Chapitre 02 – Le compte de l’omer

01. La mitsva du compte et sa signification

C’est une mitsva que de compter les jours, depuis la nuit de la moisson de la première gerbe (omer[a]) d’orge : quarante-neuf jours, qui font sept semaines. La nuit de la moisson de la première gerbe tombe le 16 du mois de nissan, à l’issue du premier jour de fête (Yom tov) de Pessa’h : à ce moment, les Hébreux sortaient dans les champs et moissonnaient l’orge ; on apportait cette orge dans le parvis du Temple, on en faisait le battage, le vannage, le tri pour en ôter les déchets ; puis on grillait les grains au feu, on les moulait bien, et l’on prélevait, sur cette farine, la mesure d’un dixième d’épha[b]. On le tamisait en le faisant passer par treize tamis, on le pétrissait avec un log[c] d’huile, et l’on y mettait une poignée d’encens d’oliban. Le lendemain, de jour, on apportait cette offrande sur l’autel. Le prêtre (Cohen) en faisait d’abord le balancement, puis il en prenait une poignée, qu’il faisait fumer sur l’autel. Une fois la poignée brûlée, il devenait permis à tout le peuple de manger de la récolte nouvelle.

Il faut savoir que la fête de Chavou’ot a ceci de particulier qu’elle n’est pas assortie d’une date, définie par rapport à un mois, à la différence des autres fêtes. Par exemple, la date de la fête de Pessa’h est le 15 nissan ; celle de Soukot est le 15 tichri. En revanche, la date de Chavou’ot est fixée d’après le compte de l’omer : une fois achevé le compte de sept semaines, arrive le temps de la fête de Chavou’ot ; et c’est précisément pourquoi elle a pour nom Chavou’ot, la fête des semaines. C’est à ce propos qu’il est écrit : « Sept semaines tu compteras : dès que la faucille sera aux blés, tu commenceras à compter sept semaines. Et tu feras la fête des semaines en l’honneur de l’Eternel ton Dieu » (Dt 16, 9-10). Il est écrit, de même : « Vous compterez, depuis le lendemain du Chabbat, du jour où vous apporterez la gerbe du balancement, sept semaines, qui seront entières. Jusqu’au lendemain de la septième semaine, vous compterez cinquante jours, et vous ferez don d’une offrande nouvelle en l’honneur de l’Eternel » (Lv 23, 15-16).

Cette mitsva n’incombe pas seulement à la Haute cour (le beit-din) : il revient à chacun, parmi le peuple juif, de compter quarante-neuf jours. Et c’est une mitsva pour chacun que de réciter lui-même le compte. Il est vrai que, s’agissant des mitsvot liées à la parole, nous avons pour principe que celui qui écoute est comparable à celui qui prononce (choméa’ ke-‘oné). C’est en vertu de ce principe, par exemple, que l’on peut s’acquitter de la mitsva de se souvenir du mal que nous fit Amaleq par la seule écoute de l’officiant (qui lit à haute voix la paracha Zakhor). De même, on peut s’acquitter de la bénédiction du compte de l’omer en écoutant l’officiant qui la prononce. Mais quant au compte lui-même, de l’avis de plusieurs décisionnaires (Levouch, ‘Hoq Ya’aqov), chacun doit réciter de sa propre bouche, car il est dit, littéralement : « Vous compterez pour vous-mêmes » (Ousfartem lakhem). Certes, d’autres pensent que le compte de l’omer a même règle que les autres mitsvot mettant en jeu la parole, et que l’on peut donc s’acquitter de son obligation en écoutant son prochain (Peri ‘Hadach, Birké Yossef). Mais a priori, afin d’être quitte selon toutes les opinions, chacun doit compter par soi-même (cf. Michna Beroura 489, 5, Béour Halakha, passage commençant par Oumitsva).

Le fondement de cette mitsva remonte au moment où nous commençâmes à nous constituer en tant que peuple. Nos maîtres, de mémoire bénie, expliquent que, après que les Israélites furent assujettis à l’Egypte et plongés dans les quarante-neuf portes de l’impureté, ils n’étaient plus aptes à recevoir la Torah : ils devaient se purifier de la souillure égyptienne. Aussi, le Saint béni soit-Il les attendit-Il sept semaines afin qu’ils se purifiassent et pussent recevoir la Torah (d’après Zohar, Emor 97). De plus, le compte de l’omer exprime l’attente impatiente du don de la Torah. Le Midrach explique ainsi que, lorsque Moïse annonça aux enfants d’Israël qu’une fois sortis d’Egypte ils serviraient l’Eternel sur le mont Sinaï et recevraient la Torah, ils l’interrogèrent : « Quand donc adviendra ce service ? » Il leur répondit : « Au bout de cinquante jours. » Et, animés d’une grande affection, ils comptèrent chaque jour, disant : « Voici que le premier jour est passé, voici que le deuxième jour est passé… » et ainsi de chaque jour ; car leur affection et leur attente envers la Torah étaient telles que le temps, à leurs yeux, paraissait long » (Chibolé Haléqet 236).

Nous voyons donc que, par le compte de l’omer, s’exprime notre attente et notre aspiration, à l’approche du grand jour qu’est le jour du don de la Torah. Par cela, nous traversons un processus de purification, passant par chacun des quarante-neuf degrés de pureté desquels l’homme est composé. Plus l’homme sera pur et lavé de toute impureté, plus il pourra intégrer la lumière de la Torah. Ainsi de chaque année : par le biais du compte de l’omer, nous nous préparons à la réception de la Torah (cf. ci-après, fin du § 3).


[a]. Le mot עומר signifie gerbe. Suivant nos conventions de translittération, nous devrions l’écrire ‘omer (l’apostrophe correspondant à la lettre ע) ; de même : le ‘omer, le compte du ‘omer, etc. Mais pour des raisons tant euphoniques que d’usage, nous écrirons : omer, l’omer, le compte de l’omer.

[b]. Unité de poids.

[c]. Mesure liquide.

