Chapitre 02 – Règles de l’union conjugale

01. Définition de la mitsva ; sommet de la joie

Le devoir conjugal (mitsvat ‘ona) consiste, pour l’homme, à donner délice et joie à son épouse, autant qu’il le peut, et à s’unir à elle, en une pleine union, avec amour et une joie intense (comme nous l’avons vu ci-dessus, chap. 1 § 2). Tout homme a l’obligation d’accomplir cette mitsva selon la régularité que lui permettent ses forces et son travail. Dans la majorité des cas, la mitsva a cours deux fois par semaine (comme nous le verrons ci-après, § 7). Pour la femme, elle aussi, c’est une mitsva que de s’unir à son mari et de se réjouir à son contact ; plus la femme est heureuse dans l’union, plus l’accomplissement de la mitsva est élevé.

Cette union doit être source de grande délectation et de grande joie ; c’est pourquoi cette mitsva est appelée sim’hat ‘ona (« la joie de l’union ») ; s’en abstenir est considéré comme le fait d’infliger une souffrance (‘inouï) (Pessa’him 72b ; ‘Avoda Zara 5a ; cf. ci-dessus, chap. 1 § 3).

La mitsvat ‘ona n’est pas conditionnée par la mitsva de la procréation (peria ourvia) : elle s’accomplit aussi dans le cadre d’une union qui ne peut mener à la conception ; par exemple dans le cas où la femme est enceinte, ou quand elle allaite, ou quand elle est âgée et qu’elle ne peut enfanter (cf. ci-dessus, chap. 1 § 4).

La mitsva consiste essentiellement à ce que l’homme réjouisse sa femme, d’une joie parfaite, jusqu’à ce qu’elle atteigne le plus haut point du plaisir et de la joie[a]. Sans cela, l’union risque de créer de la frustration. Car la proximité de ce plus haut point de plaisir crée une tension corporelle et psychique, qui parvient à sa détente heureuse au moment, précisément, où le sommet est atteint. Or, si elle ne parvenait pas à ce point, la femme resterait, en général, tendue et frustrée.

C’est une obligation pour la femme que d’accéder au désir du mari et de participer à la mitsva autant qu’elle le peut, car, à défaut de sa bonne volonté et de son implication dans le fait d’accroître la joie entre époux, il est impossible d’accomplir la mitsva. Certes, dans le cas où la femme est fatiguée, ou tendue, au  point qu’il lui est difficile d’atteindre le plus haut point du plaisir, il lui est permis de renoncer à cela, et de se contenter d’une union caractérisée par un doux plaisir, sans que celui-ci soit total ; car de cette façon aussi, on accomplit la mitsva. Toutefois, il est juste de faire en sorte que cela n’arrive pas souvent (cf. § 12, note 12).

Plus chaque membre du couple réjouit l’autre et se réjouit durant l’union, selon la fréquence qui convient à la mitsva, plus cela est louable. La mitsva « Tu aimerais ton prochain comme toi-même » oblige, elle aussi, à ce que chacun se soucie du bien de son conjoint, autant qu’il le peut. Puisque la plus grande jouissance corporelle et psychique est la jouissance éprouvée dans l’union entre l’homme et sa femme, l’homme, s’il frustre la femme du plaisir qui la rendrait heureuse, l’opprime, puisqu’elle n’a d’autre homme que lui, qui puisse lui fournir cette joie. De même si elle frustre son mari du plaisir propre à le réjouir, cela revient à l’opprimer, puisqu’il n’a personne d’autre dans le monde, qui comblera son manque.

Cette mitsva est également appelée dérekh erets (littéralement « voie de la terre » ou « voie du monde »)[b], parce que tout être humain en bonne santé a le désir de l’union délectable entre homme et femme ; et telle est la joie concrète la plus grande qui soit accessible à l’homme en ce monde. Dès lors, il est certain que, lorsque la Torah nous prescrit la mitsvat ‘ona, elle vise l’accès au sommet de plaisir auquel les êtres humains aspirent. Un homme ou une femme qui n’aurait pas une telle aspiration devra s’efforcer de se soigner, de façon à pouvoir accomplir dans la joie l’union avec son conjoint[1].

Les Kabbalistes enseignent que celui qui n’éprouve pas de désir à cet égard, « un âne est meilleur que lui », et qu’il ne saurait mériter de parvenir à l’amour de Dieu (Réchit ‘Hokhma, Cha’ar ha-ahava, fin du chap. 4). En effet, ce n’est que du sein de la saine nature humaine – laquelle est une création divine – que l’homme peut s’élever à l’amour divin. Celui qui est éloigné de l’instinct de vie, par contre, reste éloigné de la foi et de la sainteté ; il ne peut œuvrer au parachèvement du monde.


[a]. L’auteur n’utilise pas, dans ce livre, le mot orgasme, bien qu’il s’agisse de cela ; l’expression שיא התענוג והשמחה, « sommet du délice et de la joie », comporte cependant une dimension émotionnelle que ne rend pas le mot orgasme : la joie comme état psychique.

[b]. Cf. chap. 1 § 3, avant-dernier alinéa, et note e.

[1]. La mitsva est essentiellement accomplie quand la femme parvient au plus haut point de plaisir et de joie (orgasme), de même que l’homme parvient au sommet de la joie charnelle au moment où sa semence s’écoule. Nos sages enseignent à ce propos : « Si la femme ensemence la première, elle enfante un garçon ; si l’homme ensemence le premier, elle enfante une fille » (Nida 31a). Les commentateurs expliquent qu’il s’agit de prolonger l’union, de façon que la femme ensemence la première : « On se maintient en son ventre, de manière qu’elle ensemence d’abord ; ainsi leur enfant sera mâle. » De même, le traité Nida (71a) enseigne : « Telle est la “récompense, fruit des entrailles” » [littéralement, “fruit du ventre”, dont parle le psaume 127]. (Certes, l’expression « ensemencer la première » se prête à d’autres explications, mais telle est la principale.) Si l’on ne suivait pas cette explication [selon laquelle « ensemencer la première » signifie parvenir à l’orgasme la première], il serait difficile de comprendre pourquoi, d’après ce qui apparaît dans la Guémara, la femme d’une personne dont les revenus sont aisés [cf. chap. 1 § 2], sauf cas particulier, n’accepte pas l’annulation de l’union quotidienne qui lui revient, même si cette abstention est de nature à améliorer la situation économique du ménage (Ketoubot 62b ; ci-après § 7).

Bien plus : en général, si la femme éprouve vraiment du plaisir mais qu’elle ne parvienne pas au sommet, elle garde, après l’union, un sentiment de frustration ; or en ce cas, où réside la joie ? Et si elle ne parvient pas même à un tel plaisir, il n’y a pas tant de joie dans cette union ; quel sens y aurait-il alors à appeler cette mitsva « joie de l’union ». De plus, l’homme a l’obligation de satisfaire les besoins de sa femme. Or de même qu’en matière d’alimentation et de vêtements, cette obligation est fonction de ce qui est communément admis, ainsi de l’union charnelle ; et puisqu’il est admis de considérer le sommet du plaisir comme le principal de la joie éprouvée durant l’union, faire parvenir la femme à ce sommet est l’objet même de l’obligation de l’homme.

Non seulement l’essentiel de la mitsva consiste à réjouir son épouse jusqu’à ce qu’elle atteigne le sommet du plaisir, mais plus on l’y conduit, dans le cadre des unions auxquels  on est obligé, plus on est digne d’éloge. Une analogie peut être faite avec le cas de l’hôte recevant son invité : plus savoureux sont les mets qu’il lui prépare, plus nombreux sont les plats qu’il lui présente, plus il crée les conditions de son aisance, et plus grande est la mitsva qu’il accomplit. De même, quand la femme est de celles qui peuvent atteindre plusieurs fois de suite le sommet du plaisir, le fait de l’y conduire constitue un supplément de perfection apporté à la mitsva (hidour mitsva). Cependant, il est fréquent que les femmes n’aient pas la force, ni la volonté, d’accéder à plus d’un sommet ; alors, ce ne sera qu’en des circonstances particulières que les époux embelliront la mitsva en ajoutant à la joie.

Ci-après, au paragraphe 12, nous verrons qu’existe la possibilité de réaliser des unions charnelles à un moindre degré d’accomplissement : quand la femme éprouve du plaisir au cours de l’union, mais sans atteindre une jouissance entière (degré appelé bedi’avad : a posteriori) ; ou, à un moindre degré encore, lorsque la femme n’éprouve pas de réel plaisir (degré qualifié de cha’at had’haq : cas de nécessité pressante). Mais quoiqu’il en soit, tant qu’ils sont mariés, il est interdit aux époux d’annuler les unions sans plein accord entre eux, car lesdites unions sont l’expression de leur lien matrimonial, et les préserve de la faute. Nous l’avons vu (chap. 1 § 2), l’annulation de l’union est la première cause de divorce.

