Chapitre 11 – Le principal et l’accessoire

01. Principal (‘iqar) et accessoire (tafel)

Nos Sages enseignent : « Voici la règle : dès lors qu’une partie est principale, et qu’elle est accompagnée d’une partie accessoire, c’est sur le principal que l’on dit la bénédiction, ce par quoi on exempte l’accessoire. » (Berakhot 44a) À quoi cela ressemble-t-il ? À un homme qui a reçu de son ami un cadeau enveloppé dans un beau papier. Il convient qu’il le remercie pour le cadeau ; et, dans l’expression générale de gratitude pour le cadeau, sera incluse la gratitude pour le bel emballage. Or, si cet homme exprimait sa reconnaissance pour le papier d’emballage en tant que tel, il montrerait par-là qu’il n’a pas compris ce qu’est le cadeau, ou que celui-ci n’a pas grande importance à ses yeux, au point qu’il l’assimile au papier. Le principe est le même lorsqu’on mange un aliment principal, contenant également un aliment qui lui est accessoire : les Sages ont prescrit de réciter une bénédiction sur l’aliment principal, et d’exempter, ce faisant, l’aliment accessoire. Simplement, il nous faut définir à partir de quand un aliment est l’accessoire d’un autre, et quand il ne l’est pas. Pour bien comprendre cette halakha, nous prendrons, dans ce chapitre, de nombreux exemples.

Si l’on a dans son assiette du poisson, des langues d’oiseau (pâtes) et des pommes de terre, on dira la bénédiction de chacun de ces aliments, puisque chacun d’entre eux a son importance propre : Mézonot sur les pâtes, Ha-adama sur les pommes de terre et Chéhakol sur le poisson. Bien que le poisson soit plus important, et que l’on ait l’intention de tout manger ensemble, les pâtes et les pommes de terre ne sont pas considérées comme annexes au poisson ; aussi doit-on réciter la berakha de chaque aliment. De même, à la fin, on récitera ‘Al hami‘hia sur les pâtes et Boré néfachot sur le poisson et les pommes de terre.

Mais si l’on a dans son assiette des pâtes et, à côté d’elles, un accompagnement destiné à leur donner du goût – par exemple du ketchup, de la te‘hina (crème de sésame), du s‘houg (hachis de légumes piquant, spécialité yéménite), du caviar d’aubergines ou de la tchoutchouka (ou matbou‘ha, salade cuite de tomates et de poivrons broyés) –, on dira Mézonot sur les pâtes, ce par quoi l’on exemptera les garnitures qui les bordent. En effet, toute la raison d’être de ces accompagnements est d’ajouter au goût des pâtes ; et, si l’on n’avait pas mangé celles-ci, on n’aurait pas non plus mangé les garnitures. Certes, si l’on souhaite goûter au ketchup ou à la te‘hina seuls, afin de profiter de leur goût, on devra prononcer sur eux la bénédiction Chéhakol. Mais quand les pâtes sont le principal et que le ketchup ou la te‘hina leur sont annexes, on dit la berakha des pâtes, et l’on acquitte, ce faisant, ces suppléments.

Si, après avoir prononcé la bénédiction des pâtes, on dit celle de l’une des garnitures, cette dernière bénédiction est vaine (berakha lévatala), car les garnitures ont déjà été incluses dans la berakha récitée sur les pâtes. Et si l’on récite, avant la bénédiction des pâtes, celle des garnitures – dans notre cas, si l’on dit d’abord Chéhakol sur le ketchup –, cela n’est certes pas constitutif du grave interdit de bénédiction vaine (puisque l’on n’a pas encore récité la berakha portant sur le principal, de sorte que l’accessoire n’a pas été couvert) ; mais on enfreint l’interdit de bénédiction non nécessaire (berakha ché-ein tsrikha). En d’autres termes, il s’agit d’une berakha superflue, puisque, par celle que l’on s’apprête à dire sur les pâtes, qui forment le principal, on est sur le point d’inclure les garnitures, lesquelles sont destinées à leur donner du goût (Choul‘han ‘Aroukh 212, 1 ; Michna Beroura 168, 48 ; 215, 18).

Même s’il reste dans l’assiette, après que l’on a terminé les pâtes, un peu de garniture, et que l’on souhaite manger celle-ci, on n’en dira point la bénédiction : puisque la garniture était l’accessoire des pâtes, elle a été couverte par la bénédiction prononcée sur les pâtes. Mais s’il reste beaucoup de garniture, et que l’on veuille la manger pour profiter de son goût, sa consommation prend une importance autonome, et l’on devra en réciter la berakha (Michna Beroura 168, 46)[1].

Le pain lui-même peut, de rares fois, être considéré comme accessoire. Par exemple, si l’on veut consommer une boisson alcoolisée, et que, afin d’adoucir son acuité, on mange du pain pour l’accompagner, la boisson sera le principal ; c’est donc sur elle que l’on dira la bénédiction, ce par quoi l’on exemptera le pain. Mais si l’on veut aussi se rassasier grâce au pain, ou jouir de son goût, et quoique l’on ait pour propos essentiel de consommer la boisson, c’est le pain qui, en raison de son importance, devient principal, puisque l’on éprouve un intérêt propre à le manger ; c’est donc la bénédiction Hamotsi que l’on dira sur le pain, ce par quoi l’on couvrira également la boisson (Choul‘han ‘Aroukh 212, 1 ; Michna Beroura 5 ; cf. ci-dessus, chap. 3 § 6).