02. Processus d’élévation : du national au spirituel

Par le compte de l’omer, nous traçons une ligne ascendante, qui va de Pessa’h à Chavou’ot. La fête de Pessa’h exprime le côté national du peuple d’Israël car, lors de la sortie d’Egypte, la spécificité d’Israël se révéla, en ce que le Saint béni soit-Il nous choisit d’entre tous les peuples, bien que nous fussions plongés dans les quarante-neuf degrés de l’impureté. La fête de Chavou’ot, elle, exprime la part spirituelle d’Israël, car, à ce moment, nous parvînmes au sommet spirituel que constitue la réception de la Torah. À Pessa’h, nous commençâmes notre processus de libération du joug égyptien ; à Chavou’ot, nous parachevâmes notre libération du joug égyptien et des conceptions exclusivement humaines, et nous eûmes le mérite de recevoir la Torah du Ciel, Torah dont il est dit que toute personne qui se livre à son étude devient véritablement libre (Maximes des Pères 6, 2).

Autre aspect de la question : à Pessa’h se dévoile la foi (émouna) simple, naturelle, enfouie dans l’âme de chaque Juif, et que le peuple d’Israël avait conservée, même pendant les années de la servitude d’Egypte. À Chavou’ot, nous nous élevons au niveau de la foi élaborée, clarifiée, élargie par l’effet de la Torah. La foi naturelle possède une grande force, elle est la base de la vie ; mais il n’est pas en son pouvoir de diriger la vie et de la parachever. Par la Torah et ses commandements, il nous est donné de relier toutes les composantes de notre vie, l’intellect, l’émotion et l’acte, à la foi.

Nous voyons donc que, par le compte de l’omer, nous nous élevons à deux égards : de la dimension nationale à la dimension spirituelle, et de la foi naturelle à une foi enrichie par l’effet de la Torah et des mitsvot.

Or il n’est pas possible de parvenir à Chavou’ot sans Pessa’h. Car c’est en ayant conscience de la spécificité d’Israël que nous pouvons nous élever vers la Torah. C’est grâce à l’élection d’Israël, qui se révéla lors de la sortie d’Egypte, que nous pouvons recevoir la Torah ; comme nous le disons dans la bénédiction de la Torah : « Béni sois-Tu, Eternel… qui nous as choisis d’entre tous les peuples… », à partir de quoi nous poursuivons : « … et nous as donné ta Torah. » De même, il est impossible d’intégrer la foi complexe et élaborée, qui s’assimile par l’intellect, sans révéler d’abord la foi simple et naturelle. C’est pourquoi il est si important de relier la fête de Pessa’h à celle de Chavou’ot. Le compte de l’omer est ce lien, cette échelle reliant Pessa’h à Chavou’ot[1].


[1].  Une allusion à cette idée se trouve dans le fait qu’il nous a été ordonné de compter « depuis le jour où vous apporterez la gerbe du balancement » (Lv 23, 15). La gerbe est une offrande particulière en ce qu’elle est faite d’orge, qui est généralement une nourriture destinée aux animaux. Cela donne expression au côté matériel et national d’Israël. En effet, tant que nous ne sommes pas parvenus au don de la Torah et à la connaissance de Dieu, nous sommes limités à une dimension animale, dépourvue de connaissance (da’at). Et quand nous terminons de compter cinquante jours, nous méritons le don de la Torah et parvenons à un haut degré spirituel ; alors, se réalise le verset suivant : « Et vous apporterez une offrande nouvelle à l’Eternel » (v. 16) [cette offrande nouvelle est de blé, nourriture humaine]. Dans le même ordre d’idées, la matsa est un pain pauvre, et le Zohar dit qu’elle est « le pain de la foi », c’est-à-dire de la foi naturelle. Tandis qu’à Chavou’ot l’offrande nouvelle consiste en pain de blé, dont la pâte est fermentée (‘hamets), pain développé et riche, qui fait allusion à la révélation de la divinité dans tous les domaines de ce monde-ci. À Pessa’h, le dévoilement de la foi naturelle se fait par le biais de la rétractation (tsimtsoum) que constitue l’interdit du ‘hamets ; à Chavou’ot, la foi se révèle par l’effet d’une expansion (hitra’havout ; cf. Orot Israël 8, 1).

On peut suggérer que c’est là que réside le fondement de la controverse entre ceux qui soutiennent que la mitsva du compte de l’omer, de nos jours, reste toranique (de-Oraïtha) et ceux qui estiment qu’elle est rabbinique (derabbanan) (cf. ci-après, § 4). Si le propos du compte est de s’élever, d’une foi simple à une foi intellectuelle, telle que l’étude de la Torah permet de l’élaborer, alors le compte reste, même aujourd’hui, une mitsva toranique. Mais s’il s’agit de s’élever d’une foi révélée par la rétractation et l’abstention, qu’exprime l’interdit du ‘hamets (cf. Pniné Halakha, Lois de Pessa’h, chap. 1 § 5-6), à une foi se révélant dans tous les domaines de la vie, en ce monde-ci selon toutes ses jouissances, alors la chose dépend de la présence du Temple. Celui-ci relie en effet le ciel et la terre ; aussi, tant que l’on n’est pas en mesure d’apporter l’offrande de la gerbe, qui exprime les forces matérielles, et à partir de laquelle il est donné de s’élever jusqu’à l’offrande des deux pains, il demeure impossible de révéler pleinement la foi dans tous les domaines de l’existence. Aussi, le compte est-il de rang rabbinique seulement.

03. Texte du compte de l’omer

Avant de compter l’omer, on récite la bénédiction : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha’olam, acher qidechanou bemitsvotav, vétsivanou ‘al séfirat ha’omer (« Béni sois-Tu, Eternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui nous as sanctifiés par tes commandements, et nous a ordonné de compter l’omer »). La bénédiction et le compte qui la suit se disent, a priori, debout ; mais si on les a récités assis, on est quitte (Choul’han ‘Aroukh 489, 1)[2].

Le compte de l’omer se compose de deux parties : le compte des jours, et celui des semaines, ainsi qu’il est dit : « Vous compterez, depuis le lendemain du Chabbat, du jour où vous apporterez la gerbe du balancement, sept semaines, qui seront entières ; jusqu’au lendemain de la septième semaine, vous compterez cinquante jours » (Lv 23, 15-16).

