Chapitre 14 – Les Versets de louange (Pessouqé dezimra)

01 – Pourquoi les disons-nous ?

La prière doit s’agencer selon un certain ordre : il faut commencer par des louanges à Dieu et, seulement après, Lui adresser ses requêtes. Nous apprenons cela de la prière de Moïse notre maître. Celle-ci débutait par des louanges – « Eternel Dieu, Tu as commencé de révéler à Ton serviteur Ta grandeur et la puissance de Ta main ; et quelle est la divinité, aux cieux et sur la terre, qui pourrait égaler Tes œuvres et Ta puissance ? » (Dt 3, 24) – et se poursuivait par une demande : « Laisse-moi, de grâce, passer le Jourdain, que je voie la bonne terre… » (verset 25). En se fondant sur ce passage, Rabbi Simlaï conclut : « Que toujours on expose la louange du Saint béni soit-Il avant de prier » (Berakhot 32a). Certes, la priorité de la louange sur la requête se réalise essentiellement par l’agencement des bénédictions de la ‘Amida : par ses trois premières bénédictions, la ‘Amida commence par des louanges, et se poursuit seulement ensuite par des bénédictions de requête. Toutefois, l’ensemble de l’office doit lui-même être introduit par des louanges. Aussi, nos sages ont-ils institué la lecture des Pessouqé dezimra (littéralement « versets de cantiques »), qui sont des louanges et des hymnes dédiés à Dieu. Nos maîtres ont en outre décidé de faire commencer cette partie par une bénédiction introductive, Baroukh chéamar (« Béni soit Celui par la parole duquel le monde est advenu… »), et de la clore par une bénédiction conclusive, Yichtaba’h (« Que toujours soit loué Ton nom… »).

Il est vrai qu’à l’origine, à l’époque des Tannaïm (maîtres de la Michna), la récitation des Pessouqé dezimra était considérée comme un pieux usage, dont les sages faisaient l’éloge. Cependant, avec le temps, l’usage s’est répandu et est devenu obligatoire, si bien que tout Israël introduit la prière par les Pessouqé dezimra[1].

Par la lecture des Pessouqé dezimra, nous considérons la grandeur du Créateur. Grâce à cela, lorsque nous Lui adressons ensuite notre prière, nous savons devant Qui nous nous tenons. Faute de quoi, il serait à craindre que nous recherchions la satisfaction de nos seuls besoins, à la manière des idolâtres dont tout le propos est la réussite personnelle, dans le cadre de leurs bas intérêts, sans qu’ils se préoccupent le moins du monde de s’attacher à Dieu, béni soit-Il, source de la vie. En revanche, après avoir purifié notre cœur en méditant sur la grandeur de Dieu, nous saurons comment prier ; et même lorsque nous demanderons santé et subsistance, nous le ferons afin de pouvoir nous attacher à la Torah divine, et afin de sanctifier Son nom dans le monde. Par cela, notre prière sera reçue.

C’est à cela que fait allusion le nom Pessouqé dezimra : le mot zimra désigne des chants, des cantiques, mais aussi la taille de la vigne. De même que celui qui taille sa vigne coupe les branches superflues afin de renforcer la pousse des branches destinées à porter de bons fruits, ainsi, par la lecture des Pessouqé dezimra, nous retranchons les pensées erronées et les mauvais sentiments. De cette façon, notre prière s’élève et est agréée. Cette purification à l’approche de la prière réjouit, elle est source de délice. C’est aussi pourquoi ces versets sont appelés Pessouqé dezimra, versets de chants délectables[2].


[1]. Berakhot 4b : « Celui qui dit Téhila lé-David (Louange de David, Ps 145) trois fois par jour est assuré d’avoir part au monde futur ». Chabbat 118b : « Rabbi Yossé a dit : “Que ma part soit avec ceux qui terminent le Hallel (c’est-à-dire, dans ce contexte, la lecture de certains des psaumes intégrés à l’office du matin) chaque jour” ». D’après ces formulations, il apparaît que les sages n’ont pas décrété d’obligation de lire les Pessouqé dezimra: il s’agit d’un pieux usage (minhag ‘hassidout). Cet usage a été adopté par tout Israël, et c’est de cette façon qu’il est devenu obligatoire. Comme le dit Rav Saadia Gaon dans son sidour : « Notre peuple a pris sur lui de lire quelques cantiques, louanges au Saint béni soit-Il encadrées de deux bénédictions. » Maïmonide s’exprime en ces termes : « Les sages font l’éloge de ceux qui lisent chaque jour des cantiques tirés du livre des Psaumes, de Téhila lé-David jusqu’à la fin du livre [Ps 145 à 150]. On a encore l’usage de lire des versets avant et après ces psaumes, et l’on a institué une bénédiction avant ces louanges… ainsi qu’une bénédiction après » (Téphila 7, 12).

Le texte de ces bénédictions est cité pour la première fois dans le Séder, recueil de prières de Rav Amram Gaon. Certains en concluent que ces bénédictions ont été instituées à l’époque des Guéonim (certains pensent même que, juridiquement, Baroukh chéamar et Yichtaba’h sont moins importantes que les autres bénédictions, comme l’explique le Béour Halakha 51, 2 אם). Toutefois, selon le Tolaat Yaaqov au nom d’Or Zaroua’, ce sont les membres de la Grande Assemblée qui ont fixé le texte de Baroukh chéamar, selon les termes d’une lettre tombée du ciel. C’est ce qu’écrivent de nombreux A’haronim, et ce récit est rapporté par le Michna Beroura 51, 1. D’après le Michkenot Yaaqov, ces deux bénédictions ont été rédigées à l’époque des Tannaïm, et il est par conséquent interdit de les omettre. Certains disent que Rabbi Ichmaël en est l’auteur ; et c’est ce qu’écrit le Liqouté Maharia’h (cf. Meqor Hatéphilot, p. 13).

Bien que Rabbi Simlaï, dans Berakhot 32a, apprenne de la prière de Moïse le principe de priorité des louanges sur les requêtes, Rachi, dans son commentaire sur Avoda Zara 7b, explique que ce qui est ici visé est l’introduction de la ‘Amida par trois premières bénédictions de louange. C’est aussi ce qu’écrit Maïmonide (1 § 2 et 4). Par conséquent, l’usage de dire les Pessouqé dezimra ne s’apprend pas de la Torah, et il ne s’agit que d’un pieux usage.

