Chapitre 5 – La mitsva d’agiter le loulav (nétilat loulav)

01.Temps de la mitsva

La mitsva de [a] doit s’accomplir le jour et non la nuit. On a coutume de prendre le loulav lors de l’office de Cha’harit. Si l’on n’a pas fait la mitsva à Cha’harit, on la fera après cela. Si le soleil s’est déjà couché, on fera la mitsva sans réciter la bénédiction ; et si les étoiles ont déjà paru, on aura perdu la mitsva (Choul’han ‘Aroukh 652, 1 ; Michna Beroura 2).

C’est une mitsva que de prendre le loulav pendant la récitation du Hallel, et d’en faire le balancement au moment des versets Hodou Lachem ki tov, ki le’olam ‘hasdo (« Louez l’Éternel car Il est bon, car sa grâce est perpétuelle ») et Anna Hachem hochi’a na (« De grâce, Éternel, secours-nous, de grâce »). Et puisque les sages ont institué une bénédiction sur la prise du loulav, on a coutume de la prononcer avant la récitation du Hallel. Certains ont cependant coutume de la dire dès avant l’office, dans la souka (cf. ci-après, § 3).

A priori, il ne faut pas agiter le loulav avant le lever du soleil (hanets ha’hama), moment où le soleil commence à se voir à l’orient. Mais si l’on doit se lever plus tôt afin de prendre la route, et que l’on ne puisse accomplir la mitsva du loulav après le premier rayon du soleil, on l’accomplira – et l’on en récitera la bénédiction – à partir de l’aube (‘amoud hacha’har), c’est-à-dire à partir du moment où la première lueur paraît à l’orient (Choul’han ‘Aroukh 652, 1 ; Pniné Halakha – La Prière d’Israël 11, 2, note 1).

Comme nous l’avons vu (chap. 4 § 1), la mitsva toranique n’oblige à agiter le loulav que le premier jour de fête ; ce n’est que dans le sanctuaire que la mitsva était d’agiter le loulav chacun des sept jours. Telle était la coutume à l’époque du Temple : dans le reste du monde, on n’agitait le loulav que le premier jour ; les autres jours, seuls ceux qui faisaient le pèlerinage de Jérusalem agitaient le loulav. Lorsque le premier jour de Soukot tombait un Chabbat, les habitants de la terre d’Israël agitaient le loulav ; et pour qu’on n’en vînt pas à le porter dans le domaine public, les sages prescrivirent de faire cette mitsva à la maison (Souka 42b). Quant aux habitants de la diaspora, ils n’agitaient point le loulav le Chabbat, parce qu’ils ne savaient pas avec certitude quand le mois avait été consacré au beit-din, de sorte qu’ils devaient célébrer, en raison du doute, un second jour de Yom tov. Et puisqu’il n’était pas certain que le Chabbat fût le premier jour de Yom tov, les sages ordonnèrent de ne point agiter le loulav ce jour-là, de crainte que, malgré leur décret imposant d’accomplir cette mitsva à la maison, certains juifs ne fissent erreur et portassent leur loulav dans le domaine public, ce par quoi ils auraient profané le Chabbat (Soukot 43a).

Après la destruction du Temple, les sages décrétèrent que, dans le monde entier, on agiterait le loulav pendant sept jours en souvenir du Temple ; à l’inverse, ils décidèrent que, même en Erets Israël, on n’agiterait point le loulav le premier jour tombant un Chabbat, afin que tout Israël adoptât une coutume unique (Souka 44a). Et même après que l’on eut commencé de sanctifier les mois d’après un calendrier fixe, de sorte qu’il ne resta plus de doute quant à l’identification du premier jour, l’interdit d’agiter le loulav le premier jour tombant un Chabbat se maintint (Maïmonide, Hilkhot Loulav 7, 16-18).

Il est peut-être permis d’avancer, quant à la signification de cet usage, qu’après la destruction du Temple la mitsva de nétilat loulav a perdu en force d’influence ; aussi était-il nécessaire de la renforcer en prescrivant de l’accomplir en tout lieu pendant sept jours. En revanche, la crainte qu’il ne fût porté atteinte à l’honneur du Chabbat a augmenté de beaucoup ; or le Chabbat demeure le fondement de la vie et de la bénédiction à l’égard de la pérennité d’Israël. Il faut ajouter que, à notre époque, la sainteté du Chabbat possède une efficacité qui remplace celle de la prise du loulav. Et afin que l’on n’en arrivât pas, à Dieu ne plaise, à une profanation du Chabbat, nos sages ont décidé que, lors même que le premier jour de Soukot tomberait un Chabbat, on n’accomplirait point la mitsva du loulav. En pratique, il ressort de tout cela que, les années où le premier jour de Soukot tombe un Chabbat, on n’accomplit point la mitsva de nétilat loulav telle que prescrite par la Torah, puisque cette mitsva est, les autres jours, de rang rabbinique.


[a]. Litt. « prise du loulav » ou « élévation  du loulav ». Le Grand-rabbin Ernest Weill, dans son Choul’han Aroukh abrégé, écrit « agiter le loulav » et nous adoptons la formule.

02.Le rassemblement des quatre espèces

Chacune des quatre espèces conditionne la validité des trois autres : s’il manque l’une d’entre elles, on ne peut accomplir la mitsva avec les trois restantes (Mena’hot 27a). C’est une mitsva que d’agiter les quatre espèces ensemble ; mais a posteriori, si l’on dispose bien des quatre, on peut accomplir la mitsva assortie de sa bénédiction en les prenant l’une après l’autre (Choul’han ‘Aroukh 651, 12).

Non seulement c’est une mitsva que de prendre concurremment les quatre espèces, mais c’est même une mitsva d’assembler la branche de palmier, les myrtes et les branches de saule ; car telle est la beauté de la mitsva. Et c’est une mitsva que de se parer devant l’Éternel, dans la pratique des commandements, comme il est dit : « C’est mon Dieu, et je le magnifierai » (Ex 15, 2)[b]. Le cédrat, en revanche, n’est pas assemblé avec les autres espèces ; les sages, en effet, remarquent la  formulation particulière du verset (Lv 23, 40) : « Et vous prendrez, le premier jour, le fruit de l’arbre de splendeur, des palmes de dattier et des rameaux de l’arbre feuillu et des saules de ruisseau. » La conjonction de coordination ו (« et ») relie trois des espèces l’une à l’autre, tandis que le cédrat reste seul et ne s’assemble pas aux autres.