Aussi doit-on mentionner, en comptant l’omer, le nombre des jours ainsi que le nombre des semaines (Mena’hot 66a). Par exemple, le septième jour, on devra dire : « Aujourd’hui, sept jours, qui font une semaine. » Le quatorzième jour, on dira : « Aujourd’hui, quatorze jours, qui font deux semaines. » Même au milieu d’une semaine, on mentionne le nombre des jours et des semaines. Par exemple, le dixième jour, on dira : « Aujourd’hui, dix jours, qui font une semaine et trois jours[3]. »

Quant au texte du compte de l’omer, on en distingue différentes versions : certains disent la’omer (« de l’omer », littéralement « à l’omer »), d’autres disent ba’omer (litt. « en l’omer »)[d]. Les uns disent : « Aujourd’hui, quatorze jours de l’omer, qui font deux semaines », les autres disent : « Aujourd’hui, quatorze jours, qui font deux semaines de l’omer. » Chacune de ces versions permet de s’acquitter valablement de son obligation. On a l’usage de réciter, avant que de compter, le texte Léchem yi’houd, et de faire suivre le compte de différentes prières ; mais cela n’est pas une obligation : l’essentiel est le compte lui-même, et la bénédiction qui le précède.

Le chiffre 7 fait allusion à la manifestation complète d’une chose. Le monde a en effet été créé en sept jours. De même, toute chose matérielle possède six directions : les quatre points cardinaux, le haut et le bas ; la septième « direction » étant le centre, à l’intérieur de cette chose. Or l’homme, lui aussi, a sept facettes ; aussi le temps que prend le fait de s’élever, de l’impureté à la pureté, est-il de sept jours car, en sept jours, l’homme est en mesure de se préparer, de tous les points de vue, à une telle élévation, d’une situation d’impureté à une situation de pureté[e].

Le principe est le même s’agissant de la purification à opérer pour se préparer aux choses saintes qui sont en ce monde, telles que la consommation des prélèvements (téroumot) et des sacrifices, ou encore la purification de la femme pour son mari. Cependant, pour que nous puissions intégrer la Torah divine, dont l’élévation relève du monde d’en-haut, nous devons nous livrer à un compte bien plus profond : au lieu de sept jours, sept semaines. Dans cette supputation, chacun des sept chiffres  apparaît, lui aussi, dans ses sept dimensions. Par cela, notre purification en vue du don de la Torah est entière, car chaque côté de notre personnalité fait l’objet d’une purification, exprimant son aspiration et son attente de recevoir la Torah.


[2]. Selon les Richonim, on peut trouver un appui scripturaire (asmakhta) à cette idée, en ce qu’il est dit « dès que la faucille sera aux blés » (Dt 16, 9) : « Ne lis point [seulement] “aux blés” (baqama), mais “redressé” (baqoma). »

D’après le Séfer Ha-echkol (lois de Pessa’h 159, 1), si l’on ne récite pas la bénédiction Chéhé’héyanou (« … qui nous as fait vivre, nous as maintenus et nous as fait parvenir à pareille époque ») à l’occasion du compte de l’omer, c’est que ce compte se fait à l’approche de la fête de Chavou’ot ; or la bénédiction Chéhé’héyanou que l’on prononcera à Chavou’ot vaudra également pour le compte de l’omer.

Pour le Maharil, la raison est autre : le compte de l’omer appartient, dit-il, à la catégorie de makhchiré mitsva (acte constituant une préparation à l’accomplissement d’une mitsva), et c’est à Chavou’ot que la mitsva parvient à son achèvement. Le Radbaz 4, 256, le Maharcham 1, 213 et le Rav Pe’alim III Ora’h ‘Haïm 32 proposent des explications proches. Le Maharil ajoute qu’il est à craindre que l’on n’oublie de compter un jour, et que l’on perde ainsi la mitsva du compte ; dans ces conditions, dit-il, comment pourrait-on prononcer, préalablement, la bénédiction Chéhé’héyanou [laquelle deviendrait sans objet] ?

Le Colbo 145 explique que, si l’on s’abstient de dire cette bénédiction, c’est parce que la mitsva du compte est, de nos jours, rabbinique. Dans ses responsa (1, 126), le Rachba enseigne que l’on s’en abstient parce que l’on ne tire pas de jouissance de cette mitsva. Le balancement du loulav [branche de palmier, myrte, saule et cédrat dont on fait le balancement à Soukot], en revanche, se fait pour procurer de la joie ; le chofar est sonné pour activer le souvenir ; tandis que le compte de l’omer constitue seulement une préparation [à Chavou’ot]. De plus, le compte rappelle, de nos jours, le souvenir du deuil pour le Temple, comme l’écrit Rabbénou Yerou’ham au nom de Rabbi Zera’hia Halévi.

[3]. À la fin de chaque semaine, on a l’obligation de mentionner le nombre des jours et celui des semaines ; par exemple : « Aujourd’hui, sept jours, qui font une semaine. » En revanche, dans le courant d’une semaine, par exemple le huitième jour, Rabbi Zera’hia Halévi et d’autres Richonim estiment qu’il n’est nécessaire de compter que les jours, en disant : « Aujourd’hui, huit jours. » Selon Rabbi Ephraïm, en un tel cas, il n’est nécessaire que de compter les semaines, de cette façon : « Aujourd’hui, une semaine et un jour. » Mais selon le Rif, Maïmonide et le Roch, on compte chaque jour selon les deux ordres. Et tel est l’usage, comme l’écrit le Choul’han ‘Aroukh 489, 1.

A posteriori, si, à l’achèvement d’une semaine, on a oublié de compter les jours, on n’est pas quitte : il faut répéter le compte, ainsi que la bénédiction. Et si l’on a oublié de réparer son erreur ce jour-là, on devra continuer de compter les jours suivants, mais sans prononcer la bénédiction.

