Chapitre 03- Bénédiction Hamotsi

11. S’il est permis de sortir de la maison au milieu du repas

A priori, il ne faut pas sortir, pendant le repas, de la maison où celui-ci a lieu. Certains auteurs pensent en effet que quiconque sort de la maison interrompt son repas, et que, si l’on souhaite ensuite le reprendre, il faudra réciter d’abord le Birkat hamazon sur ce que l’on aura mangé, puis redire la bénédiction Hamotsi pour ce que l’on a l’intention de manger (Maïmonide, Choul‘han ‘Aroukh 178, 2). Cependant, a posteriori, si l’on est sorti pendant son repas après avoir déjà mangé un kazaït de pain, on pourra reprendre ledit repas à son retour, sans avoir à redire la bénédiction Hamotsi. On s’appuie en effet, a posteriori, sur l’opinion des auteurs selon lesquels le fait de sortir de la maison n’est pas considéré comme une interruption, quand un repas est fait sur du pain.

La règle est la même si l’on doit sortir, au milieu du repas, pour les besoins d’une mitsva, ou pour quelque autre besoin urgent : si l’on a la claire intention de revenir ensuite afin de reprendre son repas, on pourra sortir, sans avoir à dire préalablement le Birkat hamazon. Puis, quand on reviendra, on reprendra son repas sans redire Hamotsi. Enfin, quand on terminera le repas, on récitera le Birkat hamazon (Roch, Rema 178, 2). Mais si, en quittant la maison, on détourne entièrement son esprit du repas – dans le cas, par exemple, où l’on n’a pas l’intention de le reprendre à son retour, et où l’on est resté plus d’une heure en dehors du lieu du repas –, on devra, si l’on souhaite à son retour continuer de manger, procéder à l’ablution des mains et dire la bénédiction Hamotsi (Choul‘han ‘Aroukh 170, 1, Michna Beroura 9)[21]>.

Si l’un des convives reste à la maison jusqu’à la fin du repas, tous les auteurs admettent qu’il est permis aux autres convives, en cas de besoin, de quitter la maison au milieu du repas. Puis, quand ils reviendront s’attabler, tout le monde s’accorde à dire qu’ils n’auront pas besoin de répéter la bénédiction Hamotsi. En effet, la personne qui, dans l’intervalle, sera restée à la maison, à l’endroit où se tient le repas, aura maintenu au bénéfice des autres la continuité de celui-ci (Choul‘han ‘Aroukh 178, 2).

Quand une personne voyage, tout son chemin est considéré comme son « lieu ». Cette personne est donc autorisée à commencer son repas en un endroit, puis à le poursuivre en chemin : elle garde en tout lieu le bénéfice de la bénédiction prononcée au début de son repas (Choul‘han ‘Aroukh 178, 4).

En cas de nécessité, il est permis de former l’intention, au moment de la bénédiction Hamotsi, de commencer son repas en un lieu, puis de le poursuivre en tel autre. C’est ainsi que l’on procède lorsqu’on veut se joindre, après le repas, à un repas de chéva’ berakhot[22], ou lorsqu’on veut achever son repas par une conversation intime entre amis, dans une pièce proche[23].


[21]. Pessa‘him 101b : selon Rav Chéchet, tel que l’entend Maïmonide, si l’on a quitté « son lieu » au milieu du repas, et que l’on veuille ensuite continuer de manger, on devra réciter d’abord le Birkat hamazon sur ce que l’on a déjà mangé, puis dire Hamotsi sur ce que l’on a l’intention de manger ensuite. En effet, en sortant du lieu du repas, on a mis fin à celui-ci, et l’on a contracté l’obligation de dire le Birkat hamazon. C’est en ce sens que tranche le Choul‘han ‘Aroukh 178, 1-2. Face à cela, Rav ‘Hisda est d’avis que, puisque, pour un repas pris sur du pain, on doit dire le Birkat hamazon au lieu même où l’on a mangé, le fait de quitter ce lieu après avoir mangé un kazaït de pain n’annule point la fixation première de son repas ; aussi, dès lors que l’on n’a pas détourné entièrement son esprit dudit repas, on pourra continuer de manger sans avoir à répéter la bénédiction, que ce soit au lieu précédent ou en quelque nouvel endroit. C’est en ce sens que tranchent Tossephot, le Roch et le Rema. Puisque cette controverse touche à un cas de doute portant sur une bénédiction, de nombreux décisionnaires, parmi les A‘haronim séfarades, donnent pour instruction pratique de suivre le Rema ; telle est la position du Ben Ich ‘Haï, Beha‘alotekha 2 et du Kaf Ha‘haïm 178, 14. 

