Sur des dattes écrasées, dont on a fait une sorte de pâte, on dit Ha‘ets, et, à la fin, Mé‘ein chaloch (‘Al ha‘ets) : dès lors qu’elles n’ont pas été entièrement broyées, elles n’ont pas tout à fait perdu l’apparence de la datte ; aussi leur bénédiction reste-t-elle inchangée[5].
Pour de l’avocat écrasé, puisque le broyage n’est pas complet et que la consistance particulière de ce fruit demeure, on dit Ha‘ets. Même si l’on y a ajouté de l’oignon et du citron pour l’assaisonner, la bénédiction reste Ha‘ets, puisque le fruit n’a pas tellement changé, et que tout le monde considère cette préparation comme de l’avocat.
Pour une salade d’aubergines écrasées, mêlées de mayonnaise, on dira – si l’on souhaite manger de cette salade sans accompagnement – Ha-adama, dès lors que l’on ne broie pas entièrement les morceaux d’aubergine.
Sur des beignets de pomme de terre râpée (latkes ou lévivot), on dit Ha-adama, puisque la pomme de terre n’est pas entièrement broyée. Mais sur des beignets faits à base de farine de pomme de terre, la bénédiction est Chéhakol, puisque la pomme de terre est entièrement broyée, et que l’on ne sait pas tellement, à les voir, de quoi sont faits ces beignets. De même pour un kouguel de pommes de terre : si des morceaux de pomme de terre y sont perceptibles, on dira Ha-adama ; sinon, Chéhakol.
Il arrive que l’on coupe en tranches un fruit, et qu’on en change l’apparence en le faisant sécher ou frire ; on fait ainsi, par exemple, des tranches fines de pomme séchée. Puisque le fruit n’a pas été écrasé, sa bénédiction demeure inchangée[6].
<[5]. C’est ce qu’écrivent le Michna Beroura 202, 42 et le Yabia’ Omer VII 20 § 4, 10 et 14. Si le broyage a entièrement modifié la forme et l’apparence d’un des sept fruits par lesquels il est fait l’éloge de la terre d’Israël, au point que l’on ne saurait reconnaître de quel fruit la purée provient, et quoiqu’il soit halakhiquement tranché de réciter Chéhakol comme bénédiction initiale, un doute se présente quant à la bénédiction finale, dans le cas où l’on aurait mangé un kazaït de cette purée. Selon le Rachbam, on dira la bénédiction Mé‘ein chaloch, c’est-à-dire ‘Al ha‘ets ; selon le Teroumat Hadéchen, on dira Boré néfachot.
En pratique, le Michna Beroura 202, 42 estime que l’on doit dire ‘Al ha‘ets, car la majorité des Richonim pensent comme Maïmonide, et ce n’est qu’en raison du doute que la majorité des A‘haronim suivent le Teroumat Hadéchen. Certes, le Kaf Ha‘haïm 57 écrit que l’on devra dire Boré néfachot ; mais puisque, pour la majorité des décisionnaires, Boré néfachot serait en un tel cas une bénédiction vaine (berakha lévatala), il faut suivre la majorité, conformément au Michna Beroura (cf. ci-après, chap. 10 § 4, note 5). Il n’y a pas là de contradiction, car la bénédiction initiale dépend surtout de l’opinion des gens, tandis que la bénédiction finale est liée davantage à la réalité objective ; nous exprimons notre reconnaissance pour ce que nous avons déjà mangé, et qui se trouve en nos entrailles. Nous voyons dans le même sens que le riz a pour bénédiction initiale Mézonot, et Boré néfachot pour bénédiction finale.
[6]. Pour du « cuir de fruit » (fruit leather), fait d’abricot écrasé et entièrement réduit en purée, auquel on mêle d’autres ingrédients aromatiques pour en modifier le goût, on dit Chéhakol (Rav Pe‘alim II 28).