Chapitre 16 – Le Chéma et ses bénédictions

11. Les deux cent quarante-huit mots

La Torah donne vie et guérison au monde et à l’homme ; et particulièrement la récitation du Chéma, où sont inclus les fondements de la foi et de l’observance des mitsvot.  Nos sages enseignent que le Chéma comprend deux cent quarante-huit mots ; de même, le corps de l’homme comprend deux cent quarante-huit membres ; et lorsqu’un homme lit le Chéma correctement, chaque membre de son corps se relie au mot correspondant et guérit par son biais. Cependant, en pratique, les trois paragraphes du Chéma ne contiennent que deux cent quarante-cinq mots. Aussi, pour atteindre le nombre de deux cent quarante-huit, l’officiant dit, à la fin de la lecture du Chéma, les trois mots Ado-naï Élo-hékhem Émet (« L’Eternel votre Dieu est vérité ») ; par cela, on obtient le nombre de deux cent quarante-huit mots (Zohar ‘Hadach sur Ruth 95, 1 ; cf. La Prière d’Israël 15, 12).

Cependant, les femmes qui ne prient pas à la synagogue n’entendent pas l’officiant, aussi prennent-elles l’usage de ceux qui prient seuls : selon la coutume ashkénaze, on dira, avant le Chéma, les trois mots E-l Mélekh nééman (« Dieu est le Roi digne de foi ») (Rama 61, 3). Et bien que l’on considère que la femme est en réalité dotée de deux cent cinquante-deux membres, puisque s’ajoutent, dans l’utérus, deux conduits (les trompes de Fallope) et deux pavillons (Bekhorot 45a), on peut dire que, puisque deux cent quarante-huit membres sont communs à tout le genre humain, l’essentiel est de faire affluer sur eux la bénédiction, et par là, la bénédiction sera également dispensée aux organes spécifiques de la femme (Min’hat Eléazar II 28, Haelef lekha Chelomo, Ora’h ‘Haïm 120).

Selon la coutume en usage chez la majorité des Séfarades, celui qui prie seul ajoutera lui-même les trois mots Ado-naï Élo-hékhem Émet[g] (Kaf Ha’haïm 61, 15-16). Par conséquent, il convient que la femme adopte cet usage quand elle prie seule. Selon une autre opinion, il est bon, suivant la tradition séfarade, que la femme dise les deux formules : E-l Mélekh nééman avant le Chéma, et Ado-naï Élo-hékhem Émet après. De cette façon, elle dira deux cent cinquante-deux mots, correspondant à ses deux cent cinquante-deux membres (Chéérit Yossef II p. 186).


[g]. Les derniers mots du troisième paragraphe du Chéma sont Ani Ado-naï Elo-hékhem (Je suis l’Eternel votre Dieu) ; ils sont immédiatement suivis du mot Émet (vérité). Dans le cadre de la prière publique, l’officiant répète alors les trois mots Ado-naï Elo-hékhem Émet (« l’Eternel votre Dieu est vérité »), portant le nombre de mots du Chéma de deux cent quarante-cinq à deux cent quarante-huit. Quand il prie seul, c’est le particulier qui répète ces trois mots.

12. Les bénédictions sont une extension du Chéma

Les bénédictions du Chéma ne sont pas semblables aux autres bénédictions assortissant des mitsvot – instituées, pour leur part, à titre de préparation à leur accomplissement, et dans lesquelles figure la formule acher qiddechanou bémitsvotav vétsivanou (« … qui nous as sanctifiés par Tes commandements et nous a ordonné de… »). Celles du Chéma sont des bénédictions de louange et de reconnaissance, et appartiennent en un sens au registre de la prière ; leur propos est d’exprimer, de façon plus large, le sens du Chéma, dont le message essentiel est inscrit dans le premier verset.

Dans le Chéma, nous disons Ado-naï E’had (Dieu est Un) : Dieu est l’être unique qui crée et maintient l’ensemble de l’univers, et il n’existe aucune divinité hormis Lui. Dans la première bénédiction du Chéma, nous approfondissons ce principe : après avoir exprimé notre louange pour la lumière qui se renouvelle chaque jour, nous continuons de louer Dieu en ce qu’Il « renouvelle chaque jour, constamment, l’œuvre de la création ». Et pour insister sur Son unité, en même temps que nous Le louons pour la création de la lumière, nous rappelons qu’Il a également créé l’obscurité. À l’office du soir, dans la bénédiction correspondante, en même temps que nous Le louons de « faire descendre le soir », nous rappelons qu’Il crée aussi le jour. Nous voyons donc que le principe de la foi en l’unité divine, énoncé dans le Chéma, est développé dans la première bénédiction qui le précède.

