Parmi les boissons, celle qui importe le plus à l’homme est le vin, qui nourrit et réjouit. Aussi nos sages ont-ils institué pour lui une bénédiction particulière : Boré peri haguéfen (« Béni sois-Tu… qui crées le fruit de la vigne »). En effet, le vin diffère du jus d’orange, de pamplemousse ou de quelque autre fruit ; ceux-là, dès lors qu’ils ont été transformés en jus, ont perdu le statut de fruit, de sorte que l’on dit sur ces jus la bénédiction la plus générale, Chéhakol (« par la parole duquel tout advint »). Le vin diffère aussi des raisins eux-mêmes, pour lesquels on dit Ha‘ets (« qui crées le fruit de l’arbre »), bénédiction générale que l’on récite pour tous les fruits de l’arbre. Pour le vin, qui s’est élevé à une condition supérieure à celle du fruit dont il résulte, les sages ont institué une bénédiction spécifique, Boré peri haguéfen, afin d’accroître l’expression de notre louange et de notre reconnaissance envers Dieu, pour le vin qui réjouit.
Si l’on boit un revi‘it (75 ml) de vin, on dira ensuite la bénédiction Mé‘ein chaloch, puisque le vin provient de l’une des sept espèces par lesquelles est louée la terre d’Israël. Mais puisque le vin s’est élevé au-delà de sa condition première de raisin, au lieu de dire ‘Al ha‘ets vé‘al peri ha‘ets… (« pour l’arbre et pour le fruit de l’arbre ») – comme on le dit pour les « sept espèces », parmi lesquelles le raisin consommé en tant que fruit – on dira sur le vin : ‘Al haguéfen vé‘al peri haguéfen (« pour la vigne et pour le fruit de la vigne »).
Une autre règle découle de l’importance du vin : la bénédiction Hamotsi que nous disons sur le pain n’inclut pas le vin ; et si l’on veut boire du vin au cours du repas, on devra en réciter la bénédiction, Haguéfen. C’est ce qui distingue le vin des autres boissons : toutes les autres boissons que l’on consomme au cours d’un repas accompagné de pain sont accessoires au pain, et sont incluses dans la bénédiction Hamotsi ; tandis qu’en raison de son importance, le vin, même quand on le boit au cours du repas, n’est pas accessoire au pain, et n’est pas inclus dans la bénédiction Hamotsi. Aussi faut-il en dire la bénédiction, Haguéfen.
Par contre, le Birkat hamazon, que l’on récite après la consommation du pain, couvre également le vin que l’on aura bu au cours du repas. En effet, la bénédiction finale du vin est Mé‘ein chaloch[b] ; or, précisément, le Birkat hamazon comporte de manière intégrale les trois bénédictions mêmes dont Mé‘ein chaloch est la forme abrégée (Choul‘han ‘Aroukh 174 § 1, 6, 7).
[b]. Qui constitue un résumé des trois premières bénédictions du Birkat hamazon.