De nombreux mets sont composés de deux aliments distincts qui, s’ils étaient consommés séparément, feraient chacun l’objet d’une bénédiction spécifique, mais qui, parce qu’ils ont été mélangés, sont devenus un seul et même mets. Quelle bénédiction dire alors ? L’aliment majeur du mélange doit être considéré comme le ‘iqar (principal), et les autres ingrédients lui sont devenus tafel (annexes), et sont donc couverts par la bénédiction du premier. Par exemple, pour du riz auquel ont été mélangés des raisins secs ou du thon, on dira Mézonot, puisque le riz est principal, et l’on exemptera par cela les raisins secs et le thon. De même, si l’on mange une salade de légumes à laquelle on a mêlé quelques rondelles d’olives pour y ajouter du goût, on dira Ha-adama sur la salade, puisque les légumes sont le principal, et l’on exemptera par-là les olives. De même, si l’on a mis des amandes sur du riz pour l’embellir et lui donner du goût, les amandes seront l’accessoire du riz, et la bénédiction Mézonot que l’on prononce sur celui-ci couvrira les amandes.
Quand les deux espèces présentes dans le mélange sont importantes et entièrement mêlées, on va d’après la majorité. Par exemple, pour une pachtida aux légumes et au fromage, mais non additionnée de farine : s’il y a une majorité de légumes, la bénédiction est Ha-adama ; s’il y a une majorité de fromage, la c’est Chéhakol. De même, si l’on a mélangé du riz et des lentilles : si le riz forme la majorité, on dit Mézonot ; si les lentilles sont majoritaires, on dit Ha-adama. Dans le même sens, pour un mélange de yaourt et de morceaux de fruits, si le yaourt est majoritaire, la bénédiction est Chéhakol ; si ce sont les fruits, ce sera Ha‘ets[3].
Cependant, quand les morceaux qui forment le mélange sont reconnaissables, par exemple dans le cas d’une salade de fruits contenant des morceaux de fruits de l’arbre et des morceaux de fruits de la terre[b], il est douteux qu’une bénédiction prononcée sur la majorité couvre la minorité, dès lors que les morceaux sont relativement grands, et que l’on peut reconnaître, pour chacun d’entre eux, de quel fruit il s’agit. Par conséquent, il faut prendre d’abord un morceau de fruit de l’arbre, sur lequel on dira Ha‘ets, puis un morceau de fruit de la terre, sur lequel on dira Ha-adama. Après cela, on continuera de manger ces fruits ensemble[4]
Si l’on ne sait ce qu’est la majorité ou le principal, et que l’on ait par ailleurs à sa disposition deux aliments par lesquels on peut couvrir les deux possibilités, il sera préférable de réciter d’abord les bénédictions desdits aliments. Si l’on ne dispose pas de tels aliments, on séparera les deux espèces constitutives du mélange, si on le peut, puis on récitera séparément la bénédiction de chaque espèce, et l’on en mangera. Quand il n’y a pas d’autre solution, on dira la bénédiction la plus générale, qui, même en cas d’erreur, exemptera a posteriori la seconde espèce. Ainsi, dans le cas où le doute est entre Ha‘ets et Ha-adama, on dira Ha-adama ; et s’il est entre Ha-adama et Chéhakol, on dira Chéhakol.
[b]. Exemples de fruits de la terre que l’on peut trouver dans une salade de fruits : banane, fraises, pastèque, melon.
[4]. Si les morceaux présents dans le mélange sont grands, de sorte que ce qui « tombe » dans notre cuiller consiste souvent en une seule sorte d’aliment, on ne considère pas qu’il y ait, halakhiquement, mélange ; il est donc obligatoire de dire la bénédiction de chaque catégorie d’aliment (‘Aroukh Hachoul‘han 212, 2). Mais si, généralement, ce sont deux types d’aliments qui « tombent » ensemble dans la cuiller, et quoique chacun d’eux soit reconnaissable pour sa part, le Peri Mégadim estime qu’il s’agit d’un mélange et que l’on récite une seule bénédiction, en fonction de la majorité. Selon le ‘Hayé Adam (51, 13) et le Ben Ich ‘Haï (Pin‘has 17), en revanche, ce n’est pas, halakhiquement parlant, un mélange, et il faut réciter la bénédiction de chaque catégorie. Pour échapper au doute, il est juste d’isoler d’abord chaque sorte d’aliment et d’en réciter la bénédiction, comme nous l’avons vu plus haut, § 2.
Quant à la bénédiction finale : en général, la bénédiction de l’un et l’autre des aliments est Boré néfachot. Toutefois, si l’un d’entre eux est un des fruits par lesquels la Torah fait la louange de la terre d’Israël, et que l’on ait mangé un kazaït de chaque catégorie d’aliments, mais de façon telle qu’ils étaient mélangés l’un à l’autre, on ne pourra dire, en raison du doute, que celle des bénédictions qui porte sur l’aliment majoritaire. Si l’on veut échapper au doute, on mangera séparément un kazaït de l’aliment minoritaire ; de cette façon, on pourra réciter, à la fin, les bénédictions Mé‘ein chaloch et Boré néfachot. Cf. prochaine note, et ci-dessus, chap. 10 § 3, note 4.