Chapitre 4 – Les quatre espèces (arba’a minim)

01.La mitsva des quatre espèces

C’est une mitsva que de prendre, pendant la fête de Soukot, quatre espèces végétales (arba’a minim) : le cédrat, la branche de palmier, le myrte et le saule, ainsi qu’il est dit : « Et vous prendrez, le premier jour, le fruit de l’arbre de splendeur, des palmes de dattier, des rameaux de l’arbre feuillu et des saules de ruisseau ; et vous vous réjouirez devant l’Éternel votre Dieu, sept jours durant » (Lv 23, 40). Le « fruit de l’arbre de splendeur » (peri ‘ets hadar) est le cédrat (étrog) ; les palmes de dattier (kapot temarim) sont la branche de palmier (loulav) ; les rameaux de l’arbre feuillu (‘anaf ‘ets ‘avot) sont le myrte (hadas) ; les saules de ruisseau (‘arvé na’hal) sont les branches de saule (‘arava) (Souka 35a ; cf. Méïri et Ritva ad loc., et Maïmonide dans son Introduction à la Michna).

Puisque le loulav est la plus grande des quatre espèces, la mitsva est appelée par son nom : on parle de prise (ou d’élévation) du loulav (nétilat loulav). Et c’est en ces termes que nous récitons la bénédiction : « Béni sois-Tu… qui nous as sanctifiés par tes commandements et nous a ordonné de soulever le loulav » (Baroukh… acher qidechanou bé-mitsvotav, vétsivanou ‘al nétilat loulav).

Si l’on s’en tient à l’obligation toranique, la mitsva consiste seulement à prendre le loulav le premier jour de Soukot, comme il est dit : « Et vous prendrez, le premier jour… » (réf. cit.). Ce n’est que sur le site du Temple qu’il nous a été prescrit de saisir le loulav durant les sept jours de la fête, comme il est dit, dans la suite du verset : « et vous vous réjouirez devant l’Éternel votre Dieu, sept jours durant » (ibid.). En pratique, puisqu’il existe une mitsva de se rendre en pèlerinage à Jérusalem lors des trois fêtes, nombreux étaient les Israélites qui, à l’époque du Temple, accomplissaient ladite mitsva pendant l’ensemble des sept jours.

Après la destruction du Temple, Rabban Yo’hanan ben Zakaï décréta qu’en tout lieu on prendrait le loulav sept jours durant, en souvenir du Temple. Il est grandement nécessaire de commémorer le Temple, car, enseignent les sages, grâce au souvenir du Temple et à la perpétuation, à notre époque, des mitsvot qui s’y accomplissaient, nous soignons la plaie de la destruction et de l’exil, et hâtons la délivrance (Souka 41a).

On prend un cédrat, une branche de palmier, trois branches de myrte et deux branches de saule. En cas de nécessité pressante, on prendra une seule branche de myrte et une seule branche de saule, mais sans prononcer la bénédiction (Choul’han ‘Aroukh 651, 1)[1].

Si les espèces dont on dispose sont très petites, elles ne sont pas valides pour la mitsva. La mesure minimale est : pour le cédrat, un volume équivalent au moins à celui d’un œuf ; pour la branche de palmier, une longueur d’au moins quatre téfa’him ; pour le myrte et le saule, une longueur d’au moins trois téfa’him. Il n’y a pas de limite supérieure : tant qu’on peut les porter, les quatre espèces sont cachères. Nous approfondirons ces notions aux paragraphes 7, 8, 9 et 12, ainsi que dans les notes 4 et 6.


[1]. Selon Rabbi Tarfon, on prend trois branches de myrte et deux branches de saule ; or Rav Yehouda enseigne au nom de Chemouel : « La halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Tarfon » (Souka 34b). Telle est aussi l’opinion de la majorité des décisionnaires, parmi lesquels le Halakhot Guedolot, Maïmonide et le Roch ; de même, le Choul’han ‘Aroukh 651, 1 tranche en ce sens. D’autres pensent que la halakha suit Rabbi Aqiba, selon qui il suffit d’avoir une branche de myrte et une branche de saule. Telle est l’opinion de Na’hmanide et du Ritva ; et le Rama écrit que, en cas de nécessité pressante, on s’appuie sur ces décisionnaires. Quoique certains auteurs estiment que l’on doit réciter la bénédiction même en ce cas (cf. Michna Beroura 6), de nombreux autres pensent qu’on ne la récite point ; or, en cas de doute portant sur une bénédiction, on s’abstient. 

02.Les quatre espèces expriment l’unité d’Israël

Chacune des quatre espèces conditionne la validité de l’ensemble : s’il manque une des quatre, la mitsva n’est pas accomplie (Mena’hot 27a). A priori, il faut les soulever ensemble, en attachant à la branche de palmier les myrtes et les saules. A posteriori, si on les a soulevées l’une après l’autre, on est quitte de son obligation (Choul’han ‘Aroukh 651, 12 ; cf. ci-après, chap. 5 § 2).

Cette loi recèle une idée profonde. Nos sages ont enseigné : de même que deux des quatre espèces donnent des fruits (le cédratier et le palmier), et que les deux autres n’en donnent pas (le myrte et le saule), de même le peuple d’Israël : on y trouve des érudits (talmidé ‘hakhamim) et des gens de mérite (anché ma’assé). Et de même que, s’il manque une des quatre espèces, on n’est pas quitte de la mitsva des arba’a minim, de même parmi le peuple juif : les érudits ne sauraient se maintenir sans l’aide des gens de mérite, qui les assistent dans leur subsistance ; et les gens de mérite ne sauraient se maintenir sans les érudits, qui donnent une valeur spirituelle à leurs vies, et les attachent à la vie éternelle (d’après Mena’hot 27a ; ‘Houlin 92a ; Tan’houma sur Emor ; Rabbi Yits’haq ibn Ghiat, Lois du loulav).

