08. Fruits ou légumes coupés ou écrasés

Quand des fruits ou des légumes ont été coupés ou écrasés, leur bénédiction reste inchangée. Par exemple, si l’on coupe des légumes pour en faire une salade, on récitera la bénédiction Ha-adama ; de même, si l’on râpe des carottes, la bénédiction reste Ha-adama. Si l’on coupe ou que l’on râpe des pommes, la bénédiction sera Ha‘ets. Et si l’on écrase de la banane, on dira Ha-adama.

Si le fruit ou le légume est totalement broyé, les décisionnaires sont partagés : la bénédiction a-t-elle changé ? Certains estiment que, bien que la forme du légume ou du fruit ait entièrement changé, la bénédiction initiale demeure, puisque, concrètement, le fruit ou le légume initialement présent est toujours là (Maïmonide). D’autres pensent que, dans la mesure où le changement est grand, au point que les gens ne reconnaissent plus un fruit ou un légume, on récite Chéhakol (Teroumat Hadéchen). C’est ce dernier avis que l’on suit en pratique.

En conclusion, si le fruit est entièrement écrasé, sa bénédiction est Chéhakol, et s’il n’est pas entièrement écrasé, sa bénédiction est semblable à celle du fruit entier. Simplement, puisque le statut de tel fruit ou légume dépend de l’opinion qu’en ont les hommes, certains fruits et légumes font exception : parfois, bien qu’un fruit soit entièrement écrasé, les gens continuent de le regarder comme un fruit, parce qu’il est très habituel de le manger écrasé ; par conséquent, la bénédiction restera conforme à ce qu’elle est lorsque le fruit est entier. D’autres fois, alors même que le fruit n’est pas entièrement écrasé, les gens considèrent qu’il a profondément changé d’état, de sorte que l’on dira Chéhakol[3].

Dans les prochains paragraphes, nous continuerons l’exposé de ces notions ; mais il faut commencer par dire que, en pratique, il n’est pas tellement à craindre d’erreur en la matière. En effet, si l’on a dit Ha‘ets sur des fruits entièrement écrasés, on est quitte, puisqu’il n’y a pas de contre-vérité dans ce que l’on a dit : en effet, cette purée est le produit du fruit de l’arbre. De même, si l’on a dit Chéhakol sur des fruits qui ne sont pas entièrement écrasés, on est quitte, puisque, même si l’on avait dit Chéhakol sur un fruit entier, on le serait (Choul‘han ‘Aroukh 206, 1, Michna Beroura 3). De plus, il est fréquent que les types d’aliments, le mode de broyage et l’opinion des gens varient d’un endroit à l’autre, ou d’une époque à l’autre. Par conséquent, il n’y a pas tellement lieu de s’inquiéter en cette matière. En cas de doute, on pourra s’interroger soi-même : si l’on peut reconnaître que cette purée mérite encore le nom du fruit initial, on récitera la bénédiction d’origine de celui-ci ; si son apparence a beaucoup changé, on dira Chéhakol[4].


[3]. Les principaux aspects du sujet sont exposés en Berakhot 38a, au sujet de la trima, préparation de dattes écrasées, dont la bénédiction est Ha‘ets. Selon le Teroumat Hadéchen 29 et d’autres Richonim, si les fruits sont écrasés, la bénédiction est Chéhakol. Selon Maïmonide et d’autres Richonim, la bénédiction reste Ha‘ets, même quand ils sont entièrement écrasés ; et ce n’est que lorsqu’ils sont devenus pareils à du liquide, que l’on peut boire tant ils sont broyés, que la bénédiction deviendra Chéhakol. Il existe à cet égard d’autres nuances d’opinion, quant à la définition de ce qu’est un fruit entièrement écrasé, ou non entièrement écrasé, de sorte que, selon certains auteurs, il n’y a pas entre les Richonim de véritable controverse (Touré Zahav, ‘Aroukh Hachoul‘han). Nous retenons ci-dessus les opinions principales.

La règle applicable aux légumes coupés est exposée en Berakhot 39a, où il est dit que la bénédiction reste Ha-adama. De prime abord, il semble que la position de Maïmonide soit confortée par un passage de Berakhot 36b, où est cité le cas de la houmalta, préparation de plantes pilées au miel, dont la bénédiction demeure Ha-adama (comme le dira le Choul‘han ‘Aroukh 203, 7). Cependant, le Teroumat Hadéchen et ceux qui partagent son avis expliquent que, puisque la manière habituelle de consommer ces plantes est à l’état pilé, le fait de les piler ne modifie pas leur bénédiction. C’est aussi ce qu’écrit l’auteur du Michna Beroura 202, 44 et du Béour Halakha 203, 6.

À notre humble avis, la racine de la controverse tient au fait que, selon Maïmonide, le broyage ne change en aucun cas l’identité de la plante, de sorte que sa bénédiction reste inchangée, tandis que, pour le Teroumat Hadéchen et ceux qui partagent son avis, tout dépend de l’opinion des gens. En général, après broyage intégral, la purée obtenue n’est plus considérée comme du fruit (ou du légume), mais comme un nouvel aliment ; aussi, la bénédiction sera-t-elle Chéhakol ; mais s’il s’agit d’un fruit ou d’un légume dont le mode de consommation habituel est à l’état broyé, et que, même après son broyage intégral et le changement complet de sa forme, on le considère comme fruit (ou légume), sa bénédiction restera inchangée. En effet, ce n’est pas le broyage qui est déterminant, mais l’opinion populaire (Cf. Béour Halakha 202, 15, où il est dit que la bénédiction du sucre dépend de son aspect).

