Les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir s’il est permis de parler entre la fin du séchage des mains et la bénédiction Hamotsi (« qui fais sortir le pain de la terre »). Selon Maïmonide, tant que l’on n’a pas détourné son esprit du fait que l’on s’apprête à manger, il est permis de parler de tout sujet, et cela ne constitue pas une interruption. Mais si l’on a détourné son esprit du repas que l’on s’apprête à faire, que ce soit par des paroles ou par des actes, au point que l’on a oublié que l’on est sur le point de manger, on a perdu le bénéfice de l’ablution, et l’on doit se relaver les mains. Selon le Roch, il ne faut pas s’interrompre par des paroles entre l’ablution et la bénédiction Hamotsi, et ce n’est que pour les besoins du repas qu’il est permis de parler ; par exemple, s’il manque du sel à table, ou un couteau, ou du pain, il est permis de demander qu’on apporte cela.
En pratique, les décisionnaires écrivent qu’il convient d’être rigoureux et de ne pas s’interrompre, entre le séchage des mains et la bénédiction Hamotsi, par des paroles qui ne sont pas indispensables au repas (Choul‘han ‘Aroukh 166, 1, Michna Beroura 2-3). Mais il est permis de répondre amen durant ce temps (Qitsour Choul‘han ‘Aroukh 41, 2). De même, si quelque important personnage nous adresse une question, et qu’il soit attentatoire à son honneur de ne point lui répondre, nous pouvons lui répondre brièvement[17].
Selon certains décisionnaires, il convient que le temps s’étendant entre l’achèvement de l’ablution et la bénédiction Hamotsi soit inférieur au temps nécessaire pour marcher 22 ama, c’est-à-dire environ onze mètres (Rema, d’après Tossephot sur Sota 39a). Mais si l’évier est éloigné de onze mètres de la table, on peut, a priori, utiliser cet évier pour se laver les mains, et cela ne constitue pas une interruption. En effet, ce que visent ces décisionnaires rigoureux consiste à ne pas marquer gratuitement d’interruption égalant la durée d’une marche de onze mètres ; mais s’il y a une nécessité, on ne considère pas qu’il y a interruption, ce de l’avis même des auteurs rigoureux (‘Aroukh Hachoul‘han 166, 2).
[17]. De nombreuses personnes originaires du Yémen ont l’usage de parler entre le séchage des mains et la bénédiction Hamotsi. Puisque leur coutume a une base forte en halakha, ils n’ont pas à tenir compte de l’opinion rigoureuse et à changer leur pratique.