Toutefois, selon le Rif (Berakhot 23a), le Roch (Berakhot 5, 5) et le Tour, les Pessouqé dezimra ont été institués afin de faire débuter l’ensemble de l’office par des louanges. Le Ba’h explique que c’est en se fondant sur l’enseignement de Rabbi Simlaï sur les versets que les sages ont institué des bénédictions sur la lecture des Pessouqé dezimra (Ora’h ‘Haïm 51). En effet, bien qu’ils aient simplement fait l’éloge de ceux qui disent des versets de louange, les sages n’auraient pas institué de bénédictions sur ces versets s’ils n’avaient considéré qu’un tel agencement de la prière s’apprend pleinement de la Torah. Il est peut-être permis de supposer que, tant dans la perspective du Rif que dans celle de Maïmonide, les sages ont institué au début de la prière la lecture quotidienne de Baroukh chéamar, Téhila lé-David et Yichtaba’h, mais que la lecture des autres Alléluias n’était à l’époque qu’un pieux usage. Et c’est peut-être à ce propos que Rabbi Yossé disait : « Que ma part soit parmi ceux qui terminent la lecture du Hallel chaque jour » [c’est-à-dire ceux qui disent l’ensemble des Alléluias et non seulement le minimum institué par les sages]. Voir Bérour Halakha sur Berakhot 32a.

[2]. Voir Ein Aya sur Berakhot 32a, דרש רבי שמלאי. Pour le Séfer Aboudraham, les Pessouqé dezimra sont comme des « avocats de la prière ». Pour Ménorat Hamaor, le nom fait référence à la taille de la vigne. Selon le Tour (Ora’h ‘Haïm 93, d’après la Guémara), on ne se dispose à prier qu’avec une humeur joyeuse ; c’est pourquoi on a pris l’usage de lire des versets de louange, « afin d’aborder la prière empreint de la joie que l’on éprouve quand on accomplit la mitsva de s’adonner à la Torah ».

02 – Quels versets composent les Pessouqé dezimra ?

Les passages essentiels des Pessouqé dezimra sont les six derniers psaumes (Ps 145 à 150). Le plus important est le premier des six, Louange de David (Téhila lé-David), psaume 145. Les sages disent que toute personne qui récite ce psaume trois fois chaque jour est assurée d’avoir part au monde futur, parce que ses louanges sont agencées selon l’ordre alphabétique[a], et parce qu’on y trouve l’important verset Potea’h et yadékha : « Tu ouvres la main et rassasies volontiers tout être vivant » (verset 16 ; Berakhot 4a). On a l’usage de faire précéder ce psaume de deux versets commençant l’un et l’autre par le mot achré (« heureux ») : « Heureux ceux qui sont assis dans Ta Maison, qu’ils Te louent toujours/Heureux le peuple qui connaît un tel sort, heureux le peuple dont l’Eternel est Dieu » (Ps 84, 5 et 144, 15). C’est pourquoi on a l’habitude de surnommer ce psaume Achré.

Après le psaume 145, on dit cinq psaumes qui débutent et s’achèvent par le mot Alléluia (« louez Dieu »), et au sujet desquels Rabbi Yossé a dit : « Que ma part soit avec ceux qui disent le Hallel chaque jour » (Chabbat 118b).

À l’époque des Savoraïm[b] (qui suit celle des Amoraïm, maîtres du Talmud), on a introduit l’usage de réciter Hodou (« Louez Dieu car Il est bon, car Sa grâce est éternelle » : I Ch 16, 8-36), cantique de louange que prononça David lorsqu’il fit revenir l’arche de Dieu, capturée par les Philistins, au sein de la tente du Sanctuaire. Par la suite, à l’époque du Temple, on disait la moitié de ce cantique au moment du sacrifice perpétuel du matin, et l’autre moitié lors du sacrifice perpétuel de l’après-midi (Beit Yossef, Ora’h ‘Haïm 50). Selon la coutume ashkénaze, on lit Hodou après la bénédiction Baroukh chéamar, afin que tous les cantiques de louange et de gloire soient inclus entre les bénédictions des Pessouqé dezimra (Tour, Ora’h ‘Haïm 51). Selon la coutume séfarade et sfard, on lit Hodou avant Baroukh chéamar, car la lecture de cet hymne prolonge celle du paragraphe de l’offrande quotidienne (Echkol, Kolbo).

Les Savoraïm ont encore institué la lecture, avant Achré, d’une suite de versets commençant par les mots Yehi khevod (« L’honneur de l’Eternel durera à jamais »), car ces versets renforcent la foi en Dieu et en la délivrance d’Israël (Sofrim 17, 11). Rabbi Isaac Louria s’étend longuement sur les secrets que contient ce passage (Kaf Ha’haïm 51, 13).

Par la suite, pendant la période des Guéonim[c], on a pris l’usage d’ajouter encore aux Pessouqé dezimra des paragraphes et des versets : les Guéonim ont institué la lecture du psaume Mizmor letoda (Cantique de reconnaissance, Ps 100) car, selon nos maîtres, de mémoire bénie, tous les cantiques sont destinés à disparaître sauf celui-ci (Vayiqra Rabba 9, 7) ; aussi, il convient de le chanter. On ne le dit pas le Chabbat, ni les jours de fête, mais on le remplace par Mizmor chir leyom hachabbat (cantique pour le jour de Chabbat, Ps 92). D’après l’usage ashkénaze, puisque ce psaume était chanté lors de l’oblation du sacrifice de reconnaissance (toda), lequel était accompagné de pains levés, on ne le dit pas la veille de Pessa’h, ni durant les jours intermédiaires de Pessa’h (‘Hol hamoed), ni la veille de Kippour, jours durant lesquels on n’offrait pas de sacrifice de Toda en raison de l’interdit lié au ‘hamets (pâte levée) ou au jeûne. Selon l’usage séfarade, on dit ce psaume durant ces jours, car le propos de cette lecture est essentiellement la louange et la reconnaissance, et non la référence à l’offrande de Toda (Beit Yossef et Rama, 51, 8).