Bien que le Choul‘han ‘Aroukh 202, 7 tranche comme Maïmonide – d’après qui la bénédiction reste inchangée en tout cas de broyage –, et que tel semble être l’avis de la majorité des Richonim, les communautés juives ont adopté l’opinion du Teroumat Hadéchen : si le broyage a modifié l’apparence du fruit, on dit Chéhakol, car cela correspond à la perception qu’en ont les gens. Il se peut aussi que l’on ait craint une erreur en matière de bénédiction ; car si l’aliment a profondément changé, on ne sait plus avec certitude de quoi il est composé, de sorte que l’on a pris l’usage de dire Chéhakol. Le Rema 202, 7 écrit en ce sens qu’il est bon de tenir compte de l’opinion du Teroumat Hadéchen. C’est aussi ce qu’écrivent, en pratique, la majorité des A‘haronim.

Mais ceux-ci discutent jusqu’à quel point il convient d’émettre de tels doutes en matière d’aliments écrasés. Selon le Maguen Avraham, on ne dit Chéhakol que dans le cas d’un broyage complet, qui modifie entièrement l’apparence de l’aliment. Pour le Knesset Haguedola et d’autres A‘haronim, dans le cas même d’un broyage intégral qui ne modifie pas entièrement l’apparence de l’aliment, la bénédiction est Chéhakol. Le Michna Beroura 202, 42 et le Béour Halakha ד »ה תמרים tranchent dans le sens du Maguen Avraham. Il faut en effet associer à la décision halakhique l’opinion de Maïmonide, car, fondamentalement, on aurait pu trancher comme lui ; aussi, lorsque l’apparence du fruit ou du légume n’a pas tellement changé, on maintient sa bénédiction première, Ha’ets ou Ha-adama. Telle est la coutume séfarade et ashkénaze. Certes, le Yabia’ Omer VII 29 tranche comme le Choul‘han ‘Aroukh ; mais de nombreux grands décisionnaires séfarades tranchent comme le Teroumat Hadéchen et le Rema ; c’est le cas du Rav Pe‘alim II 28, du Kaf Ha‘haïm 202, 57 et de l’Or lé-Tsion 14, 2.

Le Pisqé Techouvot 202, 15, se basant sur les propos des A‘haronim, résume quelques principes : a) si le fruit a été cuit et écrasé, la bénédiction est Chéhakol (Maguen Avraham) ; b) si l’on a mélangé au fruit écrasé d’autres ingrédients, la bénédiction de l’ensemble est Chéhakol (Peri Mégadim) ; c) si le fruit a été broyé à l’aide d’un appareil prévu à cet usage, la bénédiction est Chéhakol (Nehar Chalom).

Le Pisqé Techouvot ajoute d’autres règles ; mais, comme nous l’écrivions ci-dessus, la méthode du Teroumat Hadéchen (puisque telle est notre coutume) est d’aller selon l’opinion des gens : si la purée est considérée comme le fruit même, sa bénédiction demeurera inchangée ; si elle n’est plus considérée comme le fruit même, parce que son état a beaucoup changé, sa bénédiction sera Chéhakol. Toutes les définitions, tous les principes énoncés par les A‘haronim ont pour but d’aider à trancher, mais ils ne modifient pas la règle essentielle : tout dépend de l’opinion des consommateurs. Et puisque la chose dépend d’opinions humaines, les avis halakhiques sont nombreux en la matière, car on trouve des cas limites. Si l’on examine nos usages à l’égard de toutes les bénédictions récitées sur des fruits ou des légumes écrasés, on constate qu’aucune règle ne résiste à elle seule à l’épreuve de la pratique. Parfois, il nous semble exister une controverse entre A‘haronim, alors qu’ils parlent en réalité de lieux différents et d’habitudes alimentaires différentes. Par conséquent, il nous faut suivre ce qui est admis par la majorité des gens, et c’est ainsi que tranchent en pratique les décisionnaires, dans leur majorité.

[4]. Nous apprenons, en Choul‘han ‘Aroukh 206, 1, que, quelle que soit la catégorie de nourriture, si l’on a dit la bénédiction Chéhakol, on est quitte. De même inversement, si l’on a dit Ha’ets sur un fruit qui a été très écrasé, au point que son apparence a entièrement changé, on est quitte, puisque l’on n’a pas dit de contre-vérité, comme le remarque en des termes proches le Maguen Avraham 206, 1 – ce qu’admettent la quasi-totalité des A’haronim, parmi lesquels le Birké Yossef 206, 2, le ‘Hayé Adam 51, 12, le Michna Beroura 206, 3. Le Yabia’ Omer VII 29, 9 s’étend sur la question. Certains auteurs, il est vrai, sont d’un avis différent, mais la halakha suit en cela la majorité ; d’autant plus que, selon Maïmonide et ceux qui partagent son avis, la bénédiction reste, dans tous les cas, conforme à l’identité première du fruit ou du légume. Par conséquent, lorsque la règle n’est pas connue, celui qui prononce la bénédiction peut décider selon ce qui lui paraît vraisemblable.

Dans le cas où l’on reste dans un tel doute que les arguments en faveur de chaque bénédiction paraissent se valoir, on dira Chéhakol, comme l’écrit le Rema 202, 7, et comme le note le Beit Yossef 202, 15 au sujet de la bénédiction du sucre ; tel est l’avis de la majorité des décisionnaires. La raison en est que la bénédiction Chéhakol, d’après le sens littéral de ses mots, peut s’appliquer à toute catégorie d’aliments ; tandis que, si l’on peut appliquer la bénédiction Boré peri ha‘ets à un fruit dont l’état a changé, c’est seulement en s’appuyant sur une interprétation non littérale de ses mots (cela, contrairement à la positon du Yabia’ Omer, qui estime que la halakha suit en cela Maïmonide et qu’il est préférable de dire la bénédiction la plus spécifique).

 

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