02. Obligation de l’homme et mitsva de la femme

L’obligation relative à la mitsvat ‘ona incombe à l’homme, ainsi qu’il est dit : « Sa nourriture (chéérah), son habillement (kessoutah) et son droit conjugal (‘onatah), il n’en retranchera rien » (Ex 21, 10). Nous avons vu, au premier chapitre, § 3, quelle lecture midrachique les sages font de ce verset, pour préciser davantage les obligations de l’homme : chéérah (littéralement « sa chair ») : qu’au moment de leur union les époux soient chair contre chair ; kessoutah (littéralement « son vêtement ») : cela désigne la couverture et le lit dont ils se servent au moment de l’union ; ‘onatah : c’est l’union elle-même (Na’hmanide ad loc., Ketoubot 48a). Or quiconque annule l’accomplissement de cette mitsva, faisant ainsi souffrir son épouse, transgresse un interdit toranique (cf. ci-dessus, chap. 1 § 2). Certes, si la femme n’accède pas joyeusement au désir de son mari, la mitsva perd toute sa valeur, de sorte que, en définitive, l’accomplissement de la mitsva dépend des deux époux ensemble. Mais l’obligation primordiale repose sur l’homme, de la même façon que la mitsva du mariage (nissouïn) repose, en tant qu’obligation (‘hova), sur l’homme, de sorte que c’est à lui de se mettre en quête d’une compagne ; puis, quand celle-ci a accepté d’être épousée par lui, c’est à lui de la sanctifier en tant que son épouse, en lui remettant les qidouchin[c].

Afin de comprendre la différence, à cet égard, entre l’homme et la femme, il faut préciser que, si l’homme n’exprimait pas son amour à l’égard de son épouse par des paroles, et s’il ne lui donnait abondance de plaisir par des caresses et des enlacements, continuant graduellement jusqu’aux parties du corps qui lui donnent le plus de plaisir, il est vraisemblable qu’il ne réussirait pas à la réjouir d’une pleine jouissance. Cela, parce que telle est la bonne nature des femmes : chez elles, plus que chez les hommes, les domaines de l’esprit, de l’émotion et du corps sont imbriqués ; aussi, dans une situation normale, ce n’est que lorsque toutes les facultés se joignent les unes aux autres, dans l’amour et la délectation, que la femme peut atteindre le sommet de la joie. Ce processus composite prend du temps.

Face à cela, le caractère de l’homme est tel qu’il peut dissocier les domaines : il est capable de satisfaire son désir physique, même sans se relier à l’autre par le sentiment et par l’esprit. Cette particularité est très précieuse lorsqu’il s’agit de faire abstraction de tout son environnement, pour concentrer toutes ses forces et se focaliser sur un but unique. C’est cette qualité qui permet à un jeune homme de faire énergiquement sa cour, de surmonter les difficultés, et de poursuivre assidument sur cette voie, jusqu’à ce que la jeune fille accepte d’être épousée par lui. C’est aussi la qualité qui convient à un combattant, à l’armée. Aussi est-ce l’homme qui consacre (meqadech) une femme pour qu’elle soit son épouse. Mais d’un autre côté, après avoir atteint son but lors de la joie des noces, il arrive que les hommes perdent leur intérêt pour une pleine relation de sentiment : ils étaient en effet focalisés sur l’obtention de leur but, parvenir à la cérémonie du mariage, mais ne se sont pas préparés à tous les défis que comprend la vie matrimoniale. C’est pourquoi il est ordonné à l’homme de ne point partir à l’armée, ni dans des voyages d’affaires, la première année de son mariage, ainsi qu’il est dit : « Il vaquera librement à son intérieur pendant un an, et il rendra heureuse la femme qu’il a épousée » (Dt 24, 5). Grâce à cela, il établira les bases de leur vie de couple.

C’est aussi ce qui arrive parfois à l’approche de l’union charnelle. Le désir de l’homme peut bien être très ardent, mais tout de suite après l’écoulement de sa semence, il risque de se désintéresser de sa femme. Or puisque, du point de vue de leur complexion physique, les hommes sont aptes à arriver au sommet du plaisir physique en quelques minutes, sans avoir le temps de réjouir leur femme, c’est précisément sur l’homme que repose, en tant qu’obligation, la mitsvat ‘ona ; et cette mitsva consiste principalement à apporter délectation et joie à sa femme, autant qu’il est possible, et à s’unir ainsi. C’est ce que visent nos sages quand ils avertissent : « Il est interdit à l’homme de forcer sa femme à l’accomplissement de la mitsva » (‘Érouvin 100b). Ils enseignent encore : « Quiconque contraint sa femme à l’accomplissement de la mitsva aura des enfants non convenables. » Nous voyons par-là que, bien que l’union soit une mitsva, elle ne l’est plus quand elle vise à satisfaire le seul penchant de l’homme, sans que celui-ci s’efforce de donner du plaisir à sa femme. Ainsi, grâce au tempérament particulier à la femme, l’homme est conduit à devoir lui exprimer davantage ses sentiments d’amour ; grâce à cela, l’union entre eux devient plus profonde et plus parfaite.

Cependant, quand la femme n’éprouve pas d’ardent désir d’union avec son mari, qu’elle ne répond pas à ses avances et ne se réjouit pas en sa compagnie, elle déracine la mitsva. En effet, toute la mitsva consiste, pour l’homme, à réjouir sa femme ; or quand celle-ci ne se réjouit pas, le mitsva est annulée en son fondement. Et si la situation se prolongeait, la femme détruirait ainsi son propre foyer. Comme nous l’avons vu, quand la femme prétend que son mari la dégoûte, celui-ci doit divorcer, tandis qu’elle-même perd le bénéfice de sa ketouba (Ketoubot 63b). Il doit en divorcer, parce qu’il est impossible de mener une vie matrimoniale sans relations conjugales. Elle perd le bénéfice de toutes les compensations prévues par la ketouba, parce qu’elle a annulé, de la façon la plus fondamentale, le principe du mariage[2].


[c]. Objet d’une certaine valeur (de nos jours une bague), que l’homme remet à la femme au cours de la cérémonie de mariage. La remise des qidouchin formalise la création du lien matrimonial.

[2]. Selon Maïmonide (Ichout 14, 8), on contraint l’homme à divorcer, en un tel cas, « car la femme n’est point captive, pour avoir des relations charnelles avec un homme qu’elle hait ; et elle sort de ce lien matrimonial sans la moindre des compensations que prévoit la ketouba. » Mais selon la majorité des décisionnaires, bien que l’homme ait l’obligation de divorcer d’elle, on ne l’y contraint pourtant pas (Choul’han ‘Aroukh, Even Ha’ezer 77, 2). (Peut-être ces décisionnaires visent-ils une situation dans laquelle la femme est entièrement responsable du divorce, car, après avoir exprimé son accord pour épouser son mari, elle a pris celui-ci en dégoût. Aussi, le mari a-t-il la possibilité de demander réparation de son préjudice moral, pour consentir à divorcer).

De même, quand le mari annule les moments d’union auxquels il est obligé, ou qu’il n’est pas prêt à réjouir son épouse par les moyens normalement employés – par exemple, s’il n’est pas prêt à avoir des relations sans vêtements –, la femme peut réclamer le divorce pour cela, et le mari a l’obligation de divorcer et de lui verser l’ensemble des sommes que la ketouba prévoit (Choul’han ‘Aroukh, Even Ha’ezer 76, 13).

03. La mitsva de l’homme

Il convient que, quelques heures avant l’union, l’homme déclare à sa femme son amour, et son ardente attente de leur union. De cette façon, elle aussi s’éveillera, de manière correspondante, à l’amour et au désir. L’un et l’autre veilleront, durant ces heures, à ne pas parler de sujets susceptibles d’engendrer entre eux quelque controverse, ni de sujets capables de créer de la tension chez l’un d’eux, afin de ne pas porter atteinte à la joie de la mitsva. Nos sages enseignent que celui qui aborde un sujet susceptible d’abîmer la joie de la mitsva, est destiné à en rendre compte un jour, comme il est dit : « Car voici, Il forme les montagnes et crée le vent, et révèle à l’homme quelle fut sa propre conversation » (Am 4, 13). Nos maîtres commentent : « Même une conversation superflue entre l’homme et sa femme » (‘Haguiga 5a, selon le commentaire du Raavad ; Baït ‘Hadach sur Ora’h ‘Haïm 280, 2).

Quand ils commenceront à se rapprocher l’un de l’autre, c’est une mitsva pour l’homme que de dire expressément son amour à l’égard de sa femme ; il est bon qu’il ne fasse l’économie d’aucun compliment, sur sa beauté, ses qualités, tout cela en fonction de ce qu’il sait être réjouissant pour elle (Zohar I 49b, Tiqouné Zohar 57a). Il n’inventera pas de compliments mensongers, mais approfondira la pensée de son amour et formulera des compliments sincères. Certes, quand les paroles sont sincères, on peut exagérer, car ce n’est qu’en raison de notre propre manque que nous ne percevons pas que l’exagération apparente est en réalité plus proche de la vérité (cf. Ketoubot 17a).