De façon plus détaillée, les sages expliquent (Lv Rabba 30, 12) que les quatre espèces font allusion aux quatre catégories de personnes. Le cédrat, qui est savoureux et odoriférant, représente les Juifs parfaits par leur connaissance toranique et leur pratique des bonnes actions. Le palmier-dattier porte des fruits savoureux mais n’a pas d’odeur, à l’image de certains étudiants qui possèdent de la science toranique, mais n’ont pas le mérite de multiplier leurs bonnes actions. Le myrte, dont l’odeur est bonne mais qui n’a pas de goût, fait allusion aux personnes qui accomplissent de bonnes actions mais qui n’ont pas eu le mérite de devenir des érudits. Le saule, qui n’a ni goût ni odeur, figure les Juifs simples, qui n’ont eu le mérite ni d’étudier la Torah, ni d’accomplir des bonnes actions. De prime abord, puisqu’ils n’ont à leur actif ni Torah ni actions méritoires, leur vie ne possède point de valeur, de sorte qu’ils ne devraient pas avoir part au monde futur. Qu’est-ce que leur fait le Saint béni soit-Il ? Certes, il est impossible de les détruire ! Aussi le Saint béni soit-Il déclare : « Que tous soient attachés en un seul bouquet, et ils feront expiation les uns sur les autres. » Le Saint béni soit-Il dit encore : « Si vous faites ainsi, à ce moment Je m’élèverai. » Et les palais des mondes supérieurs se construisent par ce biais, comme il est dit : « Il construit dans les cieux ses degrés, Il a fondé sa muraille[a] sur la terre » (Amos 9, 6).

Les sages expliquent encore que les quatre espèces font allusion aux principes essentiels de la foi : aux trois patriarches et à Yossef, aux quatre matriarches, aux membres du Sanhédrin et aux érudits qui les accompagnaient (Lv Rabba 30, 9-11).


[a]. Agouda, litt. faisceau, groupe, ensemble. Notre traduction suit la première explication du Da’at Miqra (selon laquelle cette muraille est celle des montagnes entourant la plaine) ; selon la seconde, agouda désigne la voûte céleste. Quoi qu’il en soit du sens littéral, l’idée de la deracha est que, par le biais du rassemblement des espèces en faisceau ici-bas, les degrés célestes sont fondés ; le ciel s’appuie sur la terre. 

03.Ce que représentent les quatre espèces : autres allusions

L’embellissement de la mitsva concerne principalement le cédrat, qui réunit goût et odeur – à la manière des personnes complètes, réunissant Torah et bonnes actions –, et qui fait encore allusion à la plénitude qui existera dans l’avenir. Nous verrons ainsi, dans la suite de ce chapitre, que l’on est pointilleux quant à la perfection et à la beauté du cédrat, plus qu’on ne l’est à l’égard des autres espèces.

Le loulav (branche de palmier) correspond aux disciples des sages, qui certes n’ont pas le mérite de multiplier les bonnes actions, mais qui représentent la sainte Torah. De même que le loulav est la plus haute des quatre espèces, de même la Torah s’élève-t-elle au-dessus de tout ; aussi les sages ont-ils prescrit de citer spécifiquement le loulav, dans la bénédiction des quatre espèces, afin de faire allusion à la grandeur de la Torah, que rien ne dépasse.

La condition essentielle à l’étude de la Torah est que celle-ci soit reliée, de manière unitaire, avec le peuple juif. Et bien que s’expriment dans la Torah des opinions différentes et des points de vue divers, tous émanent d’une même source et ont vocation à se réunir. Ainsi, le loulav, par sa forme particulière, exprime la notion d’unité. Sur sa tige, des feuilles poussent dans deux directions opposées, mais elles se rattachent à la tige en s’unissant. Certes, il possède de nombreuses feuilles, mais celles-ci ne se séparent pas l’une de l’autre : chacune couvre l’autre et y ajoute un peu plus d’elle-même ; et c’est toutes ensemble qu’elles recouvrent la tige centrale. De même, chaque feuille est composée de deux faces, qui s’unissent l’une à l’autre par le biais de la tioumet (tige, colonne centrale, comme il sera expliqué ci-après, § 6). La forme droite du loulav elle-même exprime l’unité : le loulav est tout entier dirigé vers un dessein unique ; et lorsqu’il est courbé, il n’est pas valide pour la mitsva, car il est tendu vers deux directions. Nos sages disent ainsi : « De même que le palmier a un seul cœur, Israël a un seul cœur, voué à leur Père qui est au ciel » (Souka 45b). Les sages enseignent, dans le même sens : « Les branches de palmier (kapot temarim), ce sont les disciples des sages qui s’obligent (kofim [b]) à apprendre la Torah les uns des autres » (Lv Rabba 30, 11). Nous voyons donc que le loulav fait allusion à la Torah, dans laquelle on trouve des opinions et des controverses, dont la racine est cependant unitaire et qui partagent toutes une même tendance. Une telle allusion doit conduire les étudiants de Torah à répandre abondance de paix et d’unité dans le monde (cf. Berakhot 64a ; cf. ‘Ein Aya ad loc.).

Le myrte (hadas) fait allusion aux mitsvot et aux bonnes actions (ma’assim tovim) : comme la bonne odeur, leur bonne influence s’étend alentour. Les sages enseignent que les justes sont appelés « myrtes » (hadassim), et que c’est par leur mérite que ce monde se maintient (Sanhédrin 93a). En effet, grâce aux commandements pratiques, la sainteté se révèle dans la vie active, ici-bas ; par cela, la valeur de ce monde se dévoile, et il demeure. L’une des mitsvot auxquelles les myrtes font allusion est la mitsva de procréation, ainsi que celle d’éducation des enfants. En effet, les feuilles ternaires expriment l’idée de profusion ; comme l’enseignent les sages, le myrte est une allusion à Jacob notre père et à Léa notre mère : « De même que le myrte abonde en feuilles, ainsi Jacob avait-il de nombreux fils », et « de même, Léa avait-elle de nombreux fils » (Lv Rabba 30, 10). Ce sont principalement les femmes, qui connaissent les peines de l’enfantement, élèvent et éduquent les enfants, qui bénéficient de cette grandeur.

De prime abord, les branches de saule semblent n’avoir aucune stature : elles n’ont ni goût ni odeur, ni Torah ni bonnes actions. Cependant, les saules possèdent une prodigieuse force de croissance, de sorte qu’ils expriment la vitalité et la beauté inhérentes à ce monde, la « voie terrestre » (dérekh érets c) qui précède la Torah. Aussi leur valeur est-elle grande, car, grâce à la vitalité présente au sein des Juifs simples, les érudits et les artisans de bienfaisance eux-mêmes se renforcent dans leur service. Et grâce à cette même vitalité, fleurissent les grands d’Israël, comme nous le voyons souvent : c’est précisément dans des familles simples qu’ont grandi d’importants érudits et de grands bienfaiteurs.

