02 – Quels versets composent les Pessouqé dezimra ?

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Les passages essentiels des Pessouqé dezimra sont les six derniers psaumes (Ps 145 à 150). Le plus important est le premier des six, Louange de David (Téhila lé-David), psaume 145. Les sages disent que toute personne qui récite ce psaume trois fois chaque jour est assurée d’avoir part au monde futur, parce que ses louanges sont agencées selon l’ordre alphabétique[a], et parce qu’on y trouve l’important verset Potea’h et yadékha : « Tu ouvres la main et rassasies volontiers tout être vivant » (verset 16 ; Berakhot 4a). On a l’usage de faire précéder ce psaume de deux versets commençant l’un et l’autre par le mot achré (« heureux ») : « Heureux ceux qui sont assis dans Ta Maison, qu’ils Te louent toujours/Heureux le peuple qui connaît un tel sort, heureux le peuple dont l’Eternel est Dieu » (Ps 84, 5 et 144, 15). C’est pourquoi on a l’habitude de surnommer ce psaume Achré.

Après le psaume 145, on dit cinq psaumes qui débutent et s’achèvent par le mot Alléluia (« louez Dieu »), et au sujet desquels Rabbi Yossé a dit : « Que ma part soit avec ceux qui disent le Hallel chaque jour » (Chabbat 118b).

À l’époque des Savoraïm[b] (qui suit celle des Amoraïm, maîtres du Talmud), on a introduit l’usage de réciter Hodou (« Louez Dieu car Il est bon, car Sa grâce est éternelle » : I Ch 16, 8-36), cantique de louange que prononça David lorsqu’il fit revenir l’arche de Dieu, capturée par les Philistins, au sein de la tente du Sanctuaire. Par la suite, à l’époque du Temple, on disait la moitié de ce cantique au moment du sacrifice perpétuel du matin, et l’autre moitié lors du sacrifice perpétuel de l’après-midi (Beit Yossef, Ora’h ‘Haïm 50). Selon la coutume ashkénaze, on lit Hodou après la bénédiction Baroukh chéamar, afin que tous les cantiques de louange et de gloire soient inclus entre les bénédictions des Pessouqé dezimra (Tour, Ora’h ‘Haïm 51). Selon la coutume séfarade et sfard, on lit Hodou avant Baroukh chéamar, car la lecture de cet hymne prolonge celle du paragraphe de l’offrande quotidienne (Echkol, Kolbo).

Les Savoraïm ont encore institué la lecture, avant Achré, d’une suite de versets commençant par les mots Yehi khevod (« L’honneur de l’Eternel durera à jamais »), car ces versets renforcent la foi en Dieu et en la délivrance d’Israël (Sofrim 17, 11). Rabbi Isaac Louria s’étend longuement sur les secrets que contient ce passage (Kaf Ha’haïm 51, 13).

Par la suite, pendant la période des Guéonim[c], on a pris l’usage d’ajouter encore aux Pessouqé dezimra des paragraphes et des versets : les Guéonim ont institué la lecture du psaume Mizmor letoda (Cantique de reconnaissance, Ps 100) car, selon nos maîtres, de mémoire bénie, tous les cantiques sont destinés à disparaître sauf celui-ci (Vayiqra Rabba 9, 7) ; aussi, il convient de le chanter. On ne le dit pas le Chabbat, ni les jours de fête, mais on le remplace par Mizmor chir leyom hachabbat (cantique pour le jour de Chabbat, Ps 92). D’après l’usage ashkénaze, puisque ce psaume était chanté lors de l’oblation du sacrifice de reconnaissance (toda), lequel était accompagné de pains levés, on ne le dit pas la veille de Pessa’h, ni durant les jours intermédiaires de Pessa’h (‘Hol hamoed), ni la veille de Kippour, jours durant lesquels on n’offrait pas de sacrifice de Toda en raison de l’interdit lié au ‘hamets (pâte levée) ou au jeûne. Selon l’usage séfarade, on dit ce psaume durant ces jours, car le propos de cette lecture est essentiellement la louange et la reconnaissance, et non la référence à l’offrande de Toda (Beit Yossef et Rama, 51, 8).