Au titre de la mitsva, se trouve le fait d’enlacer la femme, de l’embrasser de ses lèvres, et de la caresser en tout endroit agréable, et de toute manière réjouissante. La mitsva consiste à progresser étape par étape, des endroits dont le contact est agréable à ceux qui excitent davantage, jusqu’à l’endroit dont la stimulation apporte le maximum d’excitation et de jouissance. Chaque femme doit savoir où cet endroit se trouve, de façon qu’elle puisse, si c’est nécessaire, guider son mari pour qu’il sache comment la réjouir. Et puisque chaque personne diffère de son semblable, une partie de la mitsva consiste dans le fait que les époux se parlent à cœur ouvert, sur ce qui leur procure du plaisir, que l’homme demande à la femme comment il pourrait lui donner davantage de jouissance, et qu’elle lui réponde et s’en ouvre à lui. À partir de cette étape, où l’homme donne à sa femme une grande jouissance, les époux s’uniront totalement. Chez la majorité des couples, il est bon que l’homme fasse en sorte que sa femme parvienne la première au sommet du plaisir, puis ensuite lui-même, faute de quoi il serait à craindre qu’il perde son ardeur et ne parvienne pas à la réjouir intégralement. Il faut préciser qu’autrefois, à ce qu’il semble, les femmes, dans la majorité des cas, parvenaient au sommet du plaisir au cours de l’union proprement dite (le coït). De nos jours, pour différentes raisons, de nombreuses femmes n’y parviennent pas au cours de l’union elle-même, mais seulement par le biais de la caresse de l’endroit considéré. Dans ces conditions, telle est la mitsva ; puis, une fois ce sommet atteint par la femme, les époux s’uniront pleinement.

De tout temps, les disciples des sages et les gens de Torah ont eu soin de réjouir leurs femmes comme il convient. Aussi, les sages mettent en garde le Juif contre le fait de marier sa fille à un ignorant (‘am haarets), car « quiconque marie sa fille à un ignorant, c’est comme s’il la contraignait et la plaçait devant un lion : de même qu’un lion déchire sa proie et la mange de manière éhontée, de même l’ignorant frappe, coïte et n’éprouve point de honte » (Pessa’him 49b). En d’autres termes, de même que le lion déchire sa proie et commence à en manger la chair alors qu’elle est toujours vivante, de même l’ignorant s’accouple pour satisfaire son désir, et n’attend pas que sa femme éprouve du plaisir et parvienne à la jouissance[3].


[3]. Sur les compliments, cf. Zohar (I 49b) : « Celui qui s’unit à sa femme doit lui demander la permission et la réjouir par des paroles. Sinon, il ne s’étendra pas auprès d’elle ; cela, afin que leurs volontés soient associées, sans contrainte (…), qu’il lui dispense de l’affection, l’attire vers sa propre volonté, s’éveille avec elle à l’amour ; (…) afin de lui montrer qu’ils sont unis, et qu’il n’y a entre eux nulle séparation. Après cela, il la louera, lui disant qu’il n’est aucune femme comme elle, et qu’elle est l’honneur de sa maison (…), ainsi qu’il est dit : “Bien des femmes ont agi avec vaillance, tu leur es supérieure à toutes” (Pr 31, 29). » Les Tiqouné Zohar (Tiqoun 21, 57a) s’expriment dans le même sens, et expliquent que, le Chabbat, en raison de la sainteté du jour, il faut ajouter des compliments. Le Zohar enseigne (II 259b) : « Il existe deux degrés d’union : par les baisers et par l’union charnelle elle-même. L’une est supérieure, l’autre inférieure. En haut, pour ajouter un flux spirituel dans l’en haut ; en bas, pour ajouter abondance de vitalité dans l’en bas, chaque union selon ce qui lui convient. » Les Tiqouné Zohar (10, 25b) expliquent encore que le baiser comprend quatre lèvres, correspondant aux quatre lettres du Tétragramme, et que l’enlacement comprend quatre bras, en regard des quatre lettres du nom Ado-naï.

Au traité Chabbat 140b, Rav ‘Hisda instruit ses filles sur le bon comportement à observer à l’égard de leurs maris ; notamment : « Il prit une pierre précieuse dans une main, et de la terre dans l’autre main. La pierre précieuse, il la leur montra [tout de suite] ; la terre, il ne la leur montra pas avant qu’elles ne s’affligeassent [tant elles étaient curieuses de savoir ce que cette main renfermait] ; alors il la leur montra » [afin de leur faire comprendre qu’une chose cachée attire davantage qu’une chose dévoilée]. Rachi commente : « [L’instruction implicite est la suivante :] quand ton mari te touche afin d’éveiller son désir de s’unir à toi, et qu’il saisit tes seins dans l’une de ses mains, et mène son autre main jusqu’à “cet endroit” [tes parties génitales], livre-lui tes seins, afin que son désir augmente, tandis que tu ne lui livreras pas rapidement l’endroit de l’union, cela afin que s’accroissent son désir et son affection, et qu’il s’afflige ; alors donne-le lui. » De même, le Roqéa’h écrit : « Il l’enlacera et l’embrassera (…), il jouera de palpations et de toutes sortes d’enlacements, afin de mettre à son comble son propre désir et celui de son épouse » (Hilkhot Techouva 14). C’est aussi ce que rapportent d’autres Richonim et A’haronim.

Quant au fait qu’une partie des hommes doivent accomplir la mitsva en caressant cet endroit, parfois même dix minutes ou plus, ce n’est pas mentionné par les ouvrages des décisionnaires. Il semble qu’il y ait deux raisons à cela : a) il est vraisemblable que, à une époque où l’on dormait environ dix heures par jour (cf. Maïmonide, Dé’ot 4, 4), et où l’on connaissait moins de tension et de stress, presque toutes les femmes parvenaient au sommet de leur plaisir et de leur joie par le biais du coït lui-même. Dans le même ordre d’idées, nous apprenons que, par le passé, toutes les femmes sentaient l’ouverture de leur utérus [elles avaient la sensation de devenir nida avant que le sang n’apparaisse], au point que le Choul’han ‘Aroukh mentionne cela comme une chose allant de soi et connue de tous (Yoré Dé’a 183, 1) ; tandis que, de nos jours, en général, les femmes ne sentent plus cela (cf. Har’havot). b) Puisque la mitsva consiste dans le fait que l’homme réjouisse son épouse autant que possible, il va de soi que, si c’est la caresse de cet endroit qui apporte à la femme le plus de jouissance, c’est en cela, précisément, que consistera la mitsva. Or il n’était pas nécessaire de l’écrire, puisque le mode d’accomplissement de la mitsva doit être appris par les membres du couple de manière naturelle – et c’est pourquoi cette mitsva est aussi appelée dérekh erets (littéralement « voie de la terre », c’est-à-dire usage dicté par la nature), notion qui sera développée au paragraphe suivant. En d’autres termes, la mitsva veut que l’homme et la femme soient ouverts et sincères l’un envers l’autre, et se réjouissent l’un l’autre autant qu’il est possible. De prime abord, après quelques temps de vie commune, les époux connaîtront l’endroit qui apporte le plus de jouissance à la femme, et s’en délecteront ; et s’il leur apparaît que, de cette façon, la femme parvient au sommet de sa jouissance, ils comprendront que c’est de cette façon que se remplit l’obligation qu’impose la mitsva. Comme nous l’avons vu dans le passage talmudique cité plus haut (Chabbat 140b), Rav ‘Hisda parla de cela avec ses filles. Cela prouve aussi que, jadis, on parlait de ces choses plus ouvertement. (Cf. ci-après, chap. 3 § 12 et 15, où il est dit que la continence et la fermeture à cet égard se sont développées à la suite de la destruction du Temple et de la prolongation de l’exil. Il faut encore préciser que ce qu’enseignent le Zohar et les ouvrages de Kabbale au sujet des baisers, des enlacements et de l’union, n’a pas été conçu pour servir de guide pratique de l’accomplissement de la mitsva, car ceux-ci paraissent évidents. Cela vise à nous enseigner que ces actes sont l’expression terrestre de choses très profondes et très élevées. Ces faits charnels constituent la parabole, connue de tous, dont on peut induire l’enseignement sublime.)