Bien plus, les branches de saule expriment la situation d’Israël dans ce monde-ci : d’un côté, la nature de ce monde possède une force de croissance prodigieuse, par laquelle peut s’accomplir une sanctification du nom divin (qidouch Hachem) qui n’a rien de comparable en aucun des autres mondes. Mais d’un autre côté, la sainteté ne se révèle pas encore de façon régulière en ce monde-ci ; aussi les branches de saule n’ont-elles ni goût ni odeur, et, quand elles ne reçoivent pas d’eau – laquelle fait référence à la Torah et à la foi –, elles ont tôt fait de flétrir. C’est ainsi que notre Temple fut détruit et que nous fûmes exilés de notre terre. Dans le même sens, nos sages ont enseigné que les branches de saule font allusion à Rachel et à Joseph (Lv Rabba 30, 10). Car d’un côté, par leur biais, le peuple d’Israël se maintient en ce monde-ci – puisque tous les enfants de Jacob naquirent par l’effet de sa volonté de se marier avec Rachel notre mère, et que toute l’existence d’Israël est redevable à Joseph le juste, qui prépara en Égypte un lieu pour que fleurisse le peuple d’Israël. En revanche, dans la mesure où Rachel et Joseph sont liés à l’existence terrestre, susceptible de s’éloigner de la source de l’existence spirituelle, l’un et l’autre moururent plus jeunes que leurs frères. Cependant, la révélation de la Délivrance en ce monde dépend principalement d’eux ; et c’est à cela que fait allusion la beauté particulière de Rachel et de Joseph. C’est à ce propos que nos sages disent que, au temps de la Délivrance, tous les arbres stériles de la terre d’Israël donneront des fruits (Ketoubot 112b).

Nous voyons donc que toutes les quatre espèces sont nécessaires à la fois, et ce n’est que par l’unification de toutes les facultés que le peuple d’Israël peut réaliser son destin, amender le monde et prodiguer du bien à toutes les créatures, conformément à la parole de Dieu.


[b]. Jeu de mots entre כפה (palme, branche de palmier) et le verbe כ.פ.ה. (forcer, obliger). 

[c]. Selon le contexte, cette expression désigne la courtoisie, l’ancrage dans la nature, la science profane, l’édification du monde par le travail…

04.Cas d’invalidité, généralités

Il existe cinq cas d’invalidité. Premièrement, les quatre espèces doivent être celles-là mêmes que la Torah a prescrites, et non d’autres espèces. Le « fruit d’arbre splendide » (peri ‘ets hadar) est le cédrat (étrog) et un non un citron ; même un cédrat greffé est invalide pour la mitsva (cf. ci-après, § 10). Les rameaux de l’arbre feuillu (‘anaf ‘ets ‘avot) sont le myrte (hadas) dont les feuilles sont triplées, et non le myrte irrégulier (hadas choté). De même, il faut prendre des branches de saule (‘arava) et non de peuplier (tsaftsafa).

Seconde cause d’invalidité : lorsque la forme du végétal en question diffère de l’espèce, telle qu’elle fut créée. Par exemple, une branche de palmier dont les feuilles n’ont poussé que d’un côté, un myrte ou une branche de saule qui a perdu la majorité de ses feuilles.

Troisième cause d’invalidité : dès lors que le végétal est trop petit, il ne mérite pas le nom de « fruit de l’arbre splendide », « palmes de dattier », « rameaux de l’arbre feuillu » ou « saules de ruisseau » (comme nous le verrons ci-après, § 7, 8, 9, 12). Ces trois premiers défauts sont cause d’invalidité pendant les sept jours de la fête.

Quatrième cause : quand le végétal n’est pas hadar (litt. « splendide »), c’est-à-dire que, sans avoir tellement changé, il a perdu sa belle forme naturelle ; c’est le cas, par exemple, lorsqu’il a entièrement séché. Selon la majorité des décisionnaires, le végétal invalidé au titre de hadar ne l’est que le premier jour (Maïmonide, Na’hmanide). D’autres estiment que ce végétal est invalide pendant l’ensemble des sept jours (Roch).

Cinquième cause : le végétal est frappé d’un manque (‘hasser). Pour le cédrat, c’est le cas lorsqu’il manque une partie de sa chair (cf. ci-après, § 11) ; pour le loulav, le cas est celui où les deux parties de sa tige centrale (tiomet) se sont séparées (§ 6). Le manque est cause d’invalidité le premier jour, où les espèces doivent être intègres (tamim, plur. temimim), non les autres jours (cf. Souka 34b ; Tossephot, passage commençant par Chétehé ; Rachi sur 36b, passage commençant par Oumachninan).

Il ressort de tout cela que, pour que l’une des espèces soit invalidée, il faut qu’elle subisse un changement significatif. Par conséquent, la tension qui habite parfois ceux qui choisissent lesdites espèces n’a pas lieu d’être. Certes, dans les paragraphes suivants, nous verrons plus largement les différents défauts qui invalident les quatre espèces ; mais il est en cela question de cas très rares. Cependant, bien qu’une majorité significative des espèces que l’on trouve sur le marché soient cachères, les communautés d’Israël ont pris coutume d’apporter à la mitsva un supplément de perfection, et de choisir de beaux végétaux, car il est dit : « C’est mon Dieu, et je le magnifierai[d] » (Ex 15, 2), ce que nos sages commentent : « Pare-toi devant Lui, dans la pratique des commandements. Fais en son honneur une belle souka, [choisis] un beau loulav… » (Chabbat 133b ; cf. ci-après, § 14). Mais il n’est pas nécessaire d’être stressé pour autant.

En cas de nécessité pressante, lorsqu’il n’y a aucune possibilité de trouver un exemplaire cachère d’une des espèces, on peut accomplir la mitsva avec un exemplaire invalidé au titre de hadar (la « splendeur ») ou de ‘hasser (le « manque ») – c’est-à-dire les quatrième et cinquième cas d’invalidité susmentionnés ; par exemple, avec un loulav sec, ou dont la tige centrale s’est ouverte. Selon la majorité des décisionnaires, on récite même la bénédiction pour le balancement de ces quatre espèces ; d’autres estiment, en revanche, qu’on ne dit pas la bénédiction en ce cas[2].

