Chapitre 8 – Le Haqhel

01.La mitsva du Haqhel

C’est une mitsva positive que de rassembler (lehaqhil) tout Israël, hommes, femmes et enfants, au terme de chaque année de chemita (jachère septennale) à Soukot, à l’occasion du pèlerinage festif, et de lire, aux oreilles de tout le peuple, dans le rouleau de la Torah, des parachot qui renforcent la foi, la crainte de Dieu, l’étude de la Torah et la pratique des commandements. Il est dit en effet :

Moïse leur donna ordre en ces termes : « À l’expiration de sept années, à l’époque de l’année sabbatique, lors de la fête des cabanes, quand tout Israël sera venu paraître en présence de l’Éternel ton Dieu, au lieu qu’Il aura choisi, tu feras lecture de cette Loi face à tout Israël, à leurs oreilles. Rassemble tout le peuple, hommes, femmes, enfants, et le prosélyte qui est en tes portes, afin qu’ils entendent et afin qu’ils apprennent, et qu’ils craignent l’Éternel votre Dieu, gardant toutes les paroles de cette Loi pour les accomplir. Et leurs enfants, qui ne savaient pas, entendront et apprendront à craindre l’Éternel votre Dieu, tous les jours que vous vivrez sur la terre pour l’héritage de laquelle vous passez le Jourdain, là-bas » (Dt 31, 10-13).

Le propos de la cérémonie du Haqhel, qui se produisait une fois par sept ans, est de rehausser l’honneur dû à la Torah et à ses commandements. Il n’existait pas, en effet, de cérémonie plus prestigieuse et plus impressionnante que celle-là. Tout Israël s’y joignait, grands et petits, femmes et hommes, jusqu’au plus honoré de tous : le roi, qui lisait la Torah devant le peuple. Cela conduisait chacun à s’interroger : « Quel est le propos de ce grand rassemblement ? » La réponse allait de soi : « C’est d’entendre les paroles de la Torah, qui est tout notre principe, notre splendeur et notre gloire ; d’en venir à proclamer sa grande louange et sa merveilleuse valeur ; et de pénétrer son cœur de son désir. » Grâce à ce désir de la Torah, on apprendra à connaître Dieu, on méritera le bien, et Dieu se réjouira de ses œuvres » (Séfer Ha’hinoukh 612).

Chacun des participants à la cérémonie en retirait une grande utilité. Ceux qui étaient capables d’étudier et d’approfondir les paroles de la Torah s’éveillaient, grâce à cela, au désir d’accroître leur étude. Ceux qui étaient aptes à écouter et à comprendre désiraient tendre l’oreille afin d’entendre les paroles de la Torah et de les appliquer. Les enfants parvenus à l’âge de l’éducation [a], tendaient l’oreille pour écouter la Torah : grâce à la grande sainteté de cette cérémonie, ils éprouvaient un puissant renforcement, et le désir d’étudier la Torah et d’accomplir ses commandements. Les petits enfants eux-mêmes, quand ils approchaient de l’âge de l’éducation, s’imprégnaient en leur âme de la grandeur de la Torah, sentaient que celle-ci importe plus que tout, puisque tout le peuple se rassemble pour l’entendre. Leurs parents eux-mêmes se rendaient compte, grâce à cela, de l’importante mission à eux confiée : instruire leurs enfants dans la Torah et les mitsvot (Na’hmanide sur Dt 31, 12-13, Maharal, Gour Arié ad loc. ; cf. Har’havot).

Même les grands sages, qui connaissaient toute la Torah, et les prosélytes qui ne savaient pas encore l’hébreu, avaient l’obligation d’accomplir cette mitsva ; car la cérémonie du Haqhel est en quelque sorte le reflet du don de la Torah au mont Sinaï ; et tout Israël devait, ensemble, diriger son cœur et se représenter en son âme que, en cet instant, on recevait la Torah de la bouche de l’Éternel (cf. Maïmonide, ‘Haguiga 3, 6).

Les sages ont décrété que ce serait le roi lui-même qui donnerait lecture de la Torah, afin de conférer un surcroît de prestige à la cérémonie du Haqhel. Néanmoins, même quand aucun roi ne règne, ou que sa voix est trop faible, ou qu’il est trop jeune, la mitsva n’est point annulée : ce sera au plus grand dignitaire présent de lire, par exemple le prince, le Grand-prêtre ou le plus grand maître de la génération (cf. Tiféret Israël sur Sota 7, 8 ; Min’hat ‘Hinoukh 612 ; ‘Emeq Davar sur Dt 31, 11 ; Rav Elyahou David Rabinowitz Téomim, Zékher Lamiqdach, chap. 1).