Mais a priori, on aura soin de ne pas quitter la maison pendant le repas : premièrement, afin de tenir compte de la position du Choul‘han ‘Aroukh ; deuxièmement, du point de vue même du Rema, il n’y a pas lieu de sortir a priori, de crainte d’oublier de réciter le Birkat hamazon. S’il s’agit d’aller dans d’autres pièces de la même maison, cf. ci-après, chap. 9 § 7 ; le principe étant qu’il est permis a priori d’aller dans les pièces où il est habituel de se rendre pendant le repas, tandis qu’il n’y a pas lieu d’aller, a priori, dans les pièces où il n’est pas habituel de se rendre pendant le repas ; mais que, en cas de nécessité pressante, il est permis de se rendre dans ces dernières elles-mêmes.

 

A priori, si l’on a l’intention de sortir pour une demi-heure ou davantage, et quoique l’on ait l’intention de revenir et de poursuivre son repas, il sera juste, à moins d’être pressé, de dire le Birkat hamazon avant de quitter la maison. Puis, après son retour, on se relavera les mains et l’on redira la bénédiction Hamotsi. Mais si l’on sort pour une courte durée, on ne récitera pas le Birkat hamazon avant son départ, car, pour ceux qui partagent l’opinion de Rav ‘Hisda, ce serait une bénédiction non nécessaire (berakha ché-ein tsrikha) (Michna Beroura 178, 35, Béour Halakha ד »ה בלא). Si l’un de nos camarades reste sur place et attend que l’on revienne, on ne dira pas non plus le Birkat hamazon avant de quitter la maison, même si l’on sort pour plus d’une demi-heure. Cf. ci-après, chap. 10 § 13.

 

[22]. Repas donné en l’honneur de nouveaux mariés, et à la fin duquel sont récitées les sept bénédictions nuptiales.

 

[23]. Il y a lieu de dire que le Rif et Maïmonide eux-mêmes reconnaîtraient que l’intention de poursuivre le repas en un autre lieu, formée au moment de la bénédiction Hamotsi, est efficace ; et il est évident que telle est la règle aux yeux de Tossephot et du Roch. C’est ce qu’écrivent le Ben Ich ‘Haï, Beha‘alotekha 2, le Yalqout Chémech 75 et le Kaf Ha‘haïm 178, 32. Face à cela, d’autres auteurs craignent que, même si l’on forme une telle intention au moment de la bénédiction Hamotsi, cela ne soit pas efficace aux yeux du Rif et de Maïmonide ; par conséquent, celui qui veut manger en deux endroits devra, lorsqu’il terminera de manger dans le premier, dire le Birkat hamazon ; puis, arrivé au second lieu, il se relavera les mains et dira Hamotsi. Tel est l’avis du Maamar Mordekhaï 9, du Yalqout Yossef 178, 1 et du Birkat Hachem III 11, 13. Il semble que, si l’on veut également tenir compte de leur position, le mieux soit de suivre le conseil de l’Or lé-Tsion II 12, 15, consistant à dire Hamotsi près de la porte d’entrée, puis de s’asseoir à table seulement après. En commençant son repas à la porte de chez soi, on montre que l’on est itinérant ; dès lors, il devient permis de poursuivre son repas en un autre lieu.

12. Aliments consommés avant le repas

Si l’on souhaite faire un repas accompagné de pain, on ne mangera ni ne boira auparavant : on se lavera les mains, on récitera la bénédiction Hamotsi, et l’on mangera ensuite ce que l’on voudra. Car si l’on mangeait ou buvait avant le repas, cela donnerait souvent lieu à une bénédiction non nécessaire (berakha ché-ein tsrikha). En effet, si l’on peut inclure dans la bénédiction Hamotsi ce que l’on désire manger, on se sera mis, par le fait d’avoir commencé à manger avant cela, dans le cas de dire une bénédiction supplémentaire sans nécessité. De plus, après avoir ainsi mangé et bu, on entrera dans un cas de doute quant à la bénédiction finale : il se peut en effet que l’on doive la réciter sur ce que l’on aura mangé avant le repas ; mais d’un autre côté, il est peut-être préférable de ne pas réciter la bénédiction finale, car il se peut que le Birkat hamazon, que l’on récitera après le repas, couvre également les aliments consommés avant ce dernier.

Si l’on est contraint d’attendre un peu avant le repas, et que, entre-temps, on veuille manger ou boire quelque chose, on devra, afin d’échapper au doute, marquer une interruption d’une demi-heure, ou au moins d’environ un quart d’heure, entre l’achèvement de la présente consommation et le début du repas. De cette manière, suivant tous les avis, on devra dire la bénédiction finale sur ce que l’on aura mangé ou bu avant le repas principal. Autre possibilité : après avoir mangé ce que l’on voulait avant le repas principal, on dira la bénédiction finale, puis on sortira de la maison pour une très brève promenade, afin de créer une interruption entre la collation précédente et le repas proprement dit. C’est la conduite à adopter lors des mariages où un buffet est servi avant la cérémonie du dais nuptial (‘houpa) : on dira sur le buffet les bénédictions d’usage, introductives et conclusives, puis la ‘houpa constituera une interruption entre le buffet et le repas festif. De même, lors d’une circoncision (berit-mila) : il arrive que l’on commence par manger des gâteaux et prendre des boissons légères, puis que l’on souhaite commencer le repas proprement dit. En ce cas, il est juste de marquer une interruption entre le buffet et le repas ; et s’il est impossible d’attendre environ un quart d’heure entre les deux, il sera bon de sortir pour une très brève promenade.