Le sens des premiers mots, Chéma Israël, est que la foi unitaire se révèle au monde par le biais d’Israël, qui a été créé à cette fin. Cette idée se voit approfondie dans la deuxième bénédiction, dans laquelle nous exprimons notre reconnaissance envers Dieu pour l’amour qu’Il nous témoigne, et par l’effet duquel Il nous a donné Sa Torah. Nous prions pour avoir le mérite de comprendre la Torah, de l’appliquer avec amour et, grâce à cela, de dévoiler Son nom dans le monde.

Les mots Ado-naï Elo-hénou (l’Eternel est notre Dieu) signifient que Dieu est le maître de toutes les forces, et qu’Il règne sur le monde selon Sa volonté. Sa domination sur le monde, dans toutes ses forces et tous ses éléments, s’est dévoilée de la façon la plus claire lors de la sortie d’Egypte, mentionnée à la fin du Chéma. Cela aussi s’est manifesté par le biais du peuple d’Israël. Dans la troisième bénédiction, nous approfondissons ce principe, et louons Dieu en ces termes : « Tu es le premier et Tu es le dernier, et en-dehors de Toi nous n’avons pas de Roi, de Libérateur, de Sauveur. Tu nous as délivrés de l’Egypte… ». Puis nous rappelons la plaie des premiers-nés et le passage de la mer Rouge. Nous terminons cette bénédiction par la formule : « Bénis sois-Tu Eternel, qui délivras Israël. »

Nous voyons donc que chacune des trois bénédictions constitue la continuation et l’extension des principes de la foi énoncés dans le Chéma.

Puisque ces bénédictions diffèrent de celles qui sont prononcées avant l’accomplissement d’une mitsva, l’ordre de leur lecture ne conditionne pas leur validité. Et bien que, de prime abord, il faille évidemment réciter ces bénédictions dans l’ordre institué par les sages, on est tout de même quitte a posteriori si l’on a modifié cet ordre. De même, si l’on a récité les bénédictions du Chéma sans réciter le Chéma lui-même, on a accompli une mitsva par ce que l’on a récité. Même si la fidèle n’a récité que l’une de ces bénédictions, elle sera récompensée pour ce qu’elle aura dit (La Prière d’Israël 16, note 1).

13. Règles de la récitation des bénédictions

Une femme qui récite les Pessouqé dezimra et les bénédictions du Chéma prendra soin de ne pas marquer d’interruption entre les premiers et les secondes. En effet, les Pessouqé dezimra se récitent comme préparation à la prière, si bien qu’il faut prendre garde de s’interrompre, du début de la bénédiction Baroukh chéamar, qui introduit les Pessouqé dezimra, à la fin de la ‘Amida (Choul’han ‘Aroukh 54, 3).

Au cours de la bénédiction Yotser or, on récite les versets de la Qédoucha (Qadoch, qadoch, qadoch… et Baroukh kevod…). Et bien qu’il soit interdit de réciter une Qédoucha en-dehors de la prière publique, la Qédoucha qui figure au sein des bénédictions du Chéma ne nécessite pas, de l’avis de la majorité des décisionnaires, la présence d’un quorum de fidèles (minyan). En effet, nous y exposons comment les anges de service proclament la sainteté du nom divin, sans avoir l’intention de la proclamer nous-mêmes à cette heure (élèves de Rabbénou Yona, Roch). Toutefois, a priori, afin de tenir compte de toutes les opinions, il est préférable que la femme qui récite la bénédiction Yotser or autrement qu’au sein d’un minyan récite la Qédoucha qui s’y trouve incluse en chantant la mélodie traditionnelle, qui en assortit les versets (suivant les té’amim, signes musicaux qui ponctuent le texte biblique). En effet, sa récitation sera alors considérée comme faite sur le mode de l’étude, ce qui sera permis selon tous les avis (Teroumat Hadéchen, Choul’han ‘Aroukh 59, 3). Il n’est pas nécessaire pour cela de connaître très bien les té’amim ; l’essentiel est de chanter à la manière des lecteurs des té’amim, afin de sembler occupé à la lecture de versets des Prophètes.

