Puisque le pain entier a plus d’importance, il convient de réciter sur lui la bénédiction, tant qu’il est entier. Cependant, d’un autre côté, il est juste d’enchaîner la bénédiction Hamotsi à la consommation ; or si l’on disait la bénédiction sur un pain entier, on serait contraint d’attendre, après l’avoir dite, d’avoir tranché le pain pour pouvoir en manger. Par conséquent, nos sages prescrivent, avant de dire la bénédiction, de commencer à couper le pain, de manière telle que la tranche reste encore attachée à la majorité du pain, et que, si l’on tenait le pain par le petit côté, on pourrait encore soulever l’ensemble. En ce cas, le pain est encore considéré comme entier, et cependant, tout de suite après avoir récité la bénédiction, on pourra terminer de le trancher puis le manger.
Tout cela vaut dans le cas d’un pain qui requiert un certain temps pour être coupé ; mais si l’on se propose de manger d’un petit pain ou d’une pita, qui se tranchent aisément et rapidement, on ne commencera pas à trancher avant la bénédiction, mais seulement après (Choul‘han ‘Aroukh 167, 1, Béour Halakha, passage commençant par Vé-tsarikh).
Le Chabbat, on ne commencera pas à trancher le pain avant d’avoir dit la bénédiction, car c’est une mitsva que de réciter celle-ci, le Chabbat, précisément sur deux pains entiers ; or, si l’on commençait à couper, le pain ne serait plus parfaitement entier (cf. Rema 167, 1 ; de nombreux auteurs écrivent qu’il faut marquer l’endroit où l’on tranchera : Baït ‘Hadach, Maharchal, Michna Beroura 274, 5).
On tranchera le pain à un endroit où il est bien cuit, afin que la louange qu’exprime la bénédiction s’applique au meilleur endroit du pain. De nos jours, les pains sont cuits de manière égale ; on peut donc trancher en tout endroit du pain (Choul‘han ‘Aroukh 167, 1)[5].
Tout de suite après la bénédiction, on mangera de ce pain. Si, enfreignant la règle, on a parlé avant de commencer à manger, ne serait-ce que pour dire un mot, on a perdu le bénéfice de la bénédiction, puisque l’on s’est interrompu par une parole. Il faut donc répéter la bénédiction afin de pouvoir manger. Si la transgression a seulement consisté à parler après avoir introduit le pain dans sa bouche, on ne répétera pas la bénédiction Hamotsi (cf. ci-après, chap. 9 § 3).
Si l’on a parlé, entre la bénédiction et la consommation de la première bouchée de pain, d’un sujet lié à la nourriture – par exemple, si l’on a demandé du sel, ou un couteau, ou si l’on a demandé qu’il soit donné du pain à un invité –, on n’aura certes pas procédé conformément à la règle ; mais puisque cette parole portait sur un sujet lié à la consommation, elle ne fait pas écran entre la bénédiction et celle-ci. On ne devra donc pas répéter la berakha (Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 167, 6).
Il est bon de manger, tout de suite après la berakha, la quantité d’un kazaït de pain, sans s’interrompre, afin de donner de l’importance à la bénédiction Hamotsi. Toutefois, quand c’est nécessaire, il est permis de parler tout de suite après avoir avalé une petite bouchée de pain[6].
[6]. Il est bon de manger son kazaït sans s’interrompre, comme le rapporte le Michna Beroura 167, 15. Cette règle est particulière à la bénédiction Hamotsi, et s’explique tant par l’honneur dû à cette bénédiction que, selon certains décisionnaires (cf. ci-dessus, chap. 2 § 6), par les règles gouvernant la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm. Elle s’explique encore par la nécessité de fixer son repas (liqboa’ sé‘ouda) sur le pain et de s’acquitter par-là de toute bénédiction sur les autres aliments (Dagoul Mirevava ; cf. ci-après, § 6).