[a]. Cf. ci-dessus, chap. 3 § 12.

02.La lecture

La lecture de la Torah, lors de la cérémonie du Haqhel, doit obligatoirement se faire dans la langue sainte, l’hébreu, comme il est dit : « Tu donneras lecture de cette Loi » (Dt 31, 11), c’est-à-dire cette loi-même, telle qu’elle est écrite. Ceux-là même qui ne comprennent pas la langue sainte ont l’obligation de l’écouter, telle qu’elle fut donnée au Sinaï (Sota 32a, Maïmonide, ‘Haguiga 3, 5-6).

Le passage lu commençait au début du Deutéronome et s’achevait par le premier paragraphe du Chéma (Dt 1, 1 à 6, 9). Cette lecture enseigne longuement les préparations à faire à l’approche de l’entrée en terre d’Israël, quelle fut la faute des explorateurs et leur punition, la conquête du versant oriental du Jourdain et les supplications de Moïse notre maître afin d’être autorisé à entrer dans le pays. Après cela, on apprend largement ce que fut l’événement du Sinaï, ce qu’est l’interdit de l’idolâtrie, et l’avertissement, adressé aux générations d’Israël, de garder la Torah et les commandements, d’éduquer à cela ses enfants, grâce à quoi on jouira d’une longue vie sur la bonne terre. Cette lecture se poursuit par le premier paragraphe du Chéma, qui renferme le fondement de la mitsva qu’est la foi, et la mitsva d’aimer l’Éternel.

Après cela, on lisait la paracha Véhaya im chamoa’, deuxième paragraphe du Chéma (Dt 11, 13-21), dont l’objet est la préservation des mitsvot et le principe de rétribution – récompense et châtiment.

Puis on lisait deux paragraphes consacrés au prélèvement des dîmes : ‘Asser te’asser (« Tu prélèveras la dîme… », Dt 14, 22-27) et Ki tekhalé le’asser (« Quand tu auras achevé le prélèvement de la dîme », ibid. 26, 12-15). On revenait ensuite en arrière dans le Deutéronome, en lisant le paragraphe consacré au roi et à ses obligations (ibid. 17, 14-20). On achevait par la lecture des bénédictions et des malédictions (ibid. chap. 28), où l’on apprend quelle récompense est réservée au peuple d’Israël s’il garde la Torah et les mitsvot, et quelle punition s’il ne les garde point (Sota 41a).

Selon Maïmonide, à partir du paragraphe consacré aux dîmes, on lit de façon continue toutes les parachot, jusqu’à la fin du chapitre des bénédictions et des malédictions (Dt 14, 22 à 28, 69). Cette longue lecture contient de très nombreuses mitsvot, cent trente-huit, qui, pour les unes, apparaissent pour la première fois dans ces passages (commandements 473 à 611, d’après la numération du Séfer Ha’hinoukh), et d’autres qui sont déjà mentionnées dans de précédents livres du Pentateuque. Les mitsvot incluses dans ces parachot traitent des prélèvements et dîmes, des dons (tsédaqa) aux pauvres, et l’on y trouve de nombreuses mitsvot qui se rapportent aux relations de l’homme à son prochain, telles que la restitution de l’objet trouvé, l’interdit du prêt à intérêt, l’investiture de juges et les lois judiciaires. D’autres mitsvot, nombreuses, ont trait à la royauté et à la guerre, à la prophétie et à la prêtrise, au mariage et à ses principes ; et d’autres encore, nombreuses aussi, sont relatives aux interdits d’idolâtrie et de sorcellerie[1].


[1]. Maïmonide, ‘Haguiga 3, 3, se fonde à cet égard sur le Talmud de Jérusalem (Sota 7, 8), et sa version de la Michna accrédite cette thèse. La règle que nous rapportions en premier lieu suit la version de la Michna dont nous disposons dans les éditions du Talmud de Babylone (Sota 41a), d’après laquelle on lit la seconde paracha traitant des dîmes avant celle qui est relative au roi, bien que, dans la Torah, elle suive celle-ci ; cela, afin de joindre l’une à l’autre les deux parachot traitant des dîmes. Selon Rachi, il existait une autre version de la michna, d’après laquelle, après la seconde paracha relative aux dîmes, on lisait les bénédictions et les malédictions du chapitre 28 ; et ce n’est qu’à la fin qu’on lisait la paracha du roi. 

