Chapitre 22 – Résumé des lois de lecture de la Torah (Qriat Hatorah)

01 – Institution de la lecture de la Torah

Le commandement d’étudier la Torah est un commandement fondamental, dont toutes les autres mitsvot dépendent. Or, la Torah n’a pas fixé de temps déterminé pour l’étude, car la mitsva d’étudier la Torah possède un caractère permanent, comme il est dit : « Tu méditeras [le livre de la Torah] jour et nuit » (Jos 1, 8). Afin d’encadrer le lien unissant Israël à la Torah, Moïse a donc décrété qu’une lecture de la Loi serait faite le Chabbat, ainsi que le lundi et le jeudi, au matin ; de cette façon, le peuple ne reste pas trois jours sans entendre la Torah (Maïmonide, Téphila 12, 1).

Nos sages racontent que ce décret fut pris après l’épisode rapporté dans l’Exode : « Ils marchèrent trois jours dans le désert et ne trouvèrent pas d’eau » (Ex 15, 22). Moïse notre maître et ses disciples, les anciens et les prophètes, comprirent que la soif provenait du fait que, durant trois jours consécutifs, Israël ne s’était point appliqué publiquement à l’étude de la Torah (Baba Qama 82a). La Torah est comparée à l’eau ; car, de même que l’eau vivifie tout être vivant et toute végétation de par le monde, ainsi la Torah vivifie l’âme. Et dès lors que les enfants d’Israël se furent quelque peu détachés de la Torah, les sources d’eau cessèrent, elles aussi, de jaillir. Certes, on peut supposer que les sages de la génération continuèrent d’étudier pendant ces trois jours ; mais ce qui est visé ici est le fait que, durant trois jours, le peuple d’Israël ne s’adonna pas à la Torah en tant que collectivité. Aussi fut-il décidé d’instituer une lecture publique de la Torah chaque lundi, chaque jeudi et chaque Chabbat, de façon que jamais plus de trois jours ne passent sans qu’Israël n’entende la lecture publique de la Torah.

Ezra le scribe décréta à son tour que, lors de la lecture de la Torah du lundi et du jeudi, on ferait monter au séfer-Torah trois appelés, que chacun d’entre eux lirait au moins trois versets, et que la somme des versets lus à l’occasion des trois montées cumulées ne serait pas inférieure à dix versets (Baba Qama 82a ; Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 137, 1-2).

02 – Le rouleau de la Torah

La lecture de la Torah doit se faire dans un rouleau (séfer-Torah) valide ; c’est-à-dire un rouleau écrit à l’encre, sur parchemin, avec l’intention de servir Dieu, comme l’a été le premier séfer-Torah, écrit par Moïse notre maître sous la dictée divine. Même une communauté qui consacre des temps fixes à l’étude de la Torah doit retrouver au moins tous les trois jours le séfer-Torah original, tel qu’il a été donné à Moïse sur le mont Sinaï. S’il n’y a pas de minyan, on ne peut accomplir la mitsva de lecture de la Torah, car celle-ci fait partie de la catégorie des Devarim chébiqdoucha  (paroles de sainteté, requérant un quorum de dix hommes). Pour pouvoir accomplir cette mitsva, il faut que dix hommes juifs soient réunis, car alors, la Présence divine réside sur l’assemblée.

S’il manque ne serait-ce qu’une lettre au rouleau de la Torah, celui-ci est entièrement défectueux, et l’on ne peut accomplir par lui la mitsva de lecture de la Torah. Cette règle met en évidence le caractère particulier de la Torah : celle-ci consiste en une doctrine divine, unifiée et complète, laquelle se reflète dans l’ensemble de ses parties, dans tous ses commandements, directives et lettres. S’il manquait une seule lettre à la Torah, cela constituerait à soi seul une atteinte à l’entière perfection de la Torah divine.

