10. Jusqu’à quand la bénédiction Hamotsi est efficace

La bénédiction Hamotsi, récitée sur le pain, inclut tous les aliments et toutes les boissons que l’on a l’habitude de consommer lors du repas. Même si celui-ci se prolonge pendant des heures, la bénédiction Hamotsi, prononcée au début du repas, couvre l’ensemble des aliments que l’on y consomme.

Si l’on a décidé de manière définitive que l’on terminait là son repas, puis que l’on se soit ravisé et que l’on veuille à présent manger encore, les décisionnaires sont partagés : doit-on répéter la bénédiction Hamotsi avant de continuer à manger ? Afin d’échapper au doute, il est juste de s’abstenir de poursuivre son repas. Si l’on souhaite, après le Birkat hamazon, manger et boire de nouveau, on dira les bénédictions afférentes à ce nouveau repas, avant et après[18].

Si l’on a déjà procédé à la « dernière ablution » (mayim a‘haronim[19]), on est considéré comme ayant commencé le Birkat hamazon. Par conséquent, même si l’on se ravise et que l’on veuille manger davantage, on devra réciter tout d’abord le Birkat hamazon. Si l’on veut manger et boire ensuite, on dira les bénédictions correspondantes, introductives et conclusives (Choul‘han ‘Aroukh 179, 1)[20].

Selon toutes les opinions, un invité, qui pensait que le repas était terminé, et qui en son for intérieur s’est déjà décidé à ne pas manger davantage, pourra néanmoins, si on lui sert d’autres mets, continuer de manger sans avoir à réciter de bénédiction introductive ; cela, parce que l’invité s’en remet aux intentions de son hôte. La règle est semblable pour un homme qui, en matière alimentaire, s’appuie sur son épouse, ou pour les pensionnaires d’une cantine, qui se fient à la direction de la cuisine. Néanmoins, si l’invité a décidé en son for intérieur que, dans le cas même où on lui servirait d’autres mets, il ne mangerait pas davantage, et qu’il change ensuite d’avis et souhaite manger encore, il sera juste qu’il s’abstienne de manger et de boire : il dira le Birkat hamazon (Choul‘han ‘Aroukh 179, 2).

Si, au milieu de son repas, on s’est interrompu pour prier, on n’aura pas besoin de redire la bénédiction introductive quand on reprendra le repas. En effet, on n’aura pas détourné son esprit de l’idée de poursuivre son repas (Choul‘han ‘Aroukh 178, 6). Si l’on s’est assoupi au cours du repas, même pendant une heure, cela n’est pas considéré comme une interruption : lorsqu’on se remettra à manger, on n’aura pas à redire la bénédiction introductive. Mais si l’on est allé faire une sieste en bonne et due forme (chénat qéva’, « somme régulier »), sur son lit, pendant plus d’une demi-heure, on est semblable à celui qui aurait détourné son esprit du repas ; à son retour, on devra donc procéder de nouveau à l’ablution des mains, assortie de sa bénédiction, et redire la bénédiction introductive avant de manger (Choul‘han ‘Aroukh 178, 7, Michna Beroura 48 ; cf. ci-dessus, chap. 2 § 16, note 11).

Si l’on avait pour intention de manger des aliments que l’on a chez soi, puis que des amis arrivent au milieu du repas, apportant des victuailles supplémentaires, ou que, après avoir terminé de manger de ce que l’on avait chez soi, on se ravise et que l’on demande à ses proches de faire venir d’autres mets de tel magasin, ou de chez ses voisins, on devra réciter la bénédiction introductive de ces aliments supplémentaires, puisque l’on n’avait évidemment pas l’intention de les inclure en sa bénédiction Hamotsi lorsqu’on a récité celle-ci (Michna Beroura 174, 18).


[18]. Selon Maïmonide – et c’est aussi ce qui ressort des propos du Roch (cf. Béour Halakha 179, 1 ד »ה ואפילו) –, dès lors que l’on a décidé que notre repas est terminé, la bénédiction Hamotsi, prononcée au début du repas, n’est plus efficace ; si l’on veut donc poursuivre son repas, on devra redire la bénédiction Hamotsi avant de manger. Selon les disciples de Rabbénou Yona et le Ran, puisqu’il est fréquent que l’homme décide de cesser de manger puis change d’avis, celui qui souhaite reprendre son repas n’a pas besoin de redire, avant cela, la bénédiction. Bien que la majorité des décisionnaires pensent comme Maïmonide, le cas est douteux ; par conséquent, en pratique, celui qui veut poursuivre son repas ne redira pas la bénédiction. Toutefois, a priori, il est préférable de ne pas continuer son repas, cela afin de ne pas entrer dans un cas de doute (cf. Béour Halakha 179, 1 ד »ה אין).

 

Il n’y a pas de différence à faire, de nos jours, entre la consommation solide et la boisson prise au cours d’un repas accompagné de pain : celui-là même qui décide de cesser de boire est encore susceptible de changer d’avis, de sorte que, en raison du doute, il ne pourra redire la bénédiction initiale sur la boisson (cf. Har‘havot). Ce n’est que dans le cas où l’on s’est vu contraint d’interrompre son repas, par exemple si l’on est attendu dehors par un taxi, que l’on est considéré comme ayant absolument arrêté en son esprit de ne plus manger ni boire davantage.

 

[19]. Il est d’usage, avant le Birkat hamazon, de verser un peu d’eau sur les phalanges externes des doigts ; cf. ci-après, chap. 4 § 9-10.

 

[20]. Quand on a déjà fait mayim a‘haronim, certains décisionnaires (Tossephot, Roch, Tour, Rabbénou Yerou‘ham et d’autres, comme le rapporte le Cha‘ar Hatsioun 179, 5-6), estiment que, si l’on se ravise et que l’on souhaite continuer à manger, on devra réciter la bénédiction introductive, puis on pourra manger. Il n’est pas à craindre que cette bénédiction soit vaine (berakha lévatala), car les disciples de Rabbénou Yona et le Ran eux-mêmes reconnaîtraient que mayim a‘haronim est la nette manifestation d’une volonté de cesser son repas. Toutefois, le Baït ‘Hadach et le Maguen Avraham écrivent qu’il ne faut pas agir ainsi, et c’est aussi l’opinion du Béour Halakha (179, 1 ד »ה עד). En effet, selon certains des plus grands Richonim (Rachi, Rachbam, Or Zaroua’, Maïmonide, Raavad, Rachba, Rabbi Aaron Halévi), après mayim a‘haronim, on est considéré comme ayant pris sur soi de commencer le Birkat hamazon ; aussi est-il interdit de poursuivre sa consommation, même si l’on dit la bénédiction introductive avant cela.

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