03.Temps de la mitsva ; ceux qui y sont obligés

La mitsva du Haqhel a lieu lors de la fête de Soukot qui suit la fin de l’année de Chemita (l’année sabbatique), comme il est dit : « À l’expiration de sept années, à l’époque de l’année sabbatique (bemo’ed chenat hachemita), lors de la fête des cabanes, quand tout Israël sera venu paraître en présence de l’Éternel ton Dieu… » (Dt 31, 10-11). Puisqu’il est dit : « quand tout Israël sera venu », l’intention porte sur le début de la fête de Soukot, car c’est alors que vient tout Israël (Sota 41a).Toutefois, les sages ne voulurent pas fixer la cérémonie au premier jour, car c’est alors Yom tov, et l’on ne peut monter l’estrade sur laquelle le roi doit se tenir. Ils ne voulurent pas non plus que l’on montât l’estrade avant la fête, afin de ne pas causer d’encombrement dans le parvis du Temple, en un moment où tout Israël vient porter ses offrandes. Par conséquent, la cérémonie a été repoussée à l’issue du premier Yom tov (Rachi). De même, on peut déduire de l’expression bemo’ed [b], que le Haqhel doit avoir lieu à l’intérieur de la fête, et non véritablement à son début (Tossephot).

Certains estiment que la cérémonie du Haqhel avait lieu le soir, à l’issue du premier Yom tov (Tiféret Israël) ; d’autres pensent qu’elle avait lieu le lendemain, au premier jour de ‘Hol hamo’ed (Rav Elyahou David Rabinowitz Téomim).

La cérémonie du Haqhel scellait d’un sceau de sainteté le cycle précédent de sept années : à la lumière de ce rassemblement de tout Israël, venu entendre la Torah au terme du cycle de la Chemita, il apparaissait que tout ce qui est relié à la Torah porte une valeur éternelle, tandis que ce qui n’y est pas relié s’oublie et se perd. Par cela, le peuple juif recevait illumination et renforcement, afin de continuer à marcher dans la voie de la Torah pendant le cycle de la Chemita à venir, qui s’ouvrait pour la bénédiction.

Puisque la mitsva du Haqhel avait lieu lors d’une fête de pèlerinage, les sages apprirent par analogie[c] que tous les hommes dispensés de la mitsva de réïya (litt. obligation de « paraître ») – c’est-à-dire de la mitsva de monter à Jérusalem lors des trois fêtes de pèlerinage et d’y porter l’holocauste d’apparition (‘olat réïya) et le rémunératoire de fête (chelamé ‘haguiga, cf. Mo’adim – Fêtes et solennités juives II, chap. 1 § 15) – sont également dispensés de la mitsva du Haqhel. Par conséquent, le sourd, le muet, l’aveugle, le boiteux, l’impur, de même que le vieillard et le malade qui ne peuvent pas se rendre à pied au mont du Temple, ainsi que les esclaves, sont dispensés de la mitsva du Haqhel. Mais les femmes, quoiqu’elles n’aient généralement pas l’obligation d’accomplir la mitsva du pèlerinage, sont tenues à celle du Haqhel.

Quant aux enfants, même s’ils sont porteurs d’un défaut qui, à l’âge adulte, les dispenserait de l’obligation du pèlerinage, leurs parents sont tenus de les conduire à la cérémonie du Haqhel, de même qu’il leur est prescrit d’y conduire leurs autres enfants (Min’hat ‘Hinoukh 612, 4) ; le Juif incirconcis lui-même est tenu au Haqhel (Maïmonide, ‘Haguiga 3, 2).

Celui-là même qui ne pouvait entendre la lecture du roi, en raison de son audition déficiente, ou parce qu’il était contraint de se tenir éloigné du roi en raison de la forte affluence, devait néanmoins prêter attention à cette lecture. En effet, « les versets ne visent rien d’autre qu’à renforcer la religion de vérité, afin que le pèlerin ait l’impression d’en recevoir présentement le commandement et de l’entendre de la bouche de Dieu même, car le roi est un émissaire, chargé de faire entendre les paroles de l’Éternel » (Maïmonide, ‘Haguiga 3, 6 d’après le commentaire du Lé’hem Michné, ad loc.).


[b]. Ce mot, qui signifie « à l’époque », peut se lire littéralement « dans la fête ». 

