04 – Les interruptions pendant les Pessouqé dezimra

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Puisque Baroukh chéamar est la bénédiction qui précède les Pessouqé dezimra, et que Yichtaba’h est la bénédiction que les suit, il apparaît que toutes ces louanges constituent une unité indivisible. Dès lors, il est interdit de s’interrompre au milieu de leur lecture.

Toutefois, en cas de grande nécessité – par exemple pour éviter une perte financière – il est permis de s’interrompre par des paroles (cf. Michna Beroura 51, 7, selon lequel on doit dire, avant et après l’interruption, la petite série de versets débutant par les mots Baroukh Hachem lé’olam, « Que Dieu soit béni à jamais », que l’on récite avant Vaïvarekh David). De même, pour éviter de faire un affront à autrui, il est permis de dire bonjour (cf. ci-après, chap. 16 § 6 ; la règle de l’interruption entre Yichtaba’h et Barekhou sera expliquée au chap. 16 § 2).

Si l’on a besoin d’aller aux toilettes alors que l’on est au milieu de sa lecture des Pessouqé dezimra, il vaut mieux dire la bénédiction Acher yatsar immédiatement après être sorti des toilettes – bien que certains trouvent préférable de repousser Acher yatsar après la prière afin de ne pas interrompre les versets de louange par d’autres paroles. En effet, si l’on repousse cette bénédiction après la prière, on risque de l’oublier[6].

Si l’on entend, au milieu des Pessouqé dezimra, une bénédiction ou un Qaddich, on ne répondra pas Baroukh Hou ouvaroukh Chémo (« Qu’Il soit béni et que Son nom soit béni », formule qui se dit lorsqu’on entend une bénédiction récitée par autrui, tout de suite après la mention du nom Ado-naï). En revanche, il est permis de répondre amen à la fin de la bénédiction. Et bien qu’il soit permis de répondre amen, ce n’est pas obligatoire. En effet, puisque l’on est occupé à la récitation des Pessouqé dezimra, on est exempté de l’obligation de répondre à d’autres paroles saintes. Celui qui se concentre comme il convient dans sa lecture des Pessouqé dezimra, et qu’une interruption pour répondre amen déconcentrerait, fera mieux de poursuivre sa lecture de façon concentrée, et de ne pas répondre amen. En revanche, si l’on entend l’assemblée réciter la Qédoucha, on se lève, on se tient pieds joints, et l’on se joint aux fidèles, afin de ne point paraître se dissocier de l’assemblée quand celle-ci répond à des paroles saintes. De même, si l’assemblée arrive à Modim derabbanan (passage de la répétition de la ‘Amida qui est récité par les fidèles) ou à Barekhou (bref passage où les fidèles répondent à l’officiant, entre Yichtaba’h et les bénédictions du Chéma), on s’inclinera brièvement et l’on répondra avec l’assemblée. Si le minyan avec lequel on est en train de prier se trouve, lui aussi, aux Pessouqé dezimra, et que l’on entende un autre minyan (dans la pièce d’à côté, par exemple) qui en est à la Qédoucha, à Modim ou à Barekhou, on pourra rester assis et poursuivre sa lecture des Pessouqé dezimra car, dans ce cas, le fait de continuer sa prière normalement ne sera pas interprété comme une marque de séparation d’avec l’assemblée[7].

Quand l’assemblée arrive à la lecture publique de la Torah, on ne doit pas appeler un fidèle qui en est encore à la lecture des Pessouqé dezimra. Ce n’est que si ce fidèle a le statut de Cohen ou de Lévi, et qu’il n’y a pas d’autre Cohen ou d’autre Lévi parmi l’assemblée, qu’il sera appelée à la Torah[e]. Mais dans la mesure où il se trouve au milieu des Pessouqé dezimra, l’appelé ne devra pas s’interrompre davantage et demander à l’administrateur (gabaï) de le bénir par la récitation du texte Mi chébérakh (« Que Celui qui a béni nos ancêtres… bénisse Untel »). Si le gabaï, par erreur, appelle un fidèle autre qu’un Cohen ou un Lévi, et que ce fidèle se trouve au milieu de la lecture des Pessouqé dezimra, celui-ci répondra à l’appel, pour l’honneur dû à la Torah et à l’assemblée (Michna Beroura 51, 10).