Certes, de l’avis de certains Richonim, on peut, a posteriori, procéder à la lecture avec un rouleau défectueux (responsum de Maïmonide aux sages de Narbonne ; Mordekhaï). Mais en pratique, la majorité des décisionnaires pensent que l’on n’accomplit la mitsva de lecture de la Torah qu’avec un rouleau valide ; et telle est la halakha (Rachba, Roch, Michné Torah, Choul’han ‘Aroukh 143, 3).

Si, au milieu de la lecture publique, il s’avère qu’une lettre est défectueuse, rendant invalide le rouleau de la Torah, on sort de l’arche sainte un autre rouleau, et l’on y continue la lecture, en reprenant celle-ci à l’endroit où l’on s’était arrêté de lire dans le premier rouleau. D’un côté, on ne poursuit pas la lecture dans le premier rouleau car, selon la majorité des décisionnaires, il est interdit de lire dans un rouleau défectueux. De l’autre, on n’oblige pas l’assemblée à reprendre la lecture depuis le début de la péricope (paracha) ; en effet, a posteriori, on s’appuie sur les décisionnaires selon lesquels on s’acquitte de son obligation, même quand on lit dans un rouleau défectueux[1].

Si l’on trouve un défaut dans une lettre, et qu’il n’est pas certain, juridiquement, que ce défaut invalide le rouleau de la Torah, on continuera à lire dans ce même rouleau. Il y a en effet deux raisons d’être indulgent : premièrement, il se peut que le rouleau soit valide ; deuxièmement, même si le défaut a un effet invalidant, nous avons déjà vu que, selon certains avis, on peut a posteriori procéder à la lecture dans un rouleau invalide. Après la lecture, on se hâtera de corriger le rouleau.


[1]. Si l’on constate la défectuosité alors que la lecture est en cours, on doit immédiatement, selon le Choul’han ‘Aroukh, remplacer le rouleau de la Torah invalide par un autre, valide. Puis on poursuit la lecture dans le second rouleau ; il faut alors lire un minimum de trois versets, afin que l’appelé puisse prononcer la bénédiction qui fait suite à la lecture sur un séfer-Torah cachère. S’il ne se trouve pas, dans cette synagogue, de séfer-Torah cachère, on ne prononce pas la bénédiction finale sur un séfer-Torah défectueux. Telle est la coutume des Séfarades.

Cependant les Ashkénazes procèdent selon le Rama : si le lecteur est arrivé à un endroit où il aurait été possible de conclure la lecture (si trois versets au moins ont été lus depuis le début de la paracha en cours de lecture [– paracha au sens, non de section hebdomadaire de la Torah, mais de fragment du texte délimité sur le parchemin par un espace introductif –], et qu’il reste au moins trois versets jusqu’à la fin de celle-ci), l’appelé prononcera la bénédiction finale sur ce qui aura été lu dans le rouleau défectueux. Cela, afin de ne pas remplacer le rouleau de la Torah au milieu de la montée. En revanche, si la défectuosité a été constatée à un endroit où il n’est pas possible de conclure, et puisqu’il n’est pas non plus possible de poursuivre la lecture dans un rouleau invalide, il faut procéder au remplacement, et poursuivre la lecture dans un séfer-Torah valide. L’appelé dira alors la bénédiction finale sur le séfer-Torah valide (Choul’han ‘Aroukh 146, 4 ; Michna Beroura § 13).

03 – Sortie du rouleau de la Torah

On a coutume de réciter des versets au moment de l’ouverture de l’arche sainte et lors de la procession de la Torah vers le pupitre de lecture ; même chose quand on rapporte le rouleau vers l’arche, comme l’indiquent les livres de prière, chaque communauté selon sa coutume.

Les Ashkénazes ont coutume de dire tout d’abord E-l erekh apayim (« Dieu longanime… ») ; mais ils ne le disent pas les jours où les Ta’hanounim ne sont pas récités. Après quelques versets, les Ashkénazes ont coutume de réciter Berikh Chemeh (« Béni soit le nom… »). Les Séfarades ont coutume de dire ce dernier texte le Chabbat et les jours de fête seulement ; certains Séfarades ont toutefois l’usage de le réciter également à Roch ‘hodech (néoménie) (Pisqé Techouva 134, 13).