Les Guéonim rapportent que certains ont l’usage de lire Vaïvarekh David (« David bénit l’Eternel », I Ch 29, 10-13 et Ne 9, 6-11) ainsi que le Cantique de la mer Rouge (Chirat hayam) que Moïse et les enfants d’Israël chantèrent à l’Eternel (Ex 15, 1-18). Certes, la partie essentielle des Pessouqé dezimra est constituée de cantiques de David, comme nous le disons dans la bénédiction Baroukh chéamar : « Nous te glorifierons par les chants de David, ton serviteur ». Toutefois, à l’époque des Guéonim, certains ont pris l’usage d’ajouter des versets tirés de la Torah et de Néhémie. À la fin de la période des Richonim[d], tout le monde avait déjà coutume de les dire[3].


[a]. Ce psaume est un acrostiche qui suit l’ordre de l’alphabet. L’ordre alphabétique exprime une idée de louange universelle, embrassant l’ensemble des moyens d’expression (Aboudraham).
[b]. 6ème et 7ème siècles de l’ère civile.
[c]. Jusqu’au11ème siècle de l’ère civile.
[d]. 16ème siècle de l’ère civile.
[3]. Selon les élèves de Rabbénou Yona (sur Berakhot 4b), la lecture des Pessouqé dezimra a été principalement instituée en vue de Téhila lé-David. Le Roch (5, 6) écrit : « Les sages ont institué, à l’occasion de la lecture de ce cantique, celle des cantiques suivants également, jusqu’à la fin du livre des Psaumes ». À quel propos Rabbi Yossé a-t-il dit, dans Chabbat 118b : « Que ma part soit avec ceux qui achèvent la lecture du Hallel (c’est-à-dire de versets de louange) chaque jour » ? Selon le Rif, le Roch et le Tour, il est question des six psaumes, depuis Téhila lé-David jusqu’à la fin du psautier (Ps 145 à 150). Et c’est ce que dit le traité Sofrim 17, 11. Cependant, selon Rachi, il n’est question que des deux psaumes commençant par les mots Alléluia, hallelou (« Rendez gloire à Dieu, rendez gloire… »), c’est-à-dire les psaumes 148 et 150. Ces différents avis sont cités par le Beit Yossef, fin du chap. 50. Aussi, on distingue, par niveau d’importance, entre les deux psaumes commençant par Alléluia, hallelou et les psaumes commençant seulement par Alléluia.

Le traité Sofrim, 17, 11 (dont la rédaction s’est achevée en Palestine au temps des Savoraïm), mentionne la lecture de Yehi khevod, de Hodou Lachem et des six psaumes. Plus tard, à l’époque des Guéonim, on mentionne la lecture de Mizmor letoda et du passage commençant par Vaïvarekh David jusqu’au Cantique de la mer Rouge – comme nous l’enseigne le Tour, Ora’h ‘Haïm 51, selon lequel la lecture de ces passages a été instituée par les Guéonim. De même, les psaumes que l’on ajoute le Chabbat sont mentionnés dans le rituel du Rav Amram Gaon. Certes, en ce qui concerne le Cantique de la mer Rouge, qui ne fait pas partie des cantiques de David, Maïmonide écrit (Téphila 7, 13) que certains ont l’usage de le dire, d’autres non, et que chacun va selon sa coutume. En revanche, selon le Séfer Hamanhig, il ne convient pas d’omettre la louange liée à la première Délivrance (la Délivrance de l’exil d’Egypte). Quant aux quelques versets commençant par Baroukh Hachem lé’olam amen véamen (« Que l’Eternel soit béni pour toujours, amen, amen »), que l’on dit après les Alléluias, ils sont mentionnés pour la première fois par le Roqéa’h (l’un des Richonim du monde ashkénaze). Aboudraham, l’un des Richonim séfarades, explique que ces versets sont ajoutés car ils clôturent les psautiers. Mizmor letoda (Ps 100) est mentionné par Or’hot ‘Haïm, également de l’époque des Richonim. Il y a environ trois cents ans, le psaume 30, Mizmor chir ‘Hanoukat habaït (« Cantique pour l’inauguration du Temple ») a fait son apparition dans le rituel. Auparavant, on le disait seulement à ‘Hanouka ; et au Temple, on le disait pour l’offrande des prémices (Bikourim 3, 4).

03 – Coutumes et intentions liées à la lecture des cantiques

On récite les cantiques tranquillement, et non hâtivement (Choul’han ‘Aroukh 51, 8).

En raison de la valeur particulière de la bénédiction Baroukh chéamar, qui fait allusion à des notions très élevés, on a l’usage de la réciter debout (Michna Beroura 51, 1 ; Kaf Ha’haïm 1). Selon l’usage ashkénaze, on se lève aussi pour la bénédiction Yichtaba’h, qui clôt les Pessouqé dezimra ; selon l’usage séfarade, on ne se lève pas pour cette dernière bénédiction (Rama 51, 7 ; Kaf Ha’haïm 42).

On a également l’usage de se lever pour Vaïvarekh David (« David bénit l’Eternel aux yeux de toute l’assemblée »), jusqu’aux mots Acher ba’harta bé-Avram (« … qui as choisi Avram », Ne 9, 7), en raison de l’honneur dû à la royauté d’Israël, fondée par le Roi David[4].

Comme nous l’avons vu, l’une des deux raisons pour lesquelles il faut dire le psaume 145 (dit Achré) est que l’on y trouve le verset « Tu ouvres la main et rassasies volontiers tout être vivant » (Potea’h et yadékha…, verset 16). Il faut donc prononcer ce verset de façon concentrée (avec kavana). Si l’on a récité ce verset sans concentration, il faut le redire en se concentrant. Même dans le cas où l’on est arrivé à d’autres psaumes ou passages, on doit redire ce verset, car c’est le plus important des Pessouqé dezimra. Selon certains, dans le cas où ce verset essentiel n’aurait pas été dit avec kavana, la lecture de toute la suite du psaume s’en trouverait invalidée ; il faudrait donc, en ce cas, redire toute la fin du psaume depuis ce verset (Michna Beroura 52, 16). Mais d’après la majorité des opinions, il suffit de redire le verset lui-même (Choul’han ‘Aroukh 52, 7)[5].