Bien que la récitation du Chéma et de ses bénédictions constitue une mitsva en soi, et que la ‘Amida constitue elle aussi une mitsva en soi, une femme qui récite les deux doit juxtaposer ces mitsvot l’une à l’autre : immédiatement après avoir terminé de lire les mots Gaal Israël, elle commencera la récitation de la ‘Amida.  Nos sages disent que quiconque accole la bénédiction de la Délivrance[h] à la ‘Amida a part au monde futur (Berakhot 4b). Si on les enchaîne suivant l’usage de Vatiqin[i], on est assuré de ne connaître aucun dommage ce jour-là (Berakhot 9b et Tossephot ad loc.). Quant à celui qui s’interrompt entre la mention de la Délivrance et la ‘Amida, il ressemble à cet ami du Roi, venu frapper à la porte royale ; quand le Roi sort de son palais afin de connaître sa requête, il s’aperçoit que son ami est parti s’occuper d’autre chose ; aussi le Roi part-il à son tour pour s’occuper d’autre chose.

La mention de la Délivrance, qui rappelle que Dieu délivra Israël d’Egypte, est semblable au fait de frapper à la porte du Roi. En effet, la Délivrance du peuple d’Israël témoigne du grand amour du Saint béni soit-Il à l’égard d’Israël ; aussi, la sortie d’Egypte est-elle considérée comme les fiançailles du Saint béni soit-Il avec Israël. Or il est interdit de perdre le bénéfice de ce moment. C’est empreint de la proximité particulière qui se manifeste par la Délivrance que l’on doit parvenir à l’attachement (deveqout) que met en mouvement la prière, et demander que, de même que Dieu nous a délivrés de l’Egypte, il nous bénisse et nous délivre de nouveau (cf. Talmud de Jérusalem, Berakhot, chap. 1 halakha 1).


[h]. C’est-à-dire la bénédiction Emet véyatsiv, dernière bénédiction du Chéma, également appelée Gaal Israël (« qui délivras Israël »), d’après ses derniers mots, ou Birkat haguéoula (« bénédiction de la Délivrance »).

[i]. De façon à commencer la ‘Amida au premier rayon du soleil.

14. Interruption pendant le Chéma ou ses bénédictions

Afin d’éviter haine et affronts, les sages ont permis de dire bonjour – alors même que l’on est en train de réciter le Chéma ou ses bénédictions – à une personne à l’endroit de laquelle la politesse oblige d’observer de tels égards (Choul’han ‘Aroukh 66, 1). Toutefois, les décisionnaires écrivent que, dans la mesure où il est admis, de nos jours, de ne pas s’interrompre au milieu de la prière, les personnalités distinguées elles-mêmes ne se sentent pas offensées par le fait qu’on ne leur adresse pas son bonjour. Dès lors, il n’est plus permis de s’interrompre au cours du Chéma ou de ses bénédictions pour adresser son bonjour à un homme distingué ou à un homme auquel on doit de la déférence (Michna Beroura 66, 2 d’après Séfer Ha’hinoukh). Toutefois, s’il se présente un homme qui ne connaît pas la valeur de la prière, et qui risque d’être offensé si l’on s’abstient de lui répondre, il est permis de lui adresser son bonjour. De même, quand les parents d’une ba’alat-techouva[j] ne saisissent pas la valeur de sa prière, la ba’alat-techouva est autorisée à leur dire bonjour, mais elle ne leur parlera pas davantage. Cependant, quand on récite le verset Chéma Israël et la phrase Baroukh chem…, il ne faut pas du tout s’interrompre, et ce n’est que dans le cas d’un danger pour l’intégrité physique d’une personne que l’on y est autorisé.

Il est permis de s’interrompre par des paroles au cours de la récitation du Chéma ou de ses bénédictions afin de s’éviter un dommage corporel ou une perte pécuniaire. Dans un tel cas, il est préférable de s’interrompre entre les paragraphes ou entre les bénédictions (cf. Béour Halakha 66, 1).

Si l’on voit sa camarade transgresser un interdit, alors qu’on est soi-même en train de lire le Chéma et ses bénédictions, on lui fera un signe afin de la détourner de cette transgression. Si l’allusion n’est pas comprise, on s’interrompra par des paroles afin de détourner son prochain de la transgression. En effet, si les sages ont autorisé de s’interrompre au milieu de la lecture du Chéma ou de ses bénédictions en l’honneur d’un être de chair et de sang, à plus forte raison est-ce autorisé en l’honneur du Ciel (Ritva ; Kaf Ha’haïm 66, 7).

Il est permis de s’interrompre au milieu des bénédictions du Chéma afin de pouvoir répondre, dans le cadre d’un office public, à certaines paroles consacrées (devarim chébiqdoucha) énoncées par l’officiant, telles que le Qaddich ou la Qédoucha ; ces règles seront exposées plus loin (chap. 20 § 9-10).


[j]. Ba’alat-techouva: « repentante », Juive qui vient ou revient à la pratique des mitsvot après en avoir été éloignée (masculin : ba’al-techouva).

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