Jadis, les vins étaient si forts qu’il ne convenait pas de les boire sans les mêler d’eau. La proportion habituelle consistait en un quart de vin et trois quarts d’eau (Baba Batra 96b). Même si le vin ne formait que le sixième du mélange, la bénédiction restait Haguéfen – puis Mé‘ein chaloch à la fin – tant que le goût de ce mélange était semblable à celui du vin. Mais si la proportion de vin était seulement du septième, la bénédiction devenait Chéhakol (Rema, Ora‘h ‘Haïm 204, 5, Yoré Dé‘a 134, 5).
Cependant, de l’avis de plusieurs décisionnaires, les vins de notre temps sont plus faibles, et ce n’est que dans le cas où la part de vin constitue la majorité et l’eau la minorité que l’on dira Haguéfen. Alors, l’eau elle-même contribue à former la mesure de revi‘it, dont la consommation oblige à réciter la bénédiction Mé‘ein chaloch[4].
S’agissant de certains vins doux et bon marché, il est d’usage de les mêler d’eau dès la production ; il faut donc prendre soin de ne pas ajouter beaucoup d’eau quand on boit de ces vins doux et simples, de crainte que l’eau ne devienne majoritaire face à la part de vin, de sorte que, aux yeux de nombreux décisionnaires, on ne pourrait dire la bénédiction Haguéfen. Mais on peut ajouter, même dans de tels vins, un peu d’eau, qui n’en change presque pas le goût.
[4]. Sur la lie de vin (d’autrefois, quand le vin était fort), le Choul‘han ‘Aroukh 204, 5 écrit que, s’il constitue le quart de l’ensemble du mélange [contre trois quarts d’eau], on considère qu’il s’agit encore de vin. Le Rema ajoute que, pour un vin ordinaire, si la part de vin dans le mélange constitue le sixième, le mélange est considéré comme du vin ; mais si la part de vin forme le septième seulement, le mélange n’est plus du vin. Le Michna Beroura 29 explique qu’il faut distinguer à cet égard entre lie et vin. Mais le Kaf Ha‘haïm 31 estime que, selon le Choul‘han ‘Aroukh, le vin lui-même doit constituer au moins le quart du mélange.
Le Michna Beroura ne relève pas le fait que les vins contemporains sont plus faibles que ceux de jadis, ce qui laisse entendre que, à notre époque aussi, un sixième de vin dans le mélange suffit à conférer à l’ensemble le statut de vin. Telle est la coutume de plusieurs offices de cacheroute. Toutefois, les Richonim ashkénazes (Rachbam, Tossephot sur Pessa‘him 108b) écrivent que la puissance de nos vins a baissé, ce que signale le Choul‘han ‘Aroukh 204, 5. Selon le Peri Mégadim 204 (Echel Avraham 16), ce n’est que lorsque le vin constitue plus de la moitié du mélange qu’il possède encore le statut de vin. L’Elya Rabba et le ‘Aroukh Hachoul‘han sont plus rigoureux : ils estiment que le vin s’est affaibli au point que même un peu d’eau est capable d’en abolir le statut. Mais la halakha suit la majorité des décisionnaires, selon qui, tant que le vin forme la majorité du mélange, on peut encore dire la bénédiction Haguéfen. Tel est l’avis du Kaf Ha‘haïm 32 et du ‘Hazon ‘Ovadia 6, 2.
Le professeur Zohar Amar précise que le vin produit à partir de raisin européen est moins fort que celui d’Israël, car, grâce au rayonnement solaire plus intense d’Erets Israël, la proportion de sucre dans le raisin augmente, ce qui accroît nécessairement le degré d’alcool créé lors de la production du vin. Quoi qu’il en soit, une fois que les Richonim du monde ashkénaze ont estimé que nos vins étaient moins forts que jadis, et que cette opinion a été largement adoptée en halakha et en pratique, le vin doit constituer la majorité, face à l’eau, afin que la bénédiction demeure Haguéfen. Certes, pour un vin d’Israël, il eût été possible, de prime abord, de dire Haguéfen, même pour une moindre part de vin dans le mélange ; mais puisque la coutume exigeant plus de 50 % de vin est déjà bien établie, il faut considérer que telle est la définition du vin, pour ce qui nous concerne.