En plus des cinq causes d’invalidité frappant les quatre espèces en elles-mêmes, on ne s’acquitte point de son obligation avec un végétal volé ; et le premier jour, même un végétal emprunté est invalide (comme nous le verrons au paragraphe 13). De même, ce qui a été consacré à l’idolâtrie est invalide pour la mitsva (Choul’han ‘Aroukh 649, 3).


[d]. Littéralement « je l’embellirai ». 

[2]. Souka 31a : Rabbi Yehouda a dit : « Il arriva que des citadins firent hériter à leurs enfants leur loulav » (d’où il suit qu’un loulav sec est cachère). Les ‘Hakhamim (la communauté des sages) lui ont répondu : « Un cas de nécessité pressante n’est pas une preuve. » Nous voyons donc que les ‘Hakhamim eux-mêmes s’accordent à dire que, en cas de nécessité pressante (che’at had’haq), on prend en effet un loulav sec. Selon le Raavad, on se servait d’un loulav sec dans le seul but que la mitsva ne fût pas oubliée, mais on ne récitait pas la bénédiction sur un tel loulav. Le Choul’han ‘Aroukh 649, 6 tient compte de son avis. Selon Maïmonide, sur un loulav sec, on dit la bénédiction, mais non sur les autres cas d’invalidité. Mais selon une nette majorité de Richonim, en cas de nécessité pressante, on dit la bénédiction sur toutes les espèces invalidées au titre de hadar et de ‘hasser. Parmi eux : Rabbi Yits’haq ibn Ghiat, Ma’hzor de Vitry 373, Rabbénou Tam, Rid, ‘Itour, Manhig, Raavia II 653, Roch (3, 14), Séfer Mitsvot Gadol, Or Zaroua’ et de nombreux autres. C’est aussi en ce sens que tranchent le Radbaz, le Maguen Avraham, Elya Rabba et le Michna Beroura 649, 58.

05.Le loulav

Les feuilles du loulav poussent des deux côtés de la tige centrale (chidra), et recouvrent celle-ci. Si le loulav a pour défaut que les feuilles n’ont poussé que d’un côté de la tige, et que l’autre côté est nu, ce loulav n’est pas valide (Choul’han ‘Aroukh 645, 3).

Il est dans la nature du loulav que ses feuilles poussent l’une contre l’autre et recouvrent toute la tige centrale. Si les feuilles sont courtes, au point que telle feuille ne parvient pas jusqu’au commencement de celle qui se trouve au-dessus d’elle, le loulav n’est pas valide (Choul’han ‘Aroukh 645, 4).

La branche de palmier, au début de sa croissance, pousse sous forme de loulav, c’est-à-dire sous forme de branche dont toutes les feuilles sont contiguës à la tige centrale. Puis, quand elle continue de croître, ses feuilles s’ouvrent progressivement, jusqu’à ce qu’elles prennent la forme d’éventail bien connue, celle que l’on vise ordinairement quand on parle de « branche de palmier ». Alors, ces branches sont appelées ‘hariot.

A priori, il est bon que les feuilles du loulav soient serrées autour de la tige centrale, de telle manière que, si on le pose sur une table, les feuilles restent serrées, sans appui extérieur. Si les feuilles du loulav ont commencé à s’ouvrir, il demeure cachère tant qu’on peut les rassembler et les rendre contiguës à la tige centrale[e]. C’est ce que l’on appelle un loulav dont les feuilles se sont séparées (nifredou ‘alav). Si les feuilles qui ont commencé à se séparer ont durci, au point que l’on ne peut les rassembler et les rendre contiguës à la tige centrale de façon lisse, telles qu’elles étaient au début, le loulav est invalide, et c’est ce que l’on appelle un loulav dont les feuilles se sont écartées (nifretsou ‘alav) (Souka 29b, Choul’han ‘Aroukh 645, 1-2).

Si le loulav s’est beaucoup courbé, au point d’être devenu semblable à une « faucille » (magal), c’est-à-dire à un demi-cercle, il n’est point valide. S’il s’est courbé dans une mesure moindre, il reste cachère, mais il n’est pas méhoudar [f], car l’une des beautés que l’on recherche dans le loulav est qu’il soit droit. Même s’il s’est courbé comme une faucille, du moment que la courbure fait face à la tige centrale[g], le loulav reste cachère, puisqu’une telle courbure est naturelle au loulav et se rencontre parfois (Choul’han ‘Aroukh 645, 8).

Si la tige centrale du loulav s’est incurvée profondément, formant un angle avec l’axe naturel, le loulav n’est pas valide (Choul’han ‘Aroukh 645, 9). Certains disent que, même si les feuilles ont pris une profonde courbure, le loulav n’est pas valide (Touré Zahav, Michna Beroura 40-41). Mais si seule l’extrémité des feuilles supérieures s’est courbée, donnant au loulav la forme de la lettre ו (vav), le loulav est cachère, car c’est ainsi que, pour une partie d’entre elles, ces branches poussent.

Certains disent que, si l’extrémité des feuilles supérieures est profondément courbée, au point de ressembler à un bouton, le loulav est invalide (Ran, Ritva). Mais d’autres auteurs pensent  qu’un tel loulav est au contraire d’un plus haut niveau de perfection, car, de cette façon, la tiomet de la feuille supérieure ne s’ouvre pas (Roch). En pratique, ce loulav est cachère, puisque c’est ainsi que poussent de nombreuses branches de palmier ;  simplement, puisque certains auteurs sont rigoureux à cet égard, ce loulav n’est pas considéré comme méhoudar (Choul’han ‘Aroukh 645, 9, Michna Beroura 42).


[e]. En les maintenant serrées en une seule main, sans effort.

[f]. Particulièrement beau, d’un haut degré de perfection.

[g]. C’est-à-dire que la courbure reste dans le prolongement de l’axe de la tige centrale, sans dévier à droite ou à gauche.

 

06.Si la tige centrale s’est scindée

Chaque feuille du loulav est composée de deux moitiés adossées l’une à l’autre. Cette jonction s’appelle tiomet (feuille géminée) ; par elle, les deux parties de la feuille sont comme des jumelles jointes l’une à l’autre. Lorsque les branches de palmier continuent de croître et sont près de devenir des ‘hariot [h], le sommet des feuilles s’ouvre progressivement, et la première à s’ouvrir est la feuille centrale et supérieure du loulav. Or, puisqu’il est dans la nature du loulav que ses feuilles soient fermées par la jonction de la tiomet, le loulav, si ladite tiomet s’ouvrait, serait affecté d’un défaut. Aussi, bien qu’il ait encore l’allure d’un loulav, il n’est pas valide, le premier jour, pour la mitsva de nétilat loulav. En effet, le premier jour, les quatre espèces doivent être parfaites. Mais pour les autres jours, le loulav est cachère.