[1]. Si l’on a dit la bénédiction des pâtes, puis que l’on ait servi les garnitures seulement après, de deux choses l’une : si, au moment où l’on a récité la bénédiction des pâtes, on pensait apporter les garnitures par la suite, ou qu’on y soit habitué, on aura exempté les garnitures par la bénédiction des pâtes. Mais si l’on ne pensait pas apporter ces garnitures, et que l’on n’y soit pas non plus habitué, on devra en réciter la bénédiction quand on les apportera : puisqu’elles n’étaient pas devant soi au moment de la berakha sur la partie principale, elles n’ont point été incluses en elle (Michna Beroura 212, 4). Mais on ne récitera pas sur elles de bénédiction finale, puisque, en définitive, c’est en tant qu’accessoires qu’on les aura mangées (cf. Cha‘aré Haberakha 15, note 10).

Si l’on a mangé un aliment et que l’on ait été surpris de le trouver si piquant, au point d’avoir besoin d’un aliment doux, on aura l’obligation de dire la berakha de cet aliment doux. Mais si, dès l’abord, on pensait atténuer le piquant par l’aliment doux, le doux sera l’accessoire du piquant, et sera couvert par la bénédiction de celui-ci (Michna Beroura 212, 5). Et si ce que l’on a mangé nous a donné soif, on devra réciter la bénédiction de la boisson, bien que la soif ait été éveillée par la nourriture ; en effet, en pratique, c’est pour elle-même que l’on désire à présent prendre cette boisson (cf. Cha‘ar Hatsioun 212, 19 ; Pisqé Techouvot 11).

 

02. Quand il est douteux qu’un aliment soit l’accessoire d’un autre

Si l’on mange du kugel (gâteau de pâtes caramélisé) accompagné d’un cornichon, et qu’il soit clair à nos yeux que le cornichon est l’accessoire du kugel – parce que tout le propos de cet accompagnement est de donner à ce mets un supplément de goût –, la bénédiction Mézonot que l’on dira sur le kugel inclura le cornichon. Mais il est des cas où l’on éprouve un doute, parce qu’il se peut que le cornichon ait une importance autonome, et parce que, bien qu’on ne l’eût pas mangé sans le kugel et que, grâce à celui-ci, on l’apprécie davantage, c’est de manière autonome que l’on en jouit, de sorte que l’on en voudrait manger séparément aussi. Dans un tel cas, on mangera d’abord un peu de kugel seul, sur lequel on dira la bénédiction Mézonot, puis un peu de cornichon seul, sur lequel on récitera la bénédiction Ha-adama ; ensuite, on continuera de les manger ensemble.

C’est la voie qu’il convient de suivre dans tous les cas de doute, quant au fait de savoir si tel aliment est l’accessoire d’un autre : on dira d’abord la bénédiction de chaque aliment séparément, aliment dont on mangera un peu, ce par quoi l’on échappera au doute ; puis on pourra continuer de manger l’un et l’autre ensemble. Il n’est pas à craindre, à cet égard, de dire une bénédiction non nécessaire (berakha ché-ein tsrikha), puisque, précisément, cette bénédiction est nécessaire afin d’échapper au doute (Peri Mégadim ; Sdé ‘Hémed)[2].

S’agissant de la bénédiction finale, si l’on a mangé les deux aliments ensemble, et quoique l’on ait mangé un kazaït de chacun, on dira ‘Al hami‘hia seulement[a] : puisque l’on doute que le cornichon ait une importance autonome, on ne saurait réciter de bénédiction finale à son propos. Pour sortir du doute, il sera bon de manger ou de boire autre chose, par quoi l’on sera tenu de dire Boré néfachot. De même, si l’on a mangé un kazaït de cornichon séparément, on sera tenu de dire sur lui la bénédiction Boré néfachot.


[2]. L’interdit de causer la récitation d’une bénédiction non nécessaire n’est à craindre que lorsque cette bénédiction n’a effectivement aucune nécessité. Mais lorsque son but est de sortir du doute, c’est là une nécessité importante, qui peut légitimement donner lieu à la récitation d’une berakha (Peri Mégadim, introduction 10 ; Sdé ‘Hémed, Asséfat dinim, Berakhot 1, 4 ; cf. ci-après, chap. 12 § 2). Il faut signaler que, selon l’Even Ha‘ozer et Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, en Séder Birkot Hanéhénin 3, 14, si la bénédiction de l’accessoire diffère de celle du principal, c’est une pieuse attitude que de réciter la bénédiction de l’accessoire en premier, afin que soit dite sur lui la bénédiction qui lui est spécifique. Pour les autres décisionnaires, en revanche, quand il n’y a à cela aucune nécessité, c’est une berakha ché-eina tsrikha (bénédiction non nécessaire).

S’agissant de l’ordre dans lequel les bénédictions doivent être dites, certains auteurs craignent que, si l’on récitait d’abord la bénédiction portant sur le principal (le kugel), on n’exemptât l’accessoire (le cornichon) ; aussi, selon eux, soit on fera précéder la bénédiction de l’accessoire, soit on formera l’intention expresse, lors de la bénédiction du principal, de ne pas inclure l’accessoire. Il semble cependant que, comme le pensent le Peri Mégadim et le Rav Pe‘alim (II, 27), lorsqu’on a l’intention de réciter la berakha de chacune des deux catégories d’aliments, il faille considérer que l’on a déjà l’intention expresse de ne pas exempter la seconde par la bénédiction de la première. Dès lors, au moment où l’on dit cette bénédiction, il n’y a pas de principal ni d’accessoire. Mais ceux qui veulent embellir leur pratique formeront expressément cette intention (cf. Birkat Hachem III, 10, 2-3 ; 9, note 40 ; Pisqé Techouvot 212, 2 (8-9) ; Cha‘aré Habrakha 10, 13).

[a]. Dans le cas du kugel et du cornichon.