L’officiant tient le rouleau de la Torah de la main droite. Lorsqu’il dit le verset Gadelou (« Exaltez l’Eternel avec moi… »), il lève légèrement le rouleau. Le Chabbat et les jours de fête, il le lève également lorsqu’il récite les versets Chéma (« Ecoute, Israël… ») et E’had (« Un est notre Dieu… »). Ensuite, l’officiant se dirige du côté droit afin d’apporter le rouleau à la téva (pupitre de lecture) (Rama 134, 2 ; Michna Beroura 13). Les fidèles ont coutume, lorsque le rouleau de la Torah arrive à proximité d’eux, de l’embrasser et de l’accompagner quelque peu. La plupart ont l’habitude d’embrasser véritablement le rouleau de leur bouche, d’autres le touchent de la main puis embrassent leur main (voir Pisqé Techouva 149, 1-2). Quand on est malade ou enrhumé, il semble qu’il convienne de ne pas embrasser la Torah de sa bouche, afin de ne pas contaminer les autres fidèles.

L’administrateur (gabaï) doit préparer le rouleau de la Torah de façon qu’il s’ouvre à l’endroit de la prochaine lecture, afin que l’on n’ait pas à le dérouler en public. En effet, ce ne serait pas respectueux pour le public de l’obliger à attendre que soit déroulé le séfer-Torah jusqu’à l’endroit de la lecture. Certes, en général, cette préparation n’est pas nécessaire, puisque la lecture se fait dans l’ordre des péricopes (parachot)[a] hebdomadaires. Cependant, les jours de fête, de Roch ‘hodech et de jeûne, on ne lit pas suivant cet ordre ; aussi faut-il préparer le rouleau en vue de ces jours-là. De même, il faut, après ces jours particuliers, dérouler le séfer-Torah en sens inverse, pour retrouver l’ordre habituel de la paracha.

Si, par erreur, on a sorti un autre rouleau de la Torah, l’usage le plus répandu est de ne pas le remplacer. Bien que le public soit alors contraint d’attendre que l’on déroule le parchemin jusqu’à l’endroit de la lecture, tel est l’honneur dû au séfer-Torah : une fois sorti de l’arche sainte, on ne le remplace pas par un autre (Kaf Ha’haïm 144, 13). Certains décisionnaires disent que, pour éviter d’infliger une perte de temps à l’assemblée, on est autorisé à remplacer un rouleau qui a été sorti par erreur, même si on l’a déjà posé sur le pupitre de lecture. En cas de nécessité, quand la communauté est pointilleuse sur son temps, on peut s’appuyer sur cette opinion (Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm II 37).


[a]. Paracha, plur. parachotou parachiot : section de la Torah. Il peut s’agir, au sens général, d’un paragraphe de la Torah délimité, au début et à la fin, par un espace blanc sur le parchemin. Spécialement, le mot paracha désigne la péricope hebdomadaire lue le Chabbat à la synagogue (on parle alors de parachat ha-chavoua, section de la semaine), elle-même composée de plusieurs parachot au sens général du terme. Dans ce sens de péricope hebdomadaire, on parle aussi de sidra de la semaine.

04 – Présentation (hagbaha) et retour du rouleau de la Torah

Nos sages ont décrété que le rouleau de la Torah ouvert doit être hissé à la vue de l’assemblée afin d’en exposer les lettres à tous les fidèles. C’est la hagbaha (littéralement « levée »). L’usage originel était de présenter le rouleau avant la lecture (Michna Sofrim 14, 13-14). L’usage est resté semblable chez les Séfarades et une minorité d’Ashkénazes ; tel doit être également l’usage d’après Rabbi Isaac Louria (Ari zal). Chez la majorité des Ashkénazes, on a coutume de présenter le rouleau de la Torah après la lecture, afin que tout le monde ait conscience que le principal est l’écoute de la lecture, et que l’on présente la Torah au public à cette occasion (Choul’han ‘Aroukh 134, 2 ; Michna Beroura 8 ; Kaf Ha’haïm 17 ; Pisqé Techouva 9).

