05 – Quels passages omettre afin d’arriver à réciter la ‘Amida en minyan ?

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Si l’on est en retard à l’office et que l’on voit que l’assemblée s’apprête à terminer la lecture des Pessouqé dezimra, il vaut mieux en sauter certains passages afin de pouvoir dire la ‘Amida en minyan, car la valeur de la ‘Amida dite en minyan est supérieure à celle de la lecture des Pessouqé dezimra. En effet, la raison même de la lecture des Pessouqé dezimra est de se préparer à la prière : grâce à cette préparation, la prière sera davantage agréée ; mais si l’on prie en communauté, la prière est certainement reçue et agréée (Berakhot 8a). Par conséquent, celui qui est en retard à l’office fera mieux de sauter la majorité des bénédictions du matin, le rappel des sacrifices et certains paragraphes des Pessouqé dezimra, afin de pouvoir réciter la ‘Amida en même temps que le minyan.

Toutefois, on n’omettra pas Baroukh chéamar, Achré (Ps 145) ni Yichtaba’h, afin de ne pas perdre la possibilité de les dire. En effet, les bénédictions des Pessouqé dezimra ont été précisément instituées pour encadrer les louanges qui précèdent la prière. Aussi, celui qui n’a pas eu le temps de dire ces bénédictions en introduction à la prière n’est pas autorisé à les dire après celle-ci. Or, pour pouvoir dire les bénédictions afférentes aux Pessouqé dezimra, on doit réciter à tout le moins un cantique entre les deux bénédictions. On récitera donc le cantique le plus important : Achré.

Il faut également avoir soin de dire, avant la prière, la bénédiction Elo-haï néchama (« Mon Dieu, l’âme que tu as placée en moi est pure… »)[f], ainsi que les bénédictions de la Torah, car si l’on omet ces textes avant la prière, l’occasion en sera perdue (Michna Beroura 52, 9 et Béour Halakha ad loc.). Il faut aussi, avant la prière, s’envelopper du talith et attacher les téphilines.

Si l’on s’aperçoit que l’on ne peut à la fois dire ces bénédictions ainsi qu’Achré, et parvenir à réciter la ‘Amida avec la communauté[g], on priera seul sans rien omettre.

A priori, on s’efforcera de moduler ses omissions de façon à pouvoir arriver à dire la ‘Amida en communauté, c’est-à-dire au sein d’un groupe de dix personnes récitant ensemble la ‘Amida à voix basse. Mais si l’on voit que l’on ne peut à la fois dire les bénédictions et Achré tout en arrivant à réciter la ‘Amida à voix basse en communauté, on s’efforcera de dire sa ‘Amida au moment de la répétition de l’officiant[h] car, de cette façon, on sera également considéré comme priant en communauté, de l’avis de la majorité des décisionnaires[8].

Si l’on est contraint de sauter des passages des Pessouqé dezimra afin de pouvoir dire la ‘Amida en communauté, il est bon d’en rattraper la lecture après l’office[9].


[f]. Cette bénédiction fait partie des Birkot hacha’har (bénédictions matinales), cf. chap. 9.
[g]. Même en se joignant à la répétition de l’officiant dite à voix haute, comme l’auteur le précise ensuite.
[h]. Par conséquent : a) Si l’on estime ne pas pouvoir lire Baroukh chéamar, Achré et Yichtaba’h et arriver à se joindre à la ‘Amida au moment où la communauté la prononcera à voix basse, mais que l’on estime pouvoir se joindre à l’officiant durant la répétition, on dira en effet ces trois passages. b) Mais si l’on est tellement en retard que l’on estime ne pas pouvoir dire ces trois passages puis réciter sa ‘Amida au moment de la répétition de l’officiant, on priera à son rythme, sans rien omettre des Pessouqé dezimra.
[8]. Résumé de la question : selon les élèves de Rabbénou Yona, le Roch et le Tour, pour pouvoir dire la ‘Amida en minyan, il vaut mieux omettre tous les Pessouqé dezimra et leurs bénédictions. Bien qu’après la prière, il ne soit plus possible de dire Baroukh chéamar et Yichtaba’h, il vaut mieux néanmoins dire la ‘Amida en communauté, comme l’ordonnent les sages. En effet, la prière dite en minyan est certainement agréée, tandis que la récitation des Pessouqé dezimra n’est fondée que sur un bon usage, qu’Israël a pris l’habitude d’observer. Et bien que l’on ait institué des bénédictions sur cette lecture, les Pessouqé dezimra ne constituent pas l’essentiel de la prière, à la différence des bénédictions du Chéma et de la ‘Amida. Cette vision est conforme aux paroles de Rav Saadia Gaon et de Maïmonide, rapportées en note 1. Pour ceux-là même qui pensent que les Pessouqé dezimra s’apprennent de l’exemple tiré de la prière de Moïse – comme le Ba’h l’explique au nom du Rif, du Roch et du Tour (voir note 1) – il n’en résulte pas que les Pessouqé dezimra constituent une pleine obligation. Simplement, tout Israël a pris l’usage de les dire ; et si la coutume possède une force normative, pour autant, le poids de cette coutume ne saurait repousser la prière en minyan. C’est en ce sens que tranchent le Choul’han ‘Aroukh 52, 1, le Rama, le Qitsour Choul’han ‘Aroukh et quatre-vingt-onze autres décisionnaires, comme le rapporte en pratique et le décide le Chaaré Téphila de Rabbi Y. Roqéa’h.