Certains estiment que la mitsva requiert d’assembler les trois espèces par un véritable nœud, tel qu’il est interdit de le faire pendant Chabbat – par exemple un nœud double. Selon eux, ceux-là même qui utilisent un koïshkelakh (écrin fait de feuilles de palmier tressées) feront bien de le nouer d’un nœud double (Choul’han ‘Aroukh 651, 1). D’autres estiment qu’il n’est pas nécessaire d’être pointilleux à cet égard : le principal est que les trois espèces soient mises ensemble (Ritva, cf. Michna Beroura 651, 8).

Bien que de nombreuses personnes aient, en pratique, l’usage d’attacher le loulav avec des feuilles de palmier, on peut l’attacher avec toutes sortes de fils ou de lanières (Choul’han ‘Aroukh 651, 1).

Quand on assemble le loulav avec les myrtes et les branches de saule, il faut veiller à ce que la tête du loulav dépasse d’au moins un téfa’h les myrtes et les saules (Choul’han ‘Aroukh 650, 2). Si les myrtes ou les saules sont longs et le loulav court, de sorte qu’il ne les dépasse pas d’un téfa’h, il faut faire l’une des deux choses suivantes : soit raccourcir les myrtes et les saules – en veillant à respecter leur mesure de validité, qui est d’au moins trois téfa’him –, afin que la branche de palmier les dépasse d’un téfa’h ; soit les attacher de façon que la base des myrtes et des saules parte de plus bas que celle de la branche de palmier, afin que, en pratique, la tête de celle-ci dépasse les autres d’un téfa’h.

On n’agitera pas plus d’une branche de palmier et d’un cédrat. Quant aux myrtes, il en faut trois branches, et deux de saule ; toutefois, si l’on veut ajouter au nombre des myrtes et des saules, on y est autorisés. Cependant, nombreux sont ceux qui ont soin de ne pas ajouter au nombre de trois myrtes et de deux saules (Choul’han ‘Aroukh 651, 15).

Il est interdit d’ajouter une cinquième espèce aux quatre que prescrit la Torah, et quiconque y ajouterait enfreindrait l’interdit de bal tossif (Dt 12, 32 : « Tout ce que Je vous ordonne, vous le garderez pour l’accomplir, vous n’y ajouterez rien… » ; Choul’han ‘Aroukh 651, 14)[1].

Certains ont coutume d’attacher les myrtes à droite de la tige centrale de la branche de palmier, et les branches de saule du côté gauche (Chné Lou’hot Habrit, Michna Beroura 651, 12). D’autres ont coutume d’attacher une branche de myrte à droite, une à gauche, et une autre au centre ; une branche de saule à droite, une autre à gauche (Maguen Avraham au nom de Rabbi Isaac Louria). Par l’une ou l’autre de ces deux méthodes, on accomplit la mitsva de belle façon (la-méhadrin).

Certains ont coutume, comme supplément de perfection, de veiller à ce que les myrtes dépassent quelque peu les saules en hauteur, parce que les myrtes font allusion aux justes, et les saules aux ignorants (Rama 651, 1).

En plus de la mitsva d’assembler les trois espèces, certains observent ce supplément de perfection consistant à attacher la branche de palmier elle-même par trois autres nœuds. Les Ashkénazes ont soin de laisser la partie supérieure de la branche de palmier non nouée, afin de produire, au moment des balancements du loulav (les na’anou’im) un « trémolo », bruissement caractéristique dû au secouement des feuilles (Rama 651, 1, Michna Beroura 14). D’autres ont coutume de faire dix-huit nœuds au loulav (cf. Kaf Ha’haïm 16).


[b]. Cf. chap. 4 § 4 et 14. 

[1]. Certains pensent que, de même qu’il est interdit d’ajouter une cinquième espèce aux quatre prescrites, de même est-il interdit d’ajouter un myrte irrégulier (hadas choté) (Halakhot Guedolot). D’autres estiment qu’il ne s’agit pas d’une « autre espèce », et que celui qui souhaiterait ajouter des myrtes irréguliers au bouquet y est autorisé (Rav Netronaï Gaon, Rav Paltoï Gaon) ; et telle est la coutume des Yéménites.

03.Déroulement de la mitsva du loulav ; sa bénédiction

On prend le loulav de la main droite, avec les branches de myrte et de saule, et dans la main gauche le cédrat. Cela, parce que les trois espèces, prises ensemble, sont plus importantes que le cédrat, de sorte qu’il convient de les prendre de la main droite, qui est la main la plus importante, et la main forte. Si, par erreur, on a pris le loulav à gauche et le cédrat à droite, on est néanmoins quitte de son obligation.

Selon certains, même un gaucher prendra le loulav de la main droite, comme le font la majorité des gens, parce que, chez le gaucher aussi, la main droite est dotée d’une importance particulière – elle fait allusion à la mesure de miséricorde (midat ha-’hessed) (Choul’han ‘Aroukh 651, 3). Et telle est la coutume fondée sur la Kabbale. D’autres estiment que, puisque chez le gaucher la main gauche est la main forte et la plus importante, c’est dans cette main qu’il prendra les trois espèces, et dans la droite le cédrat (Rama).

Il faut avoir soin de prendre les quatre espèces dans le sens de leur pousse, le côté de la racine vers le bas, le sommet vers le haut. Pour le cédrat, on placera le pédoncule (‘oqets) en bas, la partie supérieure (‘hotem) en haut, puisque c’est ainsi qu’il commence à croître sur l’arbre. Si l’on a renversé l’une des espèces, on n’est point quitte de la mitsva, puisque on n’aura pas agité cette espèce dans le sens de sa pousse (Souka 37b, 45b, Choul’han ‘Aroukh 651, 2).

On tient le loulav de sorte que la tige centrale soit orientée vers soi, et l’on accole le cédrat à l’ensemble formé par le loulav et les branches de myrte et de saule (Choul’han ‘Aroukh 651, 11). C’est de cette façon qu’on l’agite en direction des quatre points cardinaux, ainsi que vers le haut et vers le bas, comme nous le verrons au prochain paragraphe.