Si l’on a déjà commencé à manger et à boire, et que l’on doive débuter immédiatement le repas principal, mais que l’on ne puisse sortir pour une très brève promenade ni attendre un quart d’heure, on devra connaître tous les détails des lois exposées dans la note ci-dessous[24].


[24]. 1) Si l’on a mangé, avant le repas principal, de la viande, des pommes de terre, ou quelque autre aliment que l’on a l’habitude de consommer pendant le repas afin de se rassasier, et qui est inclus dans la bénédiction Hamotsi : puisque l’on a décidé de les manger avant le repas, on aura fait de leur consommation une collation distincte ; on devra donc réciter la bénédiction finale sur cela. Si l’on a oublié de dire cette bénédiction finale avant de commencer le repas proprement dit, on sera encore tenu de rattraper cette bénédiction. Si l’on a déjà récité le Birkat hamazon, l’occasion de dire la bénédiction finale est perdue – ce, afin d’échapper à une situation douteuse. 

2) Si l’on a mangé des fruits et des légumes avant le repas, et que l’on ait l’intention de continuer d’en manger pendant le repas, on ne dira pas sur eux de bénédiction finale. Si l’on n’a pas l’intention d’en manger pendant le repas, la règle qui s’applique est semblable au 1).

 

3) Pour des spécialités destinées à ouvrir l’appétit (tels qu’un vin apéritif ou une boisson forte), on s’abstiendra, en raison du doute, de dire la bénédiction finale.

 

4) Pour de l’eau, on dira la bénédiction finale ; si l’on a oublié de la dire avant le repas, et que l’on ait l’intention de boire de l’eau pendant le repas, on ne dira pas sur l’eau de bénédiction finale ; et si l’on n’a pas l’intention d’en boire pendant le repas, on devra, même après le Birkat hamazon, rattraper la bénédiction finale sur l’eau.

 

5) Pour des pâtisseries mézonot sur lesquelles pèse un doute quant au fait de savoir si elles appartiennent à la catégorie de pat habaa békhissanim (cf. ci-dessus, note 9), on s’abstiendra, en raison du doute, de dire la bénédiction finale.

 

6) Pour des mets mézonot bouillis, par exemple des langues d’oiseau, ou pour des pâtisseries mézonot qui, de l’avis de tous, appartiennent à la catégorie de pat habaa békhissanim, on dira la bénédiction finale ; mais si l’on a déjà commencé le repas, on ne la dira pas.

 

Nous donnions ci-dessus un conseil consistant – dans le cas où l’on a mangé ou bu avant le repas, où l’on est obligé de commencer celui-ci et où il est douteux de devoir dire la bénédiction finale – à sortir pour une très brève promenade : de cette façon, on pourra dire avant cela la bénédiction finale. S’agissant des aliments dont la bénédiction finale ne doit pas obligatoirement être dite à l’endroit même où ils ont été consommés, sortir de la maison constitue une interruption ; cf. ci-après, chap. 4 § 13 ; chap. 9 § 7. Quant aux aliments qui requièrent une bénédiction finale au lieu même de leur consommation, s’il est vrai qu’il a été décidé, en pratique, que sortir ne constituait pas une interruption, il reste que, pour Maïmonide et ceux qui partagent son avis, une telle sortie est considérée comme une interruption (cf. ci-dessus, note 13). De plus, le Rachba et ceux qui partagent son avis estiment que, pour les aliments mézonot eux-mêmes, il n’est pas obligatoire de dire la bénédiction finale à l’endroit où ils ont été consommés. Et, s’agissant des fruits appartenant aux sept espèces par lesquelles il est fait l’éloge de la terre d’Israël, d’autres Richonim pensent qu’il n’est pas nécessaire que la bénédiction finale soit dite au lieu même de leur consommation (cf. ci-après, chap. 4 § 13 ; Choul‘han ‘Aroukh 178, 5). Aussi peut-on associer à cela ceux des décisionnaires qui estiment que le changement de lieu constitue une interruption (comme l’écrit le Qéren lé-David, Ora‘h ‘Haïm 59). En outre, pour ceux-là même qui estiment que, s’agissant des mézonot et des sept espèces, sortir ne constitue pas une interruption, notre cas est différent : il est en effet question ici de deux consommations distinctes, de sorte qu’une petite promenade – qui est une façon de « s’occuper d’autre chose » – présente d’avantage les caractéristiques d’une interruption, et oblige davantage à réciter la bénédiction finale sur ce que l’on aura mangé avant cette sortie.

 

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