Lorsque l’homme réjouit sa femme avant que de s’unir à elle par le coït, il peut s’écouler de sa verge un peu de liquide séminal ; celui-ci n’est pas considéré comme de la semence émise en vain. Il est vrai que certains auteurs, se fondant sur la Kabbale, sont rigoureux à cet égard (Peri ‘Ets ‘Haïm, Cha’ar qri’at Chéma ‘al hamita 11, Ben Ich ‘Haï, Peqoudé 13). Cependant, l’exigence de la Kabbale vise essentiellement le fait de ne pas se séparer de l’union coïtale tant que coule encore du liquide émanant de l’homme (Cha’ar Hakavanot, ‘Inyan drouché halaïla ; Kaf Ha’haïm 240, 6 ; Darké Tahara 22, 11). À cet égard même, si l’on s’en tient à la stricte règle, il n’y a pas d’interdit, comme le démontre l’examen de la majorité des Richonim, d’après lesquels il est permis de retirer le membre même encore en érection, après une union constitutive d’une mitsva (Choul’han ‘Aroukh, Yoré Dé’a 193, 1, Choel Vénichal III 424 ; cf. ‘Olat Yits’haq II 242). Cf. ci-après, fin de la note 10, le statut de celui qui, en raison de son grand émoi, laisse échapper quelquefois sa semence avant le coït.

04. Les bonnes manières (dérekh erets) en matière d’union

Le Saint béni soit-Il a créé l’homme et la femme de façon telle que, naturellement, ils soient ardemment attirés l’un par l’autre. Cette attirance est bonne, en ce qu’elle constitue la base sur laquelle se réalise la mitsva de l’union. De la même façon, nos sages enseignent que la voie naturelle (dérekh erets) précède la Torah (Tana Devei Elyahou Rabba 1). En d’autres termes, l’Éternel a prescrit à l’homme de donner expression à ses sentiments naturels, dans toute leur puissance, au sein du cadre consacré qu’est le mariage. Mais si l’homme étouffait ses sentiments naturels, il ne pourrait accomplir convenablement la mitsva. Et en conséquence, il ne pourrait accomplir non plus les autres mitsvot de façon parfaite.

Rabbi Yo’hanan enseigne : « Si la Torah n’avait été donnée, c’est du chat que nous aurions appris la vertu de pudeur [car le chat fait ses besoins en secret et recouvre ses déjections] ; nous aurions appris l’interdit du vol de la fourmi [car elle ne prendrait pas un simple grain appartenant à sa camarade] ; nous aurions appris les unions interdites de la colombe [qui vit en couple fidèle] ; et le dérekh erets du coq, qui se concilie (mefayess) les bonnes grâces de la poule avant que de s’unir à elle » (‘Érouvin 100b) Le terme mefayess[d] signifie « faire sa cour » à sa compagne, lui complaire et la séduire à l’approche de l’union.

Il y a donc des principes moraux que l’homme doit comprendre, de manière évidente, en son cœur et en sa conscience, car la nature intègre que le Créateur a implantée en chaque créature l’exige ; le fait est que les animaux eux-mêmes se conduisent de cette façon. La Torah, elle, vient ajouter à la saine nature une dimension supplémentaire d’exactitude, d’assiduité, de dévouement et de sainteté. Mais quand l’homme ne comprend pas ces valeurs de manière naturelle, en son cœur, c’est qu’il est affecté d’une faille essentielle.

Nos sages disent que l’on peut apprendre la manière d’accomplir la mitsvat ‘ona du coq, car celui-ci est connu pour aimer avoir commerce avec les poules, et pour être spécialiste des usages de cour et de conciliation ; c’est pour cela qu’il est également appelé guéver (littéralement « mâle »). Nos sages commentent les gestes du coq sous forme de parabole : quand le coq fait de larges mouvements des ailes, de haut en bas, c’est comme s’il promettait à la poule de lui acheter, après l’accouplement, un long et beau manteau, qui lui arrivera jusqu’aux pattes. Puis, quand l’accouplement s’achève, il incline la tête et penche sa crête en guise d’expression de modestie et d’excuse, pour n’avoir pas d’argent lui permettant d’acheter le manteau ; on dirait qu’il jure sur sa somptueuse crête : qu’elle soit coupée dans le cas où, ayant de l’argent à l’avenir, il ne lui achèterait pas le manteau (d’après ‘Érouvin 100b).

Les sages ont voulu nous enseigner par-là que l’homme ne doit pas épargner les éloges et compliments qu’il adresse à la femme, au sujet de sa beauté, de ses qualités, des bonnes choses qu’elle a dites ou faites. Il convient même d’exagérer, à cet égard, tel ce coq qui promet une chose que, il le sait, il ne pourra accomplir, mais qui exprime, ce faisant, son amour et son estime : car c’est bien le moins qu’il eût à faire pour elle. Après l’union, l’homme ne se comportera pas comme ceux qui perdent tout intérêt pour leur compagne, leur tournent le dos et s’endorment. Il convient qu’il s’excuse auprès d’elle de ses possibilités limitées, qui ne lui permettent pas de formuler toutes les expressions d’amour et d’affection auxquelles sa valeur lui donnerait droit.

On peut encore apprendre, parmi les principes de bonne conduite observables dans la nature, que, généralement, l’homme est celui qui doit prendre l’initiative de l’union ; car sa volonté est plus saillante et plus extravertie, et se révèle de façon relativement facile et rapide. Puis, à partir du vif désir éprouvé par l’homme envers elle, sa femme doit répondre à son attente, au point qu’elle aussi le désirera ardemment. Il s’agit toutefois là d’une directive générale, et chaque couple devra accomplir l’union de la manière la plus réjouissante pour soi (cf. ci-après, note 4). Quoi qu’il en soit, quand bien même les préliminaires n’auraient pas été faits conformément aux attentes de l’un des deux époux, il reste interdit d’annuler les unions régulières (cf. § 7-8).

Il faut ajouter, quant aux bonnes manières, que l’union charnelle est comparée à un repas (Nédarim 20b). Cela nous enseigne que, de même qu’au cours d’un bon repas on met la table en y disposant une belle nappe, que l’on place un jeu de trois assiettes, un verre à eau et un verre à vin, que l’on sert une entrée, puis un premier plat, puis un plat de consistance, puis du dessert, de même – et plus encore – faut-il se préparer et s’engager à l’égard de l’union, qui est une mitsva toranique, avançant avec prévenance, de degré en degré, jusqu’à ce que l’union s’accomplisse en pleine joie. Et de même qu’il convient de varier de temps à autre le menu d’un repas – car le menu le plus savoureux risque lui-même de se montrer ennuyeux s’il se répète constamment –, de même, et plus encore, faut-il varier les compliments et les moyens que l’homme emploie pour donner plaisir et joie à son épouse. Mais tout dépend de la volonté de ladite épouse, car certaines individualités préfèrent la variété dans la composition de leurs menus, tandis que d’autre préfèrent un menu fixe et bon.

Bien entendu, au titre des bonnes manières, il faut être propre, et s’abstenir de choses susceptibles d’être repoussantes. À cet égard, l’abstention de toute chose repoussante est une obligation (‘hova), et la recherche d’un supplément de perfection (hidour) en ce domaine participe de la mitsva. Cette exigence concerne également l’homme et la femme. De même, Rav ‘Hisda donnait pour instruction à ses filles, avant leur mariage, de ne point consommer d’aliments susceptibles de donner une mauvaise haleine ou d’engendrer des problèmes stomacaux (Chabbat 140b). Cette question est si importante que le fait de la négliger risque d’être une cause légitime de divorce (cf. Choul’han ‘Aroukh, Even Ha’ezer 154, 1-2). Cette question comprend encore d’autres recommandations et règles, nombreuses, correspondant à des cas divers, mais le principe général est que, puisque les individus sont différents les uns des autres, chaque membre du couple doit être très attentif et sensible à ce qui risque de déranger son conjoint, et, à plus forte raison, à ce qui est généralement admis et connu pour être dégoûtant.


[d]. Littéralement : [il] concilie, apaise, amadoue.

05. La mitsva de la femme

Comme nous l’avons vu (§ 5), bien que la mitsva du mariage (nissouïn) et celle de l’union charnelle (mitsvat ‘ona) incombent, en tant qu’obligation, à l’homme, la femme est pleinement associée à leur accomplissement ; et s’il n’y a pas, de sa part, de répondant à l’égard de son mari, la mitsva se vide de son contenu. Par conséquent, de même que c’est une mitsva pour l’homme que d’exprimer son amour et son désir à son épouse, de même est-ce une mitsva pour la femme que d’expliquer de tels sentiments. Et telle est la simple loi de nature, comme l’enseignent les sages : « Il n’est d’autre désir ardent chez la femme que celui qu’elle éprouve pour son mari, ainsi qu’il est dit : “La passion t’attirera vers ton époux” (Gn 3, 16) » (Gn Rabba 20, 7). Or ce désir est sanctifié car, grâce à lui, se révèle l’amour entre époux, et par lui le nom divin réside entre eux (cf. ci-dessus, chap. 1 § 5) ; or cet amour est le symbole même et l’expression du lien unissant le Saint béni soit-Il à Israël, comme il est dit : « Je suis à mon bien-aimé, et son désir est sur moi » (Ct 7, 11).

