À l’époque des sages du Talmud, il existait une coutume dite A‘har ha-sé‘ouda (« après-repas ») consistant à décider, à un moment donné, de l’achèvement total du repas. Mais dès lors que l’on avait pour intention de rester assis en compagnie des autres convives, on différait la récitation du Birkat hamazon. Et s’il était apporté d’autres aliments, leur consommation était considérée comme entièrement distincte de celle du repas principal ; de sorte que l’on devait, pour cette consommation annexe, dire la bénédiction initiale et la bénédiction finale. Après cela, on s’acquittait du reste de son obligation en récitant le Birkat hamazon.
Cependant, de nos jours, il n’est plus d’usage, jusqu’au moment où l’on s’apprête à réciter le Birkat hamazon, de considérer le repas comme entièrement achevé. En effet, tant que nous n’avons pas récité le Birkat hamazon, il y a encore une possibilité que nous mangions du pain[16] (Choul‘han ‘Aroukh 177, 2). Et même si l’on a changé la nappe, on considère encore que l’on se trouve « à l’intérieur du repas », puisqu’il se peut encore que l’on veuille manger du pain. De même, lors des repas de mariage, lorsque les serveurs débarrassent les tables pour terminer leur travail, les invités ne souhaitent pas considérer leur repas comme achevé avant que le moment ne soit venu de réciter le Birkat hamazon ; il se peut même qu’ils veuillent encore manger du pain ou quelque autre aliment, s’il leur en est servi. Aussi, de nos jours, la règle d’A‘har ha-sé‘ouda ne s’applique plus. Et si des desserts sont servis, on en récite la bénédiction initiale, mais non la bénédiction finale (comme nous l’avons vu ci-dessus, § 6-7)[17].
[16]. Ou quelque autre mets.
[17]. Selon Tossephot, le Roch, le Mordekhi et d’autres auteurs (commentant Berakhot 41b), la règle dite d’A‘har ha-sé‘ouda s’applique lorsqu’on a décidé de « retirer ses mains du pain ». Selon les disciples de Rabbénou Yona, le Rachba et le Or‘hot ‘Haïm, la règle s’applique lorsque « la table est ôtée de devant soi ». (On peut soutenir que ces différents auteurs ne se contredisent pas, mais que le retrait de la table est le signe de ce que l’on n’a plus l’intention de manger du pain. Cf. Béour Halakha 177, 2 ד »ה שאין, où il est dit que les Richonim sont partagés sur la question de savoir si c’est pour tous les types d’aliment que l’on doit dire, entre la « fin » du repas et le Birkat hamazon, les bénédictions initiale et finale.)
Mais en pratique, de nombreux Richonim estiment que la règle d’A‘har ha-sé‘ouda ne s’applique pas « en nos contrées » (Tossephot, Rachba, disciples de Rabbénou Yona, Roch et de nombreux autres). Malgré cela, le Beit Yossef écrit, en se référant à l’opinion du Tour – et tel est aussi l’avis du Levouch et de ceux qui partagent sa thèse –, que, lors des grands repas festifs, la règle d’A‘har ha-sé‘ouda s’applique. Selon le Baït ‘Hadach, en revanche, même lors de grands repas festifs, cette règle n’est pas en usage, comme il le déduit des termes du Choul‘han ‘Aroukh 177, 2, lequel ne mentionne pas de distinction entre petits et grands repas.
Le Maguen Avraham 7 écrit, se fondant sur les disciples de Rabbénou Yona, que, dans la mesure où il n’y a plus, de nos jours, de retrait de la table à la fin du repas, la coutume d’A‘har ha-sé‘ouda ne s’applique plus, quoique l’on ait terminé de manger. Certains soutiennent que le retrait de la nappe est, de nos jours, du même ordre que le retrait de la table jadis (Birkat Hachem III 10, note 264) ; d’autres estiment que cela ne peut se comparer au retrait de la table (Or lé-Tsion II 12, 13). Pour le Kaf Ha‘haïm 14, même si l’on enlevait la table, la coutume d’A‘har ha-sé‘ouda ne serait plus en usage de nos jours. À notre humble avis, puisqu’il a été décidé, en raison du doute, que la règle d’A‘har ha-sé‘ouda ne s’appliquait plus, la pensée est ancrée dans nos esprits que nos repas, même quand ils durent très longtemps, ne s’achèvent pas entièrement avant la récitation du Birkat hamazon. Dès lors, on peut dire avec certitude que la coutume d’A‘har ha-sé‘ouda ne s’y applique pas.