La hagbaha est si importante que, selon nos sages (Méguila 32a), celui qui y procède reçoit un salaire céleste équivalent à l’ensemble des appelés à la Torah. Aussi convient-il d’honorer, en lui confiant la hagbaha, l’un des notables de la communauté. De nos jours, on a également l’habitude d’honorer, par la hagbaha, de simples membres de la communauté ; mais l’usage le plus exact consiste à honorer, en leur confiant la hagbaha, les fidèles les plus éminents. En tout état de cause, il faut s’abstenir de confier la hagbaha à quelqu’un dont il est à craindre qu’il fasse tomber le rouleau de la Torah.

A priori, il faut qu’au moment de la hagbaha, le rouleau soit ouvert à l’endroit de la lecture du jour. Mais a posteriori, si le rouleau était ouvert, au moment de la hagbaha, à un autre passage, il n’est pas nécessaire de recommencer (voir Pisqé Techouva 134, 4). Quand il s’agit d’un rouleau ashkénaze, celui qui procède à la hagbaha doit ouvrir le rouleau de la Torah de façon que trois colonnes soient visibles (Michna Beroura 134, 8).

Certaines personnes chargées de faire la hagbaha se trompent : elles se tournent un peu à droite, un peu à gauche, et nombre de fidèles qui se tiennent du côté de l’arche sainte ne peuvent voir le manuscrit. Il faut que celui qui procède à la hagbaha ait soin de permettre à tous les fidèles de voir le manuscrit, le mieux étant de faire un tour complet à rythme modéré ; de cette façon, chacun pourra voir les lettres de la Torah (cf. Pisqé Techouva 134, 5).

C’est une obligation pour tout homme et toute femme, lorsqu’on voit le manuscrit, que de s’incliner et de dire le verset Vézot Hatorah (« Voici la Torah que Moïse a placée devant les enfants d’Israël » (Sofrim 14, 14 ; Choul’han ‘Aroukh 134, 2). De nombreux Ashkénazes n’ont pas l’usage de s’incliner ; certains décisionnaires tentent de trouver une justification à cela, mais a priori, il convient de s’incliner quand on voit le manuscrit (Har Tsvi, Ora’h ‘Haïm 1, 64).

Certains ont coutume de désigner le rouleau de la Torah de l’auriculaire, au moment où l’on dit Vézot Hatorah, puis d’embrasser ce doigt. D’autres ont coutume de saisir le tsitsit de leur talith et de le pointer en direction du rouleau de la Torah, puis d’embrasser ce tsitsit.

Les Guéonim ont donné pour consigne de prononcer le Qaddich après la lecture de la Torah, comme on a l’usage de le faire après la lecture de versets (Pisqé Techouva 147, 9). Afin de ne pas marquer une trop longue interruption entre la ‘Amida et le Qaddich Titqabal[b] qui suit Ouva lé-Tsion[c], on ne dit ici que le Qaddich abrégé.

Après la lecture, au moment où l’on revêt le rouleau de la Torah de son manteau (glila), les Ashkénazes ont l’usage de dire le texte Yehi ratson (« Que telle soit Ta volonté ») ; les jours où l’on ne dit pas les Ta’hanounim, on n’a pas l’usage de dire Yehi ratson (cf. Pisqé Techouva 147, 7).

Selon l’usage ashkénaze, c’est après la lecture et avant la récitation d’Achré/Ps 145 que l’on  reconduit le rouleau de la Torah vers l’arche sainte. Selon l’usage séfarade et ‘hassidique, on reconduit le rouleau après Ouva lé-Tsion et le Qaddich Titqabal. Certains Séfarades reconduisent le rouleau de la Torah avant le Qaddich Titqabal.

On a coutume de réciter des versets quand on rapporte le séfer-Torah et quand on le range dans l’arche sainte.