Nos sages ont institué une bénédiction, qui se récite avant d’accomplir la mitsva : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha’olam, acher qidechanou be-mitsvotav, vétsivanou ‘al nétilat loulav (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui nous a sanctifiés par tes commandements et nous a ordonné l’élévation du loulav »). Pour que la bénédiction précède aussi immédiatement que possible l’accomplissement de la mitsva, on prend les quatre espèces avant de la réciter ; simplement, on tient le cédrat à l’envers, le pédoncule vers le haut, la partie supérieure vers le bas, de façon que l’on ne saurait accomplir ainsi la mitsva. Puis, immédiatement après la bénédiction, on retourne le cédrat et l’on agite le loulav. D’autres ont coutume, pendant la bénédiction, de prendre le loulav seul ; puis, tout de suite après la bénédiction, ils prennent le cédrat et l’agitent avec le loulav (cf. Choul’han ‘Aroukh 651, 5). Le premier jour, on ajoute une seconde bénédiction avant d’accomplir la mitsva : Chéhé’héyanou (Choul’han ‘Aroukh 651, 6).

On a coutume de se tenir debout pendant qu’on récite la bénédiction et qu’on accomplit la mitsva de nétilat loulav. La bénédiction que l’on a prononcée vaut pour tous les loulavim que l’on saisira et balancera ce jour-là (Rama 651, 5).

Il est de coutume de dire la bénédiction du loulav avant le commencement du Hallel (Choul’han ‘Aroukh 644, 1). Certains embellissent leur pratique en disant la bénédiction du loulav[c] dans la souka, avant d’aller à la synagogue, afin de relier la mitsva du loulav à celle de la souka (Rabbi Isaac Louria, Chné Lou’hot Habrit). Ceux qui prient à l’aube (à l’office de Vatiqin) ne peuvent dire la bénédiction du loulav avant cela dans la souka, puisque le temps de la mitsva du loulav ne commence qu’au lever du soleil.

On doit prendre le loulav et le cédrat directement en main ; ceux qui mettraient le loulav ou le cédrat dans un ustensile, puis qui saisiraient l’ustensile, ne se rendraient point quitte de la mitsva. Il ne doit rien y avoir qui fasse écran entre les mains et les quatre espèces ; toutefois, l’écrin de feuille de palmier tressée dans lequel certains assemblent le loulav aux myrtes et aux branches de saule (koïshkelakh) ne constitue pas une séparation, puisqu’il est destiné aux besoins des quatre espèces. Certains, rigoureux, ôtent leurs bagues de leurs doigts ; mais si l’on s’en tient à la stricte obligation, les bagues ne constituent pas une séparation, puisqu’elles ne couvrent qu’une petite partie de la main (Choul’han ‘Aroukh 651, 7).

Si l’on a la main bandée, mais que ses doigts dépassent du bandage, de telle façon qu’on puisse saisir de ses doigts les quatre espèces, on peut accomplir la mitsva a posteriori (‘Iqaré Hadat 33, 25 ; cf. Har’havot). Si l’on ne peut pas saisir les espèces avec ses doigts, on accomplira la mitsva avec l’autre main seulement : on récitera la bénédiction du loulav, puis on saisira celui-ci en premier, après quoi on le posera et l’on saisira le cédrat. Nous avons vu, en effet (§ 2), qu’a posteriori l’on peut agiter les espèces l’une après l’autre.


[c]. Et en faisant, bien sûr, la mitsva d’agiter le loulav ; cela, sans préjudice des balancements (na’anou’im) qu’ils feront pendant le Hallel à la synagogue.

04.Manière d’accomplir les balancements (na’anou’im)

Par le seul fait que l’on prend en main les quatre espèces et qu’on les élève, on accomplit la mitsva, puisqu’il est dit : « Et vous prendrez… » (Lv 23, 40). Les sages, pour leur part, ont prescrit d’agiter le loulav, de même que la Torah a ordonné de procéder au balancement de certains sacrifices (Souka 42a, Mena’hot 61a).

Voici comment on fait le balancement : « On fait aller et venir, on élève et l’on abaisse. » En d’autres termes, on éloigne le loulav de soi et on le rapproche de soi, on le dirige vers le haut puis on le fait redescendre. Ces gestes sont l’expression de la foi :

« On fait aller et venir » : en l’honneur de Celui auquel appartiennent les quatre points cardinaux ; « on élève et l’on abaisse » : en l’honneur de Celui auquel appartiennent les cieux et la terre » (Souka 37b).

Aussi a-t-on coutume d’agiter le loulav en direction des quatre points cardinaux, ainsi que vers le haut et vers le bas.

Les sages enseignent encore :

« On fait aller et venir » : afin de faire barrage aux mauvais vents ; « on élève et l’on abaisse » : afin de faire barrage aux mauvaises rosées (ibid.).

Raison supplémentaire : après les jours de jugement, au cours desquels nous nous sommes tenus devant Dieu en prière, nous commençons l’année dans la joie, et faisons le balancement des quatre espèces en signe de victoire, pour la réussite de la téchouva et le renouvellement de notre proximité avec Dieu, béni soit-Il (Lv Rabba 30, 2 ; cf. ci-dessus, chap. 1 § 3).

Les balancements se font comme suit : on accole le cédrat qui se trouve en sa main gauche au bouquet du loulav, des myrtes et des saules qu’on a dans sa main droite ; on tient ces quatre espèces près du corps – certains font cet enjolivement consistant à les accoler à la poitrine – et, de là, on les promène vers tel point cardinal, tout en maintenant le sommet du loulav vers le haut, mais incliné vers ledit point cardinal ; puis on ramène les quatre espèces vers son corps. On fait cela trois fois pour chacune des directions vers lesquelles on marque ces balancements : les quatre points cardinaux, le haut et le bas. Quand on balance le loulav vers le bas, on ne le retourne pas (pointe en bas) : le loulav reste bel et bien orienté tête en haut, mais on lui imprime un mouvement de va-et-vient, depuis le cœur en direction de la terre.

Certains commencent leurs balancements en direction de l’est ; puis ils se tournent vers la droite et agitent le loulav vers le sud, l’ouest et le nord. Ensuite, ils l’agitent vers le haut et le bas (Choul’han ‘Aroukh 651, 10). Suivant la coutume de Rabbi Isaac Louria, on fait un premier balancement vers le sud, le deuxième vers le nord, le troisième vers l’est, le quatrième vers le haut, le cinquième vers le bas, le sixième vers l’ouest.