Si, à l’achèvement d’une semaine, on a oublié de compter les semaines, certains estiment que l’on est quitte a posteriori, et d’autres pensent que l’on n’est pas quitte. Si l’on se trouve en cours de semaine, par exemple le huitième jour, et que l’on n’ait dit que : « Aujourd’hui, huit jours », on est quitte a posteriori. Et si l’on a seulement dit : « Aujourd’hui, une semaine et un jour », certains pensent que l’on est quitte. Dans ces trois derniers cas, on devra se reprendre et compter conformément à la règle, mais sans répéter la bénédiction. Si l’on a oublié de se reprendre durant toute cette même journée, on comptera, les jours suivants, avec bénédiction (d’après Michna Beroura 489, 7, Cha’ar Hatsioun 9, 19 ; ci-après § 8).

[d]. Les uns disent, par exemple : Hayom, yom é’had la’omer (littéralement : « aujourd’hui, jour un à l’omer »), tandis que d’autres disent : Hayom, yom é’had ba’omer (« aujourd’hui, jour un en l’omer »).

[e]. Cf. par exemple Lv 12 et 13, ainsi que 15, 19 s.

04. Statut de la mitsva après la destruction du Temple

L’une des questions essentielles, quant aux lois du compte de l’omer, est de savoir si, après la destruction du Temple, la mitsva de compter l’omer reste de rang toranique ou prend le rang rabbinique.

Il est dit : « Vous compterez, depuis le lendemain du Chabbat, du jour où vous apporterez la gerbe du balancement, sept semaines, qui seront entières » (Lv 23, 15). Selon le Roch, le Ran et de nombreux autres Richonim, ce n’est qu’à une époque où l’on apportait la gerbe du balancement au Temple, le 16 nissan, qu’il y avait une mitsva toranique de compter l’omer. De nos jours, en revanche, où l’on n’apporte plus la gerbe du balancement, la mitsva n’est que de rang rabbinique : ce sont les sages qui l’ont instituée, en souvenir du compte de l’omer qui se faisait à l’époque du Temple. C’est la raison pour laquelle on a coutume de prier, après le compte de l’omer, pour la reconstruction du Temple : en effet, lorsque le Temple sera reconstruit, nous accomplirons la mitsva de compter l’omer en tant que commandement de la Torah, et non plus seulement en vertu d’une institution rabbinique.

Mais selon Maïmonide et le Raavia, la mention du jour de l’oblation de la gerbe, dans ce verset du Lévitique, a seulement pour propos de nous apprendre la date à laquelle commence le compte ; mais cette oblation n’est pas une condition indispensable au compte, et de nos jours encore, alors que le Temple est détruit et que nous ne pouvons apporter l’offrande de la gerbe, c’est une mitsva toranique que de compter l’omer.

L’incidence pratique de cette règle touche aux cas de doute. Par exemple, si l’on a compté l’omer pendant la période de bein hachmachot, c’est-à-dire entre le coucher du soleil et la tombée de la nuit, période douteuse – appartient-elle au jour ou à la nuit ? –, un doute plane quant au fait de savoir si l’on a valablement accompli la mitsva du compte. En effet, si l’on devait rattacher la période de bein hachmachot au jour, on n’aurait pas accompli la mitsva, puisque le temps prescrit pour le compte de la journée suivante n’était pas encore advenu ; mais si l’on devait considérer cette période comme appartenant à la nuit, on aurait accompli la mitsva. Le Choul’han ‘Aroukh 489, 2 et la majorité des décisionnaires pensent que, si l’on a compté l’omer pendant bein hachmachot, on s’est acquitté de son obligation. En effet, selon eux, le compte de l’omer est, de nos jours, une mitsva rabbinique ; or, en tout cas de doute portant sur une norme rabbinique, on adopte la position indulgente. Toutefois, de nombreux A’haronim écrivent que, en pratique, il est juste d’être rigoureux, et de répéter le compte, après la tombée de la nuit (tset hakokhavim, « apparition des étoiles »), sans répéter la bénédiction ; cela, afin de s’acquitter de son obligation de l’avis même de ceux qui estiment que compter l’omer reste, de nos jours, une mitsva de la Torah, de sorte que, en cas de doute, on doit adopter la position rigoureuse (Elya Rabba, Michna Beroura 489, 15, Béour Halakha 489, 1, passage commençant par Lispor ha’omer).

05. Temps prescrit pour la mitsva du compte

La période de supputation de l’omer commence la nuit du 16 nissan, comme il est dit : « Sept semaines tu compteras : dès que la faucille sera aux blés, tu commenceras à compter sept semaines. » (Dt 16, 9). « Dès que la faucille sera aux blés » correspond à la moisson de la gerbe, car la première chose moissonnée, parmi l’ensemble de la récolte céréalière annuelle, est la gerbe d’orge, consacrée à l’offrande de l’omer. Or le moment de la moisson de la gerbe est la nuit qui suit le premier jour de fête de Pessa’h, c’est-à-dire la nuit du 16 nissan. Tel est le temps où commence la mitsva du compte.

On doit compter de nuit, car il est écrit, au sujet du compte de l’omer : « Sept semaines, qui seront entières (temimot) » (Lv 23, 15) : l’adjectif temimot, littéralement « intègres » est expliqué par nos sages comme signifiant entières, complètes. Comme on le sait, une journée comporte la nuit et le jour ; or si nous voulons inclure toutes les nuits et tous les jours des sept semaines de l’omer, nous devons commencer à compter de nuit (Mena’hot 66a)[f]. Et pour que le compte inclue toutes les heures de la journée, c’est une mitsva que de compter aussitôt que possible, au début de la nuit. En particulier, on est pointilleux à cet égard au commencement de la période de l’omer, le premier soir, afin que le compte inclue toutes les heures des sept semaines. Mais les autres jours également, la façon la plus parfaite de réaliser la mitsva est de compter au début de la nuit, afin que le compte de chaque jour soit intègre et inclue la journée entière.

Bien que, a priori, compter dès que possible, au commencement du soir, participe de la mitsva, cela n’est pas une obligation (‘hova). Par conséquent, si l’on s’apprête à faire la prière d’Arvit, on dit Arvit avant de compter l’omer. Nous avons en effet pour principe qu’une mitsva permanente a priorité sur une mitsva non permanente ; or les mitsvot consistant à réciter le Chéma et à faire la prière d’Arvit sont d’usage constant, tout au long de l’année ; elles sont donc permanentes, plus que ne l’est le compte de l’omer (‘Hoq Ya’aqov ; cf. Béour Halakha 489, 1, passage commençant par A’har)[4].


