Quand on s’apprête à réciter une bénédiction sur un aliment, il est juste de prendre celui-ci dans la main droite ; grâce à cela, la bénédiction sera dite de manière concentrée et honorable (comme nous le verrons au chap. 9 § 4). S’agissant du pain, l’usage est différent : en raison de sa grande importance, il est bon de le prendre, au moment de la bénédiction, en ses deux mains et ses dix doigts, afin de faire allusion aux dix mitsvot nécessaires à sa confection (Choul‘han ‘Aroukh 167, 4, Michna Beroura 24).
Comme on le sait, plus la chose dont on s’occupe est importante et vitale, plus on peut s’élever par elle ou, à Dieu ne plaise, chuter. Afin que nous nous élevions et ne chutions pas, la Torah nous a donné les mitsvot pour nous guider. Et plus une chose est importante, plus nombreuses sont les mitsvot qui se rapportent à elles. Aussi, de nombreuses mitsvot accompagnent la vie matrimoniale, ou le service du Temple. Il en va de même de la nourriture, qui fait subsister l’homme, en particulier du pain, dont la confection est encadrée par de nombreuses mitsvot. a) Au temps du labour, il nous est prescrit de ne pas atteler ensemble un taureau et un âne. b) Pendant les semailles, il nous est ordonné de ne pas semer d’espèces croisées (kilaïm). c) Durant la moisson, nous avons ordre de laisser aux pauvres la glane (léqet), les gerbes oubliées (chikhe‘ha) et le coin du champ (péa). d) Quand on bat le blé à l’aide d’une bête, il nous est ordonné de ne pas la faire souffrir en la muselant de manière telle qu’elle ne puisse manger. e) Il nous est prescrit d’apporter au Temple les premiers fruits de la récolte nouvelle, comme prémices (bikourim), et de les remettre aux prêtres (cohanim). f) Après la moisson de blé, nous devons prélever la terouma, part revenant aux prêtres, ainsi que la terouma prise sur la dîme (teroumat ma‘asser). g) Prélever la première dîme (ma‘asser richon) pour les lévites (léviim). h) Prélever la seconde dîme (ma‘asser chéni), qu’il faut consommer dans la sainteté à Jérusalem (les première, deuxième, quatrième et cinquième années du cycle de la chemita). i) Prélever la dîme destinée aux pauvres (ma‘asser ‘ani) (les troisième et sixième années). j) Quand on pétrit la pâte, nous avons l’obligation de prélever la ‘hala, part de pâte destinée au prêtre.
Si l’on a l’intention de manger de deux sortes de pain, il est juste de prononcer la bénédiction sur le pain le plus important. La règle est la même pour toutes les bénédictions de jouissance (birkot ha-néhénin) : si l’on a, par exemple, deux pommes, il est préférable de dire la berakha sur la meilleure des deux ; ainsi, la bénédiction exprimera notre louange de la meilleure façon. A fortiori faudra-t-il agir ainsi pour le pain. Aussi, des règles nombreuses et détaillées ont-elles été enseignées, concernant l’ordre d’importance et de priorité entre différentes catégories de pain ; et c’est du cas du pain que nous déduisons les règles de préséance relatives aux autres aliments (cf. ci-après, chap. 9 § 9).
L’ordre d’importance est comme suit : un pain de blé a priorité sur un pain d’orge, parce que le blé est cité avant l’orge dans le verset relatif aux sept espèces végétales caractérisant la terre d’Israël[2] ; de même, son goût est prisé davantage.
Si l’on veut manger d’un petit pain entier, et d’un grand pain qui a commencé d’être tranché, il est préférable de dire la bénédiction sur le petit pain ; car l’entièreté du pain importe davantage que sa taille.
Autrefois, dans le cas où l’on voulait manger à la fois d’un pain complet et d’un pain « tamisé » (blanc), la directive était de prononcer la bénédiction sur le pain blanc, qui était considéré comme meilleur. Mais de nos jours, nombreux sont ceux qui tiennent le pain complet pour supérieur[3]. Par conséquent, si l’on apprécie davantage le pain complet, c’est sur lui que l’on dira la berakha ; et si l’on n’a de préférence pour aucun des deux, c’est sur le pain blanc qu’on la prononcera.
Quand on est en présence de deux pains d’égale valeur, et que l’un est plus grand que l’autre, il est préférable de dire la bénédiction sur le plus grand, car il a plus d’importance (Choul‘han ‘Aroukh 168, 1-4, Michna Beroura 15 ; Choul‘han ‘Aroukh 211, 1-2, Michna Beroura 33)[4].
[2]. Dt 8, 8.
[3]. Le pain appelé complet, de nos jours, est propre et tamisé. Il est bien plus fin que le « pain noir » de jadis, et semble généralement plus diététique que le pain blanc.
[4]. Voici la règle, telle que l’enseigne le Michna Beroura 168, 15 : 1) il faut donner la priorité à l’une des espèces apparaissant parmi les sept que cite le verset biblique. Parmi celles-là même, on donne priorité à celle qui apparaît plus tôt dans le verset ; aussi le blé a-t-il priorité sur l’orge, et l’orge sur les autres céréales. 2) Le pain entier a priorité sur le pain coupé. 3) Le pain « propre et tamisé » a priorité sur celui qui n’est pas tamisé. 4) Le grand a priorité sur le petit. Quand il y a concurrence entre les principes ici énumérés, c’est le principe précédent qui est préféré au suivant.
Un autre principe, subjectif, s’ajoute à ceux-là : le pain que l’on préfère a priorité sur les autres. Quand il y a contradiction entre la préférence que l’on éprouve et l’importance objective, telle qu’elle ressort de la règle ci-dessus exposée, il faut distinguer : si la plus grande importance de tel pain vient de ce qu’il est fait d’une des espèces citées au verset Dt 8, 8, ou de ce qu’il est entier, la majorité des décisionnaires estiment que ce pain, de blé ou d’orge, ou entier, a priorité sur celui que l’on aime davantage, comme l’expliquent le Choul‘han ‘Aroukh 211, 1-2 et le Michna Beroura 211, 4. Mais selon Maïmonide, c’est le pain que l’on préfère qui a priorité en tout état de cause. Quand il y a contradiction entre le pain préféré et celui qui aurait priorité en vertu des principes 3) et 4), il semble que le pain préféré l’emporte. Cf. ci-après, chap. 9 § 8-10, quant à l’ordre de priorité entre autres aliments.