Certains, pendant les balancements, se tournent du côté vers lequel ils impriment le mouvement ; et quand ils l’impriment vers le haut et vers le bas, ils restent tournés du côté est. D’autres ont coutume de se tenir, tout le temps des balancements, tournés vers l’est, et d’orienter le loulav seul dans les différentes directions rituelles. Toutes ces coutumes sont bonnes, et il est juste que chacun perpétue la coutume de ses pères. Quand on n’est pas certain de ce qu’était la coutume de ses pères, on adopte celle que l’on veut[2].

Selon la coutume ashkénaze, on s’efforce de produire un « frémissement » du loulav, lors de son balancement, c’est-à-dire de produire un léger bruissement des feuilles qui se trouvent au sommet de la branche (Michna Beroura 651, 47). Les Séfarades n’ont pas l’usage de faire « frémir » les feuilles du loulav.


[2]. Traité Souka 37b : « On fait aller et venir, on élève et l’on abaisse. On fait aller et venir : en l’honneur de Celui auquel appartiennent les quatre points cardinaux ; on élève et l’on abaisse : en l’honneur de Celui auquel appartiennent les cieux et la terre. » Selon de nombreux auteurs, on apprend de là qu’il faut agiter le loulav en direction des quatre points cardinaux, vers le haut et vers le bas (Chibolé Haléqet, Roch 3, 26). Telle est la coutume la plus répandue (Choul’han ‘Aroukh 651, 9). D’autres écrivent, tout simplement, qu’on fait aller et venir le loulav face à soi, puis en haut et en bas, sans qu’il soit besoin de se tourner vers les quatre points cardinaux (Maïmonide 7, 10, Ritva) ; et telle est la coutume d’une partie des Yéménites (Maharits). 

S’agissant du nombre des balancements, nous apprenons dans le Talmud de Jérusalem (3, 8) : « Il faut agiter trois fois en toute chose. » Certains pensent que, lorsqu’on imprime au loulav un mouvement vers l’extérieur, on le secoue trois fois, tandis qu’on tient le loulav éloigné de son corps, puis on le ramène vers soi, et on le secoue trois autres fois tandis qu’on le tient près de son corps (Choul’han ‘Aroukh 651, 9). D’autres pensent que c’est le va-et-vient dans son ensemble qui se répète trois fois (Rama). Rabbi Isaac Louria soutient ce dernier usage, et c’est celui qui est le plus répandu. Certains poussent le souci d’exactitude jusqu’à se rendre quitte des deux opinions : ils font aller et venir le loulav trois fois en chaque direction, et, l’une de ces trois fois, agitent le loulav en le tenant éloigné, trois fois, puis l’agitent trois fois encore en le tenant près de son corps (Baït ‘Hadach, Maharchal, Touré Zahav et Bikouré Ya’aqov 651, 33). Certains ont coutume de balancer le loulav vers les quatre points cardinaux par le biais des mains seules, sans se tourner eux-mêmes dans ces directions (Maharil, Elya Rabba 651, 24, Michna Beroura 37). D’autres ont coutume de se tourner eux-mêmes dans ces quatre directions (Maamar Mordekhaï 13, Kaf Ha’haïm 96). La coutume de Rabbi Isaac Louria, consistant à faire partir de la poitrine le balancement, est plus proche de cette seconde coutume (cf. Cha’ar Hatsioun 49).

05.À quels moments on procède aux balancements

En plus des balancements (na’anou’im) qui suivent immédiatement la bénédiction du loulav, les sages ont prescrit de tenir en main celui-ci pendant la récitation du Hallel, et d’y imprimer des na’anou’im aux moments où se disent les versets : Hodou Lachem ki tov, ki lé’olam ‘hasdo (« Louez l’Éternel car Il est bon, car sa grâce est perpétuelle ») et Anna Hachem, hochi’a na (« De grâce, Éternel, secours-nous, de grâce ») (Souka 37b). Les sages appuient leur prescription sur le verset : « Alors, les arbres de la forêt chanteront… “Louez l’Éternel car Il est bon, car sa grâce est perpétuelle” ; et dites : “Secours-nous, Dieu de notre salut, rassemble-nous et sauve-nous des peuples, afin que nous rendions hommage à ton saint nom et célébrions tes louanges » (I Ch 16, 33-35). La façon qu’ont les arbres de « chanter », c’est de remuer ; et quand chantent-ils ? au moment où l’on récite « Louez… » et où l’on récite « Secours-nous… » Nous apprenons par-là une signification supplémentaire du balancement du loulav : il exprime une prière pour le rassemblement des exilés des quatre coins de la terre.

Puisque, à Soukot, on est jugé quant à l’octroi de la pluie, le balancement des quatre espèces, qui ont poussé grâce aux pluies de l’année précédente, est une expression de reconnaissance pour la bénédiction de l’année passée, et une prière pour l’année qui commence, afin que, du ciel, de la terre et des quatre points cardinaux, nous viennent des pluies et des rosées bienfaisantes, et non des pluies ou des rosées mauvaises, ni des vents mauvais.

Nous venons de dire que l’on balance le loulav pendant les versets Hodou Lachem ki tov, ki lé’olam ‘hasdo et Anna Hachem Hochi’a na. Or l’usage est de partager les mouvements selon les mots, et, quand on prononce le nom divin, de s’arrêter pour méditer sur la sainteté du nom. De sorte que, lors du verset Hodou, qui comprend six mots en dehors du nom divin, on imprimera au loulav un mouvement à chaque mot, chaque fois en une autre direction. Quant au verset Anna, qui ne comprend que trois mots en dehors du nom divin, on balance le loulav en deux directions successives à chaque mot (Michna Beroura 651, 37)[d].

Selon les kabbalistes, on fait cinq balancements : le premier, après la bénédiction du loulav elle-même ; le deuxième lors du premier Hodou du Hallel ; le troisième sur Anna Hachem hochi’a na ; le quatrième lors de la répétition d’Anna Hachem hochi’a na ; le cinquième lors du Hodou par lequel s’achève le Hallel. Il n’y a pas de différence à faire, à cet égard, entre l’officiant et l’assemblée. Tel est l’usage des Séfarades et d’une partie des Hassidim. Quant à l’usage yéménite, il consiste en quatre balancements, parce qu’on ne répète pas le verset Anna Hachem, hochi’a na.