Les décisionnaires sont partagés quant à ce qu’on entend par « scission de la tige » (ne’hleqa hatiomet) : certains disent que le loulav n’est invalidé que lorsque la majorité de la feuille s’est scindée, et ce pour la majorité des feuilles (Rif, Maïmonide). D’autres estiment que la « scission de la tige » est constituée dès lors que la feuille supérieure et centrale est scindée : puisque cette feuille est la plus saillante et la plus visible, si la majorité de la tiomet s’est scindée, le loulav n’est pas valide (Guéonim et Ran). La coutume en usage est de ne pas se servir, le premier jour, d’un loulav dont la tiomet centrale s’est majoritairement ouverte. Certains ajoutent à leur pratique un supplément de perfection, en prenant a priori un loulav dont la tiomet centrale ne se soit pas scindée, pas même un peu. En pratique, dans la grande majorité des loulavim, la tige centrale est majoritairement fermée, de sorte que presque tous les loulavim sont cachères, y compris pour le premier jour. En revanche, les loulavim dont la tige centrale n’est pas un tant soit peu ouverte sont en petit nombre ; et plus un loulav est développé et beau, plus s’accroissent les chances que sa feuille centrale soit quelque peu ouverte. Or il semble qu’il vaille mieux accomplir la mitsva avec un grand et beau loulav dont la feuille supérieure soit légèrement ouverte qu’avec un petit loulav rabougri dont la feuille supérieure soit fermée. Si l’on craint que la feuille supérieure ne continue de s’ouvrir, et que, avant le commencement du premier jour, la majorité en soit déjà ouverte, on pourra y mettre de la colle, prévenant ainsi son invalidation.

Si, au sommet du loulav, se trouvent deux feuilles centrales, il faut que, pour chacune d’elles, la tiomet reste entière. Mais si ces deux feuilles se sont détachées l’une de l’autre, le loulav est cachère, puisqu’il s’agit de deux feuilles distinctes (Michna Beroura 645, 15, Peri Mégadim, Michbetsot Zahav 4).

Certains préfèrent prendre un loulav sur lequel se trouve du qora, sorte d’enveloppe brune qui attache les unes aux autres certaines feuilles. Selon eux, dès lors que du qora est sur les feuilles, celles-ci sont réputées fermées. D’autres disent que, a priori, il est préférable de prendre un loulav sans qora, cela pour deux raisons : la première est que, d’après eux, le qora est inefficace pour donner à la tige centrale le statut de tige fermée. Certes, il n’est pas nécessaire de craindre que, sous le qora, la majorité de la feuille soit majoritairement ouverte, car le cas est très rare ; mais il se peut que la feuille soit minoritairement ouverte, or en pareil cas, certains ont l’usage de ne pas considérer le loulav comme méhoudar. La deuxième raison est que, suivant la coutume ashkénaze, il est d’usage de faire « trembler » les feuilles du loulav au moment des balancements (na’anou’im) ; or quand il y a du qora sur le loulav, il est impossible de produire cet effet de tremblement[3].


[h]. Cf. paragraphe précédent.

[3]. Selon la majorité des Richonim, parmi lesquels Rabbénou ‘Hananel, le Rif, Maïmonide et Na’hmanide, l’invalidité appelée ne’hleqa hatiomet (« scission de la feuille centrale ») est constituée lorsque la majorité des feuilles se sont majoritairement ouvertes. C’est en ce sens que se prononce le Choul’han ‘Aroukh 645, 3. Selon Rav Paltoï Gaon et le Ran, ce dont il est question est la feuille centrale. Et même si la majorité des Richonim sont indulgents, nous ne trouvons presque aucun A’haron qui autorise, en pratique, pour le premier jour, un loulav dont la feuille centrale soit fendue. Simplement, certains disent que cette invalidité n’est constituée que si la feuille est fendue sur toute sa longueur (Rama, Choul’han ‘Aroukh Harav, ‘Hayé Adam, ‘Hazon ‘Ovadia) ; tandis que d’autres estiment que l’invalidité est constituée dès lors que la feuille est majoritairement fendue (Ran, Yam Chel Chelomo, Baït ‘Hadach, Gaon de Vilna, Michna Beroura 645, 19). Certains écrivent que le loulav est considéré comme méhoudar quand la feuille centrale n’est pas ouverte ; et les décisionnaires sont partagés quant à la définition de ce hidour : selon le Touré Zahav, pour être considéré comme « fermé », il faut que la tige centrale ne soit ouverte que de moins d’un téfa’h ; pour le ‘Hayé Adam et le Bikouré Ya’aqov, il ne doit pas y avoir la moindre ouverture. Quoi qu’il en soit, puisqu’il est ici question d’un hidour (supplément de perfection apporté à la mitsva), lequel est lui-même l’objet d’une controverse, il est préférable de rechercher de tels suppléments de perfection dans les autres aspects de la beauté du loulav.

Selon le Bikouré Ya’aqov (645, 9), quand la feuille centrale est fermée par l’effet du qora (et même si, après que le qora est ôté, il apparaît que la feuille était ouverte), son statut, tout le temps qu’elle est enveloppée par le qora, est celui de feuille fermée. Aussi, de ce point de vue, un tel loulav, pourvu de qora, est méhoudar. Et c’est ce qu’enseignait le Rav Mordekhaï Elyahou – que la mémoire du juste soit bénie. Selon le Maamar Mordekhaï 645, 4, le qora ne permet pas de considérer le loulav comme fermé. De nombreux auteurs tiennent compte de cette opinion ; aussi, afin de pouvoir vérifier s’il est fermé de manière à être considéré comme méhoudar, ils préfèrent un loulav sans qora (‘Hazon Ich, ‘Hazon ‘Ovadia, Pisqé Techouvot 645, note 13). Suivant la coutume ashkénaze, il est également préférable d’un autre point de vue de choisir un loulav sans qora : l’usage de faire trembler les feuilles pendant les balancements (Bikouré Ya’aqov 645, 2). Selon le Choul’han ‘Aroukh (651, 9), il n’est pas nécessaire de produire ce tremblement des feuilles.

