11. L’interdit du travail des femmes

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Les femmes observent une coutume particulière : elles s’abstiennent de se livrer à des travaux pendant que les veilleuses de ‘Hanouka brûlent. Certaines femmes ont même l’usage de s’abstenir de travailler tout au long des huit jours de ‘Hanouka ; en particulier le premier et le huitième jour. Toutefois, en pratique, la coutume impose seulement l’arrêt du travail pendant que les veilleuses brûlent. Encore n’est-ce obligatoire que pendant la demi-heure qui suit l’allumage, demi-heure par laquelle on se rend quitte de la mitsva de l’allumage.

Deux raisons sont avancées pour expliquer cette coutume. La première est que l’on prévient par-là l’erreur consistant à faire des lumières de ‘Hanouka un usage utilitaire. Or on considère que les femmes sont, plus que les hommes, susceptibles de se tromper en la matière, si bien que l’interdit de travailler pendant que les veilleuses brûlent s’applique à elles seules. Le deuxième motif est la sainteté des jours de ‘Hanouka, où l’on récite le Hallel, et qui ressemblent aux jours de ‘Hol hamo’ed ou de Roch ‘hodech. Or au moment où les veilleuses brûlent, la sainteté du jour se révèle. Et si seules les femmes observent cette coutume, c’est parce qu’elles bénéficient d’un mérite particulier, à ‘Hanouka : c’est en effet l’héroïsme de Judith et d’autres femmes qui préluda au miracle.

Les femmes ont coutume de s’abstenir des travaux qui sont interdits à ‘Hol hamo’ed, tels que la lessive, la couture et autres tâches comparables ; en revanche, il est permis de cuisiner ou de faire de la friture[13].

Quand on y réfléchit, on s’aperçoit qu’il y a souvent deux raisons aux coutumes spécifiques aux femmes. La première réside dans la crainte qu’elles soient plus susceptibles de faire erreur – dans notre cas, qu’elles n’utilisent la lumière des veilleuses. Mais la deuxième raison se réfère à leur particulière élévation ; c’est pourquoi la sainteté du jour se révèle davantage en elles[14].


[13]. Le Chibolé Haléqet et le Tour 670, 1 rapportent la coutume selon laquelle les femmes s’abstiennent de travailler pendant la totalité des huit jours ; ils précisent que celles qui ont cet usage n’ont pas lieu d’être indulgentes à cet égard. Selon le Beit Yossef, en revanche, puisqu’il n’y a pas là d’interdit formel, cette coutume rigoureuse n’a pas lieu d’être. Le ‘Hakham Tsvi 89 écrit même qu’il est interdit de s’abstenir de travailler toute la journée, car le désœuvrement conduit à la faute. C’est aussi l’opinion du Michna Beroura 670, 5. Le Maguen Avraham signale que certaines femmes ont coutume de s’abstenir de travailler tout le temps que les veilleuses brûlent à la synagogue, c’est-à-dire jusqu’à ‘hatsot (le milieu de la nuit) ; d’autres s’en abstiennent tout le premier jour et tout le huitième. Selon le Michna Beroura 4, on ne s’en abstient que pendant la première demi-heure de l’allumage, chaque soir.

Pour le Séfer ‘Hassidim 121, il convient également que les hommes s’abstiennent de travailler ; mais tel n’est pas l’usage. Cf. Kaf Ha’haïm 9, Torat Hamo’adim 9, 15, Yemé Hallel Véhodaa chap. 2.

Bien que, d’après le premier motif, il eût été juste d’interdire aussi, pendant la première demi-heure, de frire et de cuisiner, on a pris l’usage de le permettre. On peut suggérer que le propos essentiel est ici de se faire, par le biais de l’interdit du travail, un signe de reconnaissance, permettant de se souvenir qu’il est interdit d’utiliser la lumière des veilleuses. Quoi qu’il en soit, certains décisionnaires estiment que, dans les familles où l’on a coutume d’être plus rigoureux, on doit conserver sa coutume. Cf. Ben Ich ‘Haï, Vayéchev 27, Kaf Ha’haïm 670, 9 ; cf. également Pniné Halakha, Mo’adim (Fêtes et solennités juives, vol. II) 11, 7, où il est dit que le repassage en vue de l’habillement nécessaire à la fête est permis.

[14]. Nos sages enseignent que les femmes ont l’obligation d’écouter la lecture du rouleau d’Esther à Pourim, de boire les quatre coupes de vin à Pessa’h et d’allumer (ou que soient allumées pour elles) les veilleuses de ‘Hanouka, car « elles aussi bénéficièrent du même miracle » (Méguila 4a, Pessa’him 108b, Chabbat 23a). Selon Tossephot et de nombreux Richonim, l’obligation essentielle repose sur les hommes, mais les femmes, elles aussi, y sont tenues, parce qu’elles aussi ont été délivrées de l’Egypte, d’Haman et des Grecs. Pour Rachi et le Rachbam (Pessa’him 108), en revanche, l’obligation des femmes provient du fait qu’elles furent des actrices centrales desdits miracles. En effet, nous voyons en Sota 11b que « c’est par le mérite des femmes vertueuses de cette génération qu’Israël fut délivré d’Egypte », car, malgré les décrets funestes de Pharaon, elles eurent foi en l’Eternel, et encouragèrent leurs maris à avoir d’autres enfants. De même, à Pourim, le miracle intervint par le biais d’Esther. Et à ‘Hanouka, par le biais de Judith. De ce point de vue, la relation des femmes à ces différentes mitsvot précède celle des hommes. Aussi, elles seules ont soin de ne pas travailler pendant que les veilleuses brûlent.

Cf. ci-dessus, chap. 1 § 7, au sujet de Roch ‘hodech, où l’on voit que ce jour a plus d’élévation encore pour les femmes que pour les hommes, parce qu’elles n’ont pas pris part à la faute du veau d’or, et en raison de leur contribution à la construction du tabernacle. On peut dire que, pour la même raison, à l’égard de ‘Hanouka également, les femmes connaissent une élévation supérieure encore à celle des hommes. C’est alors, en effet, que les Hasmonéens inaugurèrent de nouveau le sanctuaire, de même qu’Israël acheva la construction du tabernacle dans le désert. En outre, le thème de la Torah orale, mentionné plus haut, est lié, sur le plan mystique, au véhicule de Malkhout (royauté), lequel est lié au féminin. Cf. également Ben Ich ‘Haï, Vayéchev 27 ; cf. aussi La Prière juive au féminin 6, 2, au sujet de la bénédiction « qui m’as faite selon ta volonté », ainsi que 7, 1 en matière d’étude de la Torah, et chap. 3 sur les qualités respectives de l’homme et de la femme, et sur la manière dont ces qualités se manifestent.

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