Suivant la coutume ashkénaze, les fidèles balancent leur loulav neuf fois, et l’officiant sept fois. Cela, parce que, dans cette tradition, il est d’usage d’agiter le loulav chaque fois que l’on dit, dans le Hallel, Hodou Lachem… De cette façon, quatre balancements s’ajoutent à ceux des fidèles, et deux à ceux de l’officiant. La différence entre officiant et fidèles tient à la manière de réciter, dans la tradition ashkénaze, les quatre versets suivants : a) Hodou Lachem ki tov, ki lé’olam ‘hasdo ; b) Yomar na Israël, ki lé’olam ‘hasdo (« Qu’ainsi dise Israël, car sa grâce est perpétuelle ») ; c) Yomerou na veit Aharon, ki lé’olam ‘hasdo (« Qu’ainsi dise la maison d’Aaron, car sa grâce est perpétuelle ») ; d) Yomerou na yiré Hachem, ki lé’olam ‘hasdo (« Qu’ainsi disent ceux qui craignent l’Éternel, car sa grâce est perpétuelle »). Suivant la coutume ashkénaze, à chacun des quatre versets, l’assemblée répond : Hodou Lachem ki tov, ki lé’olam ‘hasdo. De sorte que les fidèles agitent leurs loulavim à l’occasion de chacun de ces quatre versets. Mais l’officiant, lui, ne balance son loulav que pour les deux premiers versets : pour le premier, parce qu’il s’agit précisément de Hodou Lachem ki tov, ki lé’olam ‘hasdo ; pour le deuxième, parce que, dans ce verset, l’officiant appelle tout Israël à louer l’Éternel, ce par quoi il est associé à la réponse, Hodou…, que font ensuite les fidèles. Tandis que, pour les deux derniers versets, puisqu’il invite « la maison d’Aaron » et « ceux qui craignent l’Éternel » à louer l’Éternel, l’officiant n’est pas nécessairement inclus parmi eux ; il n’y fait donc pas de balancement (Choul’han ‘Aroukh et Rama 651, 8). Un autre balancement s’ajoute à ceux-là, suivant la coutume ashkénaze, à la fin du Hallel : puisqu’on y récite par deux fois le verset Hodou, on fait deux balancements du loulav. Nous l’avons vu, selon la coutume kabbalistique, on ne fait à ce moment qu’un balancement[3].


[d]. Note du relecteur : selon l’usage séfarade, on procède selon les syllabes, qui sont au nombre de six, en dehors du nom divin. On balance donc le loulav à chacune de ces syllabes, chaque fois en une autre direction. Sur la syllabe A, vers le sud ; na : vers le nord ; on reste immobile en prononçant le nom divin ; ho : vers l’est ; chi : en restant tourné vers l’est, on balance le loulav vers le haut ; ‘a : vers le bas (mais sans retourner le loulav, qui doit rester pointe en l’air) ; na : vers l’ouest (Rav Mordekhaï Elyahou, Hilkhot ‘Haguim 53, 31, parmi de nombreuses autres sources).

[3]. Dans certaines communautés ashkénazes, il est d’usage que l’officiant, lui aussi, agite le loulav lors de la récitation des deux derniers versets (Yomerou na veit Aharon… et Yomerou na yiré Hachem…), à l’occasion du balancement fait par les fidèles (comme le rapportent les tossaphistes en Souka 37b, ד »ה בהודו). Le Bikouré Ya’aqov 651, 32 écrit qu’il n’y a pas lieu d’annuler la coutume de ces communautés.

Suivant la coutume séfarade, les fidèles répètent chacun des quatre versets, de sorte qu’il n’y a, dans ce passage, qu’une occurrence de Hodou. Cf. Zemanim – Fêtes et solennités juives I, chap. 1, note 17, les sources des deux coutumes relatives aux réponses de l’assemblée.

06.Les femmes, les enfants et le loulav

Les femmes sont dispensées de la mitsva de nétilat loulav, puisqu’il s’agit d’un commandement positif dépendant du temps ; or nous avons pour règle que les femmes sont dispensées des mitsvot positives (mitsvot ‘assé, obligations de faire) déterminées par le temps (Qidouchin 29a). Mais une femme qui voudrait accomplir une mitsva positive dépendante du temps reçoit pour cela une rétribution céleste.

Suivant la coutume majoritaire des communautés séfarades, les femmes ne récitent pas la bénédiction d’une mitsva positive déterminée par le temps ; en effet, comment pourraient-elles dire « Béni sois-Tu… qui nous as sanctifiés par tes commandements et nous as ordonné… », alors que, précisément, cela ne leur est pas ordonné ? Suivant la coutume ashkénaze, puisque les femmes accomplissent en cela une mitsva, elles récitent la bénédiction. Et il n’y a pas de crainte à avoir quant à sa formulation, puisqu’il est dit au pluriel « et qui nous as ordonné » – ce qui vise la communauté d’Israël, laquelle inclut les femmes –, et non « qui m’a ordonné ». Bien que, suivant la coutume séfarade, les femmes ne récitent pas de bénédiction sur les mitsvot positives conditionnées par le temps, de nombreuses femmes ont coutume de la réciter pour le balancement du loulav, et certains auteurs donnent à cela des raisons fondées sur la Kabbale[4].

Quand un enfant sait accomplir les balancements du loulav selon les règles – c’est-à-dire faire « aller et venir, monter et descendre » le loulav –, son père a l’obligation de l’initier à cette mitsva. Si l’enfant a atteint l’âge où il peut aller à la synagogue et y prier, il est juste que son père lui achète un ensemble de quatre espèces afin qu’il puisse accomplir les balancements aux moments prescrits par les sages. Si le père n’a pas la possibilité de les lui acheter, il lui confiera à tout le moins son propre loulav, chaque jour, afin qu’il accomplisse ainsi la mitsva (Souka 42a, Choul’han ‘Aroukh 657, 1, Michna Beroura 4)[5].

Il est bon d’encourager les petites filles à faire chaque jour le balancement du loulav ; certes, les femmes sont exemptées de cette obligation, mais ce leur est une mitsva si elles l’accomplissent, de sorte qu’on les éduque par-là à chérir les mitsvot.


[4]. Cf. La Prière juive au féminin 2, 8, note 9. Concernant la coutume des femmes séfarades en matière de bénédiction du loulav, le ‘Hida estime qu’elles doivent la réciter, et c’est en ce sens que s’expriment le Zekhor le-Avraham, le Rav Pe’alim I Sod Yécharim 12 et le Kaf Ha’haïm 589, 23. Et tel était l’usage dans la famille du Rav Ovadia Hadaya. Le Rav Messas écrit, en Chémech Oumaguen II 72, 3, que les femmes sont autorisées à dire la bénédiction. Face à cela, le Choul’han ‘Aroukh estime qu’elles ne disent pas la bénédiction, et le Yabia’ Omer (I 39-42 et V 43) renforce cette position. 

