Le pain est le principal aliment de l’homme. Nous voyons ainsi que Jacob notre père, en sa fuite devant Esaü, pria pour le pain, comme il est dit : « Jacob fit un vœu, disant : “Si Dieu est avec moi, qu’Il me garde en cette route où je marche, et qu’Il me donne du pain à manger et des vêtements à porter…” » (Gn 28, 20) De même, nous apprenons qu’au temps de la famine d’Égypte, lorsque les Égyptiens se tournèrent vers Joseph pour lui dire : « Procure-nous du pain ; pourquoi mourrions-nous face à toi ? » (ibid. 47, 15), ils étaient prêts à vendre tout ce qu’ils avaient contre du pain. Dans le même sens, lorsque Joseph sustenta la maison de son père, tout ce qu’il leur donnait était appelé « pain », comme il est dit : « Joseph nourrit de pain son père, ses frères et toute la maison de son père, selon le nombre des enfants. » (ibid. verset 12) Dans le livre de Daniel (5, 1), on dit aussi du roi Balthasar, lorsqu’il offrit un grand festin : « Il fit profusion de pain. »
Nous voyons donc que l’alimentation de l’homme, prise généralement, s’appelle lé‘hem (pain). C’est pourquoi la bénédiction Hamotsi inclut tous les aliments qui sont consommés pendant le repas, tels que la viande, le poisson, les pommes de terre, le riz, les lentilles, les fromages, les salades de légumes, les salades cuites, etc. Et même si, au cours du repas inauguré par le pain, on les mange seuls, sans les accompagner de pain, la bénédiction Hamotsi couvre tous ces aliments. En effet, cette bénédiction ne vise pas seulement le pain et ce qui l’accompagne véritablement[9], mais encore tout aliment destiné à rassasier. Car le propos essentiel du pain est précisément de rassasier ; aussi, tout ce qui est mangé pour procurer la satiété est considéré comme accessoire au pain, et est couvert par sa bénédiction. Il faut toutefois insister sur ce fait : pour que la bénédiction du pain inclue les autres aliments, même lorsqu’ils sont mangés seuls, il faut au moins avoir mangé la mesure d’un kazaït de pain, avant de consommer seuls les autres mets.
En revanche, les mets pris en tant que dessert (qinoua‘h), c’est-à-dire ces mets que l’on a l’habitude de consommer pour leur bon goût, et non pour se rassasier, comme les dattes, le raisin, la pastèque etc., ne sont pas couverts par la bénédiction Hamotsi. En effet, cette bénédiction s’applique seulement aux mets destinés à rassasier, et qui constituent la partie principale du repas, tandis que les desserts que l’on prend pour le supplément de goût qu’ils apportent, et que l’on a l’habitude de manger à la fin des repas, ou entre ceux-ci, forment un ajout au repas. Sur eux, il faut donc prononcer une bénédiction spécifique.
Aussi, celui qui mange des fruits de l’arbre au cours du repas doit-il réciter la bénédiction Boré peri ha’ets (« Béni sois-Tu… qui crées le fruit de l’arbre ») ; de même, si l’on mange de la pastèque, on dira la bénédiction Boré peri ha-adama (« … qui crées le fruit de la terre ») ; et si l’on mange de la glace, ou du pudding[10], on dira Chéhakol nihya bidvaro (« … par la parole de qui tout advint »). Tout cela vaut pour la bénédiction introductive. Mais s’agissant de la bénédiction conclusive, il n’est pas nécessaire d’en prononcer une qui soit spécifique à ces desserts, car le Birkat hamazon couvre l’ensemble des aliments qui ont été consommés pendant le repas, que ce soit au titre de la satiété ou au titre de l’agrément additionnel (Choul‘han ‘Aroukh 177, 1)[11].
Les boissons que l’on a l’habitude de consommer pendant le repas – eau, jus de fruits, alcools – sont couvertes par la bénédiction Hamotsi. Mais le vin, en raison de son importance, n’est pas couvert par cette bénédiction (cf. ci-après, chap. 7 § 3).
Le café et le thé, qu’il est d’usage de boire après avoir mangé, sont considérés comme faisant partie du repas, et sont donc couverts par la bénédiction Hamotsi. Mais les boissons alcoolisées que l’on boit comme digestifs à la fin du repas ne sont pas considérées comme incluses dans celui-ci ; on en récite donc la bénédiction[12].
