Si l’on mange du kugel (gâteau de pâtes caramélisé) accompagné d’un cornichon, et qu’il soit clair à nos yeux que le cornichon est l’accessoire du kugel – parce que tout le propos de cet accompagnement est de donner à ce mets un supplément de goût –, la bénédiction Mézonot que l’on dira sur le kugel inclura le cornichon. Mais il est des cas où l’on éprouve un doute, parce qu’il se peut que le cornichon ait une importance autonome, et parce que, bien qu’on ne l’eût pas mangé sans le kugel et que, grâce à celui-ci, on l’apprécie davantage, c’est de manière autonome que l’on en jouit, de sorte que l’on en voudrait manger séparément aussi. Dans un tel cas, on mangera d’abord un peu de kugel seul, sur lequel on dira la bénédiction Mézonot, puis un peu de cornichon seul, sur lequel on récitera la bénédiction Ha-adama ; ensuite, on continuera de les manger ensemble.
C’est la voie qu’il convient de suivre dans tous les cas de doute, quant au fait de savoir si tel aliment est l’accessoire d’un autre : on dira d’abord la bénédiction de chaque aliment séparément, aliment dont on mangera un peu, ce par quoi l’on échappera au doute ; puis on pourra continuer de manger l’un et l’autre ensemble. Il n’est pas à craindre, à cet égard, de dire une bénédiction non nécessaire (berakha ché-ein tsrikha), puisque, précisément, cette bénédiction est nécessaire afin d’échapper au doute (Peri Mégadim ; Sdé ‘Hémed)[2].
S’agissant de la bénédiction finale, si l’on a mangé les deux aliments ensemble, et quoique l’on ait mangé un kazaït de chacun, on dira ‘Al hami‘hia seulement[a] : puisque l’on doute que le cornichon ait une importance autonome, on ne saurait réciter de bénédiction finale à son propos. Pour sortir du doute, il sera bon de manger ou de boire autre chose, par quoi l’on sera tenu de dire Boré néfachot. De même, si l’on a mangé un kazaït de cornichon séparément, on sera tenu de dire sur lui la bénédiction Boré néfachot.
S’agissant de l’ordre dans lequel les bénédictions doivent être dites, certains auteurs craignent que, si l’on récitait d’abord la bénédiction portant sur le principal (le kugel), on n’exemptât l’accessoire (le cornichon) ; aussi, selon eux, soit on fera précéder la bénédiction de l’accessoire, soit on formera l’intention expresse, lors de la bénédiction du principal, de ne pas inclure l’accessoire. Il semble cependant que, comme le pensent le Peri Mégadim et le Rav Pe‘alim (II, 27), lorsqu’on a l’intention de réciter la berakha de chacune des deux catégories d’aliments, il faille considérer que l’on a déjà l’intention expresse de ne pas exempter la seconde par la bénédiction de la première. Dès lors, au moment où l’on dit cette bénédiction, il n’y a pas de principal ni d’accessoire. Mais ceux qui veulent embellir leur pratique formeront expressément cette intention (cf. Birkat Hachem III, 10, 2-3 ; 9, note 40 ; Pisqé Techouvot 212, 2 (8-9) ; Cha‘aré Habrakha 10, 13).
[a]. Dans le cas du kugel et du cornichon.