[4]. Selon l’usage séfarade, avant Baroukh chéamar, on dit deux fois Hachem Mélekh, Hachem malakh (« L’Eternel règne, l’Eternel a régné, l’Eternel règnera à jamais »). Le Chabbat et les jours de fête, on le dit debout. Le Beit Yossef (50) explique pourquoi, au nom du Chibolé Haléqet : « Le Midrach établit que ce sont les anges qui disent ce passage, or ceux-ci se tiennent debout. Mais les jours ouvrables, dans la mesure où l’on est affairé par son travail et où l’on a moins de temps, on n’a pas l’usage de se lever ». De nos jours, on a coutume de dire ce passage debout, même les jours ouvrables.
[5]. Il convient de signaler que, dans son rituel de prière (Séder), Rav Amram Gaon écrit au nom de Rav Netronaï Gaon que l’essentiel est de lire Téhila lé-David (Ps 145) au moins une fois par jour. Selon lui, si le Talmud recommande de le lire trois fois par jour, c’est afin que l’on ne soit pas négligent, ce qui pourrait avoir pour conséquence de ne pas le lire du tout. Aussi, selon lui, ce psaume n’est lu que deux fois le Chabbat. C’est aussi ce qui ressort des propos du Roch (1, 6), qui écrit : « Toute personne qui dit Téhila lé-David chaque jour [et non trois fois par jour] est assurée d’avoir part au monde futur ». Il est vrai que la version que nous possédons du traité Berakhot 4b porte : « Toute personne qui dit Téhila lé-David trois fois par jour est assurée d’avoir part au monde futur ». De même, Maïmonide, dans ses considérations sur le texte de la prière, écrit que l’on dit trois fois ce psaume, même le Chabbat. Cf. Bérour Halakha

En se fondant sur l’avis selon lequel il suffit de dire ce psaume une fois par jour, le Kaf Ha’haïm 51, 33 écrit que, dans le cas où l’on n’aurait pas dit le verset 16 de façon concentrée, on ne le redirait pas à l’intérieur des Pessouqé dezimra, car cela constituerait une interruption ; on devrait dans ce cas se concentrer sur ce verset lors de la deuxième lecture du psaume, après la ‘Amida. Toutefois, d’après la majorité des décisionnaires, il y a lieu de redire ce verset à l’intérieur des Pessouqé dezimra au moment où l’on s’en souvient. En effet, outre qu’il convient de tenir compte de ceux qui pensent que ce psaume doit être dit trois fois, le verset 16 est en lui-même le plus important de tous les Pessouqé dezimra (comme l’écrivent les élèves de Rabbénou Yona 23, 1), aussi faut-il le dire de façon concentrée, précisément entre les bénédictions des Pessouqé dezimra. C’est ce que laisse entendre le Michna Beroura et ce qu’écrivent le Ben Ich ‘Haï (Vayigach 12), Igrot Moché 2, 16 et Yabia’ Omer VI 5, 6. Selon la majorité des décisionnaires, il suffit de reprendre la lecture du seul verset 16. C’est ce qu’écrivent le Choul’han ‘Aroukh 51, 7, le Maguen Avraham, le Birké Yossef 5, le Choul’han ‘Aroukh Harav 8 et le Tsits Eliezer 12, 8. Pour le Michna Beroura, on reprend la lecture du verset 16 jusqu’à la fin du psaume ; il tire  cet enseignement du Levouch et du ‘Hayé Adam.

04 – Les interruptions pendant les Pessouqé dezimra

Puisque Baroukh chéamar est la bénédiction qui précède les Pessouqé dezimra, et que Yichtaba’h est la bénédiction que les suit, il apparaît que toutes ces louanges constituent une unité indivisible. Dès lors, il est interdit de s’interrompre au milieu de leur lecture.

Toutefois, en cas de grande nécessité – par exemple pour éviter une perte financière – il est permis de s’interrompre par des paroles (cf. Michna Beroura 51, 7, selon lequel on doit dire, avant et après l’interruption, la petite série de versets débutant par les mots Baroukh Hachem lé’olam, « Que Dieu soit béni à jamais », que l’on récite avant Vaïvarekh David). De même, pour éviter de faire un affront à autrui, il est permis de dire bonjour (cf. ci-après, chap. 16 § 6 ; la règle de l’interruption entre Yichtaba’h et Barekhou sera expliquée au chap. 16 § 2).

Si l’on a besoin d’aller aux toilettes alors que l’on est au milieu de sa lecture des Pessouqé dezimra, il vaut mieux dire la bénédiction Acher yatsar immédiatement après être sorti des toilettes – bien que certains trouvent préférable de repousser Acher yatsar après la prière afin de ne pas interrompre les versets de louange par d’autres paroles. En effet, si l’on repousse cette bénédiction après la prière, on risque de l’oublier[6].

Si l’on entend, au milieu des Pessouqé dezimra, une bénédiction ou un Qaddich, on ne répondra pas Baroukh Hou ouvaroukh Chémo (« Qu’Il soit béni et que Son nom soit béni », formule qui se dit lorsqu’on entend une bénédiction récitée par autrui, tout de suite après la mention du nom Ado-naï). En revanche, il est permis de répondre amen à la fin de la bénédiction. Et bien qu’il soit permis de répondre amen, ce n’est pas obligatoire. En effet, puisque l’on est occupé à la récitation des Pessouqé dezimra, on est exempté de l’obligation de répondre à d’autres paroles saintes. Celui qui se concentre comme il convient dans sa lecture des Pessouqé dezimra, et qu’une interruption pour répondre amen déconcentrerait, fera mieux de poursuivre sa lecture de façon concentrée, et de ne pas répondre amen. En revanche, si l’on entend l’assemblée réciter la Qédoucha, on se lève, on se tient pieds joints, et l’on se joint aux fidèles, afin de ne point paraître se dissocier de l’assemblée quand celle-ci répond à des paroles saintes. De même, si l’assemblée arrive à Modim derabbanan (passage de la répétition de la ‘Amida qui est récité par les fidèles) ou à Barekhou (bref passage où les fidèles répondent à l’officiant, entre Yichtaba’h et les bénédictions du Chéma), on s’inclinera brièvement et l’on répondra avec l’assemblée. Si le minyan avec lequel on est en train de prier se trouve, lui aussi, aux Pessouqé dezimra, et que l’on entende un autre minyan (dans la pièce d’à côté, par exemple) qui en est à la Qédoucha, à Modim ou à Barekhou, on pourra rester assis et poursuivre sa lecture des Pessouqé dezimra car, dans ce cas, le fait de continuer sa prière normalement ne sera pas interprété comme une marque de séparation d’avec l’assemblée[7].

