Si l’on mange une soupe de légumes, dont le goût provient essentiellement des légumes qu’elle contient, on dira Ha-adama sur les légumes, ce qui couvrira le reste de la soupe. Même si la partie liquide est nettement majoritaire, et que peu de légumes y restent, ce sont les légumes, parce que le goût de la soupe vient d’eux, qui constituent la partie principale (le ‘iqar) ; la bénédiction est donc Ha-adama, ce par quoi la partie liquide sera quitte. Si le goût de la soupe provient de bouillon en poudre, et non des légumes eux-mêmes, le liquide que contient cette soupe ne s’appelle pas soupe de légumes ; dès lors, le liquide n’est pas accessoire aux légumes, et l’on devra dire Ha-adama sur les légumes et Chéhakol sur le liquide (cf. ci-après, chap. 11 § 9, quant aux notions de principal et d’accessoire en matière de soupe).
Pour un bouillon, on dit de toute manière Chéhakol. Même si l’entièreté de son goût provient des légumes, et qu’il y reste encore des particules de légumes, la bénédiction est Chéhakol, tant qu’il ne s’y trouve pas de morceaux de légumes que l’on devrait mâcher. Certes, selon la majorité des Richonim, puisque le goût provient de légumes que l’on a l’habitude de cuire, la bénédiction est Ha-adama ; mais en pratique, puisque la règle est controversée, on dira, sur un bouillon, Chéhakol en raison du doute.
En revanche, sur une soupe de petits pois, de lentilles ou de patate douce, on dit Ha-adama. Certes, ces légumes ont été écrasés, au point de n’être plus reconnaissables ; mais puisque leur consistance est discernable dans une telle soupe, laquelle est devenue épaisse par leur biais, et que ces soupes en portent bien le nom, la bénédiction est Ha-adama[14].
<[14]. Si l’on dit Ha-adama sur de l’eau, c’est une bénédiction vaine (bérakha lévatala). Mais sur une soupe de légumes, à certaines conditions, on dit Ha-adama. Le sujet est principalement traité en Berakhot 39a : « Une eau dans laquelle ont cuit toutes sortes de légumes est [à l’égard de la bénédiction] comme tous ces légumes. »
Selon le Roch, le principal dépend du goût ; dès lors que, à la cuisson, le goût des légumes pénètre dans le liquide, la bénédiction du liquide sera pareille à celle des légumes, à condition que l’on ait cuit ces derniers dans l’intention de les manger. Selon le Rachba, la règle dépend de l’usage courant : s’il est habituel de cuire ces légumes, on considère que le liquide présent dans le mets s’inscrit dans le mode de consommation courant desdits légumes, et la bénédiction du bouillon est Ha-adama. Maïmonide tranche comme le Rachba, mais il ajoute que, pour que la bénédiction du bouillon soit Ha-adama, le but que l’on poursuit, en faisant cette cuisson, doit inclure également le bouillon (Kessef Michné). D’autres disent que le propos, en cette cuisson, doit être exclusivement le bouillon (‘Aroukh Hachoul‘han).
De l’avis de tous les auteurs que nous avons mentionnés, quand les susdites conditions sont réalisées, on dira Ha-adama, quand bien même on consommerait la partie liquide seule, à condition que l’essentiel de son goût provienne des légumes – l’ajout de sel et de poivre n’a guère d’influence en l’affaire. En revanche, si de la viande a cuit dans cette soupe, le goût qu’elle apporte est plus important ; la bénédiction sera donc Chéhakol. C’est en ce sens que tranche le Choul‘han ‘Aroukh 205, 2. De même, si l’on a relevé la préparation avec du bouillon en poudre, et que, même sans les légumes, on eût obtenu un goût de soupe, on ne considérera pas la présente soupe comme une soupe de légumes, et la bénédiction du liquide qu’elle contient sera Chéhakol (cf. Pisqé Techouvot 205, 6).
Mais selon Rabbi Aaron Halévi, le Ritva et le Méïri, ce n’est que si l’on mange les légumes avec un bouillon qui tire d’eux son goût que l’on dira Ha-adama, ce par quoi on acquittera le bouillon, quoique celui-ci puisse constituer la majorité (car on considère alors que le bouillon est l’accessoire des légumes, desquels il tire son goût). Si l’on consomme le bouillon seul, en revanche, on dira Chéhakol. Selon le Maharam, ce n’est que si la soupe est devenue épaisse, sous l’effet des légumes, que sa bénédiction sera Ha-adama.
De nombreux A‘haronim séfarades écrivent qu’il y a lieu de tenir compte de la position de Rabbi Aaron Halévi et du Ritva, d’après laquelle ce n’est que dans le cas où l’on mange les légumes que l’on acquitte, par leur bénédiction, la partie liquide (Kaf Ha‘haïm 205, 11, Or lé-Tsion II 14, 31, ‘Hazon Ovadia, Berakhot p. 164 ; cf. encore ‘Aroukh Hachoul‘han 202, 33 et 36). Par conséquent, pour un bouillon clair dont le goût provient des légumes, on dit Chéhakol. Et si le bouillon comprend un peu de légumes, on dit Ha-adama sur ces derniers, ce par quoi l’on acquitte également le bouillon.
Soupe de lentilles, de petits pois ou de patate douce : si les légumes ont fondu par le biais de la cuisson, et ont rendu la soupe épaisse, Rabbi Aaron Halévi et le Ritva eux-mêmes reconnaissent que la bénédiction est Ha-adama. Il n’y a pas lieu de dire que, parce que les légumes sont entièrement décomposés, la bénédiction est Chéhakol. En effet, selon Maïmonide et de nombreux décisionnaires, même si des légumes sont entièrement écrasés, la bénédiction est Ha-adama. De plus, dans notre cas, ces spécialités gardent le nom de leur ingrédient principal (on les appelle bien « soupe de lentilles », « soupe de petits pois », etc.), et ils sont comparables à la houmalta dont il était question en note 3.