[5]. Comme nous l’avons vu ci-dessus (chap. 4 § 13), puisqu’on ne se rend point quitte de son obligation, le premier jour, avec un loulav emprunté, il faut veiller à ne pas le faire acquérir, ce jour-là, à un enfant non bar-mitsva, car celui-ci n’a pas la capacité de le faire acquérir à autrui en retour, de sorte que personne ne pourrait accomplir la mitsva du premier jour avec ce loulav après que l’enfant en aura fait l’acquisition. Cependant, après que toutes les personnes majeures ont accompli la mitsva, on peut faire acquérir le loulav au mineur (Choul’han ‘Aroukh 658, 6). Selon certains auteurs, même en ce cas, il est préférable de ne pas faire acquérir le loulav au mineur, de crainte qu’une personne majeure ne se présente, qui ait besoin d’en faire le balancement (Elya Rabba 10). Certains estiment que le mineur ne peut, le premier jour, accomplir la mitsva à titre éducatif sans que le loulav soit à lui, de même que les adultes ne se rendent pas quittes de leur obligation par le biais d’un loulav emprunté (Maguen Avraham, Elya Rabba, Peri Mégadim et ‘Hayé Adam). D’autres pensent que, même avec un loulav emprunté, on peut éduquer l’enfant aux mitsvot, et que l’enfant peut même réciter la bénédiction sur ce loulav (Bigdé Yécha’, comme il ressort du Mordekhi, Raavan et Choul’han ‘Aroukh, tel que l’explique le Cha’ar Hatsioun 658, 36) ; et l’on peut s’appuyer sur ces autorités.

 

07.Conservation des quatre espèces

Il faut s’efforcer de conserver les myrtes et les feuilles de saule dans leur fraîcheur. Pour cela, il était autrefois d’usage de les tremper dans l’eau. C’est ce qu’enseigne la Michna (Souka 42a) quand elle dit que, le Yom tov, il est permis de replacer le loulav avec ses branches de myrte et de saule dans le récipient d’eau où ils étaient avant cela, et qu’il est même permis d’ajouter de l’eau dans le récipient. Par contre, les sages ont interdit de changer l’eau du récipient, le Yom tov, ou de prendre un nouveau récipient et de le remplir d’eau dans le même but, car c’est là un dérangement qui ressemble à un acte de tiqoun keli (entretien d’un ustensile[e]), dans la mesure où, grâce à cela, les espèces trempées dans l’eau se perpétuent (Choul’han ‘Aroukh 654, 1).

À ‘Hol hamo’ed, certains ont l’usage de changer l’eau dans laquelle trempent le loulav, les myrtes et les branches de saule : grâce à cela, ces végétaux gardent davantage leur fraîcheur. D’autres ont l’usage de défaire le bouquet du loulav, de poser les myrtes dans un bocal d’eau, et d’envelopper les branches de saule dans une serviette humide, ou de les tremper dans l’eau. Il existe une autre manière de garder fraîches les quatre espèces : en les introduisant dans un étui hermétique. Cela, à condition qu’elles ne soient pas restées longtemps en dehors de l’étui. Car si elles sont restées longtemps hors de l’étui, et que les myrtes et les saules aient commencé à sécher, il est préférable de les placer d’abord dans l’eau, afin de restaurer leur vitalité.

Certains embellissent la mitsva en changeant chaque jour les branches de saule, car le hidour (supplément de perfection, de beauté) essentiel en matière de saule est que ses branches soient fraîches (Rama 654, 1). De nombreux autres s’efforcent simplement de conserver ces branches de telle façon qu’elles ne sèchent pas.

Puisqu’il nous est enjoint d’assembler le loulav avec les branches de myrte et de saule, il ne suffit pas, quand on apporte de nouvelles branches de saule, ou quand on remet dans le bouquet les myrtes que l’on avait fait tremper dans un récipient d’eau, de les enfoncer à l’intérieur du nœud existant. C’est une mitsva que de lier de nouveau les espèces, ou au moins d’y ajouter un autre lien, afin d’accomplir par-là la mitsva de l’assemblage (Michna Beroura 654, 5).


[e]. Cet « ustensile » étant le loulav, entouré de ses branches de myrte et de saule. 

08.Les quatre espèces et le statut de mouqtsé

À partir du moment où, le premier jour, on fait la mitsva de nétilat loulav, les quatre espèces deviennent mouqtsé, c’est-à-dire réservées à l’usage exclusif de cette mitsva, et il est interdit de s’en servir pour quelque utilisation ordinaire. Par conséquent, il est interdit de manger le cédrat ou de sentir le parfum du myrte – même pour les besoins de la Havdala à l’issue de Chabbat. Même si le cédrat ou les myrtes sont devenus invalides pour la mitsva, l’interdit de mouqtsé leur demeure attaché jusqu’à la fin de la fête (Choul’han ‘Aroukh 653, 1 ; 665, 1).

Toutefois, il est permis de respirer le parfum du cédrat, parce que la destination essentielle de ce fruit est alimentaire, de sorte que c’est seulement à cet égard qu’il a le statut de mouqtsé, tandis que le parfum qui l’accompagne n’a pas été réservé à la mitsva des quatre espèces (Souka 37b). Simplement, un doute est apparu au sujet de celui qui prendrait le cédrat, non seulement pour accomplir la mitsva des quatre espèces, mais encore pour jouir de son parfum : certains auteurs pensent que, puisque l’on tire profit de ce parfum, on devra réciter la bénédiction Baroukh… hanoten réa’h tov bapérot (« Béni sois-Tu… qui donnes une bonne odeur aux fruits »). D’autres estiment que, puisque le dessein essentiel dans lequel on prend le cédrat est d’accomplir la mitsva, on ne devra pas réciter de bénédiction sur son parfum. Afin de sortir du doute, il est juste de former l’intention, au moment où l’on prend le cédrat pour accomplir la mitsva, de le prendre au titre de la mitsva seule, et non pour profiter de son odeur (Choul’han ‘Aroukh 216, 14 ; 653, 1). Mais en dehors des moments où l’on accomplit la mitsva des quatre espèces, celui qui désire sentir le cédrat récitera la bénédiction Hanoten réa’h tov bapérot [6].