Quand l’assemblée arrive à la lecture publique de la Torah, on ne doit pas appeler un fidèle qui en est encore à la lecture des Pessouqé dezimra. Ce n’est que si ce fidèle a le statut de Cohen ou de Lévi, et qu’il n’y a pas d’autre Cohen ou d’autre Lévi parmi l’assemblée, qu’il sera appelée à la Torah[e]. Mais dans la mesure où il se trouve au milieu des Pessouqé dezimra, l’appelé ne devra pas s’interrompre davantage et demander à l’administrateur (gabaï) de le bénir par la récitation du texte Mi chébérakh (« Que Celui qui a béni nos ancêtres… bénisse Untel »). Si le gabaï, par erreur, appelle un fidèle autre qu’un Cohen ou un Lévi, et que ce fidèle se trouve au milieu de la lecture des Pessouqé dezimra, celui-ci répondra à l’appel, pour l’honneur dû à la Torah et à l’assemblée (Michna Beroura 51, 10).


[6]. Selon le Michna Beroura, on dira la bénédiction immédiatement, et c’est aussi ce qu’écrit le Aroukh Hachoul’han. Selon le Kaf Ha’haïm 51, 28, on ne dira la bénédiction qu’après Yichtaba’h, et pour Echel Avraham, on attendra la fin de la prière. C’est aussi l’avis du Igrot Moché, qui ajoute cependant que, si on le veut, on peut dire la bénédiction immédiatement. À notre humble avis, puisqu’on peut craindre un oubli, il vaut mieux suivre l’avis selon lequel on dit immédiatement cette bénédiction.
[7]. Le Tsits Eliezer et le Halikhot Chelomo expliquent que toutes les lois des interruptions motivées par la nécessité de répondre à des paroles saintes sont, dans le cas où l’on est occupé à la lecture des Pessouqé dezimra, des règles facultatives. En effet, s’interrompre pour répondre n’est, en soi, pas obligatoire ; aussi, dans le cas où l’interruption est susceptible de nuire à la concentration du fidèle, il vaut mieux que celui-ci ne réponde pas. Mais, pour ces mêmes décisionnaires, il faut avoir soin de ne pas paraître se désolidariser de l’assemblée ; aussi, on se lève pour la Qédoucha, on se lève et l’on s’incline pour Modim, et pour Barekhou on s’incline légèrement. Et puisqu’on s’est déjà interrompu pour se lever et s’incliner, il semble qu’il soit préférable de répondre également avec les autres fidèles. Mais si l’on fait partie d’un minyan autre que celui qui est en train de dire ces paroles saintes, on ne paraît pas se désolidariser de l’assemblée en n’y répondant pas. Par conséquent, dans ce cas, on n’a pas besoin de se lever, et l’on peut continuer de prier normalement (voir plus loin, chap. 16 § 5 note 4 pour ce qui concerne les bénédictions du Chéma).

Puisqu’il n’est pas obligatoire de répondre, il n’est pas tellement nécessaire de s’étendre sur les règles relatives aux interruptions. Nous nous contenterons de mentionner certaines d’entre elles. Selon le Michna Beroura 51, 8 et le Béour Halakha ad loc., on peut s’interrompre pour répondre amen aux bénédictions, même au milieu d’un verset, à condition d’être arrivé, au moment de répondre amen, à une césure logique : fin de phrase ou de proposition. En revanche, pour le Qaddich, la Qédoucha et Modim derabbanan (passages qui se disent collectivement), on répondra, même si l’on n’est pas arrivé à une césure logique. D’après l’usage ashkénaze, il en va de même pour l’amen qui suit les bénédictions Ha E-l haqadoch et Choméa’ téphila dans la répétition de la ‘Amida. Toutefois, de nombreux A’haronim ne mentionnent pas cette distinction entre césure logique et absence de césure logique, et permettent en tout endroit de s’interrompre pour répondre amen. On répond amen au Qaddich jusqu’aux mots Daamiran be’alma vé-imrou amen inclus (« Au-delà de toute bénédiction et cantique… qui se disent dans le monde, et dites amen »), chaque communauté selon son usage. Mais pour les amen qui se rapportent aux parties suivantes du Qaddich, la règle est semblable à celle qui régit la formule Baroukh Hou ouvaroukh Chémo : on ne s’interrompt pas lorsqu’on est en train de lire les Pessouqé dezimra. En ce qui concerne le Modim derabbanan, le Michna Beroura 51, 8 laisse entendre que l’on peut le dire intégralement ; mais selon le Yabia’ Omer 6, 4, on ne dit que les mots Modim ana’hnou lakh (« Nous Te reconnaissons »). Si l’on entend le tonnerre, il est permis de s’interrompre pour dire la bénédiction correspondante, selon le ‘Hayé Adam 20, 3 ; c’est aussi l’opinion de la majorité des décisionnaires, mais certains sont d’un avis différent (Kaf Ha’haïm 51, 23).

[e]. La lecture publique de la Torah est partagée entre trois appelés en semaine, sept le Chabbat. Les appelés peuvent procéder eux-mêmes à la lecture, mais c’est le plus souvent un seul lecteur expérimenté qui lit pour leur compte. Le premier appelé est un Cohen, descendant de la famille sacerdotale, le deuxième un membre de la tribu de Lévi, le suivant, dit Israël, peut être tout membre du peuple juif. Cf. chap. 22.

05 – Quels passages omettre afin d’arriver à réciter la ‘Amida en minyan ?

Si l’on est en retard à l’office et que l’on voit que l’assemblée s’apprête à terminer la lecture des Pessouqé dezimra, il vaut mieux en sauter certains passages afin de pouvoir dire la ‘Amida en minyan, car la valeur de la ‘Amida dite en minyan est supérieure à celle de la lecture des Pessouqé dezimra. En effet, la raison même de la lecture des Pessouqé dezimra est de se préparer à la prière : grâce à cette préparation, la prière sera davantage agréée ; mais si l’on prie en communauté, la prière est certainement reçue et agréée (Berakhot 8a). Par conséquent, celui qui est en retard à l’office fera mieux de sauter la majorité des bénédictions du matin, le rappel des sacrifices et certains paragraphes des Pessouqé dezimra, afin de pouvoir réciter la ‘Amida en même temps que le minyan.

