Nos sages ont institué une bénédiction pour le fait de boire un vin supplémentaire. Si l’on boit du vin en compagnie d’autres personnes, et qu’ensuite on veuille boire un vin d’une autre sorte, on récitera, avant de boire du second, la bénédiction Hatov vé-hamétiv (« Béni sois-Tu… qui es bon et bienfaisant »), quoique l’on ait déjà dit, sur le premier vin, la bénédiction Haguéfen. De même, si l’on apporte un troisième vin, les buveurs diront une nouvelle fois Hatov vé-hamétiv ; et ainsi devra-t-on faire pour chaque vin supplémentaire dont on boira. Le propos de cette bénédiction est d’exprimer notre reconnaissance envers Dieu pour l’abondance du vin.
Cette règle est particulière au vin. Si l’on mangeait du pain, et que l’on veuille ensuite manger d’un pain d’une autre sorte, on ne dirait pas, sur ce nouveau pain, de bénédiction particulière : par la bénédiction prononcée sur le premier pain, on aura également couvert le second. La règle est la même pour les diverses sortes de viande : par une seule bénédiction, toutes sont incluses. Ce n’est que sur le vin que les sages ont institué une bénédiction pour l’abondance de ses différentes variétés. Cela, parce que le vin possède une vertu particulière : en plus de rassasier, il réjouit ; or chaque vin a son caractère, et, lorsqu’on boit d’une autre sorte de vin en société, la joie augmente. C’est pourquoi les sages ont prescrit de dire une bénédiction pour la profusion des vins (Berakhot 59b, Tossephot et Roch ad loc.).
Il n’est pas nécessaire que le deuxième vin soit meilleur que le premier : tant qu’il n’est pas notoirement moins bon, le fait qu’il diffère du premier lui confère une certaine nouveauté, par son goût ou sa nature, si bien que l’on doit dire sur lui la bénédiction Hatov vé-hamétiv. Par conséquent, si l’on a devant soi plusieurs bouteilles de vins divers, on dira Haguéfen sur la première, puis, pour chaque vin supplémentaire, Hatov vé-hamétiv. Même si deux de ces vins sont de même catégorie, on dira Haguéfen sur le premier, Hatov vé-hamétiv sur le second, dès lors qu’ils ont été produits de façon différente, ou qu’ils viennent de vendanges différentes, de sorte qu’il existe entre eux une différence gustative perceptible aux buveurs. Dans le cas même où le second est moins cher que le premier, on dira sur lui Hatov vé-hamétiv, tant qu’il possède une qualité spécifique qu’on ne trouvait pas dans le premier (Choul‘han ‘Aroukh 175, 2 et 6).
Si l’on a devant soi deux vins, l’un bon, l’autre nettement inférieur, on récitera Haguéfen sur le bon vin, puisqu’il faut toujours dire la bénédiction sur la meilleure sorte d’aliment. Et puisque le second vin est nettement moins bon que le premier, on ne pourra plus dire sur lui la bénédiction Hatov vé-hamétiv (Choul‘han ‘Aroukh 175, 3, cf. Michna Beroura 14)[7].
[7]. Guémara Berakhot 59b : « Quoique les sages aient enseigné que, dans le cas où l’on change de vin, on ne doit pas redire la bénédiction (Haguéfen), on dit Baroukh hatov vé-hamétiv. » La Guémara explique : « s’il y a des convives qui boivent avec lui. »
Selon Rabbénou Tam et le Rachba, même si le second vin est moins bon que le premier, on dit Hatov vé-hamétiv pour le changement et la variété qu’il apporte. Selon Rachi et le Rachbam, il faut que le second vin soit meilleur que le premier. Mais Tossephot soulève une objection à cela, en se fondant sur le Talmud de Jérusalem (Berakhot 6, 8) : « Rabbi, pour tout tonneau qu’il ouvrait, disait une bénédiction. Et que disait-il ? Rabbi Yits‘haq l’Ancien dit au nom de Rabbi : “Béni soit Celui qui est bon et bienfaisant (Baroukh hatov vé-hamétiv).” » Nous apprenons par-là que, tant qu’il existe une certaine différence entre les vins, même s’ils ont simplement fermenté dans des tonneaux différents, on dit sur le second Hatov vé-hamétiv, du moment que l’on ne connaît pas au second un moins bon goût qu’au premier, et bien que l’on ne sache pas non plus qu’il est meilleur. Tel est l’avis du Roch et du Tour, et c’est en ce sens que tranche le Choul‘han ‘Aroukh 175, 2 et 6.
Même quand le goût du second vin est connu, on dira sur lui Hatov vé-hamétiv si, par un certain côté, il est meilleur que le premier, comme l’explique le Mordekhi, cité par le Rema 175, 2. (D’après cette explication, il se peut que l’on puisse restreindre de beaucoup la controverse, en disant que, selon Rabbénou Tam et le Rachba, si l’on prononce la bénédiction dans le cas même où le second vin est moins bon que le premier, c’est parce qu’il est impossible que, par un certain côté, il ne soit pas meilleur. Et le Roch dit explicitement que, tant que le second est meilleur d’un certain point de vue, on dit la bénédiction. Rachi et le Rachbam seraient eux-mêmes d’accord, en principe, avec les propos du Roch, à condition que la qualité présente dans le second vin, et que ne possède pas le premier, soit nettement discernable.)
Si les convives ont deux vins devant eux, l’un bon, l’autre nettement inférieur, et qu’ils souhaitent commencer le repas par le vin le moins bon – par exemple s’il est sucré, et qu’ils souhaitent, pour cette raison, boire d’abord de celui-là –, les règles de préséance les autoriseront à dire sur lui la bénédiction Haguéfen ; dès lors, ils diront Hatov vé-hamétiv sur le second (cf. ci-après, chap. 9 § 8).