Nous l’avons vu, la mitsva « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19, 18), dont Rabbi Aqiba dit qu’elle est le grand principe de la Torah (Sifra ad loc.) s’accomplit le plus pleinement entre les membres du couple (Rabbi Isaac Louria, Séfer Haliqoutim, ‘Eqev). Par conséquent, la femme, elle aussi, doit réjouir son mari par tout ce qu’elle sait lui être délice, et plus elle s’y applique, plus grande est la mitsva qu’elle accomplit.

Plus leur amour et leur désir croîtra, plus parfaite sera leur union, et meilleurs seront les enfants qu’ils mériteront d’engendrer (cf. ci-dessus, chap. 1 § 4, note 4). Le Maharal, dans Guevourot Hachem (43) écrit ainsi que, lorsque la femme désire très ardemment son mari, elle se relie à la racine de la vie et de l’unité, et, grâce à cela, elle a le mérite de donner naissance à des enfants dotés de qualités supérieures, dignes d’accéder à la Délivrance et à la liberté. C’est à ce propos que nos sages enseignent que, grâce au mérite des femmes justes de cette génération [celle de l’Exode], Israël fut délivré d’Égypte » (Sota 11b) : par le mérite du désir ardent qu’elles portaient à leurs maris lors de la mitsvat ‘ona, malgré toutes les difficultés de la servitude, elles enfantèrent la génération de la Délivrance (cf. ci-dessus, chap. 1 § 8).

Afin d’intensifier l’amour, les femmes paraissent devant leurs époux ornées de bijoux. Ezra le scribe lui-même autorisa les colporteurs à vendre, dans les villes, des épices et des bijoux sans que les habitants ne puissent les empêcher, « afin de permettre que les femmes aient des bijoux, pour que leurs maris ne se dégoûtent pas d’elles » (Baba Qama 82b). Le Saint béni soit-Il, Lui-même, embellit Eve et tressa ses cheveux, afin d’attiser l’amour d’Adam, le premier homme, envers elle (‘Érouvin 18a). Le but essentiel des bijoux de la femme est d’éveiller le désir de son mari (Tan’houma, Vayichla’h 12, Ct Rabba 1, 2). Rav Haï Gaon écrit : « Honnie soit la femme mariée qui ne porte pas de bijoux, honnie soit la femme célibataire qui porte des bijoux » (Cha’aré Techouva La-Guéonim 84). À ce qu’il semble, l’intention de ce texte porte sur ceux des bijoux qui éveillent la passion. Dans le même temps, nous apprenons que le but essentiel des épices, des bijoux et des beaux vêtements, est d’accroître l’amour entre époux.

Quand une femme n’aime pas son époux, n’a pas de désir à son égard, ni ne se réjouit de s’unir à lui, il se trouve qu’elle le frustre de sa joie de vivre. Nos maîtres disent à ce propos : « Une femme bonne, son bienfait n’a point de fin ; mais si une femme est mauvaise, son mal n’a point de fin » (Midrach Tehilim 59). On raconte ainsi que Rabbi ‘Hiya bénit Rav et ses disciples, en leur souhaitant que Dieu les préserve de ce qui est plus dur encore que la mort : une mauvaise femme ; comme il est dit : « Et je trouve plus amer encore que la mort : la [mauvaise] femme… » (Ec 7, 26, Yevamot 63a) (cf. ci-après, § 12, sur les difficultés rencontrées au cours de l’union, du côté de la femme).

06. La bonne attitude féminine : une requête sans parole

Nos sages enseignent : « Toute femme qui sollicite son mari pour accomplir une mitsva[e] aura des fils tels qu’il n’y en eut pas de semblables, même dans la génération de Moïse notre maître » (‘Érouvin 100b). Nous apprenons cela du cas de Léa notre mère, ainsi qu’il est dit : « Jacob revint du champ, le soir, et Léa sortit à sa rencontre, disant : “C’est vers moi que tu viendras, car je t’ai réservé en échange des mandragores de mon fils.” Et il s’étendit avec elle cette nuit-là » (Gn 30, 16). Or Léa mérita que, de cette nuit, naquît Issachar, de la tribu duquel devaient descendre des sages et des dirigeants du peuple, comme il est dit : « Parmi les enfants d’Issachar, étaient des hommes experts en la sagesse des temps, pour connaître la conduite à tenir par Israël ; leurs chefs étaient au nombre de deux cents, et tous leurs frères allaient selon leurs paroles » (I Ch 12, 33).

Or le Talmud (ibid.) objecte : les sages ont pourtant enseigné : « La femme sollicite son mari par le cœur[f] ; l’homme sollicite sa femme par des paroles. C’est là une bonne attitude[g] de la part des femmes. » Dans ces conditions, comment Léa a-t-elle pu requérir l’union de son mari et, bien plus, mériter grâce à cela de donner naissance au fondateur de la tribu où se trouveraient les hommes experts en la sagesse des temps ? La réponse de nos maîtres est que cette louange s’adresse à la femme qui montre des signes d’affection et s’orne de bijoux devant son mari, afin qu’il la désire. En d’autres termes, sa sollicitation, faite « avec le cœur » (et non de manière verbale), s’exprime allusivement. Et c’est ainsi que se conduisit Léa notre mère, lorsqu’elle dit à Jacob : « C’est vers moi que tu viendras », exprimant ainsi son amour et son souhait qu’il vînt dans sa tente afin qu’ils dormissent ensemble, dans une proximité corporelle, sans pour autant demander explicitement qu’il s’unît à elle par une pleine relation charnelle.

La raison pour laquelle il ne convient pas que la femme sollicite explicitement son mari est que les forces de l’homme sont limitées, et qu’il ne lui est pas toujours possible d’accomplir la mitsvat ‘ona, laquelle l’oblige à s’attendrir et à s’émouvoir, au point d’être en mesure de s’unir à son épouse. Aussi la mitsvat ‘ona repose-t-elle sur l’homme, selon ce que ses forces corporelles et la fatigue causée par son travail lui permettent (comme nous le verrons au paragraphe suivant). La femme, en revanche, pourrait parvenir au sommet du plaisir chaque nuit, et même plusieurs fois en une même nuit. Même quand elle se sent tendue, et qu’il lui est difficile de parvenir au sommet de la jouissance, elle peut répondre aux attentes de son mari, et se délecter de la joie éprouvée par celui-ci. Or, si elle le sollicitait de manière explicite, par des paroles, en des circonstances où il lui est difficile d’accomplir l’union charnelle, il se peut qu’il en aurait honte ; dès lors, au lieu d’attendre l’union en s’en émouvant et en s’en réjouissant fort, l’époux risquerait de l’appréhender, craignant de ne pas réussir à remplir son devoir. Parfois, cette anxiété risquerait de causer un cas d’impuissance. Aussi convient-il que la femme se pare de pudeur, et ne sollicite pas son mari par des paroles, mais bien par des allusions émanant du cœur, de manière telle que, lorsque le mari n’est pas certain de pouvoir accomplir la mitsva, il puisse donner à son épouse des signes d’affection en retour, sans pour autant se sentir abattu de ne pouvoir répondre pleinement à ses attentes.

Bien plus : même quand le mari est triste et déprimé, au point de se sentir impuissant, dépourvu de vitalité et de désir – de sorte qu’il lui semble que, même s’il le voulait, il n’aurait pas la force de parvenir à l’érection nécessaire à une relation charnelle avec son épouse –, l’épouse, si elle est bonne et sait le solliciter par le cœur, par des allusions et des propos exprimant son amour pour lui et son désir, par exemple en l’enlaçant agréablement, le fait revivre. Elle crée alors en lui le désir et la possibilité de s’unir à elle et d’accomplir la mitsva, et ajoute joie et lumière à sa vie (cf. ci-dessus, chap. 1 § 8)[4].


[e]. Le texte vise spécialement la mitsvat ‘ona.

[f]. תובעת בלב : littéralement, elle « requiert par le cœur », c’est-à-dire qu’elle fait comprendre à son mari son désir, sans l’exprimer par des paroles.

[g]. מידה טובה : litt., « une bonne mesure », ou « un bon trait de caractère ».

[4]. Comme nous l’avons vu, cette attitude, consistant à exprimer son désir « par le cœur », est destinée à préserver l’honneur de l’époux. Néanmoins, à mesure que la confiance s’accroît entre les époux, il convient à la femme de se conduire de la façon qui réjouit le plus son époux. Certains hommes, en effet, préfèrent une expression franche ; certains préfèrent que la femme prenne davantage d’initiative, car, de cette façon, leur désir à son endroit s’éveille, avec un supplément de joie. Quand la femme sait que telle est la volonté de son mari, c’est ainsi qu’il lui convient de se conduire : il n’y a pas là de manque de pudeur, mais bien une mitsva, puisqu’elle fait cela pour le réjouir.

07. Les temps de l’union

La mitsvat ‘ona dépend des forces du mari et de son métier, comme l’enseigne nos sages dans la Michna : « La périodicité dont parle la Torah est, pour les tayalim (littéralement “les promeneurs”), de tous les jours ; pour les ouvriers, deux fois par semaine ; pour les âniers, une fois par semaine ; pour les chameliers, une fois par mois ; pour les marins, une fois par six mois » (Ketoubot 61b).