[6]. Selon le Michna Beroura, on dira la bénédiction immédiatement, et c’est aussi ce qu’écrit le Aroukh Hachoul’han. Selon le Kaf Ha’haïm 51, 28, on ne dira la bénédiction qu’après Yichtaba’h, et pour Echel Avraham, on attendra la fin de la prière. C’est aussi l’avis du Igrot Moché, qui ajoute cependant que, si on le veut, on peut dire la bénédiction immédiatement. À notre humble avis, puisqu’on peut craindre un oubli, il vaut mieux suivre l’avis selon lequel on dit immédiatement cette bénédiction.
[7]. Le Tsits Eliezer et le Halikhot Chelomo expliquent que toutes les lois des interruptions motivées par la nécessité de répondre à des paroles saintes sont, dans le cas où l’on est occupé à la lecture des Pessouqé dezimra, des règles facultatives. En effet, s’interrompre pour répondre n’est, en soi, pas obligatoire ; aussi, dans le cas où l’interruption est susceptible de nuire à la concentration du fidèle, il vaut mieux que celui-ci ne réponde pas. Mais, pour ces mêmes décisionnaires, il faut avoir soin de ne pas paraître se désolidariser de l’assemblée ; aussi, on se lève pour la Qédoucha, on se lève et l’on s’incline pour Modim, et pour Barekhou on s’incline légèrement. Et puisqu’on s’est déjà interrompu pour se lever et s’incliner, il semble qu’il soit préférable de répondre également avec les autres fidèles. Mais si l’on fait partie d’un minyan autre que celui qui est en train de dire ces paroles saintes, on ne paraît pas se désolidariser de l’assemblée en n’y répondant pas. Par conséquent, dans ce cas, on n’a pas besoin de se lever, et l’on peut continuer de prier normalement (voir plus loin, chap. 16 § 5 note 4 pour ce qui concerne les bénédictions du Chéma).

Puisqu’il n’est pas obligatoire de répondre, il n’est pas tellement nécessaire de s’étendre sur les règles relatives aux interruptions. Nous nous contenterons de mentionner certaines d’entre elles. Selon le Michna Beroura 51, 8 et le Béour Halakha ad loc., on peut s’interrompre pour répondre amen aux bénédictions, même au milieu d’un verset, à condition d’être arrivé, au moment de répondre amen, à une césure logique : fin de phrase ou de proposition. En revanche, pour le Qaddich, la Qédoucha et Modim derabbanan (passages qui se disent collectivement), on répondra, même si l’on n’est pas arrivé à une césure logique. D’après l’usage ashkénaze, il en va de même pour l’amen qui suit les bénédictions Ha E-l haqadoch et Choméa’ téphila dans la répétition de la ‘Amida. Toutefois, de nombreux A’haronim ne mentionnent pas cette distinction entre césure logique et absence de césure logique, et permettent en tout endroit de s’interrompre pour répondre amen. On répond amen au Qaddich jusqu’aux mots Daamiran be’alma vé-imrou amen inclus (« Au-delà de toute bénédiction et cantique… qui se disent dans le monde, et dites amen »), chaque communauté selon son usage. Mais pour les amen qui se rapportent aux parties suivantes du Qaddich, la règle est semblable à celle qui régit la formule Baroukh Hou ouvaroukh Chémo : on ne s’interrompt pas lorsqu’on est en train de lire les Pessouqé dezimra. En ce qui concerne le Modim derabbanan, le Michna Beroura 51, 8 laisse entendre que l’on peut le dire intégralement ; mais selon le Yabia’ Omer 6, 4, on ne dit que les mots Modim ana’hnou lakh (« Nous Te reconnaissons »). Si l’on entend le tonnerre, il est permis de s’interrompre pour dire la bénédiction correspondante, selon le ‘Hayé Adam 20, 3 ; c’est aussi l’opinion de la majorité des décisionnaires, mais certains sont d’un avis différent (Kaf Ha’haïm 51, 23).

[e]. La lecture publique de la Torah est partagée entre trois appelés en semaine, sept le Chabbat. Les appelés peuvent procéder eux-mêmes à la lecture, mais c’est le plus souvent un seul lecteur expérimenté qui lit pour leur compte. Le premier appelé est un Cohen, descendant de la famille sacerdotale, le deuxième un membre de la tribu de Lévi, le suivant, dit Israël, peut être tout membre du peuple juif. Cf. chap. 22.

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