[10]. Il s’agit de pudding israélien, sans pain ni farine.
[11]. Berakhot 41b : « Rav Papa a dit : “La règle est la suivante : les choses qui sont servies au titre du repas et au cours du repas ne requièrent pas de bénédiction, ni introductive, ni conclusive ; et celles qui ne sont pas servies au titre du repas, quoiqu’elles soient servies au cours du repas, requièrent une bénédiction introductive, mais point de bénédiction conclusive.” » Selon Rachi, par « choses servies au titre du repas », le Talmud vise les aliments mangés avec le pain, et c’est bien pourquoi ils sont couverts par la bénédiction du pain. Selon les autres Richonim, tous les aliments destinés à rassasier sont inclus dans la bénédiction Hamotsi (Méïri). Le Ritva explique cela en étendant le principe de ‘iqar (aliment principal) et tafel (aliment accessoire) : tous les aliments contribuant à la satiété deviennent accessoires au pain et sont « entraînés » à sa suite. C’est conformément à leurs paroles que tranche le Choul‘han ‘Aroukh 177, 1, qui ajoute, au paragraphe 4, que, même si l’on n’a pas porté son intention sur ces aliments au moment de réciter la bénédiction Hamotsi, celle-ci les couvre. Cependant, les A‘haronim expriment des doutes quant à la quantité de pain qu’il faut avoir mangé pour que le pain soit considéré comme principal ; cf. Michna Beroura 177, 3. Il est convenu, pour la majorité des A‘haronim, que la consommation d’un kazaït est suffisante à cette fin (Dagoul Mirevava, Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch 167, 1, Igrot Moché, Ora‘h ‘Haïm IV 41).
[12].> Le vin n’est pas inclus dans la bénédiction Hamotsi, comme l’explique le traité Berakhot 41b ; cf. ci-après, chap. 7 § 3. S’agissant des autres boissons, selon le Halakhot Guedolot, le Rid et d’autres autorités, la bénédiction Hamotsi ne couvre pas non plus leur consommation, et il faut, même pour l’eau, réciter la bénédiction Chéhakol. Selon eux, seule la bénédiction du vin inclut les autres boissons. La chose est semblable à ce que nous voyons le Chabbat : la bénédiction sur le vin, récitée pendant le Qidouch, couvre les boissons que l’on apportera ensuite pendant le repas. Face à cela, Rabbénou Tam, Rabbénou Yits‘haq, le Rachba, les disciples de Rabbénou Yona et de nombreux autres auteurs estiment que la boisson est « entraînée » par la consommation de nourriture solide. Aussi, la bénédiction Hamotsi inclut-elle les boissons. Telle est l’opinion de la majorité des décisionnaires, et telle est la coutume. (Certaines personnes ajoutent un supplément de perfection à leur pratique, en adoptant la parade proposée par le Choul‘han ‘Aroukh 174, 7, qui consiste à boire, avant le repas, une quantité inférieure à un revi‘it, de manière à inclure dans sa bénédiction toutes les boissons que l’on sera amené à consommer au cours du repas. Cf. Ben Ich ‘Haï, Nasso 5).
Selon le ‘Hayé Adam 43, 11, si l’on boit du café à la fin du repas, on devra dire la bénédiction Chéhakol, car ce café ne fait pas partie du repas. D’autres auteurs estiment qu’il ne faut pas réciter cette bénédiction, car cette boisson est accessoire au repas ; et tel est l’usage (cf. Michna Beroura 174, 39, Birkat Hachem III 10, 261).
Qu’en est-il des boissons alcoolisées prises au cours du repas ? Selon le Maharchal et le Levouch, elles requièrent une bénédiction ; selon le Maguen Avraham et le Choul‘han ‘Aroukh Harav, elles n’en requièrent point, puisqu’elles sont destinées à éveiller l’appétit, de sorte qu’il faut les considérer comme partie intégrante du repas. Mais si l’on boit des alcools à la fin du repas, la bénédiction est requise. En cas de doute, on s’abstiendra de la réciter. On peut échapper au doute en disant la bénédiction Haguéfen sur du vin – laquelle acquitte toutes les boissons. Et lorsqu’on récite le Qidouch, la bénédiction du vin inclut toutes les boissons que l’on consommera, jusqu’au Birkat Hamazon. Cf. Michna Beroura 174, 39, Béour Halakha ד »ה והמנהג.