[c]. Gzéra chava, l’une des règles herméneutiques par lesquelles s’élabore la loi talmudique à partir de versets de la Torah.

 

04.Ordonnancement de la mitsva

À l’approche du rassemblement, les prêtres faisaient le tour de tout Jérusalem et sonnaient des trompettes, afin de réunir tout le peuple au mont du Temple. On apportait une grande estrade de bois et l’érigeaient au milieu du parvis des femmes (‘ezrat nachim). Le roi y montait et s’y asseyait, afin que l’on entendît sa voix et qu’on le vît pendant sa lecture (Maïmonide, ‘Haguiga 3, 4). Si, pour honorer la Torah, il voulait la lire debout, c’était là la meilleure façon d’agir (cf. Tossephot sur Sota 41a, passage commençant par Mitsva)[2].

En l’honneur de la Torah et du roi, on suivait ce beau rite consistant à faire passer le rouleau et à le hisser d’homme en homme, jusqu’à ce qu’il arrivât au roi. Ainsi faisait-on : l’officiant de la synagogue construite sur le mont du Temple soulevait le rouleau de la Torah et le transmettait au président de l’assemblée ; celui-ci le faisait passer à l’adjoint du Grand-prêtre, qui le remettait au Grand-prêtre ; celui-ci le donnait alors au roi, et c’est debout que le roi le recevait (Sota 41a, Maïmonide, ‘Haguiga 3, 4).

Avant et après la lecture de la Torah, le roi récitait les bénédictions de la lecture, comme le fait tout appelé à la Torah. Après cela, il ajoutait sept bénédictions : 1) Retsé, Hachem Elo-hénou… (« Agrée, Éternel notre Dieu… ») ; 2) Modim ana’hnou lakh… (« Nous reconnaissons devant Toi… ») ; 3) Ata be’hartanou mikol ha’amim… (« Tu nous as choisis d’entre tous les peuples… ») jusqu’à meqadech Israël vé-hazemanim (« Béni sois-Tu… qui sanctifies Israël et les époques »), comme nous le disons dans la ‘Amida de Yom tov. Cela fait trois bénédictions semblables à ce qu’ont fixé les sages dans nos autres prières. 4) Le roi priait pour que le sanctuaire demeurât, et terminait cette prière par la formule Baroukh Ata Hachem, hachokhen be-Tsion (« Béni sois-Tu, Éternel, qui résides dans Sion ») ; 5) il priait pour Israël, afin que son royaume fût pérenne, et concluait par Baroukh… habo’her be-Israël (« Béni sois-Tu… qui choisis Israël ») ; 6) il priait pour les prêtres, afin que Dieu agréât leur service, et concluait par Baroukh Ata Hachem, meqadech hacohanim (« Béni sois-Tu, Éternel, qui sanctifies les prêtres ») ; 7) il suppliait et priait autant qu’il le pouvait, et concluait : Hochéa’, Hachem, et amekha Israël, ché-‘amekha tsrikhin lehivachéa’. Baroukh Ata Hachem, choméa’ téphila (« Secours, Éternel, ton peuple Israël, car ton peuple a besoin d’être secouru. Béni sois-Tu, Éternel, qui entends la prière ») (Sota 41a ; Maïmonide, ‘Haguiga 3, 4).


[2]. La Guémara Sota 41a explique que la cérémonie se déroulait dans le parvis féminin (‘ezrat nachim) ; mais la Tossephta Sota 7, 8 rapporte également les paroles de Rabbi Eliézer ben Ya’aqov, d’après qui la cérémonie avait lieu sur le mont du Temple. Maïmonide (‘Haguiga 3, 4) écrit que le Haqhel avait lieu dans la ‘ezrat nachim. De prime abord, cela semble difficile à soutenir, car la ‘ezrat nachim était petite, et il n’est pas vraisemblable que tout le peuple y pût entrer. Dans son rituel des fêtes, le Rav Israël Ariel écrit qu’il pouvait entrer tout au plus dix mille personnes dans la ‘ezrat nachim. Il conclut de là que, en général, il ne se réunissait pas une foule très nombreuse, et l’on pouvait accomplir la mitsva dans la ‘ezrat nachim. Mais quand la foule était beaucoup plus nombreuse, la cérémonie se tenait sur le mont du Temple, comme le pense Rabbi Eliézer ben Ya’aqov. 