Face à cela, de nombreux kabbalistes, se fondant sur le Zohar, écrivent qu’il faut prendre grand soin de conserver l’ordre des différentes parties de la prière, ordre qui porte en allusion de grands secrets ; et toute personne qui modifierait l’ordre de la prière renverserait les canaux dispensateurs de l’abondance qui se déverse par l’effet de la prière. Aussi, celui qui est en retard ne sautera aucun texte, ni du rappel des sacrifices, ni des versets de louange. Ces propos sont rapportés en pratique par le Kaf Ha’haïm 52, 2, et c’est aussi en ce sens que se prononce  le Yaskil Avdi I Ora’h ‘Haïm 2, 6. (cf. responsa Rav Pealim II Ora’h ‘Haïm 4, qui admet, en cas de nécessité, de sauter une partie des Pessouqé dezimra et du rappel des sacrifices). Toutefois, le ‘Hakham Tsvi explique dans ses responsa (36) que cette sévérité, dans la position du Zohar, consistant à ne pas modifier l’ordre des parties de la prière, concerne celui qui prie seul ; en revanche, quand on peut prier en minyan, il convient de sauter des paragraphes des Pessouqé dezimra afin de pouvoir se joindre à la communauté au moment de la ‘Amida. En effet, même aux yeux de la Kabbale, la prière communautaire est considérée comme la forme la plus parfaite et la mieux agréée de la prière. (C’est en ce sens qu’écrivent le ‘Hida dans le Qécher chel Goudal et le Michna Beroura 52, 1).

Le Michkenot Yaaqov tient une position intermédiaire : pour pouvoir dire la ‘Amida en minyan, il vaut mieux sauter tous les cantiques des Pessouqé dezimra ainsi que les Birkot hacha’har et le rappel des sacrifices, à condition d’être en mesure de dire, à tout le moins, les bénédictions des Pessouqé dezimra : Baroukh chéamar et Yichtaba’h. En effet, si l’on ne les dit pas au début de la prière, l’occasion en sera perdue ; or ce sont des bénédictions importantes, instituées à l’époque des Tannaïm. Et afin de pouvoir les dire, il faut réciter Achré entre elles. C’est aussi l’opinion du Michna Beroura 52, 6, du Béour Halakha 53, 2 (אין), du ‘Hayé Adam 19, 7. Et c’est ce qu’écrit, en pratique, le Rav Mordekhaï Elyahou dans son sidour, p. 76. Cf. ci-dessus, note 1, où l’on voit que l’on peut expliquer en ce sens l’opinion du Rif et du Roch, d’après lesquels les sages ont institué la récitation de ces bénédictions et d’Achré en se fondant sur les paroles de Rabbi Simlaï : « Que toujours on expose la louange du Saint béni soit-Il avant de prier ». (Et bien que le Roch 5, 6 cite en pratique l’opinion des élèves de Rabbénou Yona, c’est peut-être parce qu’il pense que, dans l’ordre des priorités, la prière communautaire est plus importante. Voir Roch ad loc., où il apparaît que les termes du Rav Amram Gaon semblent appuyer l’opinion du Michkenot Yaaqov).

