Même si l’on a pasteurisé ou cuit le vin, sa bénédiction reste Haguéfen, car la cuisson ne change pas sa nature.
De même, si l’on y a ajouté du sucre, du miel ou d’autres ingrédients aromatiques, comme il est habituel d’ajouter aux vins du type Konditon[c], la bénédiction est Haguéfen, puisque le vin est le principal et que les autres ingrédients servent seulement à y ajouter du goût (Choul‘han ‘Aroukh 202, 1). Pour du vermouth bu pour le plaisir, on dira également Haguéfen, puisque le principal est le vin, tandis que les épices sont destinées à en modifier le goût (Béour Halakha ad loc.)[5].
Quant au jus de raisin, bien qu’il n’enivre ni ne réjouisse, il bénéficie lui aussi du statut de vin, puisque, comme lui, il est produit à partir du fruit de la vigne ; sa bénédiction est donc Haguéfen (Choul‘han ‘Aroukh 202, 1) ; et de même, sa bénédiction inclut toutes les autres boissons. Si l’on ajoute de l’eau au jus de raisin, ses bénédictions restent Haguéfen et ‘Al haguéfen, tant que l’eau est minoritaire[6].
[c]. Vins cuits sucrés, non bouchés, très simples.
[5]. Il est vrai que certains Guéonim, ainsi que Maïmonide, estiment que l’on ne saurait faire le Qidouch sur du vin cuit, et que la bénédiction de celui-ci est Chéhakol. C’est aussi ce qu’écrit le Rif dans un responsum. Mais la majorité des Richonim pensent que le vin cuit a bien le statut de vin, et c’est en ce sens que tranche le Choul‘han ‘Aroukh 202, 1. Cf. Ye‘havé Da’at II 35, selon qui, pour ceux-là même qui pensent que la bénédiction d’un tel vin est Chéhakol, on est quitte si l’on a dit Haguéfen, puisque l’on n’aura rien dit de faux. De plus, selon le Tachbets I 85, il se peut que, pour les Guéonim, ce soit seulement pour un vin très cuit, au point d’être devenu semblable à du miel, que l’on dit Chéhakol ; mais que, pour un vin cuit quelque peu, les Guéonim eux-mêmes eussent convenu que la bénédiction reste Haguéfen. Cf. Pniné Halakha – Les Lois de Chabbat I 6, 4.
[6]. Puisque le goût du jus de raisin est puissant, et qu’il ne change pas beaucoup après adjonction d’eau, celle-ci est considérée comme annulée dans le mélange, tant qu’elle reste minoritaire ; la règle est la même que celle du vin (exposée au paragraphe précédent ; cf. Or lé-Tsion II 20, 18).
Dans le cas même où le jus de raisin a subi une pasteurisation, au point qu’il ne pourrait plus fermenter, son statut reste celui de vin, puisqu’il vient du fruit de la vigne et qu’il garde, à ce titre, une importance particulière. De plus, la bénédiction Haguéfen s’appliquait à cette boisson dès l’étape où elle pouvait encore fermenter, comme le notent le Min‘hat Chelomo I 4 et d’autres A‘haronim. (On trouve cependant un auteur qui émet des doutes à ce sujet ; cf. Vézot Haberakha, Bérourim 26-2, 34).