 

03. Mélange de deux espèces

De nombreux mets sont composés de deux aliments distincts qui, s’ils étaient consommés séparément, feraient chacun l’objet d’une bénédiction spécifique, mais qui, parce qu’ils ont été mélangés, sont devenus un seul et même mets. Quelle bénédiction dire alors ? L’aliment majeur du mélange doit être considéré comme le ‘iqar (principal), et les autres ingrédients lui sont devenus tafel (annexes), et sont donc couverts par la bénédiction du premier. Par exemple, pour du riz auquel ont été mélangés des raisins secs ou du thon, on dira Mézonot, puisque le riz est principal, et l’on exemptera par cela les raisins secs et le thon. De même, si l’on mange une salade de légumes à laquelle on a mêlé quelques rondelles d’olives pour y ajouter du goût, on dira Ha-adama sur la salade, puisque les légumes sont le principal, et l’on exemptera par-là les olives. De même, si l’on a mis des amandes sur du riz pour l’embellir et lui donner du goût, les amandes seront l’accessoire du riz, et la bénédiction Mézonot que l’on prononce sur celui-ci couvrira les amandes.

Quand les deux espèces présentes dans le mélange sont importantes et entièrement mêlées, on va d’après la majorité. Par exemple, pour une pachtida aux légumes et au fromage, mais non additionnée de farine : s’il y a une majorité de légumes, la bénédiction est Ha-adama ; s’il y a une majorité de fromage, la c’est Chéhakol. De même, si l’on a mélangé du riz et des lentilles : si le riz forme la majorité, on dit Mézonot ; si les lentilles sont majoritaires, on dit Ha-adama. Dans le même sens, pour un mélange de yaourt et de morceaux de fruits, si le yaourt est majoritaire, la bénédiction est Chéhakol ; si ce sont les fruits, ce sera Ha‘ets[3].

Cependant, quand les morceaux qui forment le mélange sont reconnaissables, par exemple dans le cas d’une salade de fruits contenant des morceaux de fruits de l’arbre et des morceaux de fruits de la terre[b], il est douteux qu’une bénédiction prononcée sur la majorité couvre la minorité, dès lors que les morceaux sont relativement grands, et que l’on peut reconnaître, pour chacun d’entre eux, de quel fruit il s’agit. Par conséquent, il faut prendre d’abord un morceau de fruit de l’arbre, sur lequel on dira Ha‘ets, puis un morceau de fruit de la terre, sur lequel on dira Ha-adama. Après cela, on continuera de manger ces fruits ensemble[4]


[3]. Il arrive toutefois que la majorité ne soit pas l’élément déterminant. Par exemple, pour une boulette de viande mêlée de légumes ou de riz : même si la viande est minoritaire, elle est principale, en raison de sa plus grande importance (c’est bien pourquoi l’on appelle ce mets « boulette de viande ») ; on dira donc Chéhakol. C’est ce qui ressort du Michna Beroura 212, 1 ; c’est aussi ce qu’écrivent l’Or lé-Tsion II, 14, 29-30 et le Cha‘aré Haberakha 15, note 22. Certains auteurs, il est vrai, estiment que, lorsque les deux espèces sont importantes, on va toujours d’après la majorité (cf. Birkat Hachem III 10, note 130 ; Vézot Haberakha p. 193). Mais il semble que la majorité ne soit décisive que dans le cas où l’on ne peut désigner certainement ce qu’est le principal ; en revanche, quand on a de la viande et du riz, il est clair que, aux yeux des gens, la viande est plus importante.

Si l’on ne sait ce qu’est la majorité ou le principal, et que l’on ait par ailleurs à sa disposition deux aliments par lesquels on peut couvrir les deux possibilités, il sera préférable de réciter d’abord les bénédictions desdits aliments. Si l’on ne dispose pas de tels aliments, on séparera les deux espèces constitutives du mélange, si on le peut, puis on récitera séparément la bénédiction de chaque espèce, et l’on en mangera. Quand il n’y a pas d’autre solution, on dira la bénédiction la plus générale, qui, même en cas d’erreur, exemptera a posteriori la seconde espèce. Ainsi, dans le cas où le doute est entre Ha‘ets et Ha-adama, on dira Ha-adama ; et s’il est entre Ha-adama et Chéhakol, on dira Chéhakol.

 

[b]. Exemples de fruits de la terre que l’on peut trouver dans une salade de fruits : banane, fraises, pastèque, melon.

 

[4]. Si les morceaux présents dans le mélange sont grands, de sorte que ce qui « tombe » dans notre cuiller consiste souvent en une seule sorte d’aliment, on ne considère pas qu’il y ait, halakhiquement, mélange ; il est donc obligatoire de dire la bénédiction de chaque catégorie d’aliment (‘Aroukh Hachoul‘han 212, 2). Mais si, généralement, ce sont deux types d’aliments qui « tombent » ensemble dans la cuiller, et quoique chacun d’eux soit reconnaissable pour sa part, le Peri Mégadim estime qu’il s’agit d’un mélange et que l’on récite une seule bénédiction, en fonction de la majorité. Selon le ‘Hayé Adam (51, 13) et le Ben Ich ‘Haï (Pin‘has 17), en revanche, ce n’est pas, halakhiquement parlant, un mélange, et il faut réciter la bénédiction de chaque catégorie. Pour échapper au doute, il est juste d’isoler d’abord chaque sorte d’aliment et d’en réciter la bénédiction, comme nous l’avons vu plus haut, § 2.

 

Quant à la bénédiction finale : en général, la bénédiction de l’un et l’autre des aliments est Boré néfachot. Toutefois, si l’un d’entre eux est un des fruits par lesquels la Torah fait la louange de la terre d’Israël, et que l’on ait mangé un kazaït de chaque catégorie d’aliments, mais de façon telle qu’ils étaient mélangés l’un à l’autre, on ne pourra dire, en raison du doute, que celle des bénédictions qui porte sur l’aliment majoritaire. Si l’on veut échapper au doute, on mangera séparément un kazaït de l’aliment minoritaire ; de cette façon, on pourra réciter, à la fin, les bénédictions Mé‘ein chaloch et Boré néfachot. Cf. prochaine note, et ci-dessus, chap. 10 § 3, note 4.