Les Guéonim rapportent que certains ont l’usage de lire Vaïvarekh David (« David bénit l’Eternel », I Ch 29, 10-13 et Ne 9, 6-11) ainsi que le Cantique de la mer Rouge (Chirat hayam) que Moïse et les enfants d’Israël chantèrent à l’Eternel (Ex 15, 1-18). Certes, la partie essentielle des Pessouqé dezimra est constituée de cantiques de David, comme nous le disons dans la bénédiction Baroukh chéamar : « Nous te glorifierons par les chants de David, ton serviteur ». Toutefois, à l’époque des Guéonim, certains ont pris l’usage d’ajouter des versets tirés de la Torah et de Néhémie. À la fin de la période des Richonim[d], tout le monde avait déjà coutume de les dire[3].


[a]. Ce psaume est un acrostiche qui suit l’ordre de l’alphabet. L’ordre alphabétique exprime une idée de louange universelle, embrassant l’ensemble des moyens d’expression (Aboudraham).
[b]. 6ème et 7ème siècles de l’ère civile.
[c]. Jusqu’au11ème siècle de l’ère civile.
[d]. 16ème siècle de l’ère civile.
[3]. Selon les élèves de Rabbénou Yona (sur Berakhot 4b), la lecture des Pessouqé dezimra a été principalement instituée en vue de Téhila lé-David. Le Roch (5, 6) écrit : « Les sages ont institué, à l’occasion de la lecture de ce cantique, celle des cantiques suivants également, jusqu’à la fin du livre des Psaumes ». À quel propos Rabbi Yossé a-t-il dit, dans Chabbat 118b : « Que ma part soit avec ceux qui achèvent la lecture du Hallel (c’est-à-dire de versets de louange) chaque jour » ? Selon le Rif, le Roch et le Tour, il est question des six psaumes, depuis Téhila lé-David jusqu’à la fin du psautier (Ps 145 à 150). Et c’est ce que dit le traité Sofrim 17, 11. Cependant, selon Rachi, il n’est question que des deux psaumes commençant par les mots Alléluia, hallelou (« Rendez gloire à Dieu, rendez gloire… »), c’est-à-dire les psaumes 148 et 150. Ces différents avis sont cités par le Beit Yossef, fin du chap. 50. Aussi, on distingue, par niveau d’importance, entre les deux psaumes commençant par Alléluia, hallelou et les psaumes commençant seulement par Alléluia.

Le traité Sofrim, 17, 11 (dont la rédaction s’est achevée en Palestine au temps des Savoraïm), mentionne la lecture de Yehi khevod, de Hodou Lachem et des six psaumes. Plus tard, à l’époque des Guéonim, on mentionne la lecture de Mizmor letoda et du passage commençant par Vaïvarekh David jusqu’au Cantique de la mer Rouge – comme nous l’enseigne le Tour, Ora’h ‘Haïm 51, selon lequel la lecture de ces passages a été instituée par les Guéonim. De même, les psaumes que l’on ajoute le Chabbat sont mentionnés dans le rituel du Rav Amram Gaon. Certes, en ce qui concerne le Cantique de la mer Rouge, qui ne fait pas partie des cantiques de David, Maïmonide écrit (Téphila 7, 13) que certains ont l’usage de le dire, d’autres non, et que chacun va selon sa coutume. En revanche, selon le Séfer Hamanhig, il ne convient pas d’omettre la louange liée à la première Délivrance (la Délivrance de l’exil d’Egypte). Quant aux quelques versets commençant par Baroukh Hachem lé’olam amen véamen (« Que l’Eternel soit béni pour toujours, amen, amen »), que l’on dit après les Alléluias, ils sont mentionnés pour la première fois par le Roqéa’h (l’un des Richonim du monde ashkénaze). Aboudraham, l’un des Richonim séfarades, explique que ces versets sont ajoutés car ils clôturent les psautiers. Mizmor letoda (Ps 100) est mentionné par Or’hot ‘Haïm, également de l’époque des Richonim. Il y a environ trois cents ans, le psaume 30, Mizmor chir ‘Hanoukat habaït (« Cantique pour l’inauguration du Temple ») a fait son apparition dans le rituel. Auparavant, on le disait seulement à ‘Hanouka ; et au Temple, on le disait pour l’offrande des prémices (Bikourim 3, 4).

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