Chapitre 07- Repas de Chabbat et de Mélavé malka

01. La mitsva des repas sabbatiques

Nos sages ont enseigné : « Quiconque prend trois repas le Chabbat est préservé de trois types de calamités : les souffrances précédant la venue du Messie, la peine de la géhenne et la guerre de Gog et Magog » (Chabbat 118a). Ils disent encore : « Quiconque fait du Chabbat un délice est préservé de la servitude à l’égard des nations » (ibid. 118b). Cela signifie que, si nous n’avions le Chabbat, nous serions totalement asservis au joug matériel de ce monde. Nous peinerions, nous fatiguant sans cesse afin de maintenir notre corps et de pourvoir à ses plaisirs, oubliant notre âme divine, et il serait bien difficile de nous élever aux idéaux divins. Nos aspirations spirituelles seraient entravées, réduites au silence ; partant, nous sombrerions dans tous les défauts et les défaillances que renferme le monde, lesquels entraînent les plus dures calamités. Mais quand on a le mérite de se relier, de tout son être, au Chabbat, par l’esprit et par le corps, par l’étude de la Torah, la prière, mais aussi par les délices sabbatiques et par le repos, on s’élève au-delà des manques affectant ce monde, vers le monde de l’éternité, qui est entièrement bon. Dès lors, on est préservé de toutes les calamités du monde.

Le monde matériel, grossier, est rempli d’entraves qui empêchent la lumière divine de se révéler, et l’âme de se réaliser. Mais qui fait du Chabbat son délice, par l’étude de la Torah, la prière et de bons repas, relie le corps à sa racine spirituelle, et la matérialité devient elle-même l’instrument de l’âme et de la sainteté sabbatique. Alors les limites et les entraves propres au monde matériel s’effacent, le cœur s’amende, et en lui s’accomplissent les paroles des sages : « Quiconque fait du Chabbat son délice, on exauce tous les souhaits de son cœur » (Chabbat 118b).

Grâce à l’honneur que l’on fait au Chabbat en ayant une maison ordonnée et en prenant les repas du saint jour, la matière se relie à sa racine spirituelle, ce qui attire à elle la bénédiction. Nos sages disent à ce propos que celui qui honore le Chabbat mérite la richesse (Chabbat 119a). Ils enseignent encore, à ce propos : « Quiconque fait du Chabbat son délice, on lui donne un héritage sans limite, comme il est dit : “Si tu retiens ton pas, le Chabbat, t’abstenant de te livrer à tes affaires en mon saint jour, et que tu appelles le Chabbat délice, honoré le jour saint de l’Eternel… alors tu te délecteras en l’Eternel, Je te ferai chevaucher sur les hauteurs de la terre et te nourrirai de l’héritage de Jacob ton père, car c’est la bouche de l’Eternel qui l’a annoncéˮ (Is 58, 13-14) » (Chabbat 118a). Or l’héritage de Jacob est sans limite.

Au premier abord, il est très facile de faire du Chabbat un objet de délice en prenant de bons repas ; pourquoi donc nos sages ont-ils tant insisté sur la récompense attachée à cela ? Tout le monde n’aime-t-il pas manger et se réjouir ? Cependant, la mitsva consiste à se délecter du Chabbat, et non dans la jouissance de son palais ou de son ventre ; c’est-à-dire que l’on savoure ces repas en pleine conscience de la sainteté du Chabbat, de façon que, par lesdits repas, se renforce le désir d’accroître l’étude de la Torah et l’observance des mitsvot. Si l’on a le mérite de se délecter ainsi du Chabbat, de relier la joie corporelle à l’élévation de l’âme, on est récompensé par la sainteté et la bénédiction, dans ce monde-ci et dans le monde futur.

Bien que le Chabbat et les jours de fête se ressemblent, il y a entre eux une différence. La mitsva du Chabbat consiste en la délectation, tandis que celle du Yom tov (jour de fête) est la joie. La différence est que la joie est manifeste, elle se voit de l’extérieur ; aussi est-ce une mitsva, les jours de Yom tov, que de manger de la viande et de boire davantage de vin. La délectation, elle, est intérieure, profonde et délicate, si bien que la mitsva de manger est, le Chabbat, plus délicate aussi, et si l’on ne trouve pas tellement de plaisir dans la viande et le vin, on peut se délecter d’autres aliments. C’est peut-être pour cela que le poisson caractérise davantage les mets de Chabbat, car son goût est raffiné, profond[1].


