Sur les jus de fruits ou de légumes, comme le jus d’orange ou le jus de carotte, la bénédiction est Chéhakol. Même si ces jus sont purs, sans mélange d’eau, et même s’il y reste des particules de fruit ou de légume, ces derniers ont perdu leur bénédiction d’origine et ont hérité de la bénédiction générale Chéhakol, parce que leur état a profondément changé, au point que, d’aliments solides, ils sont devenus boissons. Le seul fruit qui ne « descende » pas de niveau après avoir été pressé est le raisin : le fait d’avoir été pressé l’élève à la condition de vin, pour lequel les sages ont institué une bénédiction spécifique : Boré peri haguéfen (comme nous l’avons vu ci-dessus, chap. 7 § 3).
Dans le cas même de jus écoulé du fruit de manière naturelle – ainsi du miel échappé de dattes –, ou spontanément formé dans un melon, de même que pour le lait de la noix de coco, on dit Chéhakol, puisqu’il s’agit d’une boisson (Choul‘han ‘Aroukh 202, 8, Ben Ich ‘Haï, Pin‘has 9).
Tout cela vaut précisément quand le liquide a été séparé du fruit. Mais si l’on mange le fruit, et que, ce faisant, ou à la fin de sa consommation, on veuille boire le jus ou le lait qui provient de ce fruit, le liquide est inclus dans la bénédiction du fruit, puisqu’il est annexe à celui-ci. Si, après avoir dit la bénédiction Ha‘ets, on mange un pamplemousse, on pourra donc boire ensuite le jus tombé dans le creux de l’assiette, puisque ce jus est accessoire au fruit, et qu’il est couvert par la bénédiction Ha‘ets prononcée sur le pamplemousse (Ben Ich ‘Haï, ibid.)[13].
[13]. En dehors de l’huile et du vin, toutes les boissons issues des fruits ou des légumes ont un statut différent de celui desdits fruits ou légumes, que ce soit en matière de prélèvement (terouma) – il est interdit de faire des boissons à partir de fruits ayant le statut de terouma – ou en matière de bénédiction – sur les boissons issues de ces végétaux, on dit Chéhakol, comme nous l’apprenons en Berakhot 38a.
Le Cha‘ar Hatsioun 202, 54 explique que les Richonim sont partagés à l’égard d’un fruit qui serait majoritairement cultivé pour l’extraction de son jus : selon le Rachba, la bénédiction d’un tel jus est Ha‘ets ; pour le Roch, c’est Chéhakol. En raison du doute, la halakha suit le Roch. C’est en ce sens que tranche le Choul‘han ‘Aroukh 205, 3 ; cf. Cha‘ar Hatsioun 205, 21 et 202, 36. Par conséquent, même s’il apparaissait que la majorité des oranges sont cultivées pour les besoins du jus, on dirait Chéhakol sur le jus d’orange. De plus, il se peut que le Rachba, en disant que l’on se fonde sur la majorité de la culture, vise uniquement les cas où l’on « mange » ce jus à la cuiller, comme une soupe ; mais que, si l’habitude était de le boire, il s’accorderait à dire que la bénédiction est Chéhakol. Tossephot sur Berakhot 38a סוף ד »ה האי, le Gaon de Vilna 202, 4 et l’Igrot Moché, Yoré Dé‘a II, fin du chap. 25, écrivent ainsi que, pour une boisson, on dit toujours Chéhakol. C’est aussi ce qu’écrivent, au sujet du jus d’orange, l’Or lé-Tsion 14, 6, le ‘Hazon Ovadia (Berakhot p. 125) et le Chévet Halévi IV 19.
Bénédiction finale sur le jus de grenade : il semble que, de nos jours, la majorité des grenades soient cultivées pour leur jus. Certes, ce fruit fait partie des sept espèces pour lesquelles il est fait l’éloge de la terre d’Israël, espèces pour lesquelles le doute est plus grand – puisqu’il se peut que la bénédiction finale de leur jus soit ‘Al ha‘ets, comme nous le verrons ci-après, § 17, au sujet du broyat d’un fruit cuit appartenant aux sept espèces. Mais ici, le fruit est pressé, de sorte que la bénédiction finale est Boré néfachot. Il se pourrait en effet que le Rachba lui-même fût d’accord avec cela, puisque ce jus ne se consomme pas à la cuiller. De plus, selon Tossephot, on dit toujours Chéhakol et Boré néfachot sur une boisson. En outre, il y a lieu d’ajouter à cela les avis selon lesquels la bénédiction Boré néfachot acquitte, a posteriori, les aliments qui requièrent la bénédiction ‘Al ha‘ets (cf. ci-après, chap. 10, note 5).