Trois opinions se sont exprimées quant à la consommation d’aliments pétris et cuits au four, dont la bénédiction est Mézonot, et que l’on sert comme dessert au cours du repas. Certains estiment qu’il n’y a pas lieu de réciter sur eux la bénédiction Mézonot, puisqu’ils sont semblables au pain, et qu’ils rassasient même, de sorte qu’ils font partie intégrante du repas, et sont couverts par la bénédiction Hamotsi (Rachba). D’autres en revanche pensent que, puisqu’ils sont consommés en tant que dessert, et non pour rassasier, ils ne font pas partie du repas ; aussi, la bénédiction Hamotsi ne les couvre point, et il faut réciter sur eux la bénédiction Mézonot (Tossephot). D’autres encore estiment que la chose est douteuse, et que, puisqu’il est de principe de s’abstenir en cas de doute portant sur une berakha, celui qui mange de tels aliments au cours du repas s’abstiendra d’en dire la bénédiction (‘Hida).
En pratique, si l’on veut manger des aliments mézonot au cours du repas, on devra décider pour soi-même comment on considère leur consommation : si l’on décide qu’ils font partie du repas, on arrêtera en son esprit que la bénédiction Hamotsi couvre tous les aliments mézonot que l’on mangera au cours de ce repas ; dès lors, on ne récitera pas la bénédiction Mézonot. Si l’on décide que la consommation de ces aliments vaut comme dessert, on conviendra en son esprit que la bénédiction Hamotsi ne couvre pas les aliments mézonot ; dès lors, on récitera sur ces derniers la bénédiction Mézonot. Tant que l’on n’a pas décidé, on s’abstiendra, en raison du doute, de dire cette bénédiction ; et si l’on souhaite apporter à sa pratique un supplément de perfection, on s’abstiendra de manger de ces aliments au cours du repas[15].
Quant aux produits mézonot bouillis, ou frits dans un bain d’huile, et que l’on sert comme dessert (par exemple des Bissli) : puisqu’ils ne ressemblent pas au pain – le pain, en effet, est cuit au four, quand ces produits sont bouillis –, on prononce sur eux, quand on les mange comme dessert, la bénédiction Mézonot. En revanche, pour des beignets servis à la fin du repas comme dessert, quoiqu’ils soient cuits dans l’huile, on ne dit pas la bénédiction Mézonot ; en effet, certains décisionnaires estiment que les beignets sont couverts par la bénédiction Hamotsi, puisque leur pâte ressemble à celle du pain (cf. ci-après, chap. 6, note 9). De plus, les beignets rassasient fortement ; dès lors, leur consommation s’associe au propos général du repas ; or tous les aliments du repas proprement dit sont inclus dans la bénédiction Hamotsi. Simplement, puisqu’il y a doute en la matière, il est préférable, a priori, de les manger en dehors d’un repas fait sur du pain ; on dira alors les bénédictions Mézonot et ‘Al hami‘hia.
[15]. Cf. ci-après, chap. 6 § 2, où il est dit qu’il existe trois compréhensions de ce que l’on appelle pat habaa békhissanim [littéralement : « pain poché »] : a) pâtisserie fourrée ; b) pâtisserie pétrie avec un ingrédient qui lui donne un goût autre que celui du pain ; c) pâtisserie craquante. De l’avis de nombreux auteurs (Tossephot, Mordekhi, Chibolé Haléqet, Maguen Avraham 168, 22, Touré Zahav 10, Maamar Mordekhaï), si l’on mange l’une quelconque de ces catégories de pâtisserie pendant le repas, en tant que dessert, on devra dire la bénédiction Mézonot. Certains décisionnaires contemporains tranchent en ce sens, en pratique (Rav Mordekhaï Elyahou).
Face à cela, le Rachba (sur Berakhot 41b) et plusieurs autres Richonim estiment que, en tout état de cause, on s’abstiendra de réciter la bénédiction, au cours du repas, de l’une quelconque des catégories de pâte considérées comme pat habaa békhissanim – c’est-à-dire des mets cuits au four dont la bénédiction est Mézonot – : puisque ces aliments rassasient, ils s’adjoignent au propos général du repas et sont couverts par la bénédiction Hamotsi. Dans le même sens, nous voyons que, lorsqu’on mange (en dehors d’un repas pris avec du pain) une part de pat habaa békhissanim dans une quantité telle qu’il y a lieu de considérer que l’on est qovéa’ sé‘ouda, c’est-à-dire que l’on a « fixé son repas » sur cet aliment, sa bénédiction sera Hamotsi. Dans ces conditions, il y a lieu de dire que, dans le cas même où l’on mange une telle pâtisserie au cours d’un repas servi avec du pain, elle s’adjoint à la « fixation du repas » établie par la consommation du pain, et sa bénédiction sera Hamotsi.
Il existe une autre opinion, centrale, d’après laquelle chacune des trois catégories de pat habaa békhissanim est distincte des autres ; si bien que, pour chaque sorte de mets mézonot que l’on prendra comme dessert, certains décisionnaires penseront qu’il faut dire la bénédiction Mézonot, tandis que d’autres estimeront que la bénédiction est Hamotsi. Aussi, lorsqu’on les mangera seuls, en dehors d’un repas fait avec du pain, on dira Mézonot en raison du doute ; et quand on les mangera au cours d’un repas fait avec du pain, ils seront couverts, toujours en raison du doute, par la bénédiction Hamotsi. Pour une pâtisserie dans laquelle se vérifient les trois définitions de pat habaa békhissanim – comme, par exemple, le baklava –, il faut réciter Mézonot pendant le repas (Choul‘han ‘Aroukh 168, 7, tel que l’expliquent le Dagoul Mérevava, le ‘Hayé Adam, Rabbi Aqiba Eiger et le Béour Halakha 168, 8 ד »ה טעונים).
En pratique, nombre d’auteurs écrivent que, en raison du doute, il n’y a pas lieu de dire, pendant un repas fait sur du pain, la bénédiction Mézonot, pour une pâtisserie qui ne rassemblerait pas les trois caractéristiques exposées ci-dessus (telle est l’instruction donnée par le Chévet Halévi et par le Rav Ovadia Yossef). Pour sortir du doute, il est juste de ne pas manger d’aliments mézonot pendant un repas fait sur du pain (‘Hida). Si l’on en mange, il est bon de former l’intention expresse de les inclure dans la bénédiction Hamotsi (‘Hayé Adam 43, 9). On peut aussi échapper au doute en récitant la bénédiction Mézonot sur des produits mézonot bouillis, que l’on mange comme dessert (comme les Bissli).
L’Or lé-Tsion (II 12, 10 et note) donne un autre conseil : former l’intention expresse, au moment où l’on dit la bénédiction Hamotsi, de ne pas inclure en elle les gâteaux qui seront servis comme dessert à l’intérieur du repas ; ainsi, quand des gâteaux seront servis, on récitera la bénédiction Mézonot ; cf. Har‘havot.
Quant à ce que nous retenons en pratique dans le corps de texte, nous y incluons les trois opinions. En effet, la pratique la plus parfaite consiste à sortir de tout doute en s’abstenant de manger des gâteaux cuits au four à l’intérieur d’un repas accompagné de pain. Si pourtant on veut en manger, et que l’on n’ait pas décidé ce que sont ces gâteaux à nos yeux, on n’en dira point la bénédiction ; mais il est juste de décider de manière permanente si, à nos yeux, ces gâteaux constituent un dessert, auquel cas on dira la bénédiction Mézonot, ou bien s’ils sont une partie du repas concourant à la satiété, cas dans lequel on ne dira pas de bénédiction.