[b].Sur les différentes catégories de Qaddich, voir chapitre 23 § 7.
[c]. Voir chap. 23 § 2

05 – Le lecteur

On fait la lecture de la Torah en respectant ses téamim[d], c’est-à-dire en chantant la mélodie qui souligne la signification de ce qu’on lit. Or puisque ces signes musicaux ne sont pas notés sur le manuscrit du rouleau de la Torah, le lecteur doit les apprendre par cœur. Si, parmi l’assistance, personne n’a appris à lire le texte avec ses téamim, l’un des fidèles pourra regarder dans un Pentateuque, dans lequel les téamim sont imprimés, et souffler la mélodie au lecteur, de façon que ce dernier puisse lire la Torah avec sa mélodie (Michna Beroura 142, 8). Et si personne ne peut procéder à la lecture en respectant les téamim, on peut, a posteriori, s’acquitter de l’obligation de lire la Torah sans chanter sa mélodie (Choul’han ‘Aroukh 142, 2).

Il faut être précis dans la lecture de la Torah. Si le lecteur se trompe dans la lecture d’un mot, de façon telle que le sens du mot en est modifié, il doit relire ce mot comme il convient. Pour une erreur qui ne modifie pas le sens du mot, il n’est pas nécessaire de se reprendre[2].

Jadis, il était d’usage que chaque appelé lût lui-même sa montée ; pour cela, chacun préparait la lecture de la Torah, ou bien encore l’administrateur programmait à l’avance l’ordre des montées, et faisait savoir à chaque appelé quelle montée leur échoyait, afin qu’ils pussent préparer celle-ci. Cela reste l’usage des Juifs originaires du Yémen.

Cependant, dès l’époque des Richonim, dans la majorité des communautés, on a pris l’usage de nommer un lecteur (baal-qria), qui lit la Torah pour tous. L’appelé prononce la bénédiction sur la lecture, avant et après celle-ci, et le lecteur lit la Torah pour le compte de l’appelé. Cela, afin de ne pas vexer ceux qui ne savent pas lire la Torah (comme le dit le Ran), et également afin de ne pas vexer ceux qui croient savoir, mais qui en réalité ne lisent pas convenablement : si l’administrateur s’abstenait pour cette raison de les appeler à la Torah, ils en seraient affectés (comme le dit le Roch). (cf. Choul’han ‘Aroukh 139, 1-2 ; Pniné Halakha, Liqoutim, Qriat Hatorah).


[d]. Taam, plur. téamim: littéralement sens, ou saveurs. Signes dont les fonctions sont à la fois d’accentuation tonique, de notation mélodique et de ponctuation.
[2]. Si l’on a omis un mot, on doit se reprendre, même si le sens du passage n’en est pas changé. Si l’on a omis une lettre d’un mot, sans que le sens en ait été modifié – par exemple si l’on a dit Haron au lieu d’Aharon –, les avis sont partagés : selon le Michna Beroura 142, 4, il n’est pas nécessaire de se reprendre, mais pour le Kaf Ha’haïm 142, 2, il faut se reprendre.

Si l’on s’est trompé dans un mot, et que l’on ait continué quelque peu sa lecture, on doit revenir au début du verset, afin de réparer l’erreur, de façon telle que la lecture soit compréhensible. De là, on poursuivra la lecture dans l’ordre. Si l’erreur a eu lieu lors de la montée du premier appelé,  et que l’on ne s’en aperçoive qu’au moment de la montée du troisième, on doit, selon la décision du Michna Beroura (Béour Halakha 142 מחזירין), reprendre au début du verset où l’erreur s’est produite, dans l’ordre, jusqu’à la fin de la troisième montée. Si c’est après avoir terminé toute la lecture de la sidra que l’on s’aperçoit de l’erreur, on revient au verset où l’erreur s’est produite, et l’on récite, avec lui, trois versets. On ne dira pas la bénédiction sur cette lecture additionnelle, car, selon certains avis, on est quitte, a posteriori, même quand des erreurs se sont insérées dans la lecture. Cf. édition hébraïque de Pniné Halakha, Liqoutim, Qriat Hatorah § 13-14.

