12. Aliments consommés avant le repas

Si l’on souhaite faire un repas accompagné de pain, on ne mangera ni ne boira auparavant : on se lavera les mains, on récitera la bénédiction Hamotsi, et l’on mangera ensuite ce que l’on voudra. Car si l’on mangeait ou buvait avant le repas, cela donnerait souvent lieu à une bénédiction non nécessaire (berakha ché-ein tsrikha). En effet, si l’on peut inclure dans la bénédiction Hamotsi ce que l’on désire manger, on se sera mis, par le fait d’avoir commencé à manger avant cela, dans le cas de dire une bénédiction supplémentaire sans nécessité. De plus, après avoir ainsi mangé et bu, on entrera dans un cas de doute quant à la bénédiction finale : il se peut en effet que l’on doive la réciter sur ce que l’on aura mangé avant le repas ; mais d’un autre côté, il est peut-être préférable de ne pas réciter la bénédiction finale, car il se peut que le Birkat hamazon, que l’on récitera après le repas, couvre également les aliments consommés avant ce dernier.

Si l’on est contraint d’attendre un peu avant le repas, et que, entre-temps, on veuille manger ou boire quelque chose, on devra, afin d’échapper au doute, marquer une interruption d’une demi-heure, ou au moins d’environ un quart d’heure, entre l’achèvement de la présente consommation et le début du repas. De cette manière, suivant tous les avis, on devra dire la bénédiction finale sur ce que l’on aura mangé ou bu avant le repas principal. Autre possibilité : après avoir mangé ce que l’on voulait avant le repas principal, on dira la bénédiction finale, puis on sortira de la maison pour une très brève promenade, afin de créer une interruption entre la collation précédente et le repas proprement dit. C’est la conduite à adopter lors des mariages où un buffet est servi avant la cérémonie du dais nuptial (‘houpa) : on dira sur le buffet les bénédictions d’usage, introductives et conclusives, puis la ‘houpa constituera une interruption entre le buffet et le repas festif. De même, lors d’une circoncision (berit-mila) : il arrive que l’on commence par manger des gâteaux et prendre des boissons légères, puis que l’on souhaite commencer le repas proprement dit. En ce cas, il est juste de marquer une interruption entre le buffet et le repas ; et s’il est impossible d’attendre environ un quart d’heure entre les deux, il sera bon de sortir pour une très brève promenade.

Si l’on a déjà commencé à manger et à boire, et que l’on doive débuter immédiatement le repas principal, mais que l’on ne puisse sortir pour une très brève promenade ni attendre un quart d’heure, on devra connaître tous les détails des lois exposées dans la note ci-dessous[24].


[24]. 1) Si l’on a mangé, avant le repas principal, de la viande, des pommes de terre, ou quelque autre aliment que l’on a l’habitude de consommer pendant le repas afin de se rassasier, et qui est inclus dans la bénédiction Hamotsi : puisque l’on a décidé de les manger avant le repas, on aura fait de leur consommation une collation distincte ; on devra donc réciter la bénédiction finale sur cela. Si l’on a oublié de dire cette bénédiction finale avant de commencer le repas proprement dit, on sera encore tenu de rattraper cette bénédiction. Si l’on a déjà récité le Birkat hamazon, l’occasion de dire la bénédiction finale est perdue – ce, afin d’échapper à une situation douteuse. 

2) Si l’on a mangé des fruits et des légumes avant le repas, et que l’on ait l’intention de continuer d’en manger pendant le repas, on ne dira pas sur eux de bénédiction finale. Si l’on n’a pas l’intention d’en manger pendant le repas, la règle qui s’applique est semblable au 1).

 

3) Pour des spécialités destinées à ouvrir l’appétit (tels qu’un vin apéritif ou une boisson forte), on s’abstiendra, en raison du doute, de dire la bénédiction finale.

 

4) Pour de l’eau, on dira la bénédiction finale ; si l’on a oublié de la dire avant le repas, et que l’on ait l’intention de boire de l’eau pendant le repas, on ne dira pas sur l’eau de bénédiction finale ; et si l’on n’a pas l’intention d’en boire pendant le repas, on devra, même après le Birkat hamazon, rattraper la bénédiction finale sur l’eau.

 

5) Pour des pâtisseries mézonot sur lesquelles pèse un doute quant au fait de savoir si elles appartiennent à la catégorie de pat habaa békhissanim (cf. ci-dessus, note 9), on s’abstiendra, en raison du doute, de dire la bénédiction finale.

 

6) Pour des mets mézonot bouillis, par exemple des langues d’oiseau, ou pour des pâtisseries mézonot qui, de l’avis de tous, appartiennent à la catégorie de pat habaa békhissanim, on dira la bénédiction finale ; mais si l’on a déjà commencé le repas, on ne la dira pas.

 

Nous donnions ci-dessus un conseil consistant – dans le cas où l’on a mangé ou bu avant le repas, où l’on est obligé de commencer celui-ci et où il est douteux de devoir dire la bénédiction finale – à sortir pour une très brève promenade : de cette façon, on pourra dire avant cela la bénédiction finale. S’agissant des aliments dont la bénédiction finale ne doit pas obligatoirement être dite à l’endroit même où ils ont été consommés, sortir de la maison constitue une interruption ; cf. ci-après, chap. 4 § 13 ; chap. 9 § 7. Quant aux aliments qui requièrent une bénédiction finale au lieu même de leur consommation, s’il est vrai qu’il a été décidé, en pratique, que sortir ne constituait pas une interruption, il reste que, pour Maïmonide et ceux qui partagent son avis, une telle sortie est considérée comme une interruption (cf. ci-dessus, note 13). De plus, le Rachba et ceux qui partagent son avis estiment que, pour les aliments mézonot eux-mêmes, il n’est pas obligatoire de dire la bénédiction finale à l’endroit où ils ont été consommés. Et, s’agissant des fruits appartenant aux sept espèces par lesquelles il est fait l’éloge de la terre d’Israël, d’autres Richonim pensent qu’il n’est pas nécessaire que la bénédiction finale soit dite au lieu même de leur consommation (cf. ci-après, chap. 4 § 13 ; Choul‘han ‘Aroukh 178, 5). Aussi peut-on associer à cela ceux des décisionnaires qui estiment que le changement de lieu constitue une interruption (comme l’écrit le Qéren lé-David, Ora‘h ‘Haïm 59). En outre, pour ceux-là même qui estiment que, s’agissant des mézonot et des sept espèces, sortir ne constitue pas une interruption, notre cas est différent : il est en effet question ici de deux consommations distinctes, de sorte qu’une petite promenade – qui est une façon de « s’occuper d’autre chose » – présente d’avantage les caractéristiques d’une interruption, et oblige davantage à réciter la bénédiction finale sur ce que l’on aura mangé avant cette sortie.

 

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