[1]. La notion du délice propre au Chabbat a pour source biblique Is 58, 13 ; elle est expliquée en Chabbat 118a et en Pessa’him 68b, comme l’écrivent le Méïri et le Rachba (Berakhot 49b). Tandis qu’au sujet du Yom tov, il est dit : « Tu te réjouiras en ta fête » (Dt 16, 14), comme expliqué en Pessa’him 109a ; Maïmonide (Yom tov 6, 17-18) rapporte que la joie s’établit par la consommation de viande et de vin.Le ‘Hatam Sofer (Ora’h ‘Haïm 168) précise que la différence tient à ce que, les jours de fête, si l’on mange sans appétit et que la viande soit néanmoins savoureuse à son palais, on accomplit ce faisant la mitsva de se réjouir ; le Chabbat en revanche, si l’on n’a pas d’appétit, on n’accomplit pas la mitsva du ‘oneg, la délectation. De plus, celui qui éprouverait un plaisir corporel à jeûner accomplirait par le jeûne la mitsva de se délecter le Chabbat (Choul’han ‘Aroukh 288, 2), tandis qu’il n’accomplirait pas la mitsva de se réjouir les jours de fête. La différence entre délice sabbatique et joie festive se traduit aussi par le fait que la joie des jours de fête, joie manifeste, interrompt les sept jours de deuil observés à l’occasion de la perte d’un proche parent ; tandis que le Chabbat, qui se caractérise par le délice intérieur, n’interrompt pas le deuil (Cheïltot, ‘Hayé Sarah 15). Toutefois, certains auteurs estiment qu’il y a également une mitsva de se réjouir le Chabbat (Aboudraham, se fondant sur le Sifré). Cf. Har’havot.

02. Domaine de la mitsva

Par les repas (sé’ouda, plur. sé’oudot) de Chabbat, ce sont deux mitsvot que nous accomplissons. La première est celle du ‘oneg Chabbat (délectation sabbatique), comme il est dit : « Tu appelleras le Chabbat délice » (Is 58, 13) ; cette mitsva s’accomplit essentiellement par les repas, mais ce que l’on mange entre les repas y participe également, ainsi que le sommeil. La seconde mitsva est proprement celle de prendre trois repas, les jours de Chabbat, obligation que nos sages tirent d’allusions contenues dans certains versets (Chabbat 117b)[2].

Le premier repas se prend le soir de Chabbat, le deuxième le matin, avant le midi solaire (‘hatsot hayom), et le troisième peut se prendre depuis la demi-heure qui suit le midi solaire, jusqu’au coucher du soleil. Si l’on prend son troisième repas (sé’ouda chelichit) avant cela, on n’est pas quitte (Choul’han ‘Aroukh 291, 2). Si l’on n’a pas pris son premier repas le soir de Chabbat, on prendra trois repas dans la journée. Si l’on n’a pas eu le temps de prendre son deuxième repas avant le milieu du jour, on prendra deux repas après le milieu du jour, car certains décisionnaires estiment que le fait de n’avoir pas respecté les horaires des repas de Chabbat ne fait pas échec à la validité de ceux-ci ; a posteriori, il y a lieu de s’appuyer sur leur avis (Halakhot Guedolot, Rama 291, 1).

La partie essentielle du repas est constituée par le pain, car c’est l’aliment le plus important ; c’est aussi une obligation que de préparer, pour les différents repas, de bons mets, qu’on a d’ordinaire plaisir à manger. À l’époque des sages du Talmud, de mémoire bénie, certaines personnes trouvaient leurs délices dans un plat d’épinards, de grands poissons et de têtes d’ail ; par conséquent, c’était alors une mitsva que d’en préparer pour Chabbat (Chabbat 118b, Michna Beroura 242, 1). Dans la mesure où la majorité des gens se délectent de viande, de vin et de fruits savoureux, les décisionnaires recommandent d’en servir en quantité (Choul’han ‘Aroukh 250, 2). Celui qui ne trouverait pas de plaisir dans la viande et le vin préparera, en vue des repas de Chabbat, les plats qu’il affectionne.

De l’avis des A’haronim, se fondant sur la Kabbale, c’est une mitsva que de manger du poisson à chacun des trois repas. Plusieurs allusions sont trouvées à l’appui de cette recommandation : les poissons symbolisent la bénédiction ; ils évoquent de plus une idée profonde : l’eau les recouvre, et le mauvais œil ne règne pas sur eux. Toutefois, si l’on n’a pas de plaisir à manger du poisson, on n’y est pas obligé (Maguen Avraham 242, 1).

Limiter sa consommation est, il est vrai, une bonne attitude dans la vie ; mais le Chabbat, c’est une mitsva que de manger abondamment, ce qui ne s’assimile pas à de la gloutonnerie puisque cette consommation répond à une mitsva (Chabbat 117b ; Choul’han ‘Aroukh 274, 2, Michna Beroura 6) ; cela, à condition de ne pas trop manger, car une consommation excessive apporte fatigue et tristesse. Ceux qui mangent de façon gloutonne, emplissent leur ventre, se fatiguent, s’endorment et n’étudient point la Torah ; ceux-là n’ont aucunement part à la mitsva : ce n’est pas du Chabbat qu’ils font un objet de délice, mais de leur gorge seulement (Chné Lou’hot Habrit, Chabbat, Ner Mitsva 37 ; cf. supra 5 § 3).

Il est interdit de jeûner le Chabbat, même une seule heure. Même si l’on n’a pas l’intention de jeûner, mais qu’en pratique on n’ait rien mangé du matin jusqu’à la fin de la sixième heure solaire, on transgresse l’interdit du jeûne, en plus de retarder son deuxième repas, qui ne sera pas pris en son temps (Choul’han ‘Aroukh et Rama 288, 1).