 

04. Mélange contenant une céréale

Quand nous disions que, en cas de mélange d’aliments, nous allons d’après la majorité, nous visions les mélanges ordinaires. Mais si l’une des espèces constitutives du mélange est une des cinq céréales[c], la bénédiction de ce mélange est Mézonot. Par exemple, quand un gâteau contient de la farine d’une des cinq céréales, et quoique la majorité du mélange soit fait de sucre, d’œufs, de noix et de chocolat, la bénédiction est Mézonot. De même pour une pachtida de légumes à laquelle on a mêlé un peu de farine, afin d’en améliorer le goût : c’est la farine qui est principale, et l’on dit Mézonot sur la pachtida. Cela s’explique par le fait que les cinq céréales sont les aliments les plus importants, puisque c’est d’elles que l’on fait le pain et les gâteaux. Par conséquent, dès lors qu’il s’en trouve dans le mélange, c’est elles qui déterminent la bénédiction. La règle est la même pour une salade de nouilles et de chou : puisqu’un aliment à base de céréales fait partie de la salade, la bénédiction est Mézonot, même quand l’aliment céréalier est minoritaire.

Tout cela vaut à la condition que les céréales en question aient pour but de donner du goût à ce mets, ou de rassasier. Mais si le rôle des céréales est simplement de lier les ingrédients du mets (que celui-ci soit cuit à l’eau ou au four), les céréales sont l’accessoire des autres ingrédients, et n’ont donc pas la force de déterminer la bénédiction. Par conséquent, pour une pachtida de légumes à laquelle on a mêlé de la farine afin de donner du liant à l’ensemble, c’est Ha-adama que l’on récite (Choul‘han ‘Aroukh 208, 2-3). De même, quand, à une boulette de poisson ou de viande, est mélangée de la panure afin d’en accroître le volume et de l’attendrir, la panure est l’accessoire de la viande ou du poisson, et l’on dit Chéhakol sur la boulette (Avné Nézer, Ora‘h ‘Haïm 38)[5]. En cas de doute, chacun devra décider, selon son propre jugement, si le composant céréale est là pour donner du goût à la recette, ou a pour simple fonction de servir de liant (ou quelque autre utilité de ce genre).

On est parfois en présence d’un doute, quant au fait de savoir si tel plat que l’on a devant soi doit être considéré comme un seul et même aliment, composé de plusieurs ingrédients – de sorte que l’on devrait dire la bénédiction relative au principal, et couvrir par-là l’accessoire –, ou s’il s’agit de la réunion de plusieurs aliments, requérant chacun sa bénédiction spécifique. Prenons le cas d’un cholent[d] épais contenant de l’orge perlée, des saucisses à base de farine, parfois mêlée de viande (kichke), des morceaux de pommes de terre, des haricots et de la viande. Même si les kichke se sont effrités et dispersés dans l’ensemble du plat, un doute subsiste : le cholent doit-il être considéré comme un mélange unifié, dont la bénédiction est Mézonot ? ou bien faut-il dire que les morceaux de viande et de pommes de terre, parce qu’ils sont reconnaissables, sont considérés comme des aliments distincts, dont les bénédictions doivent être récitées ? Comme nous l’avons vu (§ 3), dans un tel cas, il faut d’abord réciter la bénédiction de chaque aliment séparément : Mézonot sur l’orge perlée, Ha-adama sur la pomme de terre et Chéhakol sur un morceau de viande ; après quoi on mangera le cholent en tant que mélange.

S’agissant de la bénédiction finale, si l’on a mangé un kazaït de céréales, on dira ‘Al hami‘hia. Quant aux autres aliments, s’ils étaient entièrement mêlés, au point que l’on n’a pas mangé, séparément, un kazaït de l’ensemble des ingrédients autres que Mézonot – pour la raison qu’il se trouvait une portion de l’aliment à base de céréales dans presque chaque cuillerée –, il est douteux que l’on doive dire sur eux Boré néfachot. Il se peut en effet qu’ils aient été couverts par la bénédiction dite sur les céréales. Mais si l’on en a mangé un kazaït séparément – c’est-à-dire que la somme de toutes les cuillerées d’aliments non mêlées de céréales forme un kazaït –, on dira Boré néfachot. De même, si les céréales que l’on a mangées ne formaient pas un kazaït, et que les autres ingrédients formaient en revanche un kazaït, on dira Boré néfachot, bien que tous les ingrédients fussent mêlés (‘Aroukh Hachoul‘han 212, 2).


[c]. Pour lesquelles la bénédiction finale est ‘Al hami‘hia.

[5]. La question de la berakha finale est expliquée ci-dessus, chapitre 10. En note 14, nous disions que, lorsqu’on a mangé un demi-kazaït d’aliment dont la bénédiction finale est Mé‘ein chaloch et un demi-kazaït d’aliment dont la bénédiction finale est Boré néfachot, on tient compte de l’opinion rigoureuse : les deux aliments ne s’associent pas l’un à l’autre pour créer l’obligation de dire Boré néfachot. En revanche, s’ils forment ensemble un même mets, qui n’est cependant pas entièrement mêlé comme le serait un mets homogène, et qu’ensemble ils fassent un kazaït, on dira Boré néfachot, quoique la majorité soit mézonot. C’est le cas, par exemple, d’un gâteau fourré, ou d’une salade de nouilles et de chou.

