10. rdre de priorité entre fruits ; louange de la terre d’Israël

Pour faire la louange de la terre d’Israël, la Torah mentionne sept espèces végétales, comme il est dit : « L’Éternel ton Dieu t’amène sur une bonne terre… terre à blé, à orge, à vigne, à figue et à grenade, terre à olive huileuse et à miel [de dattes]. » (Dt 8, 7-8) Or, puisque ces espèces sont citées au titre de la louange, c’est une mitsva, lorsqu’on s’apprête à manger de deux sortes de fruits, que de réciter la bénédiction sur le fruit par lequel la terre d’Israël est louée ; par cette bénédiction, on couvrira également l’autre espèce. Par exemple, si l’on vous sert du raisin et des pommes, vous direz la bénédiction Ha‘ets sur le raisin, et inclurez dans cette bénédiction les pommes.

Si l’on est en présence de deux aliments appartenant l’un et l’autre aux sept espèces, la bénédiction sera récitée sur celui qui, dans le verset, est le plus proche du mot érets (terre), car plus un des fruits cités est proche du mot érets, plus il a d’importance. Par conséquent, l’ordre de priorité entre les fruits est comme suit : olive, datte, raisin, figue et grenade.

Si l’on est face à deux fruits, l’un faisant partie des sept espèces, l’autre n’en faisant pas partie mais que l’on apprécie davantage, Maïmonide estime préférable de réciter la bénédiction sur le fruit que l’on apprécie le plus : puisque celui qui s’apprête à le manger le prise davantage, exprimer sur lui sa reconnaissance a, à son égard, plus d’importance. Mais selon la majorité des décisionnaires, il vaut mieux dire la bénédiction sur le fruit par lequel il est fait la louange de la terre d’Israël ; et c’est cet usage qu’il est préférable de suivre (Choul‘han ‘Aroukh 211, 1-2, Michna Beroura 211, 33)[10].

Si l’on a devant soi des légumes (« fruits de la terre ») et des fruits de l’arbre, et que l’on apprécie les uns et les autres au même degré, il est préférable – comme nous l’avons vu au paragraphe 5 – de réciter d’abord la bénédiction Ha‘ets, puisqu’elle est plus spécifique. À plus forte raison, si l’un des fruits appartient aux sept espèces et que l’on apprécie également tous les fruits et légumes présents, on dira prioritairement la bénédiction sur le fruit appartenant aux sept espèces. Mais si l’on a une préférence pour le légume, il est préférable de réciter d’abord la bénédiction sur celui-ci, même si le fruit de l’arbre que l’on a devant soi appartient aux sept espèces. Puisque la bénédiction du légume ne couvre pas le fruit de l’arbre, il vaut mieux donner priorité à ce que l’on prise le plus[11]


[10].

Les sages de la Michna (Berakhot 40b) sont eux-mêmes partagés : selon Rabbi Yehouda, le fruit appartenant aux sept espèces a priorité ; selon la collectivité des sages (‘Hakhamim), c’est celui que l’on préfère qui a priorité. Les décisionnaires, dans leur majorité, estiment que la halakha suit l’opinion de Rabbi Yehouda ; telle est la position des autorités suivantes : Halakhot Guedolot, disciples de Rabbénou Yona, Tossephot, Roch, Séfer Mitsvot Gadol, Raavad, Mordekhi, Maharam, entre autres. Selon Rav Haï Gaon, Rabbénou ‘Hananel, Maïmonide, le Raavia et d’autres, la halakha suit les ‘Hakhamim.Quand aucun des deux fruits n’est préféré à l’autre, tous les décisionnaires s’accordent à dire que celui qui appartient aux sept espèces a priorité.Les sages de la Guémara (ibid. 41a) enseignent que tout fruit antérieur dans le verset a aussi priorité quant à la bénédiction. De prime abord, la grenade devrait donc avoir priorité sur la datte, puisque la grenade est citée en cinquième position et la datte en septième ; mais Rav Hamnouna enseigne (41b) que l’importance est fonction de la proximité avec le mot érets (« terre »). La grenade est donc le cinquième fruit cité après la première mention du mot érets, tandis que la datte est le deuxième fruit apparaissant après la deuxième mention du mot érets, de sorte que la datte a priorité sur la grenade. Il est dit en effet : « terre à blé (1), à orge (2), à vigne (3), à figue (4) et à grenade (5), terre à olive huileuse (1) et à miel (2) » (le miel dont il est question ici étant celui des dattes).Cf. les propos du Rav Kook (‘Ein Aya ad loc.), qui explique que les deux mentions du mot érets font référence à deux types de proximité avec la terre d’Israël : la première est spirituelle, la deuxième est naturelle et nationale. Le premier type de proximité a priorité sur le second, et est plus important que lui ; son influence est également plus longue : elle s’étend sur cinq espèces [qui correspondent aux cinq livres de la Torah]. Malgré cela, le fruit qui est le plus proche de la seconde mention du mot érets [correspondant au peuplement et à l’édification physique de la terre d’Israël] a priorité sur celui qui, tout en relevant de la première, est moins proche de ce mot. Aussi l’olive et la datte (qui sont en places 1 et 2 à l’égard de la seconde mention d’érets) ont-elles priorité sur le raisin, la figue et la grenade (places 3, 4 et 5 à l’égard de la première mention).Quant au blé et à l’orge, nous avons vu que les bénédictions Hamotsi et Mézonot ont priorité sur celle des fruits. De même l’épeautre, le seigle et l’avoine, sur lesquels on dit Hamotsi ou Mézonot, ont priorité sur les fruits appartenant aux sept espèces (car le statut halakhique de ces céréales est assimilé à celui du blé et de l’orge ; Michna Beroura 211, 24-25).

[11].

 Le Roch estime que, entre les espèces dont la bénédiction est Ha‘ets et celles dont la bénédiction est Ha-adama, il n’y a aucun ordre de préséance, car ces deux bénédictions sont spécifiques. Selon le Rif, Maïmonide et de nombreux autres auteurs, il faut donner priorité à l’espèce que l’on prise le plus, même si l’autre fruit appartient aux sept espèces. Pour le Halakhot Guedolot et de nombreux autres décisionnaires, le fruit de l’arbre a priorité sur le fruit de la terre, parce que sa bénédiction est plus spécifique ; c’est l’opinion de l’Elya Rabba, du Ben Ich ‘Haï, Matot 3, du Kaf Ha‘haïm 211, 6 et 14. Selon le Béour Halakha (211, 1 ד »ה וי »א), il faut généralement donner priorité à Ha‘ets sur Ha-adama ; et c’est seulement lorsque le fruit de la terre est, de l’avis de tous, plus apprécié – c’est-à-dire qu’il est constamment tenu pour plus délectable – et qu’en la circonstance aussi, celui qui s’apprête à prononcer la bénédiction en a davantage envie, que l’on donnera priorité au fruit de la terre (cf. note 9).

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