[f]. Rappelons que la journée juive commence à la tombée de la nuit, comme il est dit : « Il fut soir, il fut matin » (Gn 1, 5).

[4]. Des propos de Maïmonide et du Ran, on peut inférer que toute la nuit convient indifféremment au compte de l’omer. Toutefois, s’agissant de l’ensemble des mitsvot, nos maîtres ont dit que ceux qui sont zélés pour le service divin se hâtent de les accomplir. Selon les tossaphistes et le Roch, il est préférable de compter l’omer au début de la nuit, de façon que le compte soit plus complet. En pratique, le Choul’han ‘Aroukh 489, 1 décide qu’il faut procéder au compte dès le commencement de la nuit, et c’est en ce sens que se prononcent le Michna Beroura 2 et le Kaf Ha’haïm 12.

Simplement, on récite d’abord la prière d’Arvit, car la lecture du Chéma et la prière ont un caractère de plus grande permanence (‘Hoq Ya’aqov). Selon le Mor Ouqtsi’a, il faut donner priorité au compte de l’omer, car l’horaire qui lui est fixé est immédiatement au début de la nuit, ce qui n’est pas le cas de la lecture du Chéma, ni de la prière : en effet, on peut, a priori, retarder celles-ci d’une demi-heure. Mais en pratique, on compte l’omer après Arvit (Béour Halakha 489, 1). En effet, il n’y a pas d’obligation, mais seulement un supplément de perfection, à compter l’omer dès le début de la nuit, puisque quiconque compte l’omer durant la nuit donne effet, ce faisant, à la notion d’ « intégrité du jour » (c’est-à-dire de journée complète). Aussi récite-t-on le Chéma et Arvit en premier lieu, puisque ces mitsvot ont plus de permanence.

Afin de ne pas retarder le compte de l’omer, nombre de décisionnaires écrivent qu’il faut compter immédiatement après le Qaddich Titqabal, par lequel on clôt la récitation de la ‘Amida, et avant ‘Alénou léchabéa’h, qui constitue une prière additionnelle. C’est l’opinion du Michna Beroura 489, 2 et celle du Nehar Mitsraïm, et tel est l’usage de la majorité des communautés juives, parmi lesquelles les communautés ashkénazes, et de nombreuses communautés d’Afrique du nord. Toutefois, nombre de fidèles séfarades ont coutume de compter après ‘Alénou léchabéa’h, afin d’achever d’abord tout ce que l’on a l’habitude de dire au titre de la prière d’Arvit.

06. Jusqu’à quand on peut compter l’omer

Si l’on a l’habitude de réciter Arvit, tout au long de l’année, à une heure tardive, il est préférable de compter l’omer après sa prière régulière ; en effet, si l’on comptait, à part soi, au début de la nuit, on risquerait de se tromper ou d’oublier. De plus, il y a un plus haut degré de perfection à accomplir la mitsva au sein de l’assemblée.

Mais si c’est en raison de quelque empêchement que l’on ne peut dire Arvit dès la tombée de la nuit, et que l’on ait l’intention de réciter cette prière plus tard, seul, il sera préférable de compter l’omer dès la sortie des étoiles, afin de se hâter d’accomplir la mitsva dès le début de la nuit. De plus, il est à craindre que, après avoir récité seul Arvit, on n’oublie de compter l’omer[5].

Si l’on a oublié de compter durant la nuit : les Richonim sont partagés quant au fait de savoir si l’on peut compléter son compte pendant le jour. La Torah nous enseigne en effet que l’horaire du compte de l’omer dépend du temps de la moisson de la gerbe d’orge, comme il est dit : « Dès que la faucille sera aux blés, tu commenceras à compter sept semaines » (Dt 16, 9). Selon le Séfer Halakhot Guedolot, la halakha est conforme à l’opinion citée par le traité Mena’hot (71a) : si l’on n’a pas moissonné la nuit, on pourra, a posteriori, le faire le lendemain dans la journée ; par conséquent, la règle est la même pour le compte : si l’on a oublié de compter la nuit, on pourra le faire, a posteriori, le jour.

Selon Rabbénou Tam, la halakha est conforme à l’opinion citée au traité Méguila 20b-21a, d’après laquelle la mitsva de la moisson de la gerbe ne s’accomplit que la nuit ; dès lors, si l’on n’a pas compté l’omer de nuit, on ne peut compenser cela en comptant de jour. En pratique, la halakha est que, si l’on oublie de compter la nuit, on comptera le jour mais sans dire la bénédiction. D’un côté, on tient compte de l’opinion selon laquelle on peut compter de jour ; mais pour ne pas entrer dans un cas de doute portant sur une bénédiction vaine, on ne récite pas la bénédiction sur le compte de l’omer fait pendant le jour (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 489, 7). Les jours suivants, on pourra reprendre le compte en récitant la bénédiction (Teroumat Hadéchen, Michna Beroura 489, 34).


[5]. Quand on a l’habitude de prier plus tard au sein d’un minyan, il est à craindre que l’on n’oublie quelquefois de compter l’omer seul, puis, lorsque l’assemblée compte enfin l’omer, que l’on croie l’avoir déjà compté, de sorte que l’on perdrait le bénéfice de la mitsva. De même, il est à craindre que l’on n’oublie que l’on a déjà compté, et que l’on ne répète ensuite le compte, prononçant une bénédiction en vain. De plus, comme l’écrit le Chné Lou’hot Habrit, il y a davantage de perfection à compter l’omer au sein d’un minyan. Cf. Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm IV 99, Pisqé Techouvot 489, 2 et Hilkhot ‘Hag Be’hag 3, note 3.

Quant au fait de savoir si l’on peut manger avant le compte de l’omer, il n’est pas nécessaire de s’étendre sur la question, puisque, de toute façon, il est interdit de dîner avant la prière ; et dans les cas où il est permis de dîner avant la prière, parce que l’on sait que quelque chose nous rappellera à notre devoir à cet égard – comme nous l’apprenons dans La Prière d’Israël 25, 9 –, il devient également permis de dîner avant le compte de l’omer.