Un malade qui n’éprouve pas d’appétit n’est pas obligé de manger copieusement lors des repas de Chabbat. Puisque manger a pour but de procurer de la délectation, quiconque n’éprouve aucun délice n’a pas besoin de faire des repas copieux. On s’efforcera néanmoins de manger un peu plus que la mesure d’un kabeitsa (volume d’un œuf environ) de pain. S’il est difficile au malade de manger la mesure d’un kabeitsa, il mangera au moins un kazaït (volume de la moitié d’un œuf). Si même une si faible quantité le fait souffrir, le malade ne mangera pas du tout (Choul’han ‘Aroukh 288, 2 ; 291, 1)[3].


[2]. Selon le Séfer Ha’hinoukh 297, la mitsva du ‘oneg Chabbat est rabbinique, car sa source est un verset d’Isaïe (58, 13) [et non du Pentateuque], or l’obligation qui découle de paroles des prophètes est de même rang qu’une mitsva rabbinique. Selon Na’hmanide, la mitsva du ‘oneg Chabbat est toranique, comme il est dit : « Le septième jour sera un Chabbat solennel, une convocation sainte », or le terme convocation sainte (miqra qodech) porte en lui la notion d’honorer le Chabbat par de bons mets et par des vêtements nets. Le Michna Beroura 242, 1 cite ces sources. De cette controverse dépend le fait de savoir si l’interdit de jeûner pendant Chabbat est toranique ou rabbinique. Cf. Béour Halakha 288, 1.

 

La mitsva de prendre trois repas est, pour la majorité des décisionnaires, rabbinique. Nos maîtres trouvent à cette obligation un appui scripturaire dans le fait que le mot היום (aujourd’hui) apparaît trois fois en Exode 16, 25 au sujet de la manne : « Moïse dit : “Mangez-la aujourd’hui, car aujourd’hui est jour de Chabbat, consacré à l’Eternel ; aujourd’hui, vous ne la trouverez pas dans le champ” » (Chabbat 117b). Certains estiment qu’il s’agit là, non seulement d’un appui (asmakhta), mais d’une interprétation herméneutique (deracha) proprement dite (Yereïm, mitsva 92, Levouch). Selon le ‘Aroukh Hachoul’han 291, 1, même si cette mitsva n’émane pas de la Torah à proprement parler, elle fut certainement instituée par Moïse notre maître, qui la reçut au Sinaï. Cf. Chemirat Chabbat Kehilkhata 54, note 109.

[3]. Certes, pour que le Qidouch soit considéré comme valablement dit, dans un lieu où se prend un repas, il suffit de manger, à l’endroit où le Qidouch a été récité, un kazaït [volume de la moitié d’un œuf] de gâteau (certains soutiennent même qu’il suffit d’un revi’it [75 ml] de vin). Mais cette faible exigence s’explique par le fait qu’il n’est pas nécessaire que le Qidouch soit dit à l’emplacement même de l’un des trois repas sabbatiques : il suffit qu’il soit dit en un endroit où l’on se délecte du Chabbat et, pour ce faire, on peut se contenter d’un kazaït. Mais pour accomplir l’un quelconque des trois repas prescrits, il faut que l’on puisse considérer son repas comme « régulier » [sé’oudat qéva’, littéralement repas « fixe », par opposition à sé’oudat ar’aï, repas « occasionnel », petite collation]. Or la mesure minimale à consommer pour faire un repas « régulier » est de plus d’un kabeitsa. Ce n’est qu’a posteriori que l’on peut se contenter de la mesure d’un kazaït (Michna Beroura 291, 2, Chemirat Chabbat Kehilkhata 54, note 4 ; cf. Menou’hat Ahava I, 8, 2). En outre, si l’on veut manger moins d’un kabeitsa de pain, on se lavera les mains sans prononcer la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm (Pniné Halakha, Bénédictions 2, 6).

03. Les deux pains (lé’hem michné) ; manière de rompre le pain

C’est une mitsva, le Chabbat, au moment de rompre le pain, que de prendre ensemble deux pains, en souvenir de la portion double de manne que recevaient nos ancêtres dans le désert, le vendredi, à l’approche du Chabbat[a]. Cette double portion est appelée par le Talmud lé’hem michné, « pain en quantité double » (Chabbat 117b). Et de fait, tout le Chabbat est marqué par la dualité : ses mitsvot, zakhor (« souviens-toi ») et chamor (« garde ») ; ses sacrifices, deux agneaux sans défaut ; la punition de sa transgression est double, et la rétribution de son observance est double. Le pain que nous rompons, lui aussi est double, afin d’exprimer la grandeur de ce jour, dont la dignité est double (d’après le Yalqout Chim’oni, Bechala’h 247, 261).