 

07.Lois du loulav; sa taille ; cas du loulav des Canaries

Un loulav dont la majorité des feuilles supérieures ont été coupées, ou dont la tige supérieure centrale a été coupée, n’est pas valide le premier jour (Choul’han ‘Aroukh, Rama 645, 6). Si le sommet de la feuille supérieure se prolonge en une sorte de pointe, d’aiguille, cela n’est pas considéré comme faisant partie de la feuille ; et même si cette pointe est brûlée ou coupée, le loulav reste cachère la-méhadrin [i].

Un loulav dont la feuille supérieure se termine en « zigzag », comme on en trouve quelquefois, est cachère a priori.

Quand la majorité des feuilles du loulav ont séché, au point d’avoir blanchi, sans qu’il reste rien de vert, il n’est pas valide (Choul’han ‘Aroukh 645, 5).

La longueur de la tige centrale du loulav doit être d’au moins quatre téfa’him, ce qui représente environ 32 cm, ou, en cas de nécessité pressante,  25,3 cm. Tout cela permet de s’acquitter de son obligation, mais le loulav n’est considéré comme méhoudar que lorsqu’il atteint la longueur usuelle (Maguen Avraham 672, 3)[4].

Dans les dernières générations, une question s’est posée quant à la cacheroute du loulav dit « Canaries ». Ces branches poussent sur une espèce particulière de palmier, importée des îles Canaries. Le palmier canarien diffère à plusieurs égards des autres espèces qui nous sont connues : ses feuilles sont courtes, plus denses et plus tendres, sa tige centrale est tendre et a tendance à se courber dans le sens où on l’incline, sa couleur est plus verte et ses fruits ne sont pas savoureux.

Ceux qui autorisent ces loulavim pensent que, puisqu’ils proviennent d’un palmier produisant des dattes, et malgré toutes les différences, ils sont cachères pour la mitsva (Tsits Eliézer VIII 22, Rav Chelomo Zalman Auerbach). D’autres estiment que, puisque les fruits de ces palmiers ne sont pas tellement comestibles, et qu’ils ont de nombreuses différences par rapport au palmier habituel, leurs loulavim ne sont pas ce que la Torah appelle « palmes de dattier » (kapot temarim) (Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm IV 123). En pratique, bien que la thèse indulgente semble juste – il existe en effet des espèces de palmier qui ressemblent au palmier canarien –, il est juste de s’abstenir de faire la mitsva avec un tel loulav, puisqu’il fait l’objet d’une controverse.


[i]. Ou méhoudar : d’une particulière beauté ou perfection.

[4]. Selon Rabbi Tarfon (Souka 32b), le téfa’h par lequel on mesure les quatre espèces est plus petit que le téfa’h habituel d’un sixième ; et c’est en ce sens que tranchent Tossephot, Rabbénou Yona, le Roch et le Ran. Selon le Rif et Maïmonide, la halakha est conforme à l’opinion du premier Tanna cité par la Michna : les quatre espèces sont, elles aussi, mesurées à l’aide du téfa’h ordinaire. En pratique (Choul’han ‘Aroukh et Rama 650, 1), on est a priori rigoureux en se fondant sur le téfa’h ordinaire ; en cas de nécessité pressante, on est indulgent, et l’on récite la bénédiction, même sur un loulav répondant à la petite mesure.

Simplement, comme on le sait, un doute est apparu quant à la mesure même d’un téfa’h ordinaire : selon Rabbi ‘Haïm Naeh, sa longueur est de 8 cm ; par conséquent, la taille d’un loulav doit être, a priori, d’au moins 32 cm, ou de 26,6 cm en cas de nécessité pressante. Selon la mesure mise à jour, un téfa’h fait 7,6 cm, de sorte que, a priori, le loulav devra mesurer au moins 30,4 cm, et, en cas de nécessité pressante, 25,3 cm. Dans le corps de texte, nous avons retenu a priori la mesure de Rabbi ‘Haïm Naeh, qui donne un nombre entier, et que l’on a pris l’habitude de citer pendant deux générations. Mais en cas de nécessité, la mesure révisée est principale. (Cf. ci-dessus, chap. 2, note 1). Il existe encore une mesure rigoureuse, celle du Noda’ Biyehouda et du ‘Hazon Ich, d’après qui un téfa’h fait 9,6 cm, de sorte que le loulav devrait mesurer a priori 38,4 cm, ou 32 cm en cas de nécessité).

08.Le myrte

Le « rameau de l’arbre feuillu » (‘anaf ‘ets ‘avot) dont parle la Torah est le myrte, dont les feuilles poussent par séries de trois, qui semblent en quelque sorte tressées, et recouvrent la branche, au point que celle-ci prend l’allure d’un rameau feuillu. Il faut que les trois feuilles proviennent « d’un même nid » (qen), c’est-à-dire qu’elles poussent à une même hauteur. Mais si deux feuilles poussent à partir de deux points égaux en hauteur, et que la troisième pousse plus haut ou plus bas que les deux autres, cela ne s’appelle pas « rameau de l’arbre feuillu », mais hadas choté (myrte irrégulier, littéralement « myrte fou »), et ce n’est pas valide pour la mitsva (Souka 32b, Choul’han ‘Aroukh 646, 3). Telle est la nature des myrtes : quand ils poussent avec force et vitalité, ils portent trois feuilles à chaque « nid ». Mais il n’est pas nécessaire d’être très pointilleux à cet égard : dès lors que, aux yeux des gens, les feuilles semblent constituer un trio provenant d’une hauteur égale sur la branche, la série de trois est constituée, même si, en réalité, l’une d’entre elles est légèrement plus haute que les autres<[5].

Il faut prendre trois branches de myrte avec le loulav, et la taille de chaque branche doit être de trois téfa’him, c’est-à-dire de 24 cm, ou, en cas de nécessité pressante, de 19 cm. Il n’y a pas de limite supérieure à la longueur de la branche : même si elle est très longue, elle reste cachère ; simplement, il faut veiller à ce que, lorsqu’on rassemble les myrtes avec la branche de palmier, cette dernière dépasse les myrtes d’au moins un téfa’h (Choul’han ‘Aroukh 650, 1-2 ; cf. ci-après, chap. 5 § 2).

