixe pas sur elles son repas, on récite, avant de les consommer, la bénédiction Mézonot, puis ‘Al hami‘hia comme bénédiction finale. Quand on fixe sur elles son repas, leur statut est semblable au pain à tous égards (Choul‘han ‘Aroukh 168, 7)[1].
Il arrive que l’on prévoie de manger un peu de gâteau mézonot (de la catégorie de pat habaa békhissanim), de sorte que l’on dit la bénédiction Mézonot avant sa consommation ; puis, on se surprend à en manger tant et plus, au point que l’on en a finalement mangé une quantité qui eût mérité la qualification de qovéa’ sé‘ouda (« fixation de son repas[e] »). Dans un tel cas, bien que l’on ait d’abord dit Mézonot, on récitera le Birkat hamazon à la fin.
Si, après avoir goûté de cette pâtisserie, on décide de fixer sur elle un repas, et qu’il y ait effectivement, dans la pâtisserie que l’on a l’intention de manger à partir de maintenant, la mesure de qovéa’ sé‘ouda, on se lavera les mains et l’on dira la bénédiction Hamotsi. Si la quantité de pâtisserie que l’on a l’intention de manger à partir de maintenant est inférieure à la mesure de qovéa’ sé‘ouda, on pourra continuer de manger en s’appuyant sur la bénédiction Mézonot récitée au début. Mais à la fin, on récitera le Birkat hamazon, puisque, dans l’ensemble du repas, on aura mangé une mesure constitutive d’un repas (qvi‘out sé‘ouda) (Choul‘han ‘Aroukh 168, 6, Michna Beroura 26 ; sur la notion de « fixation d’un repas », cf. ci-dessous § 4).
[c]. La définition du mot kissanim est tout l’enjeu de la controverse, comme on va le voir ; tenter de le traduire, c’est déjà opter pour l’une des opinions en présence. Disons simplement que le mot kissan désigne traditionnellement des grains grillés, des fruits secs, parfois servis comme dessert ; mais que certains auteurs l’assimilent à kis (poche). Selon la première des trois opinions citées ici, pat habaa békhissanim pourrait être traduit « pain devenu poche » ou « pain façon poche ».
[d]. Pain traditionnel yéménite fait de fines feuilles de pâte huilées et frites (cf. § 11).
[1]. Certains auteurs expliquent que ces trois définitions sont exclusives les unes des autres. En d’autres termes, pour les tenants de chacune, la notion de pat habaa békhissanim se définit d’une façon unique, et il faudrait dire Hamotsi sur les deux autres catégories, puisqu’il s’agit de pâte cuite au four, dont le statut est semblable à celui du pain. Simplement, puisque la halakha ne penche pas décisivement de l’un de ces trois côtés, le Choul‘han ‘Aroukh 168, 7 a décidé que, dans le doute, on dirait Mézonot sur ces trois sortes de pâtisserie, dans le cas où l’on n’aurait point fixé son repas sur elles. C’est l’approche du Baït ‘Hadach, du Maguen Avraham 18, du Touré Zahav 6, de Rabbi Aqiba Eiger, du Dagoul Mérevava ; cf. Béour Halakha 168, 8 ד »ה טעונים.
D’autres auteurs, en revanche, estiment qu’il n’y a pas de controverse en cela, et que nous sommes simplement en présence de trois exemples – donnés par les Richonim cités plus haut – de pat habaa békhissanim ; le point commun étant que, dans les trois cas, il s’agit de pâtisseries qui sont généralement consommées comme dessert, et non comme pain proprement dit, aliment principal du repas. C’est ce qui ressort des propos de plusieurs Richonim : le Méïri, les disciples de Rabbénou Yona et Or Zaroua’. De même, le Maamar Mordekhaï 14 estime que l’on peut expliquer ainsi la position du Choul‘han ‘Aroukh, et c’est aussi ce qu’écrivent le Da‘at Torah au nom du Beit Ephraïm, Ora‘h ‘Haïm 12 et le ‘Aroukh Hachoul‘han 23.
Si l’on dit qu’il y a controverse entre les tenants des trois explications, on devrait, de prime abord, réciter le Birkat hamazon après avoir mangé de deux des trois sortes, chacune dans la quantité d’un kazaït, même si l’on n’a point fixé son repas sur elles, puisque l’une d’entre elles est assurément du pain. Mais en pratique, on ne donne point pour directive de faire cela, car on tient compte de l’opinion d’après laquelle il n’y a pas de controverse entre les tenants des trois définitions, et ces trois sortes de pâtisserie sont toutes considérées comme mézonot, dès lors qu’on ne fixe pas son repas sur elles. Même si nous devions admettre qu’il y a controverse entre les tenants de ces trois définitions, comme il semble ressortir du Beit Yossef, nous n’en devrions pas moins considérer, en pratique, ces trois sortes de pâtisserie comme pat habaa békhissanim, puisqu’il a été tranché, dans le doute, que la bénédiction relative à chacune des trois est Mézonot ; de sorte qu’elles ont perdu le statut de pain. C’est ce que l’on peut inférer des termes du Maguen Avraham 22 et du Levouch 6.
[e]. En l’occurrence, fixation de son repas sur du gâteau, halakhiquement élevé au rang de pain par l’importance quantitative qu’on lui aura donnée.