06 – L’appelé et les bénédictions de la Torah

Bien que chacun récite déjà tous les matins les bénédictions de la Torah[e], les sages ont décidé, pour la lecture publique de la loi, que l’appelé réciterait de nouveau des bénédictions, avant et après sa lecture. Cela, afin d’implanter dans le cœur de l’appelé et des auditeurs la conscience de l’origine divine de la Torah.

Jadis, la coutume voulait simplement que le premier et le dernier appelé récitassent une bénédiction chacun. Le premier appelé prononçait la première bénédiction, avant la lecture de la Torah, les appelés suivants montaient au pupitre sans dire de bénédiction, et le dernier appelé prononçait la dernière bénédiction, après la fin de la lecture.

Par la suite, les sages ont décidé que tout appelé réciterait une bénédiction au début de sa montée, puis une autre à la fin. La raison de ce décret se trouve dans les allées et venues de certains fidèles. Les sages ont craint que, si l’on entrait dans la synagogue au milieu de la lecture de la Torah sans avoir entendu la bénédiction du premier appelé, l’on risque de croire qu’aucune bénédiction ne se dit avant la lecture. Aussi a-t-on prescrit que chaque appelé récitât la bénédiction qui précède sa lecture. On a craint, de plus, que l’on ne sorte de la synagogue au milieu de la lecture et que, de ce fait, on ne puisse entendre le dernier appelé réciter la bénédiction après celle-ci, ce qui conduirait à penser que la lecture n’est pas suivie de bénédiction. Aussi a-t-on prescrit que chaque appelé récitât la bénédiction qui suit sa lecture (Méguila 21b). On peut apprendre de là l’importance des bénédictions de la Torah, importance si grande que les sages prescrivent que tout appelé les récite avant et après sa lecture, afin qu’il ne se trouve pas un seul Juif pour croire que l’on ne récite pas de bénédiction avant ou après la lecture de la Torah (cf. plus haut, chap. 10 § 1).

Pendant la lecture, l’appelé doit lire à voix basse, avec le lecteur, mot à mot ; en effet, puisque c’est lui qui prononce les bénédictions sur la Torah, il est à craindre que ses bénédictions ne soient dites en vain s’il ne lit pas lui-même (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 141, 2).

En cas de nécessité impérieuse, on fait également monter à la Torah celui qui ne sait pas lire du tout, ou qui est aveugle. Certes, selon le Choul’han ‘Aroukh (139, 3), il ne faut pas appeler à la Torah une personne qui n’est pas capable de lire à la suite du lecteur les mots du manuscrit. Mais le Rama tranche, à ce propos, conformément aux décisionnaires indulgents. Et même dans les synagogues séfarades, on a l’usage d’être indulgent à cet égard en cas de nécessité impérieuse (cf. Kaf Ha’haïm 135, 16 ; Yalqout Yossef III 139, 4).


[e]. Chapitre 10.

07 – Succession des appelés

Les sages ont décrété que la première montée serait donnée à un Cohen, la deuxième à un Lévi, et la troisième à un Israélite (c’est-à-dire tout autre Juif). La raison de cette disposition  réside dans la volonté de préserver la paix communautaire, afin que les fidèles ne se disputent pas l’honneur de monter en premier. Certes, ce décret n’a été établi par les sages qu’à l’égard du Chabbat, car alors  de nombreuses personnes se rassemblent à la synagogue, et il est davantage à craindre qu’une tension ne se manifeste à propos des montées à la Torah (Guitin 59b). Toutefois, les Richonim ont écrit qu’il fallait adopter cette conduite y compris le lundi et le jeudi, et c’est en ce sens que la halakha a été tranchée (Choul’han ‘Aroukh 135, 3).