A priori, il faut que des feuilles triplées poussent tout au long des trois téfa’him, car certains auteurs estiment que, sans cela, la branche de myrte n’est pas valide pour la mitsva (Guéonim). Cependant, en pratique, si les feuilles triplées recouvrent la majorité des trois téfa’him, la branche de myrte est cachère, puisque telle est l’opinion d’une majorité de décisionnaires (Raavad, Roch, Choul’han ‘Aroukh 646, 5). Même quand la branche est longue de quatre téfa’him ou davantage, elle est cachère tant que ses feuilles triplées recouvrent la majorité de trois téfa’him. Et si les feuilles triplées recouvrent trois téfa’him, la branche de myrte est considérée comme cachère la-méhadrin, même si, au-delà de ces trois téfa’him, il y a des feuilles qui ne poussent plus par trois (Baït ‘Hadach ; cf. Béour Halakha 646, 9, fin du passage commençant par Oul’iqouva)[6].

La nature du myrte est de produire des baies, qui ressemblent à de petits grains de raisin. Au début, ces fruits sont verts, puis ils deviennent rouges et noirs. Si la branche de myrte présente des baies vertes, elle est cachère pour la mitsva. Si ses baies sont rouges ou noires, et que, sur la longueur des trois téfa’him de la branche, le nombre des fruits dépasse celui des feuilles, la branche de myrte n’est pas valide, car sa couleur est « bariolée ». Mais si l’on a ôté les baies, la branche retrouve sa validité. Toutefois, on n’ôte pas les baies le Yom tov, car on semblerait alors arranger un objet pour le rendre propre à l’usage (métaqen) (Souka 33b, Choul’han ‘Aroukh 646, 2 et 11).

Parfois, entre les feuilles du myrte, il pousse des feuilles supplémentaires ; il est bon de les couper (Cha’ar Hatsioun 646, 36).

Si le sommet de la branche a été sectionné, il est préférable de prendre une autre branche, car certains décisionnaires pensent qu’un myrte sectionné n’est pas valide (Raavad, Rabbi Zera’hia Halévi). Quand il n’y a pas d’autre branche pour remplacer celle-ci, on taillera la branche de manière telle que les feuilles de myrte cacheront la coupure. De cette façon, on pourra réciter la bénédiction (Choul’han ‘Aroukh 646, 10, Cha’ar Hatsioun 32).

Une branche de myrte dont les feuilles se sont fanées reste cachère. Mais si elles ont entièrement séché, au point qu’elles s’effritent quand on y passe l’ongle, qu’elles ont perdu leur verdeur et ont pâli, le myrte n’est pas valide. Cependant, si l’on a trempé la branche de myrte dans de l’eau pendant un jour, et que ces signes de flétrissement ont disparu, c’est signe que le myrte n’a pas entièrement fané ; il est dès lors cachère (Choul’han ‘Aroukh 646, 6-7, Michna Beroura 20).


[5]. Parfois, en posant sur la branche de myrte un regard général, il semble que les feuilles soient organisées de façon ternaire, mais, quand on y regarde plus attentivement, on s’aperçoit que l’une des feuilles prend son départ légèrement plus haut que ses deux compagnes. La position principale, en halakha, consiste à dire que, tant que les trois feuilles paraissent, à première vue, constituer un trio d’égale hauteur, elles sont considérées comme tel. De nombreux maîtres n’avaient pas d’autre usage : ils regardaient la branche de manière superficielle ; et telle est la halakha (cf. Har’havot 8, 1). D’autres sont plus pointilleux ; mais, de leur avis même, s’il y a une « ligne égale » pour les trois racines d’où procèdent les feuilles sur la branche, le myrte est cachère. En d’autres termes, l’endroit d’où émerge la feuille elle-même est long d’au moins deux millimètres ; par conséquent, si l’une des feuilles est plus haute que ses compagnes d’un millimètre et demi, il existe pratiquement autour de la branche une ligne rassemblant le lieu d’où s’embranchent les queues des trois feuilles ; simplement, pour l’une des feuilles, la ligne touchera la partie supérieure du lieu de sa pousse, tandis que, pour une autre, la ligne touchera la partie inférieure du lieu de sa pousse.

[6]. Cf. ci-dessus, note 4 ; par conséquent, d’après l’estimation de Rabbi ‘Haïm Naeh, la longueur des branches de myrte doit être d’au moins 24 cm. Suivant l’estimation révisée, il faut 22,8 cm, ou 19 en cas de nécessité pressante (quant à ceux qui embellissent la mitsva conformément aux mesures du ‘Hazon Ich, il faut 28,8 cm).

Les trois téfa’him se mesurent sur la longueur de la branche, mais sans tenir compte des petites feuilles qui prolongent la branche à son sommet et la dépassent. Pour accomplir la mitsva a priori, il faut ne mesurer la branche qu’à partir de l’endroit où les feuilles inférieures commencent à pousser.

Quand on vérifie s’il y a une majorité de feuilles triplées, il faut qu’il pousse de telles feuilles sur la majorité de la longueur de la branche. A priori, il faut aussi que la majorité des « nids » d’où partent les feuilles soient triples. S’il y avait, à l’origine, trois feuilles à chaque « nid », et qu’une feuille soit tombée de chaque « nid », certains auteurs déclarent la branche cachère (Rabbi Aaron Halévi, Rabbénou Yerou’ham, Ritva) ; d’autres la déclarent non valide (Ran, Beit Yossef). Selon de nombreux A’haronim, en cas de nécessité pressante, on peut être indulgent (Cha’ar Hatsioun 646, 21).

09.Les branches de saule

Les signes de validité de la branche de saule sont au nombre de trois : a) ses feuilles sont oblongues « comme un ruisseau », et, dans le sens latitudinal, non symétriques ; b) le bord de la feuille est lisse ; c) la branche est légèrement rouge ; et si elle commence par être verte quand elle est tendre, elle finit par rougir.

Il existe une espèce proche<[j], le peuplier, qui ne porte pas les trois signes susdits : ses feuilles sont agencées de manière symétrique, le bord des feuilles est dentelé comme une scie, et les branches sont vertes. Certes, il existe également une espèce de saule où la tranche de la feuille n’est pas lisse ; mais elle n’est dentelée que de façon très douce, comparée à la feuille de peuplier (Souka 33b, Choul’han ‘Aroukh 647, 1).

Puisque la majorité des saules poussent près des ruisseaux, cette espèce a été appelée ‘arvé na’hal (« saules de ruisseau »), mais cela n’est pas une condition de validité de cette plante : tant qu’elle appartient à l’espèce des saules, même si elle pousse sur les montagnes ou dans le désert, elle est cachère la-méhadrin.