Une fois achevés les sept jours de Soukot, expire l’interdit de mouqtsé pesant sur les quatre espèces, et il est permis d’en faire tout usage. Mais il est interdit de les déconsidérer, par exemple en les jetant dans une poubelle souillée, ou de marcher sur elles (Choul’han ‘Aroukh 664, 8).

Si, avant d’avoir commencé à faire la mitsva des quatre espèces[f], on a émis en son for intérieur la condition d’après laquelle elles ne seront pas mouqtsé, et que l’on pourra s’en servir à volonté, l’interdit de mouqtsé ne s’y appliquera pas, et il sera permis de s’en servir à volonté[7].


[6]. Souka 37b : « Rabba a dit : “Le myrte de la mitsva, il est interdit de le sentir ; le cédrat de la mitsva, il est permis de le sentir.” Pour quelle raison ? Le myrte, dont l’usage essentiel est le parfum, c’est son parfum que l’on a exclu quand on l’a réservé ; le cédrat dont l’usage essentiel est la consommation, c’est sa consommation que l’on a exclue quand on l’a réservé. » 

Quand on prend le cédrat pour accomplir la mitsva, il est donc permis, à cette occasion, de le sentir aussi ; simplement, on ne récite point la bénédiction de ce parfum, de la même façon que l’on ne dit pas de bénédiction pour le parfum d’un fruit que l’on est en train de manger. Il est juste de ne pas former l’intention, à ce moment-là, de le prendre également pour en respirer le parfum, car en ce cas, selon le Raavia, le Raavan et le Roqéa’h, il faudrait réciter la bénédiction de ce parfum – tandis que, pour Rabbénou Sim’ha, on ne devrait pas la réciter, puisque le fait d’être destiné à la mitsva annule l’importance de son odeur. Or Rabbénou Pérets écrit que, pour échapper au doute, il est bon, dans une telle situation, de s’abstenir de sentir le cédrat ; et c’est la position du Choul’han ‘Aroukh 216, 14 et 653, 1. Mais si on le prend à un autre moment afin d’en sentir le parfum, on dira la bénédiction, de l’avis de la majorité des Richonim, du Maharchal, du Maguen Avraham et du ‘Havot Yaïr. Certes, selon Rabbénou Sim’ha, le Touré Zahav, Elya Rabba, le ‘Hayé Adam et le Séder Birkot Hanéhénin, on ne dira point la bénédiction ; mais l’opinion principale est celle qui recommande de la dire, puisque tel est le sens obvie de la Guémara Souka 37b, et que telle est la conclusion du Michna Beroura 216, 52, du Béour Halakha ד »ה המריח et du ‘Hazon ‘Ovadia, Hilkhot Berakhot p. 327. De plus, celui qui a l’habitude de respirer le parfum du cédrat et d’en réciter la bénédiction, c’est comme s’il avait émis dès l’abord la condition de ne point exclure cet usage du cédrat ; dès lors, de l’avis même des auteurs rigoureux, il serait permis de réciter la bénédiction de son parfum (cf. Béour Halakha 664, 9 ד »ה אם).

[f]. Le premier jour.

[7]. En Souka 46b, il est dit que, si l’on destine sept cédrats à un jour de fête chacun, chaque cédrat devient mouqtsé pour le jour où l’on en fera le balancement ; et dès l’expiration de ce jour-là, il sera permis de le manger. C’est en ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh 665, 2. Et si l’on a émis d’avance la condition d’après laquelle le statut de mouqtsé ne s’appliquera pas à ses quatre espèces, aucun interdit ne pèsera sur elles. Le Béour Halakha 664, 9 ד »ה אם explique que, certes, selon Tossephot, le premier jour, où un végétal ‘hasser [frappé d’un manque, cf. chap. 4 § 4 et 11] est invalide, la condition n’est pas efficace, et elle ne le sera que les jours suivants. Mais selon le Rachba, le Ran et le Yeréïm, la condition est efficace dès le premier jour ; et cette opinion est rapportée par le Choul’han ‘Aroukh 664, 9.

 

09.La coutume des haqafot à l’époque du Temple

Tous les jours de Soukot, les cohanim (prêtres) tournaient une fois autour de l’autel, et le septième jour ils le faisaient sept fois. Pendant cette procession en rond (haqafa, plur. haqafot), ils disaient : Ana Hachem, hochi’a na, ana Hachem, hatsli’ha na (« De grâce, Éternel, secours-nous, de grâce ; de grâce, Éternel, fais-nous réussir, de grâce »). Selon Rabbi Yehouda, ils disaient : Ani Va-hou, hochi’a na (« Quant à moi, Va-hou[g], secours-moi ») (Souka 45a). Certains disent que les prêtres secouaient leur loulav au moment des haqafot ; d’autres disent qu’ils secouaient seulement des branches de saule (Souka 43b)[8].

Nos sages enseignent que la coutume des haqafot à la synagogue fut instituée en souvenir des tours que l’Éternel prescrivit à Israël de faire autour de Jéricho, à l’époque de Josué, fils de Noun – cela, afin que les Hébreux pussent la conquérir, ainsi que tout le pays (Talmud de Jérusalem, Souka 4, 3). Voici comment se passa la conquête : les cohanim portaient l’arche de l’Éternel, et sept prêtres, qui sonnaient du chofar, marchaient en avant de l’arche ; devant eux, marchait l’avant-garde ; après l’arche, le reste des soldats. Pendant six jours, les Hébreux entourèrent Jéricho, une fois chaque jour ; le septième, ils entourèrent la ville sept fois ; au terme du septième tour, les prêtres firent une longue sonnerie sur leur chofar, tandis que tout le peuple poussa un grand cri de guerre. Alors se produisit un miracle : la muraille de Jéricho s’écroula sur elle-même, et Israël conquit la ville (Jos 6).