 

Pour un aliment homogène, dont les deux composants sont entièrement mêlés, la règle est différente : nous avons vu ci-dessus (chap. 10 § 9) que, dans un gâteau, tous les ingrédients sont assimilés à la farine, à condition que celle-ci représente au moins un huitième de l’ensemble. Si l’on en mange un kazaït, la bénédiction finale sera donc ‘Al hami‘hia. Dans le cas d’une pachtida, si la farine est majoritaire, on dit ‘Al hami‘hia sur un kazaït de l’ensemble. Si la farine n’est pas majoritaire, mais que l’on en ait mangé une part contenant, en pratique, un kazaït de céréales, ce dans le délai d’akhilat pras, on dira ‘Al hami‘hia ; mais si la part ne contenait pas un kazaït de céréales, c’est Boré néfachot que l’on récitera. Cf. l’explication de cette règle en Har‘havot, ad loc.

 

[d]. Plat traditionnel du Chabbat des communautés ashkénazes ; la version séfarade est la tafina ; les Israéliens parlent plus généralement de ‘hamin (« plat chaud »). Ce plat de haricots secs, de blé ou de pois chiches aux pommes de terre cuit lentement toute la nuit de Chabbat, sur un feu couvert ou sur une plaque électrique de Chabbat (plata).

05. Autres mets (schnitzel, kibbeh, strudel, poivron farci, moussaka)

Sur du schnitzel (escalope panée) de poulet ou de poisson, on dit Chéhakol. Bien que la panure revêtant ces escalopes contienne des céréales qui contribuent au goût, la viande reste le principal, puisque la panure n’est pas mêlée à l’intérieur du mets, et que son propos est seulement de contribuer extérieurement au goût de la viande. De même, pour des aubergines poêlées, recouvertes de farine ou de panure, la bénédiction est Ha-adama (tel est l’usage ; pour ceux-là mêmes qui estimeraient que la bénédiction est Mézonot, il faudrait dire Chéhakol, puisqu’il y a doute en la matière).

Mais pour un kibbeh (ou qoubé, ou qouba), boulette de viande enrobée d’une épaisse enveloppe de pâte, c’est la pâte qui est le principal, parce qu’elle possède une importance autonome ; aussi la bénédiction est-elle Mézonot.

De même, pour un strudel farci de viande : puisque l’enveloppe de pâte qui a été cuite avec la farce possède une importance autonome, et quoiqu’elle soit fine et en petite quantité relativement à la viande, la pâte est le principal, et la bénédiction du strudel dans son ensemble est Mézonot. Bénédiction finale : si la pâte formait un kazaït (volume d’un demi-œuf), on dira ‘Al hami‘hia. S’il n’y avait pas un kazaït de pâte, mais que l’on ait mangé un kazaït de l’ensemble, on dira Boré néfachot. Si, dès l’abord, on voulait séparer l’enveloppe de pâte de la viande, on aura transformé le strudel en deux aliments distincts ; on dira donc la bénédiction de la pâte d’un côté, celle de la viande de l’autre, aussi bien pour la bénédiction initiale que pour la finale.

Quant aux blintzes, qui sont faits d’une fine pâte préparée à la poêle, que l’on fourre de fromage ou de légumes broyés : même quand la pâte n’a pas été frite avec la farce, la réunion des deux constitue un mets unifié, dès lors que l’on ne souhaite pas séparer la pâte de la farce. Par conséquent, la pâte est principale, et la bénédiction est Mézonot (quant à la bénédiction finale, la règle est la même que pour le strudel).

« Cacahuètes américaines » : ce sont des cacahuètes enveloppées d’une épaisse couche de farine sucrée[e]. Puisque la farine est l’un des ingrédients de cette spécialité, la bénédiction est Mézonot. Si, de cette seule farine cuite, on a mangé un kazaït, la bénédiction finale sera ‘Al hami‘hia. Si l’on n’a pas mangé un kazaït de cette farine, mais qu’on ait mangé un kazaït des deux constituants pris ensemble, on récitera Boré néfachot.

Il y a des mets pour lesquels il est difficile de déterminer si, parmi leurs composants, il y a un principal et un accessoire. C’est le cas de la moussaka, spécialité faite de tranches d’aubergine farcies de viande hachée. Puisque les deux composants sont importants et reconnaissables, il est difficile de décider lequel d’entre eux l’est le plus. Par conséquent, on mangera d’abord de l’aubergine prise séparément, sur laquelle on dira Ha-adama ; puis on mangera de la viande séparément, sur laquelle on dira Chéhakol ; par la suite, on les mangera ensemble.

Sur du poivron farci de riz et d’un peu de viande, on dit Mézonot. Le riz est en effet le principal, tandis que la fonction du poivron est de l’envelopper, et celle de la viande de lui donner du goût. Si l’on a séparé la farce du poivron, afin de manger de chaque chose séparément, on dira Mézonot sur la farce, Ha-adama sur le poivron.


[e]. En Israël, on les appelle kabukim.

06. Biscotte, cracker, matsa miniature et ce que l’on y tartine

Si l’on tartine de fromage ou de ‘houmous une biscotte, une matsia (petite matsa, galette individuelle) ou un cracker, et quoique la couche que l’on y a tartinée soit épaisse, le fromage ou le ‘houmous, dès lors qu’il a pour but de donner du goût au support à tartiner, est l’accessoire de celui-ci ; cela, bien que la chose tartinée soit très chère à nos yeux. On dira donc, sur la biscotte, la galette ou le cracker, Mézonot comme bénédiction initiale, et l’on exemptera ainsi la pâte à tartiner. De même, à la fin, si l’on a mangé un kazaït du support à tartiner, on dira ‘Al hami‘hia, ce par quoi l’on exemptera le complément à tartiner. Si l’on n’a pas mangé un kazaït du support, mais que l’ensemble formé par le support et le complément fasse un kazaït, on considèrera l’ensemble comme un aliment unique, puisque le complément est l’accessoire du support, et l’on dira Boré néfachot, bénédiction plus générale. La règle est la même si l’on a mis une saucisse sur le support, afin de lui donner du goût (Da‘at Torah 212, 1 ; Kaf Ha‘haïm 2).