Bien que, d’après de grands Richonim et d’après le Choul’han ‘Aroukh, il soit préférable d’omettre même Baroukh chéamar et Yichtaba’h afin de pouvoir se joindre à la ‘Amida de l’assemblée, nous n’avons pas mentionné cette opinion dans le corps de l’ouvrage, car une autre question peut influer sur celle-ci : peut-on considérer une ‘Amida dite en même temps que l’officiant comme prononcée au sein du minyan ? Pour le Peri Mégadim, ce n’est pas une prière dite en minyan, et c’est ce qui semble ressortir des propos du Rama 109, 2. Face à cela, pour le Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch et de nombreux A’haronim, une telle prière est considérée comme étant dite en minyan (cf. plus haut, chap. 2 § 3 note 2). Aussi, dans le cas même où l’omission de tous les Pessouqé dezimra permettrait de réciter la ‘Amida au sein du minyan priant à voix basse, il n’en demeurerait pas moins indiqué de dire Baroukh chéamar, Yichtaba’h et ceux des cantiques que l’on estime avoir le temps de dire, puis de réciter sa ‘Amida en même temps que la répétition de l’officiant, puisque, d’après la majorité des décisionnaires, cette ‘Amida serait considérée comme dite en minyan. En revanche, dans le cas où il resterait très peu de temps, de telle sorte que, même si l’on voulait dire la ‘Amida avec l’officiant, on serait obliger de sauter l’intégralité des Pessouqé dezimra, y compris leurs bénédictions, il serait alors préférable de ne rien omettre, cela pour deux raisons : 1) Pour le Michkenot Yaaqov et les décisionnaires qui partagent son avis, il ne faut jamais omettre les bénédictions des Pessouqé dezimra. 2) Certains pensent qu’une ‘Amida dite en même temps que la répétition de l’officiant n’est pas considérée comme dite en minyan. Par conséquent, il n’y a pas lieu d’omettre les bénédictions pour une ‘Amida dont le caractère collectif est douteux. Et c’est en ce sens que nous nous sommes prononcé ci-dessus. (Toutefois, le Ye’havé Da’at 5, 5 ne prend pas en compte de tels doutes, et décide que l’on saute l’ensemble des Pessouqé dezimra, même si c’est seulement afin de dire la ‘Amida au moment de la répétition de l’officiant).

Quand on se trouve face à deux possibilités : a) ne rien omettre du rappel des sacrifices et des Pessouqé dezimra mais devoir pour cela dire sa ‘Amida pendant la répétition de l’officiant ; b) dire les Birkot Hacha’har, les versets de l’offrande journalière et de l’encens, Baroukh chéamar, Achré, les autres Alléluias et Yichtaba’h, et être en mesure de dire la ‘Amida à voix basse en même temps que l’assemblée ; il est à notre humble avis préférable de sauter les autres passages et de se joindre à la ‘Amida dite à voix basse par l’assemblée. En effet, une telle prière est, de l’avis de tous, une prière dite en minyan ; quant aux parties précédentes de l’office, on en aura déjà dit les fragments principaux, ceux dont la source est talmudique. Mais dans le cas où dire sa ‘Amida avec le minyan obligerait à omettre davantage de passages, il semblerait préférable de joindre sa ‘Amida à la répétition de l’officiant.

[9]. Le Tour écrit, au nom des élèves de Rabbénou Yona et du Roch, que celui qui aurait sauté tous les Pessouqé dezimra y compris les bénédictions (suivant sa méthode), devrait en rattraper la lecture après l’office, avec les bénédictions. Face à cela, Rav Netronaï Gaon pense qu’on ne les rattrape pas après l’office. Le Beit Yossef explique que, pour Rav Netronaï Gaon, seules les bénédictions qui encadrent les Pessouqé dezimra ne se rattrapent pas, car ces bénédictions ont été instituées comme préparation à la prière ; en revanche, il est bon de compléter les versets eux-mêmes. C’est dans ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh Selon le Ba’h et la Pricha, en revanche, l’intention de Rav Netronaï était de dire que les versets eux-mêmes ne se disaient pas après l’office. Le Aroukh Hachoul’han écrit en pratique que dans un tel cas de doute il vaut mieux s’abstenir. C’est aussi l’avis du Maharits du Yémen que de ne pas dire de Pessouqé dezimra après l’office. Mais selon la majorité des décisionnaires, à l’instar du Choul’han ‘Aroukh, il est bon de rattraper la lecture de ces versets après l’office.

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