Toutefois, on n’omettra pas Baroukh chéamar, Achré (Ps 145) ni Yichtaba’h, afin de ne pas perdre la possibilité de les dire. En effet, les bénédictions des Pessouqé dezimra ont été précisément instituées pour encadrer les louanges qui précèdent la prière. Aussi, celui qui n’a pas eu le temps de dire ces bénédictions en introduction à la prière n’est pas autorisé à les dire après celle-ci. Or, pour pouvoir dire les bénédictions afférentes aux Pessouqé dezimra, on doit réciter à tout le moins un cantique entre les deux bénédictions. On récitera donc le cantique le plus important : Achré.

Il faut également avoir soin de dire, avant la prière, la bénédiction Elo-haï néchama (« Mon Dieu, l’âme que tu as placée en moi est pure… »)[f], ainsi que les bénédictions de la Torah, car si l’on omet ces textes avant la prière, l’occasion en sera perdue (Michna Beroura 52, 9 et Béour Halakha ad loc.). Il faut aussi, avant la prière, s’envelopper du talith et attacher les téphilines.

Si l’on s’aperçoit que l’on ne peut à la fois dire ces bénédictions ainsi qu’Achré, et parvenir à réciter la ‘Amida avec la communauté[g], on priera seul sans rien omettre.

A priori, on s’efforcera de moduler ses omissions de façon à pouvoir arriver à dire la ‘Amida en communauté, c’est-à-dire au sein d’un groupe de dix personnes récitant ensemble la ‘Amida à voix basse. Mais si l’on voit que l’on ne peut à la fois dire les bénédictions et Achré tout en arrivant à réciter la ‘Amida à voix basse en communauté, on s’efforcera de dire sa ‘Amida au moment de la répétition de l’officiant[h] car, de cette façon, on sera également considéré comme priant en communauté, de l’avis de la majorité des décisionnaires[8].

Si l’on est contraint de sauter des passages des Pessouqé dezimra afin de pouvoir dire la ‘Amida en communauté, il est bon d’en rattraper la lecture après l’office[9].


[f]. Cette bénédiction fait partie des Birkot hacha’har (bénédictions matinales), cf. chap. 9.
[g]. Même en se joignant à la répétition de l’officiant dite à voix haute, comme l’auteur le précise ensuite.
[h]. Par conséquent : a) Si l’on estime ne pas pouvoir lire Baroukh chéamar, Achré et Yichtaba’h et arriver à se joindre à la ‘Amida au moment où la communauté la prononcera à voix basse, mais que l’on estime pouvoir se joindre à l’officiant durant la répétition, on dira en effet ces trois passages. b) Mais si l’on est tellement en retard que l’on estime ne pas pouvoir dire ces trois passages puis réciter sa ‘Amida au moment de la répétition de l’officiant, on priera à son rythme, sans rien omettre des Pessouqé dezimra.
[8]. Résumé de la question : selon les élèves de Rabbénou Yona, le Roch et le Tour, pour pouvoir dire la ‘Amida en minyan, il vaut mieux omettre tous les Pessouqé dezimra et leurs bénédictions. Bien qu’après la prière, il ne soit plus possible de dire Baroukh chéamar et Yichtaba’h, il vaut mieux néanmoins dire la ‘Amida en communauté, comme l’ordonnent les sages. En effet, la prière dite en minyan est certainement agréée, tandis que la récitation des Pessouqé dezimra n’est fondée que sur un bon usage, qu’Israël a pris l’habitude d’observer. Et bien que l’on ait institué des bénédictions sur cette lecture, les Pessouqé dezimra ne constituent pas l’essentiel de la prière, à la différence des bénédictions du Chéma et de la ‘Amida. Cette vision est conforme aux paroles de Rav Saadia Gaon et de Maïmonide, rapportées en note 1. Pour ceux-là même qui pensent que les Pessouqé dezimra s’apprennent de l’exemple tiré de la prière de Moïse – comme le Ba’h l’explique au nom du Rif, du Roch et du Tour (voir note 1) – il n’en résulte pas que les Pessouqé dezimra constituent une pleine obligation. Simplement, tout Israël a pris l’usage de les dire ; et si la coutume possède une force normative, pour autant, le poids de cette coutume ne saurait repousser la prière en minyan. C’est en ce sens que tranchent le Choul’han ‘Aroukh 52, 1, le Rama, le Qitsour Choul’han ‘Aroukh et quatre-vingt-onze autres décisionnaires, comme le rapporte en pratique et le décide le Chaaré Téphila de Rabbi Y. Roqéa’h.

Face à cela, de nombreux kabbalistes, se fondant sur le Zohar, écrivent qu’il faut prendre grand soin de conserver l’ordre des différentes parties de la prière, ordre qui porte en allusion de grands secrets ; et toute personne qui modifierait l’ordre de la prière renverserait les canaux dispensateurs de l’abondance qui se déverse par l’effet de la prière. Aussi, celui qui est en retard ne sautera aucun texte, ni du rappel des sacrifices, ni des versets de louange. Ces propos sont rapportés en pratique par le Kaf Ha’haïm 52, 2, et c’est aussi en ce sens que se prononce  le Yaskil Avdi I Ora’h ‘Haïm 2, 6. (cf. responsa Rav Pealim II Ora’h ‘Haïm 4, qui admet, en cas de nécessité, de sauter une partie des Pessouqé dezimra et du rappel des sacrifices). Toutefois, le ‘Hakham Tsvi explique dans ses responsa (36) que cette sévérité, dans la position du Zohar, consistant à ne pas modifier l’ordre des parties de la prière, concerne celui qui prie seul ; en revanche, quand on peut prier en minyan, il convient de sauter des paragraphes des Pessouqé dezimra afin de pouvoir se joindre à la communauté au moment de la ‘Amida. En effet, même aux yeux de la Kabbale, la prière communautaire est considérée comme la forme la plus parfaite et la mieux agréée de la prière. (C’est en ce sens qu’écrivent le ‘Hida dans le Qécher chel Goudal et le Michna Beroura 52, 1).