La mitsva consiste, pour celui qui rompt le pain, à saisir les deux pains au moment de la bénédiction hamotsi (« Béni sois-Tu… qui fais sortir le pain de la terre ») ; mais il suffit ensuite de rompre l’un des deux seulement car, par le fait d’avoir tenu les deux pains au moment de la bénédiction, on aura accompli la mitsva de « rompre le pain à partir de deux miches ». Telle est l’opinion de Maïmonide et de Rachi, et c’est en ce sens que se prononce le Choul’han ‘Aroukh (274, 1). Certains décisionnaires estiment que la mitsva consiste à rompre les deux pains ; telle était la coutume du Chné Lou’hot Habrit et du Gaon de Vilna. Ceux qui veulent adopter cette coutume feront bien de se préparer des pains de petite taille, afin qu’ils puissent les terminer au cours du repas. Mais la coutume généralement répandue est de ne rompre qu’un pain.

De nombreux usages ont été rapportés quant à la manière de disposer les pains au moment de la bénédiction. Certains ont l’usage de les mettre l’un sur l’autre, puis de trancher celui du dessous (Choul’han ‘Aroukh 274, 1). D’autres ont l’usage de trancher le pain du dessus (Rabbi Isaac Louria). D’autres encore ont coutume de trancher le pain inférieur le soir, et le pain supérieur le jour (Rama ad loc.). Ceux qui rompent celui du dessous le rapprocheront d’eux au moment de la bénédiction (en le faisant un peu dépasser par rapport à celui du dessus, Michna Beroura 274, 5). Certains ont encore coutume, se fondant sur Rabbi Isaac Louria, de disposer douze petits pains sur la table, à chaque repas (Kaf Ha’haïm 262, 2).

A priori, il faut veiller à ce que les pains soient parfaitement entiers ; aussi, quand on trouve une étiquette collée sur un pain acheté dans le commerce, il ne faut pas la retirer avant de rompre celui-ci, afin que rien ne lui soit ôté. Quand on ne dispose pas de pains parfaitement entiers, on choisit ceux qui sont le moins entamés. En cas de nécessité, on peut aussi disposer un pain congelé comme second pain (Chemirat Chabbat Kehilkhata 55, 12). Quand on n’a pas de pains entiers, mais que l’on possède deux sachets entiers de pain tranché, on peut a posteriori réciter la bénédiction sur de tels pains, car certains auteurs estiment que, puisque tout un pain se trouve bien dans chaque sachet, et que le sachet en assemble toutes les parties, ce pain est assimilable à un pain entier (Méchiv Davar 21). Si l’on n’a pas de pains entiers, mais seulement des tranches de pains, on récitera la bénédiction sur deux tranches (Chemirat Chabbat Kehilkhata 55, 17).

Au moment de rompre le pain du troisième repas (sé’ouda chelichit), il faut également saisir deux pains, afin d’exprimer la dualité du Chabbat (Choul’han ‘Aroukh 291, 4). Si l’on ne dispose pas de deux pains, on saisira un unique pain entier, car à l’époque de la manne, dans le désert, il restait à nos ancêtres un seul pain pour le troisième repas de Chabbat (Rama ad loc.).


[a]. Traditionnellement, on prend des ‘halot, pains tressés à deux branches ou davantage.

04. Importance du deuxième repas

Le repas que l’on prend le jour de Chabbat est plus important que celui de la veille au soir ; c’est pourquoi il convient de réserver à ce deuxième repas les meilleurs plats. Certes, du point de vue du Qidouch, il en va différemment : le Qidouch du soir est plus important, car il y a lieu de réciter la bénédiction sur la sainteté du jour dès que possible après l’entrée du Chabbat. Mais en ce qui concerne l’honneur dû au Chabbat, l’honneur propre au jour a préséance sur l’honneur propre à la nuit (Pessa’him 105b ; Choul’han ‘Aroukh 271, 3).

Celui qui fait davantage honneur au repas du soir qu’au repas du jour doit craindre la punition, estiment certains auteurs, car il porte atteinte à l’honneur du repas du jour (Rachi sur Guitin 38b). Aussi, certains ont soin de ne pas manger de poisson le soir de Chabbat, afin qu’il n’en résulte pas que le repas du soir ait plus d’importance que celui du jour (Yam Chel Chelomo ad loc.).

S’il se trouve que le repas du soir est plus considérable que celui du matin pour la seule raison que l’on a pu y servir des plats chauds et frais, il n’y a là aucun mal. Aussi, on ne s’abstiendra pas de préparer, pour le repas du soir, des poissons qui doivent être servis chauds, ni une soupe ou d’autres mets qui, si on les laissait reposer jusqu’au matin, s’abîmeraient, et cela, bien qu’en pratique il en résulte que le repas du soir sera plus prestigieux que celui du jour. En revanche, pour les autres aliments, qu’il est possible de servir aussi bien le soir que le jour – tel que le vin ou les fruits –, il faut avoir soin de donner honneur et préséance au repas du jour. Chez de nombreuses personnes il n’y a pas le moindre problème, car, s’il est vrai que l’on sert des mets chauds et frais le vendredi soir, on aime davantage encore les mets du jour, tels que le cholent[b], la tafina[c] ou le kougel[d], dont le goût particulier vient de ce qu’ils mijotent longtemps sur la plaque chauffante (‘Aroukh Hachoul’han 271, 9).