Mais si l’on veut manger la saucisse pour elle-même, et qu’on la pose sur le support parce que l’on trouve plus savoureux de manger les deux ensemble, aucun des deux n’est l’accessoire de l’autre. On dira donc d’abord la bénédiction Mézonot et l’on mangera du support, après quoi l’on dira Chéhakol et l’on mangera de la saucisse ; ensuite, on continuera de manger les deux ensemble. La règle est la même si l’on veut manger le support avec un morceau de poisson, ou beaucoup de fromage, ou de légumes : si l’on veut manger chacun des éléments pour lui-même, on dira séparément la bénédiction du support puis celle du complément qu’on veut y mettre ; après cela, on les mangera ensemble (Michna Beroura 212, 6 ; 168, 45). Pour la bénédiction finale : si l’on a mangé un kazaït du support et un kazaït du complément, et quoiqu’on les ait mangés ensemble, on dira ‘Al hami‘hia et Boré néfachot, puisqu’aucun des deux éléments n’est l’accessoire de l’autre, et qu’on ne les a pas cuits ensemble non plus, de sorte qu’il s’agit de deux aliments distincts. Mais si aucun des deux éléments n’atteint un kazaït à soi seul, et bien qu’ils forment un kazaït ensemble, on ne récitera pas de bénédiction finale ; en effet, la réunion des deux ne crée pas un aliment unifié (cf. ci-dessus, chap. 10, note 14).

Même quand on doute si l’aliment associé à la biscotte, à la matsia ou au cracker lui est accessoire, on dira d’abord et séparément la bénédiction du support, puis, séparément, celle de l’aliment complémentaire ; ensuite on les mangera ensemble. Il n’est pas à craindre qu’il y ait ici une bénédiction vaine (berakha lévatala), puisque, dès l’abord, on avait l’intention de ne pas couvrir, par la bénédiction du support, l’aliment complémentaire (cf. note 2). Quant à la bénédiction finale, si l’on a mangé un kazaït du support, on dira ‘Al hami‘hia, mais on ne dira pas Boré néfachot sur l’aliment supplémentaire, dans ce cas douteux. Il se peut, en effet, qu’il ait déjà été inclus dans la bénédiction ‘Al hami‘hia. Ce n’est que si l’on mange séparément un kazaït de l’aliment supplémentaire que l’on dira aussi Boré néfachot. De même, si l’on n’a pas mangé un kazaït du support, mais que l’on ait mangé un kazaït du complément, on dira Boré néfachot.

07. Gâteaux divers, glace en cornet, Creambo

Gâteau fourré de fruits ou de légumes (strudel, chausson, pie) : puisque la pâte et la farce ont été cuites ensemble, il s’agit d’un seul et même mets ; et puisque ce mets contient des céréales, celles-ci sont le principal, même si elles sont minoritaires. Aussi doit-on dire Mézonot sur le gâteau. De même, pour une tarte dont la base est faite de pâte, et sur laquelle sont disposées des tranches de fruit : puisque tout a été cuit ensemble, il s’agit d’un mets unique, dont la berakha est Mézonot. Quant à la bénédiction finale : si l’on a mangé un kazaït de pâte, on dira ‘Al hami‘hia sur le gâteau. Si l’on n’a pas mangé un kazaït de pâte, mais que, avec la farce ou les fruits, on ait mangé un kazaït, on dira Boré néfachot (cf. ci-dessus, chap. 10, note 14).

Mais si l’on a d’abord cuit la base de pâte, que l’on ait ensuite placé sur elle de la crème fouettée, de la glace, du fromage ou de la jelly, et que cet élément surajouté sur la pâte soit en grande quantité, cet élément surajouté possède une importance propre, puisque les deux choses n’ont pas cuit ensemble. Aussi faut-il réciter deux bénédictions sur ce gâteau (Michna Beroura 168, 45). De même pour la berakha finale : on dira celle de chaque élément séparément : ‘Al hami‘hia sur le kazaït de pâte, Boré néfachot sur le kazaït qui la surplombe.

Glace en cornet, lequel est fait à partir de céréales : si l’on estime que le cornet est accessoire, et que tout son propos est de soutenir la glace, on dit Chéhakol sur la glace, ce par quoi on exempte le cornet. Mais si l’on porte un intérêt au goût du cornet, il apparaît que celui-ci a, lui aussi, une importance ; on devra donc réciter la bénédiction du cornet, de même que celle de la glace. Du point de vue de l’ordre de priorité entre bénédictions, il serait préférable, de prime abord, de dire Mézonot sur le cornet en premier lieu ; mais s’il n’est pas pratique de commencer par la consommation du cornet, on dira d’abord Chéhakol, et l’on mangera de la glace ; puis, quand on arrivera au cornet, on dira Mézonot et l’on croquera dans le cornet. À la fin, on dira Boré néfachot (mais si l’on estime que l’on a mangé un kazaït de cornet, on dira aussi ‘Al hami‘hia ; cf. ci-dessus, chap. 10 § 11).

Creambo<[f] : puisque la crème fouettée importe aussi bien que le biscuit qui en constitue la base, il faut dire Chéhakol sur la crème, et Mézonot sur le biscuit. À la fin, on dira Boré néfachot sur la crème, mais on ne dira pas de bénédiction sur le biscuit, car il n’y a pas un kazaït de biscuit (volume de la moitié d’un œuf) dans un Creambo.