Il faut prendre, avec le loulav, deux branches de saule, et la taille de chaque branche doit équivaloir à trois téfa’him, ce qui fait environ 24 cm, ou, en cas de nécessité pressante, 19 cm (cf. notes 4 et 6). Il n’y a pas de limite supérieure à la longueur de la branche : même si elle est très longue, elle reste cachère. Il faut simplement veiller, lorsqu’on unit les branches de saule au loulav, à ce que la tige de celui-ci dépasse les saules d’un téfa’h (Choul’han ‘Aroukh 650, 1-2 ; cf. ci-après, chap. 5 § 2).

La caractéristique essentielle du saule est d’être plein de vitalité, de force de croissance ; aussi pousse-t-il naturellement près de l’eau. Quand le saule n’est pas dans l’eau, il se dessèche rapidement ; et si la majorité des feuilles se sont desséchées, au point que toute apparence de verdeur les a quittées et qu’elles ont pâli, la branche de saule n’est pas valide. Si ses feuilles se sont fanées, elle reste cachère a posteriori, dès lors que les feuilles n’ont pas encore séché (Choul’han ‘Aroukh 647, 2). Et puisque le saule sèche rapidement, ceux qui apportent à leur pratique un supplément de perfection ont coutume de changer ces branches plusieurs fois au cours de la fête. Parfois, si on les garde dans un étui de plastique hermétique, et qu’on ne les sorte que pour les besoins de la mitsva, elles se conservent dans leur perfection pendant toute la fête.

Si la majorité des feuilles sont tombées de la branche de saule, celle-ci n’est plus valide. Il faut être attentif à cela, car parfois, quand on enfonce les branches de saule dans leur étui, les feuilles tombent (Choul’han ‘Aroukh 647, 2).

Une branche de saule dont le sommet est sectionné est invalide, car elle a perdu son hadar (sa beauté, sa splendeur). Mais si c’est la feuille supérieure qui a été coupée, et que la tige demeure entière, la branche est cachère (Maguen Avraham 647, 10).


[j]. Par ses feuilles, qui offrent une certaine similitude avec celles du saule.

10.Cédrat hybride ; statut du pitam

Le fruit d’arbre de la splendeur qu’il nous est ordonné de prendre lors de la fête de Soukot est le cédrat (étrog), et cette identification s’est transmise parmi le peuple juif, de génération en génération. De même que, pour tous les fruits, nous trouvons des variétés différentes, de même trouvons-nous des cédrats de variétés différentes, certains étant grands, d’autres petits, certains jaunes, d’autres verdâtres, et tous sont des cédrats valables pour la mitsva.

Un grave problème s’est posé, ces derniers siècles. La majorité des cédrats sont cultivés par des non-Juifs ; or, puisque les cédratiers sont délicats et sensibles, et ont tendance à contracter des maladies, les non-Juifs ont pris l’usage, afin de les renforcer et d’en prolonger les années, de les greffer sur un citronnier ou sur un bigaradier. Bien qu’il se soit trouvé des décisionnaires pour être indulgents en cela, la halakha tranche qu’un cédrat qui a poussé sur un arbre greffé est invalide pour la mitsva du loulav. En effet, la Torah nous a prescrit de prendre un cédrat proprement dit, tandis que le cédrat greffé est considéré comme une nouvelle création, ou bien comme la combinaison de deux fruits : le cédrat, d’une part, l’espèce d’arbre sur lequel le cédrat a été greffé, d’autre part (Rama, Maguen Avraham, Chevout Ya’aqov). D’autres disent que le cédrat greffé est invalide parce qu’il est entaché d’une faute ; il est en effet interdit de greffer un arbre d’une certaine espèce sur un autre (Levouch). De nos jours, les cultivateurs de cédrats ont soin de planter des arbres non greffés ; aussi peut-on s’appuyer sur les commerçants quand ils témoignent de ce que les cédrats qu’ils vendent ne sont point hybrides.

Tous les cédrats possèdent d’abord un [k], mais, dans la majorité des cas, cette pointe sèche et tombe alors que le fruit est encore très petit. Ces cédrats dépourvus de pitam sont cachères a priori, et ils ne sont affectés d’aucun manque, puisque telle est leur nature. Il existe des variétés de cédrats qui ont davantage tendance à développer un pitam : parfois, le pitam est porteur d’une grande vitalité, on est alors en présence d’un pitam charnu ; d’autres fois, le pitam est sec, et l’on a un pitam boisé. Il existe un traitement par pulvérisation qui fait cesser le processus de dessèchement du pitam et sa chute ; les agriculteurs qui veulent cultiver des cédrats à pitam charnu en font usage.

L’apparence du pitam charnu est semblable à celle du cédrat lui-même : comme le cédrat, il contient de la chair ; tout en haut, une couronne appelée chochanta (« rose »), dont la forme rappelle une fleur, et qui a séché comme du bois. Le statut du pitam charnu est en tout point semblable à celui de la partie supérieure du cédrat : toute carence, toute tache invalidante dans la partie supérieure (le ‘hotem) du fruit est également invalidante à l’égard de la partie charnue du pitam. Quant à la chochanta, si elle a tout entière été enlevée, le cédrat n’est pas valide ; s’il en reste de quoi couvrir la chair du pitam, le cédrat est valide (cf. Har’havot 10, 7-9).

La règle applicable au pitam « boisé » est plus simple : si le pitam a été tout entier enlevé, au point que plus rien ne fait saillie, le cédrat n’est pas valide ; s’il en reste un tant soit peu, qui émerge au-dessus de la hauteur du cédrat, celui-ci est valide (Choul’han ‘Aroukh 648, 7, Michna Beroura 30).

Si tout le pédoncule (‘oqets) du cédrat – c’est-à-dire la queue, l’extrémité reliant le cédrat à la branche – est tombé, au point que la chair du fruit apparaît, le cédrat est invalide le premier jour, parce qu’il manque un peu de sa chair. S’il reste assez de ce pédoncule pour couvrir la chair du cédrat, celui-ci est cachère (Choul’han ‘Aroukh 648, 8, Michna Beroura 33).


[k]. Pointe, petite excroissance surplombant la partie supérieure du fruit. Puisque tel est l’usage que d’employer le mot hébreu, nous renonçons à traduire et écrirons simplement le pitam.

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