Certains pensent que les tayalim sont les hommes en bonne santé dont les revenus sont faciles et leur parviennent sans tension ; aussi leur mitsva s’applique-t-elle chaque nuit. On cite, comme exemple, Rav Chemouel bar Chilat, qui enseignait les enfants près de son domicile ; or, comme ses moyens de subsistance étaient modestes, les fonctionnaires du roi ne l’imposaient pas, si bien qu’il vivait dans la tranquillité et la sécurité (Rif, Roch). D’autres estiment que les tayalim sont des gens bien établis économiquement, qui n’ont pas du tout besoin de travailler, hormis une certaine supervision de leurs affaires, laquelle ne dérange point leur repos (Maïmonide, Rabbi Yechaya A’haron zal, Rabbénou Yerou’ham et Séfer Mitsvot Gadol)[5].

Les ouvriers qui travaillent en ville ont une mitsva d’une périodicité bihebdomadaire. Les ouvriers travaillant en dehors de leur ville, même s’ils revenaient en leur ville chaque jour, avaient une mitsva d’une périodicité hebdomadaire seulement, parce que la route à faire les affaiblissait. Aux âniers, qui convoyaient des céréales dont ils chargeaient leurs ânes, des villages vers les marchés, s’appliquait une périodicité hebdomadaire, puisqu’ils avaient l’usage de rester hors de chez eux six jours durant. Les chameliers, qui faisaient de longs voyages pour transporter de la marchandise, avaient une obligation mensuelle, puisqu’ils avaient l’habitude de rentrer chez eux une fois par mois. Aux marins, qui prenaient la mer pour six mois, la mitsva s’appliquait une fois tous les six mois (Ketoubot 62a-b, Choul’han ‘Aroukh, Even Ha’ézer 76, 5). Les disciples des sages, qui se fatiguent à étudier, doivent accomplir la mitsva les nuits de Chabbat, les nuits de Yom tov (fêtes) et les nuits de Roch ‘hodech (néoménie) (Choul’han ‘Aroukh ibid., Maguen Avraham, Ora’h ‘Haïm 240, 3). Mais de grands A’haronim estiment qu’il est plus juste que les disciples des sages accomplissent, eux aussi, la mitsvat ‘ona deux fois par semaine (Me’il Tsedaqa 51, Pisqé Techouvot, Even Ha’ezer 76, 3, Béour Halakha 240, 1).

Un tayal qui a épousé une femme ne peut se transformer en « ouvrier » sans le consentement de ladite femme ; cela, même si l’activité d’ouvrier assure au couple une meilleure situation financière. En effet, c’est en considération du fait qu’il était tayal que la femme est devenue son épouse, de sorte qu’il ne peut diminuer la fréquence de son devoir conjugal sans qu’elle y consente. De même, si une femme a épousé un ouvrier, dont le devoir conjugal est bihebdomadaire, cet ouvrier n’est pas autorisé à devenir un ânier, dont le devoir est seulement hebdomadaire, sans le consentement de la femme. Dans le même sens, un ânier qui voudrait devenir chamelier, ou un chamelier qui voudrait être marin, doivent en demander l’autorisation à leur femme. Toutefois, si un tayal aspire à devenir un disciple des sages, sa femme ne saurait protester, en raison de la grande mitsva que constitue l’étude de la Torah, bien que ce changement ait pour effet de diminuer la fréquence des relations conjugales (Ketoubot 62b, Choul’han ‘Aroukh, Even Ha’ezer 76, 5, Beit Chemouel 8).

Les conditions de vie ont beaucoup changé en quelques siècles : d’un côté, la majorité des hommes travaillent moins d’heures qu’autrefois, et leurs travaux sont moins fatigants d’un point de vue physique ; de ce point de vue, ils ressemblent davantage aux tayalim. Même ceux qui travaillent hors de la ville où ils résident, dès lors qu’ils voyagent en voiture, et tant que le voyage n’est pas très fatigant, ont même statut que les ouvriers travaillant dans leur ville – et, peut-être, même statut que les tayalim. D’un autre côté, la vie est devenue plus tendue, en raison de la concurrence sur le marché du travail, de l’intérêt grandissant pour les comptes rendus des journaux, des chaînes d’information, et des moyens de communication interpersonnels. En conséquence de cela, le nombre d’heures de sommeil est moindre, et, par suite, le désir naturel d’accomplir la mitsvat ‘ona a diminué.

Aussi, il semble que la mitsvat ‘ona de la majorité des hommes ait une périodicité de deux fois par semaine, étant précisé que, parfois, les relations conjugales de couples jeunes seront plus fréquentes. Les exceptions sont les hommes dont le travail est particulièrement harassant, d’un point de vue physique ou psychique, et dont l’obligation se limite donc à une fois par semaine ; à l’inverse, ceux dont le travail est particulièrement facile ont une obligation supérieure à deux fois par semaine, voire une obligation quotidienne, conformément au statut des tayalim.


[5]. Bien que la mitsva des tayalim ait une périodicité quotidienne, le tayal [singulier de tayalim] peut, s’il souhaite suivre une voie de piété et d’abstinence, demander à son épouse de réduire cette fréquence à quatre ou cinq fois par semaine. Si elle en est d’accord, il agira ainsi. Il n’y a pas là d’atteinte portée à la mitsva, car, selon le Raavad, les sages appliquent aux tayalim l’adage talmudique « la main gauche repousse et la main droite rapproche » (Sanhédrin 107b). Ses propos sont rapportés, dans sa codification de la halakha, par le Tour (Ora’h ‘Haïm 240, Even Ha’ezer 25), et c’est aussi en ce sens que se prononce le Me’il Tsedaqa 43. Mais il ne convient pas qu’un ouvrier, dont la périodicité est de deux fois par semaine, réduise cette fréquence, même si sa femme en est d’accord. La Guémara Ketoubot 62a dit encore que, selon Rava, les étudiants de yéchiva qui habitent près de leur lieu d’étude sont, eux aussi, considérés comme tayalim, dont la mitsva est quotidienne. Mais Abayé repousse cette opinion, car les étudiants de yéchiva doivent étudier avec assiduité et effort, de sorte que leur statut n’est pas semblable à celui des tayalim. Quoi qu’il en soit, si l’on n’étudie qu’une portion de la journée, sans grand effort, le statut de l’étudiant est assimilé à celui des tayalim (cf. Igrot Moché, Even Ha’ezer III 28).

08. La mitsva régulière, et ce qui s’y ajoute

En plus de l’obligation régulière qu’implique le devoir conjugal, qui est, pour la majorité des hommes, de deux fois par semaine, c’est une mitsva pour tout homme de rendre visite à sa femme quand elle le désire, à condition qu’il en ait la force, c’est-à-dire qu’il soit en mesure d’accomplir l’union charnelle.

En effet, la mitsvat ‘ona, telle que la Torah la conçoit, présente deux aspects : les unions régulières, chaque homme selon ce que sa santé et la fatigue engendrée par son travail lui permettent ; ces unions régulières sont l’expression du lien et du désir qui portent les époux l’un vers l’autre, et la réponse fixe apportée à ce lien et à ce désir. C’est précisément la régularité qui permet de satisfaire cela, car la régularité reflète la stabilité du lien d’amour reliant l’homme et la femme. Et c’est d’après la fixité des moments d’union, qui la caractérise, que cette mitsva est appelée ‘ona, période, ainsi qu’il est dit : « De son droit conjugal (‘onatah, litt. de sa période), il ne retranchera rien » (Ex 21, 10). En sus de cela, il y a le deuxième volet de la mitsva : lorsque s’éveille le désir du côté de la femme, c’est une mitsva toranique incombant à l’homme que de répondre à ce désir, et d’accomplir avec elle l’union, dans une grande joie. De même, c’est une mitsva et une obligation pour la femme que de répondre aux attentes de son mari, si celui-ci demande à s’unir à elle plus fréquemment que ne l’impose la périodicité prescrite[6].

Une fois que nous avons abordé la question du second aspect, volontaire, de la mitsva, il semble qu’il y ait lieu de s’interroger sur le premier : pourquoi la Torah a-t-elle éprouvé le besoin de fixer aux époux des temps réguliers, pour exprimer leur amour ? Pourquoi ne leur laisse-t-elle pas le soin de décider, d’après leur volonté, de la régularité de la mitsva ? Il est en effet admis, halakhiquement, quant au second aspect de la mitsva, que si l’un des époux le souhaite, c’est une mitsva et une obligation pour l’autre que de répondre à son attente, même si cela doit être quotidien. À l’inverse, si, durant plusieurs semaines, aucun des époux ne prend l’initiative de relations intimes, pourquoi faut-il leur donner pour directive d’en avoir suivant des temps fixes ?