07. Si l’on oublie de compter l’un des jours

Les Richonim sont partagés quant au fait de savoir si le compte de l’omer constitue une seule et longue mitsva, qui s’étend de la fête de Pessa’h à celle de Chavou’ot, ou bien si, chaque jour, il existe une mitsva autonome de compter. Selon le Halakhot Guedolot, le compte de l’omer est une seule et longue mitsva, comme il est dit : « Sept semaines, qui seront entières » (Lv 23, 15). Par conséquent, celui qui oublie de compter un jour, a manqué d’accomplir la mitsva, et ne comptera plus les jours suivants. Mais selon la majorité des décisionnaires, le compte de chaque jour constitue une mitsva en soi ; aussi, celui qui oublie de compter un jour n’a manqué d’accomplir que la mitsva de ce jour, et il devra, le lendemain, continuer de compter en récitant la bénédiction (Tossephot, Roch, Ritva et d’autres).

En pratique, la halakha est la suivante : si l’on a oublié de compter un jour, on doit continuer de compter les jours suivants, conformément à l’opinion de la majorité des décisionnaires, qui estiment que chaque jour est autonome à cet égard. Simplement, on comptera sans bénédiction, car nous prenons en considération l’opinion selon laquelle tout le compte de l’omer constitue une seule mitsva, de sorte que, dès lors que l’on a oublié un jour, on a perdu la mitsva ; pour ne pas entrer dans un cas douteux en prononçant une bénédiction peut-être vaine, on comptera donc, les jours suivants, sans réciter la bénédiction (Choul’han ‘Aroukh 489, 8).

Toutefois, pour ne pas perdre entièrement le mérite de la bénédiction, tous ceux qui ont oublié de compter l’un des jours de l’omer devront former l’intention de s’acquitter de l’obligation de la bénédiction par le biais de l’écoute de celle-ci, récitée par l’officiant[6].

Cette règle illustre la tension accompagnant le compte de l’omer, car quiconque oublie un jour disjoint, dans une certaine mesure, la chaîne reliant Pessa’h à Chavou’ot, et perd le bénéfice de la bénédiction. Il est en effet grandement nécessaire de relier Pessa’h, qui exprime l’identité nationale du peuple juif, identité sainte, à Chavou’ot où nous avons reçu la Torah : il ne saurait y avoir de Torah sans Israël, ni d’Israël sans Torah.


[6]. Quelques explications supplémentaires sur la question : selon le Halakhot Guedolot, celui qui oublie un jour a manqué d’accomplir la mitsva, car il n’aura pas compté sept semaines complètes. Selon Rav Saadia Gaon, si l’on a oublié de compter le premier jour, on a manqué d’accomplir la mitsva, mais, si l’oubli porte sur quelque autre jour, on pourra continuer de compter avec bénédiction. Selon Tossephot sur Mena’hot 66a, l’opinion du Halakhot Guedolot est étonnante, et chaque jour donne lieu à une mitsva autonome. C’est aussi l’opinion de Rabbénou Yits’haq, du Roch, du Ritva et d’autres. Le Tour écrit que c’est aussi l’opinion de Rav Haï Gaon. Rabbi Yits’haq Ibn Ghiyat écrit aussi au nom de Rav Haï Gaon que, si l’on oublie de compter un jour, on comptera le lendemain selon le compte du jour, puis on ajoutera : « Et hier, c’était tel jour et telle semaine. » De cette manière, on compensera ce que l’on aura manqué.

En pratique, on prend en considération l’opinion du Halakhot Guedolot ; aussi, dans le cas où l’on aurait oublié de compter tel jour, on continuera de compter les jours suivants, mais sans bénédictions. C’est en ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh 489, 8, et telle est l’opinion de la majorité des A’haronim. Toutefois, certains A’haronim donnent pour instruction, en pratique, de se conformer à l’opinion de la majorité des Guéonim et des Richonim, pour lesquels, si l’on oublie de compter un jour, on peut continuer de compter, les jours suivants, avec bénédiction. C’est l’opinion du Che’arim Métsouyanim Behalakha 120, 7.

Une question se pose, à l’égard de l’opinion du Halakhot Guedolot : pourquoi, selon lui, répète-t-on la bénédiction chaque jour ? On est obligé de dire que, de l’avis même du Halakhot Guedolot, une mitsva différenciée se renouvelle chaque jour ; simplement, si l’on a oublié un jour, on a porté atteinte à l’entièreté du compte de l’omer, et l’on ne peut plus continuer de compter.

Si l’on sait d’avance que, tel jour de l’omer, on se trouvera dans un cas d’empêchement, et que l’on ne pourra compter, le ‘Hida estime que, dès le premier jour, on s’abstiendra de dire la bénédiction (‘Avodat Haqodech 7, 217). En effet, de l’avis du Halakhot Guedolot, toutes les bénédictions dites les jours précédant la carence l’auront été vainement.

Mais pour la majorité des décisionnaires, on comptera, jusqu’au jour de l’empêchement, sans omettre la bénédiction, car, de l’avis même du Halakhot Guedolot (auquel s’opposent d’ailleurs la grande majorité des décisionnaires), quand on omet de compter un jour, les bénédictions des jours précédents ne deviennent pas vaines pour autant (Qinat Sofrim, Rav Pe’alim, Ora’h ‘Haïm III 32). Cela ne peut se comparer au cas du compte des jours de purification de la zava [femme qui a un écoulement sanguin, trois jours de suite, mais dans une période autre que les règles]. Tossephot (sur Ketoubot 72a) explique en effet que l’on ne dit pas de bénédiction sur un tel compte car, si la femme venait à l’interrompre, ce compte serait entièrement invalidé ; dans le cas de l’omer, en revanche, la période de supputation se poursuit, même si l’on a oublié de compter, et la fête de Chavou’ot arrive le cinquantième jour. Si bien que tout ce que l’on aura compté de façon continue l’aura été valablement, et la bénédiction aura été valablement dite. Ce n’est qu’après avoir manqué de compter un jour que, puisque désormais le compte individuel ne peut plus être plus continu, le Halakhot Guedolot estimera que le compte n’est plus complet. Cf. Pisqé Techouvot 489, 22.