Même en l’absence de ce décret des sages, le Cohen aurait préséance sur le simple Israélite dans le cas où l’un et l’autre seraient par ailleurs égaux en rang. En effet, il est écrit, au sujet du Cohen : « Tu le sanctifieras » (Lev 21, 8). Le décret a donc pour but d’établir qu’en matière de succession des appelés à la Torah, le Cohen a priorité, pour des raisons de paix communautaire, même dans le cas où tel autre juif lui serait supérieur par ses connaissances en Torah. Néanmoins, si le Cohen est un ignorant et tel autre juif un savant (talmid ‘hakham), les Richonim sont partagés sur la règle à appliquer. Selon le Rachba, il faut faire monter le Juif savant en premier. Selon Rav Amram Gaon, Rav Netronaï Gaon et certains Richonim, en matière de montée à la Torah, il faut donner préséance au Cohen sur le Juif érudit, même si le Cohen est un ignorant. Tel est l’usage en pratique (Choul’han ‘Aroukh 135, 4).

Il existe des cas où il est très nécessaire d’ajouter une montée. C’est le cas, par exemple, quand se trouvent à la synagogue, un lundi ou un jeudi, deux hommes, l’un et l’autre nouveaux mariés, et qui ne sont ni Cohen ni Lévi : la première et la deuxième montée sont déjà attribuées à un Cohen et à un Lévi ; il en résulte que, si l’on ne procédait pas à une montée supplémentaire, l’un des deux nouveaux mariés serait lésé, et que l’on ne pourrait l’honorer en l’appelant à la Torah. Selon le Rama, il est certes permis, pour un tel besoin, d’ajouter une montée ; toutefois, en pratique, il a été décidé d’interdire d’excéder le nombre de trois appelés (Choul’han ‘Aroukh 135, 1 ; Michna Beroura 3). La parade que l’on peut conseiller est de demander au Cohen de bien vouloir sortir de la synagogue au moment où l’on désigne le premier appelé : dans la mesure où il n’y a pas de Cohen présent, on appellera un Israélite pour la première montée, et de cette façon, on pourra faire monter les deux nouveaux mariés (cf. Yabia’ Omer VI 23).

08 – L’attitude de l’assemblée pendant la lecture de la Torah

Il est interdit de sortir de la synagogue, du début à la fin de la lecture de la Torah. Cet interdit s’applique, même si l’on a déjà entendu la lecture. Celui qui sort attente par là à l’honneur de la Torah, et c’est à son sujet qu’il est écrit : « Ceux qui abandonnent l’Eternel périront » (Is 1, 28). Si un fidèle est contraint de sortir, par exemple s’il doit prendre un train qui est sur le point de partir, et que le fait d’attendre la fin de la lecture soit susceptible de lui faire manquer ce train, il est autorisé à sortir entre deux montées ; en effet, le séfer-Torah est alors fermé, et l’atteinte à l’honneur de la Torah est moindre (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 146, 1).

Si l’on s’en tient à la stricte règle de droit, il n’est pas obligatoire d’être debout pendant la lecture de la Torah. Certains embellissent la pratique en se tenant debout, de la même façon que, lors du don de la loi au Sinaï, tout le peuple était debout (Rama, Ora’h ‘Haïm 146, 7). Certains exigent que l’on se lève au moment où l’on répond  Baroukh Ado-naï hamevorakh lé’olam vaed (« Béni soit l’Eternel, Lui qui est béni à jamais »), après la récitation de Barekhou par l’appelé. En effet, cette phrase fait partie de la catégorie des paroles de sainteté (devarim chébiqdoucha) ; or il faut se lever lorsque l’on récite de telles paroles (Michna Beroura 146, 18).  Selon de nombreux avis, il n’est pas nécessaire de se tenir debout pendant la lecture de la Torah, et c’est en ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh (146, 4). Rabbi Isaac Louria (Ari zal) avait lui-même l’usage de s’asseoir pendant toute la lecture, voire pendant Barekhou (Kaf Ha’haïm 146, 20). Et tel est l’usage dans de nombreuses synagogues séfarades et ashkénazes.

Dès l’instant que le rouleau de la Torah est ouvert, il est interdit aux fidèles de se parler les uns aux autres, même de sujets de halakha (Sota 39a). Selon un avis, il est permis d’échanger de brèves paroles de Torah pendant les pauses qui séparent les montées, à condition de ne pas en arriver à parler pendant les bénédictions ou la lecture elle-même (Ba’h). D’autres pensent qu’il est interdit de parler, même de Torah, entre les montées, et qu’il est seulement permis d’étudier pour soi-même (Elya Rabba). Il est bon d’être rigoureux en la matière. En effet, si l’on commence à échanger des propos de Torah, il sera difficile de s’interrompre quand l’appelé commencera à prononcer la bénédiction.