Trois réponses sont apportées à cette question : la première consiste à dire que, les années passant, les tracas de l’existence risquent de s’accroître ; et, les relations conjugales n’étant plus si neuves ni si particulières qu’au début du mariage, les époux risquent de les repousser : un jour à cause de la fatigue, l’autre en raison d’un événement importun, un jour pour des maux de tête, un autre jour pour quelque indisposition gastrique. Quoique, à chaque fois, les deux époux soient d’accord pour annuler la mitsva, le lien d’amour entre eux se relâche, en pratique. Et en son for intérieur, chacun s’attriste à l’idée que son conjoint ne désire plus ardemment accomplir la mitsva ; simplement, dans la mesure où l’autre ne prend pas l’initiative de l’union, on n’y trouve pas tellement d’intérêt soi-même ; la vexation et l’éloignement s’accroissent donc. C’est pourquoi la mitsva vient enseigner qu’il revient aux époux d’accomplir des unions fixées, de manière ordonnée. Et ce n’est qu’en de rares occurrences, lorsque les époux sont particulièrement tendus, qu’ils peuvent, d’un commun accord, annuler l’accomplissement de la mitsva.

La deuxième raison est la suivante : si la mitsva dépendait de l’expression d’une volonté particulière, de la part d’un des deux membres du couple, il serait à craindre que celui qui est généralement le plus intéressé à cet égard ne soit gêné de le demander encore et encore. En revanche, quand on sait que c’est une mitsva que d’accomplir l’union deux fois par semaine, ladite mitsva s’exécute de manière régulière et ordonnée, de sorte que la nécessité de faire allusion à un désir supplémentaire se limite aux cas où la passion grandit.

La troisième raison est, comme nous l’avons vu ci-dessus (§ 3-4), que la mitsva doit s’accomplir en y mettant sa pleine attention, comme un repas finement préparé ; or nos sages ont estimé combien de fois dans la semaine l’homme pourrait faire son devoir conjugal de manière accomplie ; dès lors, telle est la mitsva conçue par la Torah. Mais si l’homme était à cet égard plus assidu, il serait à craindre qu’il accomplisse l’union de manière superficielle, afin de satisfaire son seul penchant, sans chercher à réjouir convenablement son épouse. Alors, la joie particulière à cette mitsva s’éteindrait peu à peu. Aussi les sages donnent-ils une estimation de la périodicité convenant à la mitsva, car telle est la façon par laquelle on peut l’accomplir convenablement. Toutefois, il s’agit là d’une directive générale ; lorsque la femme aspire à davantage de relations, c’est une mitsva pour l’homme que de répondre à ses attentes, si ses forces le lui permettent. De même, quand l’homme aspire à davantage, et sent qu’il peut réjouir son épouse comme il convient, cela ressortit à la mitsva[7].


[6]. La Michna (Ketoubot 61b) parle de ‘ona ha-amoura ba-Torah (« régularité prescrite par la Torah »). Cela nous indique que la périodicité définie par nos sages est le cadre dans lequel s’accomplit la mitsva toranique ; c’est précisément pour cela que cette mitsva est appelée ‘ona (période), ce qui signifie qu’elle se pratique suivant des temps réguliers (Pné Yehochoua sur Ketoubot ad loc.). À cet enseignement s’ajoute celui de Pessa’him 72b : « Rava a dit : “L’homme a l’obligation de réjouir son épouse par le biais de la mitsva.” » Rachi commente : « Même en dehors de la périodicité prescrite, s’il voit qu’elle le désire. » Le Choul’han ‘Aroukh (Ora’h ‘Haïm 240, 1) tranche dans le même sens. Certains décisionnaires, parmi les A’haronim, estiment que, bien que les deux aspects de la mitsva soient de rang toranique, le second est plus important encore, car l’essence de la mitsva est de répondre à la passion de la femme. C’est ce qu’écrivent le ‘Hida, ‘Hokhmat Adam 128, 19, Igrot Moché, Even Ha’ezer III 28. Toutefois, quand l’homme n’en a pas la force, c’est-à-dire quand il ne peut parvenir à l’érection, il est considéré comme contraint, et donc quitte de l’accomplissement de l’union.

De même, quand l’homme souhaite s’unir à son épouse davantage que ne le lui impose la périodicité prescrite, c’est une obligation pour sa femme que d’accéder à son désir. Et puisque cela n’exige d’elle aucune condition physique qui serait le pendant féminin de l’érection, il lui est interdit, sauf motif impérieux, de refuser (cf. ci-après, début de la note 12). Toutefois, dans les deux cas, et bien que celui qui refuse transgresse un interdit toranique, cela n’est pas une cause de divorce au titre de mored ou moredet (fait pour l’un des époux de « se révolter » contre le devoir conjugal), puisqu’il est ici question des relations venant en plus de celles qui sont périodiquement fixées. Par contre, quand un des époux s’abstient d’accomplir l’une des unions fixées, pour un motif de santé, ou, s’agissant de l’homme, à cause de son travail, cette abstention est assimilée au cas de révolte, et l’époux abstinent perd les droits que lui confère la Ketouba (Responsa du Rachba I 693, Tachbets II 259, Ma’hané ‘Haïm II 41 cité par Otsar Haposqim 77, 1 ; cf. Maïmonide, Ichout 15, 18, Béer Heitev, Even Ha’ezer 77, 7, Méchiv Davar IV 35, Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm IV 75).

Bien entendu, il est interdit à l’homme – s’agissant même des unions régulières – de prendre son épouse de force, alors qu’elle se refuse à lui. La possibilité qui est ouverte au mari est de demander le divorce. En un tel cas, la femme perd le bénéfice de sa ketouba.

[7]. Les hommes diffèrent les uns des autres dans leur nature : certains, naturellement, ont besoin de relations plus fréquentes que ce qu’ont fixé les sages pour le cas moyen, en raison des forces généralement observées chez les hommes, et de la fatigue engendrée par leur travail.

Dans certains cas, la femme ne peut arriver au sommet de son plaisir plus de deux fois par semaine – car, pour cela, elle devrait dormir davantage et être calme. En pareil cas, les époux auront soin d’avoir, deux fois par semaine, des relations propres à faire parvenir la femme au sommet de son plaisir, tandis que, les autres soirs où l’homme est intéressé par cela, ils auront des relations propres à donner du plaisir à la femme, mais sans nécessairement tenter de faire parvenir celle-ci à ce sommet.

Cf. ci-après, chap. 3 § 3, ainsi que chap. 3 § 5, où un quatrième motif est cité, au nom du Raavad : les relations périodiques visent à empêcher l’homme d’entretenir des pensées fautives. Bien que ce motif n’ait pas l’importance des trois premiers, une union commandée par une telle préoccupation participerait, elle aussi, de la mitsva. (Au chap. 3 § 7, note 4, nous expliquerons à quels moments il est bon de s’abstenir de donner expression à son désir charnel, et à quels moments il est interdit de s’en abstenir).

Comme nous l’avons vu à la note précédente, ce n’est que lorsque la femme peut alléguer d’un motif impérieux qu’il lui est permis de refuser l’union. La grossesse, l’allaitement et les simples indispositions diverses ne constituent pas un motif impérieux (cf. ci-après, note 12).

09. Nuit du miqvé, et cas de l’homme partant en voyage

C’est une mitsva incombant à l’homme que de s’unir à son épouse la nuit où elle s’est immergée au bain rituel (miqvé) (Choul’han ‘Aroukh, Even Ha’ezer 76, 4). S’il est négligent à cet égard, il annule par-là l’accomplissement d’une mitsva toranique, et enfreint le grave interdit de léser son épouse. C’est en effet l’une des choses les plus blessantes qui soient, pour une femme, que d’aller au miqvé et de se purifier, pour constater ensuite que son mari ne désire pas s’unir à elle. Cette union est considérée comme l’une des unions régulières, de telle sorte que, si les époux se doivent deux unions hebdomadaires, celle-ci est la première.

Si l’homme a l’intention de quitter son domicile pour effectuer un voyage, c’est une mitsva que de s’unir à sa femme durant la nuit qui précède son départ (Choul’han ‘Aroukh, Even Ha’ezer 76, 4). Comme le disent nos sages : « L’homme doit visiter sa femme quand il part en voyage » (Yevamot 62b). En effet, à ce moment, le désir d’union s’accroît, comme le laisse entendre le verset de Job (5, 24) : « Tu sauras que la paix règne dans tes tentes, tu visiteras ton palais et tu ne pécheras pas. » Nous voyons par-là que, en accomplissant la mitsva avant que de partir en voyage, le mari prend congé de sa femme avec amour, dans la joie et la paix. Grâce à cela, il ne péchera pas, durant son absence, par la pensée ou par un acte d’infidélité. Toutefois, quand le voyage est prévu pour les besoins d’une mitsva, et que l’accomplissement de l’union risque d’empêcher la réalisation de cette mitsva, il n’est pas obligatoire de s’unir (Rachi, Nimouqé Yossef)[8].