Selon les sages de la tradition ésotérique, Jéricho, ville la plus basse au monde, était le centre culturel de Canaan, et c’est là que se concentrait l’esprit d’impureté des Cananéens, qui se servaient de la sainteté de la terre d’Israël pour assouvir leurs passions physiques. La grande muraille par laquelle ils avaient entouré leur ville leur servait de barrière contre la lumière divine, afin de pouvoir se conforter dans leur voie d’impureté sans être dérangés par des pensées de repentir ou par des remords, qui eussent émané de l’illumination divine alentour. Aussi Jéricho constituait-il le verrou qui arrêtait l’entrée d’Israël dans le pays, et l’empêchait d’y révéler la parole de Dieu (cf. Nb Rabba 15, 15). L’Éternel ordonna donc à Israël d’entourer Jéricho et de dévoiler, ce faisant, la lumière divine entourant la réalité ; grâce à cela, les murailles de Jéricho tombèrent, et les Israélites conquirent la ville, de sorte qu’ils purent commencer à révéler la sainteté présente au sein de la nature.

Comme la mitsva de yichouv haarets [h], grâce à l’illumination de laquelle la sainteté se révèle sur toute chose au sein de la nature, la mitsva de la souka, qui entoure l’homme, révèle la sainteté que recèle la nature : par son biais, la vie naturelle – tel le fait de manger ou de dormir – se transforme en mitsva.

C’est à ce propos que les sages instituèrent les haqafot à Soukot, autour de l’autel, afin de faire tomber les murailles d’impureté qui font écran à la lumière divine, l’empêchant de nous éclairer, et afin d’amplifier l’action de la lumière entourant la réalité, dans toutes ses composantes. Grâce à cela, nous pouvons grandir dans la foi et révéler la sainteté présente au sein de la nature.


[g]. Un des noms divins. 

[8]. Les sages controversent en Souka 43b, et les Richonim à leur suite, sur ce que les prêtres avaient en main pendant les haqafot au Temple. Selon Rachi, les haqafot se faisaient avec des branches de saule, et Tossephot précise que les cohanim tournaient autour de l’autel en agitant leurs branches de saules avant de dresser celles-ci sur les côtés de l’autel. Selon Maïmonide (Loulav 7, 22-23) et le Ran, c’est avec le loulav que se faisait la procession. Maïmonide écrit que la coutume est de dresser les branches de saule sur les côtés de l’autel, et non de les porter pendant la procession. De nos jours, la coutume est de porter le loulav pendant la procession, et, à Hocha’na Rabba, de secouer des branches de saule. (Toutefois, selon le Choul’han ‘Aroukh 664, 3, à Hocha’na Rabba, nous faisons la procession avec des branches de saule).

[h]. Peuplement et édification de la terre d’Israël.

10.La coutume des haqafot de nos jours

Après la destruction du Temple, et en souvenir de celui-ci, le peuple juif adopta la coutume de faire des haqafot dans les synagogues. Puisque cet usage ne fit pas l’objet d’une directive rabbinique en bonne et due forme, on vit apparaître, à l’époque des Guéonim, des coutumes différentes en matière de haqafot. À l’époque des Richonim, se fixa une coutume unique pour tout Israël.

On place le séfer-Torah sur la bima [i], et toute l’assemblée se saisit de ses quatre espèces, entourant chaque jour la bima une fois, puis, le septième jour, sept fois. La raison pour laquelle on entoure le rouleau de la Torah est que, après la destruction du Temple, l’étude de la Torah vient en lieu et place de l’autel. En effet, celui qui étudie les paragraphes de la Torah relatifs aux sacrifices est considéré comme s’il les apportait sur l’autel. Au fil des générations, des prières spéciales furent  composées pour les haqafot, où sont mêlées les supplications Ana… hochi’a na et Ani Va-hou hochi’a na. On les récite avant les haqafot, durant celles-ci, ainsi qu’après, chaque communauté suivant sa coutume.

La coutume la plus répandue est qu’un des fidèles tienne le rouleau de la Torah pendant toutes les haqafot (‘Hida, Peri Mégadim). Dans certaines communautés séfarades, on n’est point exigeant à cet égard (Kaf Ha’haïm 660, 6).

Ceux qui n’ont pas de loulav ne tournent pas autour de la bima (Rama 660, 2, Birké Yossef, Kaf Ha’haïm 13). Puisqu’il en est ainsi, certains ont coutume d’installer un homme sans  loulav auprès du séfer-Torah, à côté de la bima.

La procession se fait par la droite ; c’est-à-dire que, lorsqu’on se trouve face à la bima, on prend à droite (Choul’han ‘Aroukh 660, 1, Michna Beroura 3).

Certains estiment que, de même que pendant la mitsva de nétilat loulav, il faut prendre le loulav de la main droite et le cédrat de la main gauche pendant les haqafot, en veillant à ce qu’ils se touchent l’un l’autre (Roqéa’h, Maharil, Ben Ich ‘Haï). D’autres pensent que, si l’on a besoin de tenir son livre de prières d’une main, on peut tenir de l’autre les quatre espèces (Yafé Lalev, Guinat Vradim). Les deux coutumes sont bonnes.

On a l’usage de laisser l’arche sainte ouverte pendant les haqafot (Qitsour Choul’han ‘Aroukh 137, 11).

Quand il n’y a pas de séfer-Torah, certains disent que l’on ne tourne pas autour de la bima (Bikouré Ya’aqov 660, 2). D’autres pensent que l’on tourne  autour de la bima, même sans séfer-Torah (Ben Ich ‘Haï, Haazinou 15).

La coutume séfarade et ‘hassidique est de faire les haqafot entre la récitation du Hallel et le Qadich Titqabal (Kaf Ha’haïm 660, 4). Dans certaines communautés ashkénazes, on a coutume de placer les haqafot après la prière de Moussaf (‘Olat Réïya II p. 370).

Le Chabbat, on ne tourne pas autour de la bima. Certains ont coutume de réciter des Hocha’not [j], d’autres ne les récitent pas le Chabbat (Choul’han ‘Aroukh 660, 3, Kaf Ha’haïm 23).

Certains auteurs estiment que l’endeuillé, pendant l’année de deuil de son père ou de sa mère, ne tourne pas autour de la bima, car ces haqafot furent instituées pour la joie (Rama 660, 2, Michna Beroura 9). D’autres pensent que l’endeuillé, lui aussi, participe aux haqafot (Beit Yossef, Rabbi Isaac Louria, ‘Hayé Adam 148, 19). Tel est l’usage de tous les Séfarades et de nombreux Ashkénazes (Guécher Ha’haïm 20, 3, 6).

 


[i]. Le large pupitre où se lit la Torah.[j]. Prières qui accompagnent les haqafot pendant la fête de Soukot.

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