On ne récite la bénédiction Hatov vé-hamétiv que dans le cas où deux personnes, au moins, boivent ensemble du second vin ; en effet, il n’y a pas de joie véritable à boire seul. C’est bien ce qui ressort des termes mêmes de la bénédiction, « qui es bon et bienfaisant » ; qui es bon pour l’homme, et bienfaisant envers le prochain de celui-ci. Même quand il s’agit de membres d’une même famille, tels qu’un homme et sa femme, ou un père et son fils, la halakha considère qu’on est en présence de deux personnes buvant ensemble (Choul‘han ‘Aroukh 175, 4).
De manière générale, il est préférable que l’un des convives récite Hatov vé-hamétiv pour tous les autres : de cette façon, la bénédiction est dite de la façon la plus honorable. Mais si chacun est occupé à ce qu’il mange, et que l’on ne s’interrompe pas pour boire ensemble, il est préférable que chacun dise la bénédiction pour soi-même (cf. Choul‘han ‘Aroukh 175, 5-6 ; 213, 1 ; cf. ci-après, chap. 12 § 7 et chap. 13 § 8).
Si le premier vin est terminé, et que l’on apporte un autre vin, on ne récite pas Hatov vé-hamétiv sur le second, car la joie qui réside dans l’abondance des vins ne le caractérise pas tellement ; en effet, si on l’a apporté, c’est parce qu’il ne restait plus du premier (Michna Beroura 175, 3). Toutefois, il semble que, si l’on a dans cette maison une autre bouteille de même sorte que la première, et que l’on ouvre une bouteille d’une autre sorte, on dira sur celle-ci Hatov vé-hamétiv.
Si l’on dispose d’un troisième vin, qui présente par rapport aux deux autres quelque nouveauté par son goût ou son caractère, on dira aussi sur lui Hatov vé-hamétiv ; de même pour le quatrième, et ainsi de suite. Il est préférable que, au moment où l’on dit Hatov vé-hamétiv sur le deuxième vin, il ne se trouve pas sur la table de vins supplémentaires, sur lesquels on voudrait dire ensuite la même bénédiction. De cette façon, chaque fois que l’on apportera à table un vin supplémentaire, la joie se renouvellera, ce qui nous conduira à réciter de nouveau Hatov vé-hamétiv.
Si l’on a fait le Qidouch sur du jus de raisin, et que, dans la suite du repas, on boive du vin, on dira Hatov vé-hamétiv sur ce dernier, car le « premier vin » peut être du simple jus de raisin. Le second vin, en revanche – celui qui réjouit – doit obligatoirement être alcoolisé.
Certains sont très rigoureux à l’égard de ces règles ; ils tiennent compte des réserves exprimées par tous les auteurs, tant et si bien qu’ils n’ont presque jamais l’occasion de dire la bénédiction Hatov vé-hamétiv sur le vin. Il convient que, à tout le moins, ils méditent en leur cœur les mots de la bénédiction Hatov vé-hamétiv. Mais en pratique, presque tous les A‘haronim donnent pour instruction de réciter effectivement Hatov vé-hamétiv sur le vin supplémentaire[8].
D’après le passage du Talmud de Jérusalem que nous mentionnions en note 7, il apparaît clairement que l’on doit réciter Hatov vé-hamétiv pour chaque vin supplémentaire. Et des termes du Talmud de Jérusalem et des Richonim, il ressort qu’il n’y a à cela nulle condition, comme l’écrit le Da‘at Torah, et comme le laisse entendre le Cheyaré Knesset Haguedola. Toutefois, l’Elya Rabba 6 écrit qu’il est bon d’ôter de la table le troisième vin au moment où l’on doit dire la bénédiction sur le deuxième. Selon le Peri Mégadim, Michbetsot Zahav 3, il est vraisemblable qu’il faille ôter le troisième vin, faute de quoi la bénédiction Hatov vé-hamétiv, récitée sur le deuxième, vaudrait aussi pour le troisième. C’est aussi l’opinion du Michna Beroura 14. Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, en Séder Birkot Hanéhénin 12, 17, est plus rigoureux. Quoi qu’il en soit, a posteriori, si on ne l’a pas ôté, on pourra toujours dire Hatov vé-hamétiv sur le troisième, puisque les Richonim et les A‘haronim n’ont pas du tout précisé qu’il fallait l’ôter de la table.