En quel cas de voyage la mitsvat ‘ona s’applique-t-elle ? Quand le voyage entraîne un sentiment de séparation et de nostalgie, chacun selon sa personnalité. Quoi qu’il en soit, on ne parle là que de voyage d’au moins une nuitée hors de chez soi. De même, il est clair que, si le voyage se poursuit de façon qu’une union conjugale soit annulée, même s’il n’y a pas de sentiment particulier de nostalgie, c’est une mitsva que d’avoir des relations conjugales la nuit précédant le départ.

La règle est la même s’agissant d’une femme qui doit s’absenter de son domicile : si son voyage entraîne un sentiment de nostalgie, ou l’annulation d’une des unions, c’est une mitsva que d’avoir des relations intimes la nuit précédant le départ.

Lorsque le voyage doit avoir lieu le jour précédant la nuit du miqvé, c’est une mitsva que de repousser le voyage après le miqvé et l’accomplissement de la mitsvat ‘ona (Rama, Yoré Dé’a 184, 10).

Selon certains, au retour d’un tel voyage également, la mitsvat ‘ona s’applique (Zohar sur Gn 50a, Rachba, Béer Heitev sur Ora’h ‘Haïm 240, 19). Et lorsque s’éveille le désir d’union chez l’un des membres du couple, tous les auteurs s’accordent à dire que la mitsvat ‘ona s’impose. C’est bien ce qui convient aux époux, après le voyage de l’un d’eux, que d’éprouver le désir de s’unir, et d’accomplir la mitsva dans la joie.


[8]. Yevamot 62b : « Rabbi Yehochoua ben Lévi a dit : “L’homme a l’obligation de visiter son épouse au moment où il part en voyage, comme il est dit : Tu sauras que la paix règne dans tes tentes… Est-ce de ce verset que cet enseignement est appris ? C’est de cet autre qu’il est appris : C’est vers ton époux que t’attirera ta passion  (Gn 3, 16) ! Cela nous enseigne que la femme désire vivement son époux quand celui-ci s’apprête à partir en voyage.” Rav Yossef a dit : “Cela [cette recommandation de s’unir à l’approche d’un voyage] n’est nécessaire qu’à l’approche des règles” [bien que l’on évite généralement l’union à l’approche des règles, afin de ne pas hâter celles-ci, cette précaution n’a pas cours quand le mari est sur le point de partir en voyage ; mais quand la femme ne se trouve pas à l’approche de ses règles, la nécessité d’union est si évidente qu’il n’est pas besoin de l’enseigner]. Combien ? [qu’appelle-t-on “l’approche des règles” ?] Rava a dit : “Une période” [un jour ou une nuit avant le moment prévu des règles]. Ces propos [d’après lesquels l’homme doit s’unir à sa femme avant de partir en voyage] visent le cas où l’homme voyage pour une raison facultative ; mais quand il part pour accomplir une mitsva, [l’union charnelle] les distrairait [de la mitsva pour laquelle est prévu le voyage]. »

De nombreux auteurs pensent que, puisqu’il s’agit d’une mitsva de la Torah, même une union accomplie à l’approche des règles – cas dans lequel on devrait s’abstenir – participerait de ladite mitsva, tant que la femme n’a pas encore vu de sang (Rachi, Raavad, Rachba, Rabbénou Yerou’ham, Raavan, Choul’han ‘Aroukh, Yoré Dé’a 184, 10). D’autres disposent d’une version alternative de la Guémara : au lieu de « cela n’est nécessaire qu’à l’approche des règles », leur version porte : « cela n’est nécessaire que lorsque sa femme est nida [isolée par son écoulement] », ce qui signifie que, en un tel cas, l’homme devra prendre congé de sa femme par des paroles d’affection et d’amour (Rabbénou Tam, Rabbi Zera’hia Halévi, Roch, Or Zaroua’, Séfer Mitsvot Qatan). Puisque, de leur point de vue, il n’est pas obligatoire de s’unir à l’approche du voyage, il n’y a pas lieu d’autoriser cela à l’approche des règles. Mais en dehors de la période d’interdiction, lorsque la femme ou l’homme en éprouve le désir, il est certain que, de leur propre avis, cela est obligatoire. Tel est le cas, habituellement, comme le rapporte la Guémara : la femme désire son mari quand celui-ci est sur le point de partir en voyage.

10. Nuit de Chabbat

Nos maîtres disent que la voie des disciples des sages (talmidé ‘hakhamim) consiste à accomplir la mitsva de l’union les nuits de Chabbat ; et qu’à eux s’applique le verset des psaumes (1, 3) : « … qui donne son fruit en son temps » (Ketoubot 62b). De plus, les décisionnaires écrivent que c’est une mitsva, pour les disciples des sages, que d’accomplir l’union charnelle la nuit de Yom tov et la nuit de Roch ‘hodech (Maguen Avraham sur Ora’h ‘Haïm 240, 3). Il y a à cela plusieurs raisons. Premièrement, par le biais de la mitsvat ‘ona, on accomplit également celle du ‘oneg Chabbat (se délecter du Chabbat) ; de même, il convient de se réjouir davantage le Yom tov et le Roch ‘hodech qu’un jour ordinaire. De plus, il est approprié d’accomplir la mitsvat ‘ona les jours sanctifiés : nous voyons ainsi que, après le don de la Torah, et après l’inauguration du sanctuaire, les Hébreux accomplirent la mitsvat ‘ona (comme l’indique la lecture midrachique rapportée ci-dessus, chap. 1 § 6). Par ailleurs, ces jours-là, les disciples des sages étudient moins ; aussi peuvent-ils être davantage disponibles pour accomplir la mitsvat ‘ona de manière parfaite.

Ce n’est pas seulement aux disciples des sages qu’il est prescrit d’accomplir l’union, le Chabbat : tout homme en a la mitsva, au titre du ‘oneg Chabbat, comme l’écrit le Choul’han ‘Aroukh (Ora’h ‘Haïm 280, 1) : « Les rapports conjugaux font partie des délices sabbatiques. »

Cependant, il arrive qu’il ne soit pas aisé d’avoir une relation intime la nuit de Chabbat, car certaines personnes sont alors fatiguées du travail de la semaine, ou des préparatifs de Chabbat ; et tant que les époux sont fatigués, il leur est difficile d’accomplir la mitsva avec la perfection souhaitable. Or, l’essence de la mitsva toranique est que l’union s’accomplisse dans la joie ; par conséquent, si l’un des époux est fatigué la nuit de Chabbat, et qu’il lui soit alors difficile de se réjouir pleinement, il est préférable qu’ils reportent l’union à l’issue de Chabbat, ou un autre jour, quand ils ne seront pas fatigués. Et bien que, selon le Zohar lui-même, il y ait une élévation particulière d’en le fait d’accomplir la mitsva le Chabbat, il est préférable de l’accomplir à l’issue de Chabbat dans le cas où elle s’accomplirait moins joyeusement le Chabbat même ; en effet, l’essentiel de la mitsva tient dans le fait qu’elle s’accomplisse dans la joie[9].


[9]. Il est bon de se laver après les relations conjugales, en raison du décret d’Ezra (cf. ci-après, chap. 3 § 9) ; cf. Pniné Halakha, Les Lois du Chabbat, 14 § 8, ce qui concerne les règles de la toilette sabbatique.

Quand l’un des deux époux est fatigué la nuit de Chabbat, on peut reporter l’union conjugale dans la journée de Chabbat, en faisant de l’obscurité dans la chambre, comme nous le verrons au § 15. Selon le Zohar (III 81b, Tiqouné Zohar 21, p. 57a), il y a une valeur spirituelle particulière dans le fait d’accomplir la mitsva précisément la nuit de Chabbat. Certains, se fondant sur la Kabbale, sont rigoureux, et s’abstiennent de relations conjugales les jours de semaine ; en particulier de relations durant lesquelles la conception est possible, car la nuit de Chabbat est un moment qui convient pour s’accoupler et faire descendre en ce monde des âmes saintes. Tel est l’usage de ceux qui suivent les voies de la sainteté et de l’abstinence (cf. ci-après, chap. 3 § 12, et Har’havot sur le présent paragraphe). Certes, il est clair que, d’après leurs conceptions elles-mêmes, lorsque cette abstinence risque d’entraîner des pensées libidineuses, il est préférable d’avoir des relations conjugales dans la semaine, afin de ne pas s’y exposer (Kaf Ha’haïm 240, 2 et 8). Quoi qu’il en soit, en pratique, le fondement de la mitsvat ‘ona, tel que la Torah la prévoit, est que l’union s’accomplisse dans la joie ; or les conduites de piété fondées sur la Kabbale ne sauraient infirmer le fondement de la mitsva. Nous l’avons vu (§ 7), la périodicité communément recommandée veut que les disciples des sages eux-mêmes aient des relations conjugales deux fois par semaine (cf. ci-après, chap. 3 § 13-14).

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