En pratique, celui qui aime davantage les spécialités du jour honore évidemment par cela le repas du jour. Mais celui qui ne les aime pas davantage que celles du soir devra ajouter au repas du jour des mets particulier, qu’il prise, afin de manifester ainsi que ce repas revêt une plus grande importance. Il n’est pas nécessaire de se restreindre pour autant durant le repas du soir.

Certains auteurs estiment qu’il convient, a priori, d’entamer le repas accompagné de pain immédiatement après le Qidouch du jour, et de ne pas manger, avant ce repas, de gâteaux ni d’autres aliments. En effet, la mitsva de faire du Chabbat son délice s’accomplit principalement par le repas sabbatique ; or si l’on mange différents aliments avant cela, on n’aura plus faim pour le repas proprement dit. Cependant la chose n’est pas interdite, car ce dont on se délecte à la suite immédiate du Qidouch est également considéré comme consommé en l’honneur du jour. L’essentiel est de garder de l’appétit pour le repas accompagné de pain, car c’est par lui que l’on accomplit la mitsva du deuxième repas (Darké Moché 249, 4 ; Béour Halakha 2, passage commençant par Moutar ; ‘Aroukh Hachoul’han 12-13).

Certains ont coutume de prendre pour repas du matin de Chabbat un repas léger, lacté, afin de rester frais et dispos, et de pouvoir étudier ensuite la Torah toute la journée ; le repas principal, carné, ils le font à l’approche du soir, en tant que troisième repas (cf. Maïmonide, Chabbat 30, 10). Il semble qu’eux aussi s’acquittent ainsi de leur obligation, car l’essentiel est que le repas principal ait lieu dans la journée de Chabbat.


[b]. Le texte original porte ‘hamin, littéralement plat chaud. La version ashkénaze se nomme cholent. Plat d’orge perlée, de blé, de haricots secs, qui mijotent toute une nuit dans une sauce, accompagnés de viande, de saucisse…

 

[c]. Version séfarade du ‘hamin, avec pois chiches, riz, œufs…

 

[d]. Kougel ou kygel : gâteau de pâtes, recette hiérosolymitaine.

05. La sé’ouda chelichit (troisième repas)

Si l’on n’a pas de pain pour le troisième repas, ou qu’il soit difficile de manger du pain, on peut, a posteriori, accomplir la mitsva du troisième repas avec des pâtisseries. Il est certes impossible d’accomplir la mitsva du premier ou du deuxième repas par le biais de pâtisseries (Choul’han ‘Aroukh 274, 4) ; mais s’agissant du troisième repas, certains estiment que le propos essentiel réside dans le supplément de plaisir qu’il apporte, non dans le fait de se rassasier, et qu’il n’est donc pas obligatoire de l’accompagner spécialement de pain. Par conséquent, a posteriori, on peut s’acquitter du troisième repas par des gâteaux[e]. Si l’on n’a pas non plus de gâteaux, ou si l’on ne peut en manger, on prendra de la viande ou du poisson. Si l’on n’a ni viande ni poisson, on prendra des fruits, qu’il vaudra mieux manger cuits, car les fruits cuits sont considérés davantage comme un repas (Choul’han ‘Aroukh 291, 5).

A priori, on doit régler ses ingestions de façon que l’on puisse manger avec appétit la sé’ouda chelichit. Si les choses s’agencent de telle façon que le troisième repas suive de peu le deuxième, on réduira sa consommation durant le deuxième afin de garder de l’appétit pour le troisième. Si l’on n’a pas prêté attention à cela et que l’on soit rassasié, on pourra accomplir la mitsva du troisième repas en mangeant un peu plus d’un kabeitsa (volume d’un œuf environ) de pain. A posteriori, on pourra même se contenter d’un kazaït (mesure de la moitié d’un œuf) de pain. Et si l’on ne peut même pas manger un kazaït de pain ou de quelque autre aliment sans en souffrir, on aura perdu le bénéfice de la mitsva (Choul’han ‘Aroukh 291, 1 ; Michna Beroura 2).

Selon Maïmonide, on doit prononcer une bénédiction sur le vin lors de la sé’ouda chelichit. Certains infèrent de ses propos que, de même que l’on récite le Qidouch sur du vin avant le deuxième repas, de même on doit réciter un Qidouch avant la sé’ouda chelichit (Tour). Cependant, en pratique, la mitsva du Qidouch ne s’applique qu’une fois le soir et une fois le jour, et nous n’avons pas la mitsva de réciter le Qidouch sur le vin avant le troisième repas (Choul’han ‘Aroukh 291, 4). Certains estiment que l’intention de Maïmonide est simplement de dire que c’est accomplir une mitsva que de boire du vin durant la sé’ouda chelichit à titre de délice sabbatique. En ce sens, plusieurs A’haronim ont écrit qu’il est bon d’apporter à la sé’ouda chelichit un supplément de perfection en récitant une bénédiction sur le vin, au cours du repas (Michna Beroura 291, 21).