Il est permis au rabbin de répondre à une question urgente durant les pauses qui séparent les montées (Michna Beroura 146, 6). Il est également permis aux administrateurs de parler, durant les pauses, de sujets urgents liés à l’office. Et quand il n’y a pas d’autre possibilité, il est permis au rabbin de répondre à des questions, même pendant la lecture. De même, les administrateurs sont autorisés à parler de sujets urgents qui ne peuvent être repoussés, par exemple pour éviter que ne soit vexé un fidèle qui s’attend à être appelé.

09 – Quand un particulier ou une communauté n’ont pas procédé à la lecture de la Torah

L’institution de la lecture de la Torah concerne la communauté et ne s’applique pas à chaque particulier (Na’hmanide, Méguila 5a). Par conséquent, si l’on est contraint de sortir de la synagogue au cours de la lecture et que l’on manque ainsi une partie de celle-ci, on n’est pas obligé de chercher un autre minyan afin d’y rattraper ce que l’on a manqué ; car le principal est que la communauté en tant que telle ait procédé à la lecture.

Si deux possibilités s’offrent à soi : ou bien prier au sein d’un minyan et sortir avant la lecture de la Torah, ou bien écouter la lecture au sein d’un minyan et prier seul, il est préférable de prier en minyan, car prier en minyan est une obligation qui incombe au particulier, tandis que la lecture publique de la Torah est une obligation qui incombe à la communauté, et non au particulier (cf. Min’hat Yits’haq 7, 6 ; Pisqé Techouva 135, 2). De même, si l’on a été obligé de prier seul, et qu’après cela on soit informé de la tenue d’un minyan qui n’a pas encore procédé à la lecture, on n’est pas tenu de s’y rendre pour y écouter la lecture (Yalqout Yossef III 135, 7).

Si l’on est en retard à l’office, il arrive qu’au moment où l’on récite soi-même les Pessouqé dezimra ou les bénédictions du Chéma, l’assemblée commence déjà la lecture de la Torah. En ce cas, s’il est à prévoir que l’on aura l’occasion d’écouter la lecture de la Torah après le présent office, on continuera de prier. Mais si aucune occasion d’écouter la lecture n’est prévisible après cela, il sera bon a priori de s’interrompre pour écouter la lecture de la Torah (Leqet Yocher p. 18 ; Yabia’ Omer 7, 9).

Si, durant la matinée, se rassemblent six hommes qui ont prié individuellement, et qui n’ont pas entendu la lecture de la Torah, ils pourront s’adjoindre quatre autres personnes et procéder à la lecture (Béour Halakha 143, 1 ; cf. Pisqé Techouva 143, 3).

Même si l’on ne se rassemble que l’après-midi, de nombreux A’haronim pensent que l’on est fondé à rattraper la lecture de la Torah durant toute la période où peut se dire la prière de Min’ha (Michna Beroura 135, 1). Il est vrai que certains décisionnaires ne partagent pas cet avis et que, selon eux, on ne peut procéder à la lecture de la Torah après le midi solaire. Pourtant, en pratique, si l’on veut rattraper la lecture durant l’après-midi, on y est autorisé, et tel est l’usage admis par de nombreux grands maîtres d’Israël (Responsa Yehouda Yaalé, Ora’h ‘Haïm 51). Par conséquent, un minyan de soldats, ou de voyageurs qui n’avaient pas de rouleau de la Torah au moment de l’office de Cha’harit, pourra lire l’après-midi ce qui a été manqué le matin, si ces soldats ou voyageurs arrivent dans l’après-midi à un endroit où se trouve un séfer-Torah (cf. Yabia’ Omer 4, 17 ; Pisqé Techouva 135, 24).

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