Mais quant aux grandes gaufrettes-cigares, faites à base de farine et fourrées de glace, puisque la gaufrette enveloppe la glace, elles forment un seul et même aliment ; la bénédiction est donc Mézonot. À la fin, si l’on a mangé le volume d’un demi-œuf de la partie biscuit, on dira ‘Al hami‘hia, ce qui couvrira aussi la glace. Si l’on a mangé moins de biscuit que cela, mais que, avec la glace, on ait mangé le volume d’un demi-œuf, on dira Boré néfachot[6].


[f]. Ou Krembo : sorte de tête-de-nègre molle, crème fouettée nappée de chocolat, sur une mince base de biscuit. Populaire en Israël. 

[6]. Sandwich à la glace (ce qu’en Israël on nomme cassata), consistant en deux biscuits qui entourent de la crème glacée : bien que la partie biscuit soit importante, la glace, parce qu’elle est en grande quantité, possède une importance autonome. Or il ressort du Michna Beroura 168, 45 que, si les deux éléments n’ont pas été cuits ensemble, ils ne constituent pas un seul et même aliment. De même, le ‘Hayé Adam 51, 13 nous dit que, dès lors que les deux éléments sont considérables, aucun d’eux n’est l’accessoire de l’autre. On dira donc d’abord Mézonot, on goûtera le biscuit, puis on dira Chéhakol et l’on goûtera la glace. À la fin, si l’on a mangé un kazaït de biscuit, on dira ‘Al hami‘hia, ce par quoi l’on exemptera la glace, puisque l’on peut soutenir que l’un et l’autre forment un même aliment. Si l’on n’a pas mangé un kazaït de biscuit, mais que, avec la glace, on ait mangé un kazaït de l’ensemble, on dira Boré néfachot, puisqu’il s’agit somme toute d’un même aliment (comme nous le voyons ci-dessus, chap. 10, note 14).

 

Mais s’agissant des glaces en cornet dont il a été question plus haut, le glace et le cornet ne forment pas un même aliment (car le diamètre du cornet est grand, et en général la glace dépasse la hauteur du cornet). Aussi, dans le cas où l’on a mangé un kazaït de chaque, on dira la bénédiction propre à chacun.

 

08. Friandises

Les cacahuètes pralinées, de même que les amandes enrobées de chocolat, ont pour élément principal la cacahuète ou l’amande, tandis que l’enrobage est destiné à lui donner du goût. On récitera donc Ha-adama sur la cacahuète, Ha‘ets sur l’amande. Pour une dragée, bonbon contenant une amande, la bénédiction est Chéhakol. De même, pour du chocolat aux noix, on dit Chéhakol, puisque les noix sont l’accessoire du chocolat (cf. ci-dessus, chap. 8 § 9). En général, le nom de l’aliment indique ce que, dans le fond, il est : s’il est appelé bonbon, ou chocolat, c’est que le fruit qu’il contient est accessoire ; la bénédiction est donc Chéhakol. S’il est appelé cacahuète enrobée, ou amande chocolatée, le fruit est principal. Quoi qu’il en soit, même quand la friandise porte le nom du fruit, si un doute survient – parce qu’il se peut que l’enrobage soit épais, de sorte qu’il constitue peut-être l’essentiel –, on dira Chéhakol en raison du doute ; la bénédiction Chéhakol est, en effet, capable de tout couvrir.

Quand une glace contient des morceaux de fruits et de noix, destinés à contribuer à son goût, la glace est le principal, et en récitant la bénédiction Chéhakol, on couvre les morceaux de fruits. De même, si l’on a posé une noix sur la glace, la noix est l’accessoire de celle-ci ; par la bénédiction Chéhakol, dite sur la glace, on inclut la noix. Mais si, avant de commencer à manger la glace, on veut manger la noix en tant que telle, on dira sur elle Ha‘ets.

De nombreux en-cas, de nos jours, sont composés de gaufrette enrobée d’une très épaisse couche de chocolat[g]. D’un côté, il est certain que le principal, dans un tel aliment, est le chocolat ; de l’autre, puisque la gaufrette est produite à partir de céréales, elle possède une importance. La règle dépendra de ce que vise la présence d’une telle gaufrette. En général, elle a pour but de donner du goût ; dès lors, la bénédiction de l’ensemble sera Mézonot. Mais si la gaufrette n’a d’autre but que de stabiliser le chocolat et de lui fournir une consistance particulière, croustillante, la gaufrette est accessoire, et l’en-cas a pour bénédiction Chéhakol. En pratique, celui qui consomme cet en-cas doit décider si la gaufrette possède une importance autonome – en ce cas, il dira Mézonot –, ou si elle ne fait que soutenir le chocolat, lui être annexe – en ce cas, il dira Chéhakol. Il n’est pas tellement à craindre de se tromper, car, d’une façon ou d’une autre, on s’acquitte de son obligation (Cha‘ar Hatsioun 208, 31). Quant à la bénédiction finale, on dira Boré néfachot, à moins que l’on soit certain d’avoir mangé un kazaït de céréales, et que celles-ci fussent importantes du point de vue gustatif (cf. ci-dessus, § 4).


[g]. Barres chocolatées, fourrées à la gaufrette (du type Kit Kat, Kif Kef ou Pessek Zman). 

09. oupe contenant plusieurs espèces d’aliments

Les soupes de légumes[h] qui sont servies aujourd’hui tirent fréquemment l’essentiel de leur goût d’un bouillon en poudre ; par conséquent, la bénédiction du liquide sera Chéhakol, et la bénédiction des légumes Ha-adama (cf. ci-dessus, chap. 8 § 16). Mais si l’un des deux éléments est le principal et l’autre l’accessoire, on dira la bénédiction du principal, ce par quoi on exemptera l’accessoire. Cette règle se décompose en trois cas.

