Dans la grande majorité des cas, le statut de la pizza est semblable à celui du pain, parce que la pâte de la pizza est pareille à celle du pain. Et bien que l’on ait mis, sur la pâte, du fromage, du concentré de tomate et diverses épices, cela ne modifie pas le statut de la base de la préparation, qui est une pâte à pain. La règle applicable à la pizza est donc celle d’une tranche de pain que l’on aurait agrémentée de différents produits à tartiner : même si l’on n’en mange qu’un peu, on dira sur elle la bénédiction Hamotsi et le Birkat hamazon.
Mais s’il s’agit d’une pizza spéciale, dont on a pétri la farine avec de l’œuf ou du lait, de sorte que le goût de la pâte en est changé, le statut de l’ensemble sera celui de pat habaa békhissanim : quand on ne fixe pas son repas sur une telle pizza, ses bénédictions sont Mézonot et ‘Al hami‘hia ; et quand on fixe sur elle son repas, on dit Hamotsi et Birkat hamazon. Comme nous l’avons vu (§ 3-4), il y a deux conditions à la « fixation d’un repas » : l’une est que l’on mange, de cette pâtisserie mézonot, un volume de quatre kabeitsa au moins ; la seconde est d’atteindre la satiété, comme il est habituel lors d’un repas ordinaire[8].
[8]. Quand la pâte de la pizza est pétrie à l’eau, sa bénédiction est Hamotsi, comme l’écrivent le Chné Lou‘hot Habrit et la majorité des décisionnaires. (Il se peut que le Touré Zahav lui-même reconnaîtrait cela, puisqu’ici il n’y a point de poche emplie de farce, mais une sorte de tranche tartinée, comme le note l’Or lé-Tsion II 14, 5).
On trouve pourtant des auteurs selon qui une part de pizza, mangée dans la rue, n’a pas pour fonction de « fixer un repas » ; quoique la pâte puisse être pareille à celle du pain, sa bénédiction est Mézonot, tant qu’elle est mangée comme en-cas entre les repas (cf. Vézot Haberakha, p. 230, au nom du Rav Feinstein). Mais en pratique, il faut dire Hamotsi, à plus forte raison de nos jours, où la consommation de pizza a pris un caractère différent. Autrefois, il était fréquent d’en manger de manière informelle, tandis que, de nos jours, nombreux sont ceux qui ont l’usage d’en faire leur repas ; de sorte que l’opinion selon laquelle cette spécialité requiert la berakha Hamotsi se trouve renforcée. Ce n’est que si la pâte est pétrie avec du jus de fruit, du lait ou des œufs, et que son goût diffère d’une pizza pétrie à l’eau, qu’elle prend le statut de pat habaa békhissanim : si l’on n’a pas « fixé » son repas sur une telle pizza, on dira Mézonot et ‘Al hami‘hia.