Il y a lieu de se demander, de prime abord, comment toutes les personnes rassemblées pouvaient entendre le roi, à une époque où il n’y avait pas de sonorisation. Dans la ‘ezrat nachim, qui était fermée, il se peut que dix mille personnes l’entendissent, si sa voix était forte. Mais au-delà de ce nombre, il paraît évident que tous ne pouvaient pas entendre sa voix tout au long de versets si nombreux. Il semble que l’exigence ne consistait pas à ce que tous entendissent – en effet, si l’on s’en tient à la lettre de la mitsva, un malentendant lui-même, du moment qu’il n’était pas sourd, avait l’obligation de venir à la cérémonie, et, bien qu’il ne pût entendre, il devait se tenir là et paraître recevoir ordre, à ce moment même, de la bouche de l’Éternel. C’est aussi ce qui ressort des propos du Lé’hem Michné, ‘Haguiga 3, 6. D’après cela, on peut dire que la halakha suit l’opinion de la communauté des sages (‘Hakhamim), d’après lesquels la cérémonie se déroulait toujours dans la ‘ezrat nachim – comme le retient Maïmonide –, et que, en effet, seules dix mille personnes y entraient, tandis que le reste du peuple se tenait aux entours, sur le mont du Temple. Certes, ceux-là ne pouvaient entendre le roi, mais ils accomplissaient pleinement la mitsva. (Selon Tossephot sur ‘Haguiga 3a ד »ה אף, la mitsva consiste à ce que chacun entende véritablement, et la question de savoir comment les multitudes d’Israël pouvaient l’accomplir à la fois requiert approfondissement. Quoi qu’il en soit, dans l’avenir, on pourra se rendre quitte par une amplification ; cf. Lois des bénédictions 12, 9, note 8).

05.En souvenir du Haqhel

Dans les dernières générations, les grands maîtres de la Torah ont encouragé la population juive, qui se rassemble en terre d’Israël, à marquer le souvenir de cette précieuse mitsva, afin d’honorer la Torah et de commémorer l’époque du Temple. Nous l’avons vu, les sages ont pris plusieurs règlements en souvenir de ce qui était de coutume au Temple. Cette nécessité peut être déduite de ce verset de Jérémie (30, 17) : « Car Je te susciterai un remède, et de tes plaies te guérirai, dit l’Éternel ; car on t’a appelée la repoussée, cette Sion que personne ne recherche. » De ce qu’il est dit dorech ein lah (« personne ne la recherche »), il apparaît qu’il faut la rechercher et en mentionner le souvenir ; grâce à cela, sa plaie sera guérie (Roch Hachana 30a).

Certes, il est convenu de dire que, de nos jours, il n’y a pas d’obligation à donner une cérémonie de Haqhel, puisque cette mitsva est liée à celle du pèlerinage, comme il est dit : « Lors de la fête des cabanes, quand tout Israël sera venu paraître en présence de l’Éternel ton Dieu, au lieu qu’Il aura choisi » (Dt 31, 10-11) ; or, tant que le Temple est détruit et qu’il n’y a pas de mitsva d’apporter « l’holocauste d’apparition et le rémunératoire de fête », il n’y a pas non plus de mitsva de pèlerinage (cf. Mo’adim – Fêtes et solennités juives II 1, 16). Cela, nos sages l’ont appris par gzéra chava (analogie), car, pour ces deux mitsvot, la Torah emploie le mot de réïya (fait d’apparaître, de se présenter) (‘Haguiga 3a). Comme l’écrit Maïmonide : « Quiconque est dispensé de se présenter au Temple est également dispensé de la mitsva du Haqhel, en dehors des femmes et des enfants… » (‘Haguiga 3, 2).

Malgré cela, les plus grands maîtres ont vu un grand intérêt dans le fait de marquer le souvenir de cette mitsva, qui s’accomplit par le biais de la communauté d’Israël, en particulier dans ces générations où le peuple juif se rassemble progressivement sur sa terre. Le premier qui éveilla l’attention du public sur ce sujet fut le Rav Elyahou David Rabinowitz Teomim, qui écrivit à cette fin la brochure Zékher Lamiqdach, et qui, à la fin de sa vie, remplit les fonctions de rabbin de Jérusalem. Son gendre, le Rav Kook, soutint la même position, bien qu’il n’eût pas eu le temps d’y éveiller en pratique la population. D’autres rabbins encore encouragèrent cette approche, parmi lesquels le Rav Tikochinsky (‘Ir Haqodech Véhamiqdach IV 15) et les Grands-rabbins d’Israël : le Rav Herzog et le Rav Ouziel. Le Rav Harlap, également, de même que le Rav Tsvi Yehouda Kook, soutinrent cette position. Ceux qui œuvrèrent particulièrement pour que se tînt cette cérémonie furent le Rav Chelomo David Kahana – qui pendant des décennies, servit comme président du beit-din de Varsovie, et qui fut le rabbin de la vieille Ville à la fin de sa vie – et son fils le Rav Chemouel Zanvil Kahana, qui, lorsqu’il était directeur général au ministère des cultes, organisa en pratique les cérémonies de « souvenir du Haqhel ».