La sé’ouda chelichit doit commencer avant le coucher du soleil. Quiconque a eu le temps de prononcer la bénédiction sur le pain (Hamotsi) avant le coucher du soleil est considéré comme ayant « fixé » son repas (qava’ sé’ouda)[f]avant ledit coucher ; dès lors, il lui est permis de poursuivre son repas, même plusieurs heures après la tombée de la nuit. Mais si ce sont des gâteaux, des fruits ou des légumes que l’on mangeait avant le coucher du soleil, ou si l’on s’est contenté de consommer des boissons, il faudra s’interrompre dès le moment du coucher du soleil. En effet, on ne peut considérer dans un tel cas que l’on avait amorcé un repas « fixe ». Et dès lors que le temps de la Havdala s’amorce[g], il est interdit de manger et de boire (Choul’han ‘Aroukh 299, 1 ; Michna Beroura 2 ; ‘Aroukh Hachoul’han 3-5 ; cf. ci-après 8 § 8).

Si l’on n’a pas eu le temps de prendre son troisième repas et que le soleil se soit couché, on est autorisé à commencer à manger jusqu’à la tombée de la nuit – telle qu’elle se définit pour les meilleurs observateurs du ciel – ; en tout état de cause, cela ne représente pas moins de quatorze minutes après le coucher du soleil. Après cela, il sera permis de continuer son repas, même des heures durant. Mais après la tombée de la nuit, on ne commence pas la sé’ouda chelichit[4].

Si de nouveaux mariés sont présents à la sé’ouda chelichit, ainsi qu’un quorum de dix hommes (minyan), on conclura ce repas par les sept bénédictions matrimoniales (cheva’ berakhot). Le mezamen[h], l’époux et l’épouse boiront alors la coupe de vin, après le Birkat hamazon, bien que la nuit soit déjà tombée et que l’on n’ait pas encore récité la Havdala ; en effet, on considère que la consommation du vin du Birkat hamazon constitue le prolongement du repas pris ensemble par les époux (cf. ci-après 8 § 8, où il est dit que certains ont l’usage de boire le vin de la coupe sur laquelle le Birkat hamazon a été dite, même quand de nouveaux mariés ne sont pas présents).


[e]. Cette disposition inclut non seulement les gâteaux mais encore les autres aliments dont la bénédiction initiale est Mézonot et dont la bénédiction finale est ‘Al hami’hia, tels que certains pains de mie, biscottes, crackers ou pâtes.

[f]. C’est-à-dire que l’on aura conféré à ce repas le caractère de repas régulier, établi.

 

[g]. Le coucher du soleil amorce un processus menant à la tombée de la nuit, à l’issue de Chabbat et à la Havdala. Dès l’amorce de ce processus, il devient interdit de poursuivre sa collation, à moins qu’un véritable repas « fixe » ait été entamé avant le coucher du soleil.

 

[4]. Le moment où les meilleurs observateurs voient la tombée de la nuit est lorsque le soleil atteint 4,8 degrés en-dessous de l’horizon (cf. supra, chap. 3, note 1), si bien que l’on peut, dans cette limite, être indulgent et commencer la sé’ouda chelichit. C’est ce qu’écrivent le Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm IV 62 et le Yalqout Yossef 291, 20. (Cf. Michna Beroura 299, 1 et Cha’ar Hatsioun 2 ; le Chemirat Chabbat Kehilkhata 56, 4 est rigoureux).

[h]. Celui qui a l’honneur d’amorcer la récitation du zimoun (« l’invite »), brève introduction au Birkat hamazon, qui se dit quand au moins trois hommes ont mangé ensemble.

06. Le Birkat hamazon (actions de grâce après le repas)

Nos sages ont prescrit de réciter, au cours du Birkat hamazon, une requête spéciale en l’honneur du Chabbat : Retsé veha’halitsénou (« Veuille nous délivrer »), dans laquelle nous demandons que l’Eternel agrée notre repos et notre observance du Chabbat, et qu’Il nous permette d’observer celui-ci sans connaître de souffrance ni d’affliction. Comme il s’agit d’une requête, nos maîtres l’ont placée au sein de la troisième bénédiction[i], qui est elle-même une requête. Pour revenir au thème central de la bénédiction, on achève la requête relative au Chabbat en priant pour Jérusalem et pour la Délivrance ; on poursuit alors par la formule finale habituelle : « Reconstruis Jérusalem… » (Ouvné Yerouchalaïm ou Vétivné Yerouchalaïm).

Si l’on a oublié de réciter Retsé, et que l’on s’en aperçoive avant de commencer la bénédiction Hatov véhamétiv (« … qui es bon et qui dispenses le bien »), nos sages prescrivent de dire : Baroukh ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha’olam, chénatan chabbatot limnou’ha lé’amo Israël béahava, léot vélivrit ; baroukh ata Ado-naï, méqadech hachabbat (« Béni sois-Tu, Eternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui a donné des Chabbats de repos à ton peuple Israël, par amour, comme signe et alliance ; béni sois-Tu, Eternel, qui sanctifies le Chabbat »). De là, on poursuivra par la bénédiction Hatov véhamétiv. Mais si l’on a déjà commencé à réciter la bénédiction Hatov véhamétiv et que l’on s’aperçoive avoir oublié Retsé, on devra reprendre le Birkat hamazon du début. En effet, nos sages ont prescrit de mentionner le Chabbat dans le Birkat hamazon ; si l’on a oublié cette mention, on n’en est pas quitte (Choul’han ‘Aroukh 188, 6)[5].