Si l’on apporte aux convives un vin auquel ils ne pensaient pas du tout au moment où l’on avait dit la bénédiction Haguéfen, de sorte que, pour en pouvoir boire, on doive redire Haguéfen, un nouveau doute apparaît. Selon le Maguen Avraham et le Choul‘han ‘Aroukh Harav, on dira sur ce second vin Haguéfen ainsi que Hatov vé-hamétiv (cf. Michna Beroura 175, 2, Cha‘ar Hatsioun 2-3). Mais selon la majorité des décisionnaires – parmi lesquels le ‘Itour, le Beit Yehouda I 49, le Birké Yossef et le ‘Aroukh Hachoul‘han 8 –, dès lors que l’on doit réciter Haguéfen sur le second, on ne peut plus dire sur lui Hatov vé-hamétiv. En raison du doute, c’est ce dernier avis qu’il faut adopter.
Selon le Mordekhi, la bénédiction Hatov vé-hamétiv ne se dit que lorsque les deux buveurs sont associés dans la possession du vin. Le Maguen Avraham et le Michna Beroura 15 tiennent compte de son avis ; aussi, écrivent-ils, quand on invite son prochain, il est bon de l’autoriser à se servir de la bouteille comme il lui plaira ; ou de penser en son for intérieur que, même après avoir versé le vin dans le verre de l’invité, on sera encore associé à celui-ci dans la possession du vin qui est en son verre. De cette façon, tout le monde s’accorde à dire que l’on pourra réciter Hatov vé-hamétiv (Cha‘ar Hatsioun 15). Mais en pratique, même si l’on n’a pas formé cette pensée, on pourra réciter Hatov vé-hamétiv, car cette bénédiction a pour principal objet la joie qu’il y a à boire ensemble, comme l’écrit le Beit Yossef, et comme il ressort du silence des Richonim à cet égard. Telle est l’opinion de nombreux A‘haronim (Pera‘h Chouchan I 12, Nehar Chalom 221, Séder Birkot Hanéhénin 12, 13) ; et c’est ce que laissent entendre les paroles du Rav Kook en Michpat Cohen 124, p. 274.
Pour pouvoir réciter Hatov vé-hamétiv sur le second vin, il faut que les convives boivent l’un et l’autre du même vin (Guinat Vradim I 41, Elya Rabba 175, 7, Maamar Mordekhaï 6) ; mais s’agissant du premier, les convives peuvent boire des vins différents.
Certains exigent que l’on boive une mesure de mélo lougmav de chaque vin (Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch, Or lé-Tsion II 12, 8). D’autres exigent que l’on boive au moins un revi‘it de chaque vin (Da‘at Torah, Kaf Ha‘haïm 10). Toutefois, on ne voit nulle mention, chez les Richonim, d’une quantité minimale ; ce qui laisse entendre que, même s’il ne s’agit que de goûter au second vin, la bénédiction Hatov vé-hamétiv doit être récitée. C’est bien l’avis de la majorité des A‘haronim (Mahari Halévi, ‘Hessed lé-Avraham, Qetsot Hachoul‘han, Yabia’ Omer VIII 23, 16, Chémech Oumaguen III 88, 3) ; et telle est la halakha. Si l’on veut embellir sa pratique, on boira une mesure de mélo lougmav ; et si l’on boit un revi‘it de manière continue, on pourra sans aucun doute dire la bénédiction finale (cf. ci-après, chap. 10 § 10).
Certains décisionnaires contemporains doutent que l’on puisse considérer comme « premier vin » le jus de raisin. Mais des propos des Richonim et des A‘haronim qui n’ont point mentionné cette crainte, il apparaît que l’on peut considérer le jus de raisin comme du vin. En revanche, il semble qu’on ne puisse le tenir pour « second vin », sur lequel se récite la bénédiction Hatov vé-hamétiv, puisqu’il ne réjouit pas particulièrement. Tel est l’avis de nombreux auteurs contemporains (cf. Vézot Haberakha p. 173).
Si l’on a déjà bu du second vin sans avoir dit Hatov vé-hamétiv, mais qu’on ait l’intention de continuer à en boire, on dira cette bénédiction (Michna Beroura 175, 15).