Si l’on a oublié de compter un jour, et que l’on doive officier (par exemple à l’occasion du jahrzeit [anniversaire de la mort] d’un proche parent), on demandera à un autre fidèle de dire la bénédiction de l’omer et de compter à sa place, malgré la gêne que l’on peut ressentir. Certains estiment que, pour éviter une situation de honte, il est permis à l’officiant de s’appuyer sur la majorité des décisionnaires, qui pensent que, même si l’on a oublié de compter un jour, on a l’obligation de poursuivre le compte, et que l’on peut donc réciter la bénédiction et acquitter, par elle, les fidèles. Cf. Pisqé Techouvot 489, 20.

08. En tout cas de doute, on continue de compter avec bénédiction

Si l’on éprouve un doute : « Peut-être ai-je oublié de compter un jour ? », on pourra continuer de compter en prononçant la bénédiction, car c’est seulement quand on est certain d’avoir oublié de compter un jour que l’on tient compte de l’opinion selon laquelle on ne peut continuer à compter avec bénédiction.

De même, si l’on a oublié de compter pendant la nuit, et que, s’en souvenant le lendemain, on ait compté dans la journée, on pourra continuer, les jours suivants, de compter en disant la bénédiction. En effet, s’il est vrai que certains auteurs pensent que l’on ne se rend pas quitte de son obligation par un compte fait de jour, d’autres estiment que, a posteriori, on accomplit la mitsva, même en comptant durant le jour, ce qui justifie que l’on compte les jours suivants sans omettre la bénédiction[7].

Dans le cas où un jeune homme devient bar-mitsva pendant la période de l’omer, un doute s’élève.

Selon plusieurs décisionnaires, même si le jeune homme a eu soin de compter chaque jour précédant sa bar-mitsva, il ne pourra continuer de réciter la bénédiction du compte les jours suivants ; en effet, ce qu’il aura compté avant de devenir bar-mitsva ne peut être considéré comme formant une suite continue avec ce qu’il comptera après être devenu majeur. Mais la majorité des décisionnaires estiment que, dès lors que le jeune homme a eu soin de compter chaque jour, jusqu’à son accession au statut de bar-mitsva, son compte doit être regardé comme complet ; dans cette mesure, il pourra continuer de compter en prononçant la bénédiction. Tel est l’usage généralement répandu[8].

En revanche, si une personne s’est convertie au judaïsme pendant la période de l’omer, elle comptera, du jour de sa conversion, sans bénédiction, puisqu’elle n’avait pas compté l’omer (au titre de la mitsva) avant sa conversion.


[7]. Le Teroumat Hadéchen I 37 écrit que, bien que l’on ait l’usage de suivre l’avis du Halakhot Guedolot, cela ne vaut que lorsqu’il est certain que l’on a oublié de compter. En revanche, quand la chose est douteuse, on se conduit suivant la majorité des décisionnaires. L’auteur donne à cela un motif supplémentaire : selon certains, le compte de l’omer est, de nos jours encore, une mitsva de la Torah ; par conséquent, en cas de doute, on a l’obligation d’être rigoureux, et de continuer de compter ; dès lors, on dit aussi la bénédiction. (L’auteur ajoute une raison supplémentaire : dire une bénédiction en vain n’est interdit que rabbiniquement ; toutefois, le Choul’han ‘Aroukh, quoiqu’il tranche comme le Teroumat Hadéchen au chap. 489, 8 – en considérant qu’en cas de doute on continue de compter avec bénédiction –, penche plutôt, en 215, 4, dans le sens des décisionnaires pour lesquels une bénédiction dite en vain est un interdit toranique.)

Selon la majorité des décisionnaires, même si l’on se souvient de son oubli pendant la période de bein hachmachot (entre le coucher du soleil et la tombée de la nuit) [et que l’on compte donc à ce moment-là], on pourra continuer, les jours suivants, de compter en prononçant la bénédiction. Il est vrai que, si l’on a compté in extremis durant la période de bein hachmachot, il est doublement douteux que l’on se soit acquitté de la mitsva. En effet, certains estiment que l’on ne s’en acquitte pas en comptant de jour ; et même si l’on tient que l’on s’en acquitte en comptant de jour, la période de bein hachmachot est elle-même douteuse : appartient-elle au jour précédent ou à la nuit suivante ? Mais quoi qu’il en soit, dans la mesure où il n’est pas certain que l’on n’ait pas accompli la mitsva de compter, on pourra s’appuyer sur la majorité des décisionnaires, selon lesquels il existe, chaque jour, une mitsva autonome de compter ; on continuera donc de compter en récitant la bénédiction.

De plus, ce que nous appelons, d’après notre coutume, bein hachmachot, appartient pleinement au jour, suivant l’analyse de Rabbénou Tam, comme l’écrit le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 261, 2. Et bien que notre coutume ne suive pas Rabbénou Tam à cet égard, il y a lieu de joindre son opinion, en un tel cas de doute, aux autres motifs d’indulgence. Il est vrai que certains auteurs sont rigoureux en pratique : ainsi du Kaf Ha’haïm 489, 83. Mais, comme on l’a dit, la majorité des décisionnaires estiment que l’on continuera, les jours suivants, de compter en récitant la bénédiction. C’est en ce sens que tranchent notamment le Choel Ouméchiv, le Yabia’ Omer IV, Ora’h ‘Haïm 43 et le Hilkhot ‘Hag Be’hag 6, 7.

[8]. Le Birké Yossef écrit que, après être devenu bar-mitsva, le jeune homme ne pourra continuer de compter l’omer en récitant la bénédiction. C’est aussi l’opinion du ‘Hidouché Harim et d’autres auteurs, parmi lesquels le Yabia’ Omer III 28. Toutefois, pour la majorité des décisionnaires, on pourra continuer de compter en récitant la bénédiction. C’est notamment la position des responsa Ktav Sofer 99, du ‘Aroukh Hachoul’han 489, 15, du Kaf Ha’haïm 94, du Har Tsvi II 76 et du Or lé-Tsion I 95 ; et tel est l’usage répandu.