En 5706 (1945), après la Choah, avant l’avènement de l’État, l’initiative des rabbins se concrétisa, et la cérémonie de Zékher lé-Haqhel eut lieu pour la première fois, avec la participation des Grands-rabbins d’Israël et de grands maîtres. C’est le mouvement Hamerkaz latarbout chel hapo’el hamizra’hi qui mit sur pied l’organisation. Depuis lors, au terme de chaque année sabbatique, une cérémonie de Zékher lé-Haqhel s’est tenue, à l’exception de l’an 5734 (1973), parce qu’alors la guerre de Kipour était à son plus fort, et que les hommes étaient mobilisés pour le combat, exposant leur vie pour la défense du peuple et de la terre. En 5748 (1987), eut lieu une cérémonie particulièrement importante, à la tête de laquelle se tenaient le Rav Avraham Shapira et le Rav Mordekhaï Elyahou, qui étaient alors les deux Grands-rabbins d’Israël. Des dizaines de milliers de personnes se rassemblèrent sur la place du Kotel (le Mur occidental), qui se remplit à plein, ce qui incluait tous les passages et balcons attenants. La cérémonie fut retransmise en direct à la télévision ; le président de l’État, Haïm Herzog, participa, avec les Grands-rabbins, à la lecture de la Torah. Nombre des plus hautes personnalités de l’État se joignirent à la cérémonie, parmi lesquels le Premier ministre, de nombreux membres du gouvernement et le président de la Cour suprême. Depuis lors et jusqu’à nos jours, à chaque fin de Chemita, le premier jour de ‘Hol hamo’ed Soukot, se tient au Mur occidental la cérémonie de Zékher lé-Haqhel, parmi une foule nombreuse, et pour la grande gloire de l’Éternel et de sa Torah[3].

 


[3]. Cf., dans Séfer Haqhel, l’article du Rav Yehouda Zoldan sur l’histoire de la commémoration du Haqhel, pp. 653-678. Parmi les rabbins ‘harédis, certains s’opposèrent à la tenue de ces cérémonies. Le motif de cette opposition est semblable à leur objection à ce qu’on s’occupât du peuplement du pays, et à l’avènement de l’État : la crainte de voir fracturées les clôtures de la tradition, suivant le proverbe qu’ils érigèrent en principe : « La Torah interdit le ‘hadach [la nouvelle récolte de blé, mais ici, littéralement, toute nouveauté]. » Puisque leurs paroles n’ont pas, à cet égard, de fondement solide en halakha, les Grands-rabbins ne tinrent pas compte de leur position. Cf. op. cit., article du Rav Yehouda Amihaï, Taqanot Zékher la-Miqdach, pp. 606-617, où il est dit que, en tout endroit où l’on peut rappeler le souvenir du sanctuaire, il y a lieu de le faire, à condition de ne pas en venir, à cette occasion, à quelque dégât. Quand, en dehors même du souvenir du sanctuaire, une mitsva reste en vigueur après la destruction du Temple, comme c’est le cas pour celle du loulav, qui s’applique le premier jour de fête en tout lieu, les sages décrètent que, en souvenir du sanctuaire, il faut agiter le loulav les autres jours, également en tout lieu, et réciter la bénédiction correspondante. Mais quand une mitsva ne s’applique plus après la destruction du Temple, on marque le souvenir du sanctuaire sans prononcer de bénédiction. Cf. encore en p. 620 de la référence citée, les propos du Rav Herzog, qui cherchait le moyen de réciter la bénédiction de la Torah à l’occasion de cette lecture. Le Yabia’ Omer X, Yoré Dé’a 22, renforce l’usage, mais écrit de ne pas réciter la bénédiction. Telle fut aussi l’opinion des autres Grands-rabbins d’Israël.

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