1) Si la grande majorité de la soupe consiste en liquide, et qu’il y ait très peu de légumes, ceux-ci sont l’accessoire du liquide, et la bénédiction de la soupe sera Chéhakol, ce par quoi l’on couvrira le peu de légumes qui s’y trouvent (Cha‘ar Hatsioun 208, 27).

2) Si la majorité consiste en liquide, mais que les légumes forment une minorité importante, il n’y a plus ni principal ni accessoire, en raison même de l’importance des légumes et en dépit de leur caractère minoritaire. Il faudra donc prononcer deux bénédictions : Ha-adama sur les légumes, Chéhakol sur le bouillon.

3) Si les légumes forment près de la moitié de la soupe, de sorte qu’il est clair pour nous qu’ils forment le principal et que le liquide est accessoire, on dira Ha-adama sur les légumes, et l’on exemptera ainsi le liquide (Michna Beroura 202, 54 ; 205, 13). Même si, après que l’on a terminé les légumes, il reste quelques cuillerées de bouillon, celui-ci est annexe aux légumes, et il n’est pas nécessaire de prononcer sur lui quelque berakha distincte.

Quant à la bénédiction finale : on n’en dira point sur une soupe principalement liquide, puisque l’on n’aura pas bu un revi’it de façon continue (comme nous l’avons vu ci-dessus, chap. 10 § 10). S’il s’y trouvait des légumes, et que l’on en ait mangé un kazaït dans le délai d’akhilat pras – c’est-à-dire le volume de la moitié d’un œuf en sept minutes (cf. chap. 10 § 7) –, on dira Boré néfachot.

Soupe aux kneidler (boulettes de farine azyme) : si les kneidler y sont nombreux, et que l’on mange la soupe essentiellement avec eux, ces derniers constituent le principal ; on dira donc Mézonot, et l’on couvrira ainsi la soupe. S’il y a peu de kneidler, on dira Mézonot sur les kneidler, et Chéhakol sur la soupe.

Soupe contenant des pâtes et des légumes, qu’il est difficile de séparer : même lorsque les pâtes sont minoritaires, elles constituent le principal, parce qu’elles sont faites de céréales. On dira donc Mézonot d’abord, puis à la fin ‘Al hami‘hia (Choul‘han ‘Aroukh 208, 2). Mais si la soupe contient des morceaux importants de légumes, que l’on peut isoler, il est douteux que ces morceaux doivent être considérés comme partie du mélange, et annexes aux pâtes. Afin d’échapper au doute, on dira d’abord Mézonot sur les pâtes, puis Ha-adama sur les légumes ; et c’est seulement ensuite qu’on mangera les deux ensemble (comme nous l’avons vu en note 4). Quant à la bénédiction finale : si l’on a mangé un volume de pâtes équivalent à un demi-œuf (dans un délai de sept minutes), on dira ‘Al hami‘hia. Si l’on a mangé séparément un volume d’un demi-œuf de légumes, on dira aussi Boré néfachot. Si l’on a mangé moins d’un kazaït de pâtes, mais que l’on ait mangé un kazaït de légumes, même si ce n’est pas séparément, on dira Boré néfachot[7].

Quand, dans du lait ou du yaourt aigre (leben), on a mis des céréales dont la bénédiction est Mézonot, céréales qui sont mélangées au point que, la plupart du temps, il en tombe dans la cuillerée, on dira Mézonot sur le tout (cf. ci-dessus, § 4). Mais si les deux éléments ne sont pas tellement mélangés, de sorte que l’on met souvent en bouche du leben ou du lait, sans céréales, on dira Mézonot sur celles-ci et Chéhakol sur le produit lacté. S’agissant de la bénédiction finale, si l’on a mangé un kazaït de céréales, on dira ‘Al hami‘hia, ce par quoi l’on couvrira le leben ou le lait. S’il n’y avait pas un kazaït de céréales dans ce que l’on a mangé, mais que, avec le leben il y avait un kazaït, on dira Boré néfachot. En revanche, si c’est avec du lait que l’on a mangé les céréales, on ne dira aucune bénédiction à la fin. En effet, puisqu’on les aura mangées à la cuiller, il est impossible que l’on ait bu un revi’it de lait dans le délai qui donne lieu à la récitation de la berakha finale (cf. ci-dessus, chap. 10 § 10 ; s’agissant des grains de blé soufflé – chalva – mangés avec du lait, cf. chap. 6 § 14).


[h]. Dans ce paragraphe, il n’est question que de soupe non moulinée.

[7]. Les petits croûtons à soupe à la mode israélienne (chqédé maraq) [dont la bénédiction initiale est Mézonot] suivent la même règle que les pâtes : s’il est difficile d’isoler les autres ingrédients constitutifs de la soupe, que l’on ait déjà ajouté les croûtons à celle-ci, et que, en général, de la soupe et des croûtons viennent tous deux dans la même cuillerée, on dira Mézonot sur l’ensemble. Mais a priori, avant d’ajouter les croûtons, il est juste de réciter sur eux la bénédiction Mézonot et d’en manger, puis de réciter sur la soupe elle-même la bénédiction qui lui est propre et d’en manger ; ensuite, on consommera le tout ensemble. Cela, parce qu’il est souvent douteux que les croûtons transforment la soupe entière en leur accessoire. Il se peut en effet qu’ils ne soient pas nombreux, ou pas entièrement mêlés à la soupe. La règle est la même pour la viande que pour les légumes.

 

Quant à la bénédiction finale : si l’on n’a pas mangé un kazaït de croûtons, les légumes ne s’additionnent pas à ceux-ci pour compléter leur mesure, car il est douteux que l’ensemble forme un même aliment. Cf. ci-dessus, chap. 10, note 14.

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