Il y a à cela plusieurs raisons : puisque le jeune homme était auparavant tenu de compter l’omer, au titre de l’éducation, ce qu’il a compté durant cette période lui sera aussi utile ensuite. De plus, une fois devenu bar-mitsva, il sera aussi, à tout le moins, tenu de compter l’omer au titre de l’éducation. En outre, puisque le jeune homme avait atteint l’âge de douze ans, il a le statut de moufla samoukh lé-ich [jeune homme près d’atteindre l’âge de la bar-mitsva, et qui est capable, s’il fait un vœu, d’en comprendre la valeur], dont les vœux sont valides, de par la Torah : or, dès lors qu’il a pris l’usage de compter, cette habitude doit être considérée comme la formation d’un vœu. Par conséquent, son obligation de compter est, dès avant la bar-mitsva, toranique. Enfin, du point de vue même de l’entièreté des sept semaines, et puisque en pratique le jeune homme a compté l’omer, pourquoi la période ne lui serait-elle pas imputée comme entière, bien qu’il ne se trouvât pas, au début de ladite période, à un même degré d’obligation ? Et même si l’on doute de devoir prendre en considération ce qu’il a compté en tant que mineur, nous avons vu que, en tout cas de doute, on continue de compter en récitant la bénédiction. Cf. Hilkhot ‘Hag Be’hag 2, note 8.

09. Les femmes et le compte de l’omer

Conformément au principe bien connu selon lequel les femmes sont exemptées des mitsvot « positives » (c’est-à-dire des obligations de faire) conditionnées par le temps, les femmes sont exemptées de la mitsva de compter l’omer, puisque cette mitsva est dépendante du temps (cf. La Prière juive au féminin, chap. 3, quant à la signification de ce principe).

Mais une femme qui le souhaite peut accomplir une mitsva positive conditionnée par le temps, et, ce faisant, son acte participe de la mitsva. Nous voyons ainsi que les femmes ont coutume d’écouter la sonnerie du chofar à Roch hachana, saisissent le loulav à Soukot et s’installent sous la souka. Simplement, les décisionnaires sont partagés quant à la question de la bénédiction.

Selon le Choul’han ‘Aroukh (Ora’h ‘Haïm 589, 6), elles ne prononcent pas la bénédiction ; et telle est la coutume la plus répandue parmi les femmes séfarades. Selon le Rama, une femme qui accomplit une mitsva positive déterminée par le temps est autorisée à réciter la bénédiction y afférente. Tel est l’usage ashkénaze (La Prière juive au féminin 2, 8). Toutefois, certains décisionnaires ashkénazes estiment qu’il est préférable pour la femme de ne point dire la bénédiction sur le compte de l’omer. En effet, puisqu’elle ne se trouve pas à la synagogue, il y a davantage de risque qu’elle n’oublie de compter quelque jour ; il est donc à craindre qu’elle ne s’aperçoive pas de cet oubli, et qu’elle continue à compter les jours suivants en disant la bénédiction. Or nous avons vu que, si l’on oublie de compter un jour, on n’est plus autorisé à dire la bénédiction sur le compte des jours suivants (Michna Beroura 489, 3). Certains auteurs écrivent que, selon la Kabbale, les femmes ne doivent pas compter l’omer (Rav Pe’alim I Sod Yécharim 12). À l’inverse, d’autres auteurs écrivent que la coutume ashkénaze veut que les femmes comptent l’omer (Maguen Avraham 489, 1).

En pratique, une femme qui sait, en son for intérieur, qu’elle peut compter tous les jours de l’omer, et que, si elle oubliait un jour, elle saurait continuer sans bénédiction, est autorisée, suivant la coutume ashkénaze, à compter avec bénédiction. En particulier, quand une femme a l’usage de réciter chaque soir la prière d’Arvit, ou que sa famille a l’habitude de lui rappeler de compter, la crainte d’oublier la mitsva de l’omer est moindre. Et si elle le veut, elle pourra, selon la coutume ashkénaze, réciter la bénédiction.

10. Détails d’application de la mitsva du compte

Si votre prochain vous demande, à un moment convenant à l’accomplissement de la mitsva : « Quel jour de l’omer sommes-nous ? », et que vous n’ayez pas encore compté l’omer ce jour-là, en récitant préalablement la bénédiction, vous ne devrez pas lui répondre : « Aujourd’hui, nous sommes tel jour ». En effet, si vous lui indiquiez le jour, vous vous acquitteriez déjà, en cela, de la mitsva du compte de l’omer, et vous ne pourriez donc plus réciter la bénédiction avant que de compter. Vous répondrez donc : « Hier, nous étions tel jour » (Choul’han ‘Aroukh 489, 4).

Toutefois, si l’on indique à son prochain le jour de l’omer où l’on est, tout en formant l’intention explicite de ne pas se rendre quitte, par cette réponse, de son obligation, on ne s’en acquittera pas, et l’on pourra donc, ensuite, dire la bénédiction puis compter. Si l’on est déjà parvenu à la période où le compte est composé de jours et de semaines, et que l’on n’ait indiqué, dans sa réponse à son prochain, que le nombre des jours, on pourra, a posteriori, réciter ensuite la bénédiction avant que de compter ; en effet, en ne comptant pas de la manière habituelle – en mentionnant jours et semaines –, on aura manifesté son intention de ne pas s’acquitter, par sa réponse, de son obligation de compter (Michna Beroura 489, 22).

Avant de réciter la bénédiction, on pensera, en son for intérieur, au jour que l’on est au sein de l’omer (cf. Choul’han ‘Aroukh 489, 6, Cha’ar Hatsioun 37). Si l’on a un doute, par exemple si l’on ne sait pas si l’on est à présent le neuvième ou le dixième jour, et que l’on n’ait personne à qui demander, on dira les deux comptes, afin de sortir du doute. Toutefois, s’agissant de la bénédiction, les décisionnaires sont partagés : certains disent que l’on ne peut réciter la bénédiction que sur un compte clair et su ; d’autres estiment que l’on récite la bénédiction, même pour un compte où demeure le doute, du moment qu’il est certain que l’un des deux chiffres avancés est juste (cf. Pisqé Techouvot 489, 17). En pratique, puisqu’il y a là un doute, on ne récitera pas la bénédiction.

Contents