Le Michkenot Yaaqov tient une position intermédiaire : pour pouvoir dire la ‘Amida en minyan, il vaut mieux sauter tous les cantiques des Pessouqé dezimra ainsi que les Birkot hacha’har et le rappel des sacrifices, à condition d’être en mesure de dire, à tout le moins, les bénédictions des Pessouqé dezimra : Baroukh chéamar et Yichtaba’h. En effet, si l’on ne les dit pas au début de la prière, l’occasion en sera perdue ; or ce sont des bénédictions importantes, instituées à l’époque des Tannaïm. Et afin de pouvoir les dire, il faut réciter Achré entre elles. C’est aussi l’opinion du Michna Beroura 52, 6, du Béour Halakha 53, 2 (אין), du ‘Hayé Adam 19, 7. Et c’est ce qu’écrit, en pratique, le Rav Mordekhaï Elyahou dans son sidour, p. 76. Cf. ci-dessus, note 1, où l’on voit que l’on peut expliquer en ce sens l’opinion du Rif et du Roch, d’après lesquels les sages ont institué la récitation de ces bénédictions et d’Achré en se fondant sur les paroles de Rabbi Simlaï : « Que toujours on expose la louange du Saint béni soit-Il avant de prier ». (Et bien que le Roch 5, 6 cite en pratique l’opinion des élèves de Rabbénou Yona, c’est peut-être parce qu’il pense que, dans l’ordre des priorités, la prière communautaire est plus importante. Voir Roch ad loc., où il apparaît que les termes du Rav Amram Gaon semblent appuyer l’opinion du Michkenot Yaaqov).

Bien que, d’après de grands Richonim et d’après le Choul’han ‘Aroukh, il soit préférable d’omettre même Baroukh chéamar et Yichtaba’h afin de pouvoir se joindre à la ‘Amida de l’assemblée, nous n’avons pas mentionné cette opinion dans le corps de l’ouvrage, car une autre question peut influer sur celle-ci : peut-on considérer une ‘Amida dite en même temps que l’officiant comme prononcée au sein du minyan ? Pour le Peri Mégadim, ce n’est pas une prière dite en minyan, et c’est ce qui semble ressortir des propos du Rama 109, 2. Face à cela, pour le Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch et de nombreux A’haronim, une telle prière est considérée comme étant dite en minyan (cf. plus haut, chap. 2 § 3 note 2). Aussi, dans le cas même où l’omission de tous les Pessouqé dezimra permettrait de réciter la ‘Amida au sein du minyan priant à voix basse, il n’en demeurerait pas moins indiqué de dire Baroukh chéamar, Yichtaba’h et ceux des cantiques que l’on estime avoir le temps de dire, puis de réciter sa ‘Amida en même temps que la répétition de l’officiant, puisque, d’après la majorité des décisionnaires, cette ‘Amida serait considérée comme dite en minyan. En revanche, dans le cas où il resterait très peu de temps, de telle sorte que, même si l’on voulait dire la ‘Amida avec l’officiant, on serait obliger de sauter l’intégralité des Pessouqé dezimra, y compris leurs bénédictions, il serait alors préférable de ne rien omettre, cela pour deux raisons : 1) Pour le Michkenot Yaaqov et les décisionnaires qui partagent son avis, il ne faut jamais omettre les bénédictions des Pessouqé dezimra. 2) Certains pensent qu’une ‘Amida dite en même temps que la répétition de l’officiant n’est pas considérée comme dite en minyan. Par conséquent, il n’y a pas lieu d’omettre les bénédictions pour une ‘Amida dont le caractère collectif est douteux. Et c’est en ce sens que nous nous sommes prononcé ci-dessus. (Toutefois, le Ye’havé Da’at 5, 5 ne prend pas en compte de tels doutes, et décide que l’on saute l’ensemble des Pessouqé dezimra, même si c’est seulement afin de dire la ‘Amida au moment de la répétition de l’officiant).

Quand on se trouve face à deux possibilités : a) ne rien omettre du rappel des sacrifices et des Pessouqé dezimra mais devoir pour cela dire sa ‘Amida pendant la répétition de l’officiant ; b) dire les Birkot Hacha’har, les versets de l’offrande journalière et de l’encens, Baroukh chéamar, Achré, les autres Alléluias et Yichtaba’h, et être en mesure de dire la ‘Amida à voix basse en même temps que l’assemblée ; il est à notre humble avis préférable de sauter les autres passages et de se joindre à la ‘Amida dite à voix basse par l’assemblée. En effet, une telle prière est, de l’avis de tous, une prière dite en minyan ; quant aux parties précédentes de l’office, on en aura déjà dit les fragments principaux, ceux dont la source est talmudique. Mais dans le cas où dire sa ‘Amida avec le minyan obligerait à omettre davantage de passages, il semblerait préférable de joindre sa ‘Amida à la répétition de l’officiant.

[9]. Le Tour écrit, au nom des élèves de Rabbénou Yona et du Roch, que celui qui aurait sauté tous les Pessouqé dezimra y compris les bénédictions (suivant sa méthode), devrait en rattraper la lecture après l’office, avec les bénédictions. Face à cela, Rav Netronaï Gaon pense qu’on ne les rattrape pas après l’office. Le Beit Yossef explique que, pour Rav Netronaï Gaon, seules les bénédictions qui encadrent les Pessouqé dezimra ne se rattrapent pas, car ces bénédictions ont été instituées comme préparation à la prière ; en revanche, il est bon de compléter les versets eux-mêmes. C’est dans ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh Selon le Ba’h et la Pricha, en revanche, l’intention de Rav Netronaï était de dire que les versets eux-mêmes ne se disaient pas après l’office. Le Aroukh Hachoul’han écrit en pratique que dans un tel cas de doute il vaut mieux s’abstenir. C’est aussi l’avis du Maharits du Yémen que de ne pas dire de Pessouqé dezimra après l’office. Mais selon la majorité des décisionnaires, à l’instar du Choul’han ‘Aroukh, il est bon de rattraper la lecture de ces versets après l’office.

06 – Ordre de priorité en cas d’omission

Nous avons appris, au paragraphe précédent, qu’en tout état de cause il fallait dire avant l’office la bénédiction Elo-haï néchama (« Mon Dieu, l’âme que tu as placée en moi est pure »), les bénédictions de la Torah, revêtir son talith, attacher ses téphilines, puis dire à tout le moins Baroukh chéamar, Achré (Ps 145) et Yichtaba’h, avant de poursuivre par les bénédictions du Chéma. Par conséquent, en cas de retard, si l’on estime être en mesure de dire ces différents passages et d’arriver à la ‘Amida durant la répétition de l’officiant, on omettra tous les autres passages afin de pouvoir prier en minyan. Après l’office, on complètera ce que l’on aura omis. Si l’on a davantage de temps avant la ‘Amida, il faut connaître l’ordre d’importance des bénédictions et des cantiques, afin de savoir quoi dire par priorité. Nous résumerons leur ordre d’importance comme suit.

