Les Sages ont prescrit de réciter la Téphilat hadérekh pour un chemin dont la longueur est supérieure à une parsa[a] (Berakhot 30a). Une parsa équivaut à quatre milles talmudiques, chaque mille équivalant à 912 mètres. Une parsa est donc proche de quatre kilomètres (3,648 km)[2]. Si le chemin à parcourir est inférieur à une parsa, on ne récite pas la Téphilat hadérekh : puisque la destination est proche de notre domicile, il n’y a pas, de prime abord, de danger (Roch). Il n’est pas nécessaire de mesurer très précisément le chemin à faire : chacun évaluera la distance selon ce que ses yeux lui permettent d’observer. Si le chemin présente un danger particulier, on récite cette prière, même si la distance est inférieure à une parsa (comme nous le verrons ci-après, § 4).
Selon certains auteurs, la notion de parsa est destinée à nous donner une mesure temporelle : si la route prend plus de soixante-douze minutes à parcourir – durée que met en moyenne un homme pour accomplir une parsa sur un chemin non revêtu de pavés ou de bitume –, il faut réciter la Téphilat hadérekh. Mais si la route prend moins de soixante-douze minutes, on ne la récitera pas, puisque le danger ne dure pas longtemps (Yabia’ Omer II, Ora‘h ‘Haïm 14).
Mais selon la majorité des décisionnaires, l’intention des Sages, quand ils parlent de parsa, est de fixer une distance obligeant à dire la Téphilat hadérekh. En effet, plus le chemin est long et s’éloigne de l’espace habité, plus le danger du voyage s’accroît. La durée, en revanche, importe peu, car à l’époque des Sages, ceux qui voyageaient à cheval parcouraient une parsa en moins de dix minutes ; or les Sages ne firent point de différence entre le piéton et le cavalier, et décidèrent que, dans tous les cas, on réciterait la Téphilat hadérekh pour une route d’une parsa. Par conséquent, de nos jours encore, où nous voyageons dans des voitures rapides, c’est la longueur du chemin que l’on mesure ; si elle dépasse une parsa, on a l’obligation de réciter la Téphilat hadérekh (Michna Beroura 110, 30 ; telle est aussi l’opinion d’une nette majorité de décisionnaires).
S’agissant de ceux qui voyagent à l’intérieur d’une même ville, un doute apparaît. D’un côté, les Sages ont institué la Téphilat hadérekh pour les cas où l’on s’engage sur des routes situées hors de la ville où l’on se trouve. De l’autre, la superficie urbaine a beaucoup augmenté, et nombreux sont ceux qui font de longs voyages à l’intérieur du périmètre de leur ville. En outre, des routes principales y ont été construites, qui ressemblent aux routes reliant une ville à une autre ; or le danger que présentent ces voies rapides n’est pas bien inférieur à celui de voyages interurbains. En pratique, il ne semble pas qu’il y ait là quelque obligation ; mais il est bon, pour toute personne qui parcourt plus d’une parsa en ville, de réciter la Téphilat hadérekh sans mention du nom ni de la royauté de Dieu dans la formule finale. En d’autres termes, on dira, à la fin de cette prière : Baroukh Ata, choméa’ téphila (« Béni sois-Tu, [Toi] qui entends la prière »)[3].
[2]. Cf. Pniné Halakha, Les Lois de Chabbat II, 30, 1, note 1, et Har‘havot, ad loc. Selon Rabbi Haïm Naeh, qui se fonde sur Maïmonide (avec lequel s’accordent la presque totalité des décisionnaires), un mille vaut 2000 ama, soit 960 mètres. D’après le ‘Hazon Ich, il s’agit de 1152 mètres. Un calcul mis à jour fait apparaître que, selon Maïmonide, un mille vaut 912 mètres ; par conséquent, quatre milles, qui font une parsa, valent 3,648 km, et telle est l’évaluation que nous avons retenue ci-dessus.
[3]. Certains auteurs pensent que, de nos jours, il est obligatoire de dire la Téphilat hadérekh en ville, car le principal danger qu’il y a à prendre la route, à notre époque, réside dans les accidents ; or ce danger-là existe tant en ville qu’en dehors de celle-ci (en pratique, plus de la moitié de ceux qui sont tués dans un accident de la route, y compris les piétons, le sont à l’intérieur des agglomérations). On peut également arguer du fait que les routes urbaines elles-mêmes ne sont pas considérées comme des « lieux d’habitation », puisqu’elles sont exclusivement destinées à la circulation automobile.
Face à cela, d’autres pensent qu’il y aurait peut-être lieu d’annuler l’obligation de réciter la Téphilat hadérekh, y compris à l’extérieur des villes, puisque cette prière avait été instituée à l’égard de routes très dangereuses, où les brigands et les bêtes sauvages frayaient fréquemment (Rav Chelomo Zalman Auerbach en Halikhot Chelomo I, 21, 14). Nous avons entendu rapporter, au nom du Rav Mordekhaï Elyahou, qu’il est bon, pour ceux qui voyagent beaucoup à l’intérieur de la ville, de réciter la Téphilat hadérekh sans mentionner le nom divin ; et telle est la position du Yaskil ‘Avdi (VII, Kountras A‘haron 3).
En pratique, bien que le danger des routes, de nos jours, se soit réduit de beaucoup, les accidents de la route font partie des dangers menaçant la vie et le bien-être de l’homme. Aussi faut-il réciter cette prière, en tant qu’obligation, pour un voyage sur une route reliant plusieurs villes. S’agissant d’une route interne, il est juste de la réciter en omettant, dans la formule conclusive, le nom divin ; mais il est impossible d’en faire une obligation, puisque les Sages instituèrent cette prière pour des routes extérieures au village ou à la ville d’où l’on part, routes qui étaient beaucoup plus dangereuses et effrayantes que celles de notre temps (comme nous l’avons vu, en matière de Birkat hagomel, au chapitre 16 § 6). S’il n’y a pas lieu de mentionner le nom divin dans la formule finale, c’est parce que, comme nous le verrons ci-après en note 5, le principe d’abstention en cas de doute portant sur une bénédiction s’applique également, selon de nombreux auteurs, à la Téphilat hadérekh.