Toutefois, ce que nous venons de dire ne s’applique qu’aux deux premiers repas, pour lesquels il est obligatoire, d’après toutes les opinions, de manger du pain, si bien que l’on doit nécessairement réciter ensuite le Birkat hamazon. En revanche, si l’on a oublié de mentionner le Chabbat lors du troisième repas, on ne doit pas se répéter car, a posteriori, on aurait pu s’acquitter de la sé’ouda chelichit en prenant des pâtisseries, et il n’y aurait pas alors eu à dire le Birkat hamazon ; si donc on a oublié Retsé, on ne se répétera pas. La règle est la même si l’on a oublié de réciter Ya’alé véyavo dans le Birkat hamazon de Roch ‘hodech (la néoménie) ou de ‘Hol hamo’ed (jours intermédiaires de Pessa’h ou de Soukot) : puisqu’il n’est pas obligatoire alors de manger du pain, on ne se répète pas (Choul’han ‘Aroukh 188, 8)[6].

Si l’on a commencé la sé’ouda chelichit avant le coucher du soleil et qu’on l’ait terminée après la tombée de la nuit, on dira Retsé dans le Birkat hamazon, car on se place du point de vue du commencement du repas. Si Roch ‘hodech tombe à la sortie de Chabbat, un doute existe sur ce que l’on devra mentionner dans le Birkat hamazon. Si l’on veut sortir du doute, on terminera de consommer du pain avant la tombée de la nuit (tset hakokhavim), et l’on ne dira, dans le Birkat hamazon, que Retsé. Si l’on veut continuer de manger du pain après la tombée de la nuit, on dira à la fois Retsé et Ya’alé véyavo (‘Olat Reïya)[7].


[i].  Le Birkat hamazon comprend quatre bénédictions.

[5]. Selon le ‘Hayé Adam 47, 18, même si l’on avait l’intention de commencer la bénédiction Hatov véhamétiv et que l’on ait dit : Baroukh ata Ado-naï Elo-hénou, Mélekh ha’olam, on peut encore rectifier en enchaînant : chénatan chabbatot etc. Mais pour la majorité des A’haronim, même si l’on s’est borné à dire un seul mot au titre de la bénédiction Hatov véhamétiv, ne serait-ce que Baroukh, on doit reprendre le Birkat hamazon au début car cet oubli révèle que l’on avait détourné son esprit de la requête relative au Chabbat. En pratique, le Béour Halakha tend à être rigoureux et à commander de reprendre au début ; c’est aussi l’opinion du Ben Ich ‘Haï (première année, ‘Houqat 20). En revanche, le Kaf Ha’haïm 188, 28 et le Yabia’ Omer VI 28 se rangent à l’opinion du ‘Hayé Adam.

[6]. Certes, selon le Ben Ich ‘Haï (première année, ‘Houqat 20 et 22), s’agissant même du troisième repas, on devra se reprendre pour dire Retsé, dès lors que l’on a récité le Birkat hamazon avant la tombée de la nuit ; selon la Kabbale, il n’y a pas de différence entre le troisième repas et les deux précédents. Mais quant à la halakha pratique, nous avons retenu ci-dessus l’avis du Choul’han ‘Aroukh et de la majorité des décisionnaires, d’après lesquels on ne se reprend pas.

 

[7]. Les décisionnaires sont partagés quant au cas de celui qui a continué à manger du pain. Certains disent que l’on va d’après la fin du repas, et que l’on doit donc réciter Ya’alé véyavo (Michna Beroura 188, 33, Yaskil ‘Avdi VII Ora’h ‘Haïm 27). D’autres estiment que, puisque l’on n’a pas encore récité la Havdala, on se réfère au commencement du repas, et l’on doit donc réciter Retsé (Ben Ich ‘Haï, première année, ‘Houqat 22, Yalqout Yossef 291, 18). Selon d’autres encore, puisque le repas s’étend sur les deux périodes, on devra réciter les deux textes, Retsé et Ya’alé véyavo (Taz 188, 7, Maguen Guiborim, Bigdé Yecha’, Olat Reïya I p. 364) ; et c’est ce qu’il convient de faire si l’on a continué de manger après la tombée de la nuit.

07. Signification de la mélavé malka (repas de sortie de Chabbat)

Nos sages enseignent que c’est une mitsva, le soir qui suit Chabbat, que d’ordonner sa table en vue de la mélavé malka[j], afin d’honorer le Chabbat à sa sortie (Chabbat 119b). Tel un homme qui se sépare d’un invité bien-aimé, qu’il lui est difficile de voir partir, et qu’il raccompagne un long bout de chemin pour rester en sa compagnie, ainsi faut-il en user pour le Chabbat : bien qu’il soit terminé, nous continuons de savourer et de nous délecter de sa sainteté.