En premier lieu, on récitera le reste des bénédictions matinales (Birkot hacha’har). Certes, a posteriori, il est possible de les réciter après l’office. Mais quoi qu’il en soit, puisqu’il est pleinement obligatoire de les réciter, et que les sages disent (Berakhot 60b) que le temps prévu pour cela est a priori le moment du réveil, on leur donnera priorité sur tous les cantiques (en dehors de ceux que nous avons mentionnés), et sur le rappel des sacrifices.

Si l’on a davantage de temps, on ajoutera des cantiques suivant leur ordre d’importance. Bien que tous les cantiques et tous les versets soient importants, certains sont, à l’égard de la prière, plus importants que d’autres. Les cantiques prioritaires après Achré sont les deux psaumes commençant par les mots Alléluia, hallelou (« Louez Dieu, louez… »), c’est-à-dire les psaumes 148 et 150 car, d’après Rachi (Chabbat 118b), ils constituent la partie essentielle des Pessouqé dezimra, et Rabbi Yossé fait l’éloge de ceux qui les récitent chaque jour.

Au rang suivant, on trouve le reste des psaumes qui commencent et se terminent par le mot Alléluia car, selon le Rif et le Roch, ce sont eux que le Talmud (Chabbat 118b) appelle Pessouqé dezimra, versets de louange ; et là encore, Rabbi Yossé fait l’éloge de ceux qui les récitent chaque jour. Par conséquent, si l’on a le temps de réciter davantage que les psaumes 145, 148 et 150, on devra réciter continûment cette série de psaumes, depuis Achré/Ps 145 jusqu’au verset final du psaume 150 : Kol hanéchama tehallel Y-ah, Alléluia (« Toute âme louera Dieu, loué soit Dieu »).

Au rang suivant, viennent les versets de l’offrande journalière et les versets de l’encens, car l’usage de les réciter est basé sur une source talmudique (Taanit 27b), selon laquelle celui qui lit les passages se rapportant aux sacrifices, l’écriture le lui impute comme s’il les avait offerts.

Au rang suivant, vient Vaïvarekh David (Michna Beroura 52, 4). Après cela, les avis sont partagés sur l’ordre de préférence, et l’on pourra faire son choix.

Le Chabbat, on donnera priorité à Nichmat (« L’âme de tout vivant bénira Ton nom… ») sur tous les Alléluias, car Nichmat est une extension de la bénédiction Yichtaba’h. Ensuite, les cantiques que l’on dit tous les jours auront priorité sur ceux qui sont ajoutés le Chabbat, car ce qui est permanent a priorité sur ce qui est intermittent[10].

C’est le lieu d’ajouter que, même si l’on est contraint de prier seul et d’abréger sa prière afin de ne pas arriver en retard à son travail, on procédera aux coupes selon les principes que nous avons vus. De même, un enseignant qui s’est réveillé tard et doit arriver à l’heure en classe abrégera sa prière suivant ces mêmes principes (Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm IV 91, 2).


[10]. Avné Yachfé et Halikhot Chelomo mentionnent la priorité des Birkot hacha’har sur les passages de Pessouqé dezimra autres que Baroukh chéamar, Achré et Yichtaba’h. Ajoutons que la bénédiction Al nétilat yadaïm ne peut pas non plus se dire après la prière ; toutefois, il n’était pas nécessaire de l’écrire ci-dessus puisque, de toute façon, on prononce cette bénédiction chez soi, avant de se sécher les mains. Le bon usage consiste à dire les bénédictions Acher yatsar et Elo-haï néchama à la suite de l’ablution des mains. Par conséquent, l’essentiel est de se souvenir de dire les bénédictions de la Torah avant l’office, faut de quoi on s’en rendrait quitte par la bénédiction Ahavat ‘olam, comme nous l’avons vu au chap. 10 § 2 note 2, et l’on ne pourrait plus les réciter.

Selon le Avné Yachfé, la lecture du paragraphe de l’offrande quotidienne et des versets de l’encens vient, dans l’ordre des priorités, après les psaumes 148 et 150, mais avant les autres Alléluias. Cependant, cette position est difficile à défendre, car elle est conforme à la seule opinion de Rachi, et ne tient pas compte de l’opinion du Rif et du Roch sur Berakhot 32a, pour qui l’appellation Pessouqé dezimra vise à l’origine tous les psaumes depuis Téhila lé-David jusqu’à la fin du psautier. Dans ces conditions, il faut donner priorité à ces psaumes sur le rappel des sacrifices, car des bénédictions ont été instituées sur leur lecture, et l’obligation de les réciter est par conséquent prioritaire.

D’après le Michna Beroura 52, 5 au nom du ‘Hayé Adam, Nichmat est la bénédiction du chant (Birkat hachir) ; aussi a-t-elle priorité sur tout le reste. Selon le Avné Yachfé, si l’on estime ne pas avoir le temps de réciter Nichmat et d’arriver à dire la ‘Amida en minyan, on priera à son propre rythme sans rien omettre, car l’importance de Nichmat est vraiment du même ordre que celle de Baroukh chéamar, Achré et Yichtaba’h. Toutefois, l’auteur signale que le Beit Baroukh émet des doutes à ce sujet. Et en effet, certains A’haronim écrivent que les cantiques que l’on récite chaque jour ont priorité sur Nichmat, car leur lecture est permanente (tadir). C’est ce qu’écrit le Ye’havé Da’at 5, 5. Le Rav Mazouz écrit, dans les notes d’Ich Matslia’h, que Nichmat a priorité sur tous les Alléluias, mais n’a pas pour autant le même rang qu’Achré et Yichtaba’h. C’est une opinion intermédiaire, et c’est en ce sens que j’ai écrit ci-dessus.

Avné Yachfé 89 résume l’ordre de priorités suivant les rituels ashkénaze et sfard ; Aroukh Hachoul’han indique un autre ordre. Dans le sidour du Rav Mordekhaï Elyahou apparaît un autre ordre encore, conforme au Rav Péalim. Nous ne nous sommes pas étendu sur la question car, de toute façon, les gens ne se souviennent généralement pas de tant de détails ; et puisque l’usage de lire tous les autres psaumes trouve sa base dans le Talmud, il n’y a pas lieu d’être tellement pointilleux quant à leur ordre d’importance.

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