05.En souvenir du Haqhel

Dans les dernières générations, les grands maîtres de la Torah ont encouragé la population juive, qui se rassemble en terre d’Israël, à marquer le souvenir de cette précieuse mitsva, afin d’honorer la Torah et de commémorer l’époque du Temple. Nous l’avons vu, les sages ont pris plusieurs règlements en souvenir de ce qui était de coutume au Temple. Cette nécessité peut être déduite de ce verset de Jérémie (30, 17) : « Car Je te susciterai un remède, et de tes plaies te guérirai, dit l’Éternel ; car on t’a appelée la repoussée, cette Sion que personne ne recherche. » De ce qu’il est dit dorech ein lah (« personne ne la recherche »), il apparaît qu’il faut la rechercher et en mentionner le souvenir ; grâce à cela, sa plaie sera guérie (Roch Hachana 30a).

Certes, il est convenu de dire que, de nos jours, il n’y a pas d’obligation à donner une cérémonie de Haqhel, puisque cette mitsva est liée à celle du pèlerinage, comme il est dit : « Lors de la fête des cabanes, quand tout Israël sera venu paraître en présence de l’Éternel ton Dieu, au lieu qu’Il aura choisi » (Dt 31, 10-11) ; or, tant que le Temple est détruit et qu’il n’y a pas de mitsva d’apporter « l’holocauste d’apparition et le rémunératoire de fête », il n’y a pas non plus de mitsva de pèlerinage (cf. Mo’adim – Fêtes et solennités juives II 1, 16). Cela, nos sages l’ont appris par gzéra chava (analogie), car, pour ces deux mitsvot, la Torah emploie le mot de réïya (fait d’apparaître, de se présenter) (‘Haguiga 3a). Comme l’écrit Maïmonide : « Quiconque est dispensé de se présenter au Temple est également dispensé de la mitsva du Haqhel, en dehors des femmes et des enfants… » (‘Haguiga 3, 2).

Malgré cela, les plus grands maîtres ont vu un grand intérêt dans le fait de marquer le souvenir de cette mitsva, qui s’accomplit par le biais de la communauté d’Israël, en particulier dans ces générations où le peuple juif se rassemble progressivement sur sa terre. Le premier qui éveilla l’attention du public sur ce sujet fut le Rav Elyahou David Rabinowitz Teomim, qui écrivit à cette fin la brochure Zékher Lamiqdach, et qui, à la fin de sa vie, remplit les fonctions de rabbin de Jérusalem. Son gendre, le Rav Kook, soutint la même position, bien qu’il n’eût pas eu le temps d’y éveiller en pratique la population. D’autres rabbins encore encouragèrent cette approche, parmi lesquels le Rav Tikochinsky (‘Ir Haqodech Véhamiqdach IV 15) et les Grands-rabbins d’Israël : le Rav Herzog et le Rav Ouziel. Le Rav Harlap, également, de même que le Rav Tsvi Yehouda Kook, soutinrent cette position. Ceux qui œuvrèrent particulièrement pour que se tînt cette cérémonie furent le Rav Chelomo David Kahana – qui pendant des décennies, servit comme président du beit-din de Varsovie, et qui fut le rabbin de la vieille Ville à la fin de sa vie – et son fils le Rav Chemouel Zanvil Kahana, qui, lorsqu’il était directeur général au ministère des cultes, organisa en pratique les cérémonies de « souvenir du Haqhel ».

En 5706 (1945), après la Choah, avant l’avènement de l’État, l’initiative des rabbins se concrétisa, et la cérémonie de Zékher lé-Haqhel eut lieu pour la première fois, avec la participation des Grands-rabbins d’Israël et de grands maîtres. C’est le mouvement Hamerkaz latarbout chel hapo’el hamizra’hi qui mit sur pied l’organisation. Depuis lors, au terme de chaque année sabbatique, une cérémonie de Zékher lé-Haqhel s’est tenue, à l’exception de l’an 5734 (1973), parce qu’alors la guerre de Kipour était à son plus fort, et que les hommes étaient mobilisés pour le combat, exposant leur vie pour la défense du peuple et de la terre. En 5748 (1987), eut lieu une cérémonie particulièrement importante, à la tête de laquelle se tenaient le Rav Avraham Shapira et le Rav Mordekhaï Elyahou, qui étaient alors les deux Grands-rabbins d’Israël. Des dizaines de milliers de personnes se rassemblèrent sur la place du Kotel (le Mur occidental), qui se remplit à plein, ce qui incluait tous les passages et balcons attenants. La cérémonie fut retransmise en direct à la télévision ; le président de l’État, Haïm Herzog, participa, avec les Grands-rabbins, à la lecture de la Torah. Nombre des plus hautes personnalités de l’État se joignirent à la cérémonie, parmi lesquels le Premier ministre, de nombreux membres du gouvernement et le président de la Cour suprême. Depuis lors et jusqu’à nos jours, à chaque fin de Chemita, le premier jour de ‘Hol hamo’ed Soukot, se tient au Mur occidental la cérémonie de Zékher lé-Haqhel, parmi une foule nombreuse, et pour la grande gloire de l’Éternel et de sa Torah[3].

 


[3]. Cf., dans Séfer Haqhel, l’article du Rav Yehouda Zoldan sur l’histoire de la commémoration du Haqhel, pp. 653-678. Parmi les rabbins ‘harédis, certains s’opposèrent à la tenue de ces cérémonies. Le motif de cette opposition est semblable à leur objection à ce qu’on s’occupât du peuplement du pays, et à l’avènement de l’État : la crainte de voir fracturées les clôtures de la tradition, suivant le proverbe qu’ils érigèrent en principe : « La Torah interdit le ‘hadach [la nouvelle récolte de blé, mais ici, littéralement, toute nouveauté]. » Puisque leurs paroles n’ont pas, à cet égard, de fondement solide en halakha, les Grands-rabbins ne tinrent pas compte de leur position. Cf. op. cit., article du Rav Yehouda Amihaï, Taqanot Zékher la-Miqdach, pp. 606-617, où il est dit que, en tout endroit où l’on peut rappeler le souvenir du sanctuaire, il y a lieu de le faire, à condition de ne pas en venir, à cette occasion, à quelque dégât. Quand, en dehors même du souvenir du sanctuaire, une mitsva reste en vigueur après la destruction du Temple, comme c’est le cas pour celle du loulav, qui s’applique le premier jour de fête en tout lieu, les sages décrètent que, en souvenir du sanctuaire, il faut agiter le loulav les autres jours, également en tout lieu, et réciter la bénédiction correspondante. Mais quand une mitsva ne s’applique plus après la destruction du Temple, on marque le souvenir du sanctuaire sans prononcer de bénédiction. Cf. encore en p. 620 de la référence citée, les propos du Rav Herzog, qui cherchait le moyen de réciter la bénédiction de la Torah à l’occasion de cette lecture. Le Yabia’ Omer X, Yoré Dé’a 22, renforce l’usage, mais écrit de ne pas réciter la bénédiction. Telle fut aussi l’opinion des autres Grands-rabbins d’Israël.

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