Le Chabbat, nous jouissons d’un supplément de sainteté dans tous les domaines de la vie, l’esprit comme la matière, la prière comme les repas. Le propos est donc d’attirer l’illumination sabbatique au sein des jours profanes. Rabbi Isaac Louria explique que, en récitant Viyhi no’am (Ps 90, 17 – 91, 16) durant l’office d’Arvit du samedi soir, nous attirons le supplément de sainteté spirituelle propre au Chabbat vers les jours de la semaine, et demandons que la bienveillance de l’Eternel réside sur l’œuvre de nos mains. Par le repas de mélavé malka, c’est vers l’alimentation de toute la semaine que nous attirons la lumière de la sainteté.

Nous apprenons d’une tradition ancienne qu’un des os du corps humain a pour nom louz. Cet os n’a pas joui de ce que mangea le premier homme, le fruit de l’arbre de la connaissance. Aussi, bien que l’homme fût alors condamné à mourir, cet os, lui, ne pourrit pas, et c’est à partir de lui que l’homme se relèvera lors de la résurrection des morts. Or cet os ne se nourrit que du repas de mélavé malka (Kaf Ha’haïm 300, 1-2, Lv Rabba 18, 1).

Ceux qui apportent à la mitsva un supplément de perfection préparent, pour le repas de mélavé malka, un plat particulier. Le Talmud raconte que, chez Rabbi Abahou, on avait l’habitude d’abattre un veau chaque samedi soir en l’honneur de ce repas, et que Rabbi Abahou en mangeait un rein. Quand son fils grandit, celui-ci demanda : « Pourquoi faut-il abattre un veau à chaque sortie de Chabbat ? Il vaudrait mieux réserver, sur le veau que l’on a abattu la veille de Chabbat, un rein pour les besoins de la mélavé malka. » On écouta son conseil et l’on garda un peu de la viande du soir de Chabbat pour les besoins du samedi soir. Vint un lion qui dévora le veau initialement destiné au samedi soir. Tant et si bien que l’on ne gagna rien (Chabbat 119b). Le Talmud rapporte ce récit pour nous apprendre qu’il convient d’embellir notre pratique, et d’apprêter un plat spécifique en l’honneur du repas de mélavé malka, non de se contenter de manger des restes des mets sabbatiques.


[j]. Littéralement, repas « raccompagnant la reine » ; il s’agit de raccompagner la reine Chabbat à son départ.

08. Règles de la mélavé malka

    Puisque la mélavé malka a pour propos de faire pénétrer la présence du Chabbat au sein des jours de la semaine, il convient d’en faire l’égale des repas sabbatiques, d’étendre une nappe sur la table, de disposer de beaux couverts avant de prendre ce repas. Il convient aussi de ne pas ôter ses vêtements sabbatiques avant d’achever la mélavé malka. Et de même que les repas du Chabbat sont destinés aux femmes comme aux hommes, ainsi en est-il de la mélavé malka (Chemirat Chabbat Kehilkhata 63, 1-3).

A priori, il faut accompagner la mélavé malka de pain, à l’exemple des trois repas sabbatiques ; on y ajoutera des plats en l’honneur du repas. Si l’on n’a pas tellement faim, on s’efforcera de manger la mesure d’un kazaït de pain, avec quelque accompagnement. Si l’on ne veut pas manger de pain, on peut se rendre quitte en prenant des gâteaux ou un plat bouilli, ou frit ; à tout le moins, on prendra des fruits, à l’exemple de ce que l’on a vu pour la sé’ouda chelichit (supra § 5). Si l’on n’a pas assez de nourriture pour les trois repas sabbatiques et pour la mélavé malka, la mitsva des trois repas sabbatiques a priorité ; on accomplira alors la mélavé malka en mangeant un kazaït de pain (Cha’ar Hatsioun 300, 9).

A priori, on doit prendre la mélavé malka peu de temps après l’issue du Chabbat. Si l’on n’a pas faim alors, on s’efforcera de manger avant la fin de la quatrième heure qui suit la tombée de la nuit[k], ou au moins avant le milieu de la nuit. Si l’on n’a pas mangé avant minuit, on pourra encore prendre la mélavé malka toute la nuit (Ye’havé Da’at IV 25 ; Chemirat Chabbat Kehilkhata 63, 5). Selon certains avis, si l’on a prolongé sa sé’ouda chelichit jusqu’à la nuit, on est quitte de la mélavé malka. Mais en pratique, même en ce cas, on a coutume de servir après cela un repas spécifique en tant que mélavé malka (Kaf Ha’haïm 300, 11).


[k]. Il s’agit d’heures relatives, dont la durée varie d’une semaine à l’autre en fonction de la longueur du jour. De même, quand il est question de minuit (‘hatsot), il s’agit du milieu de la nuit et non de l’heure indiquée par la montre.

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