Le meilleur moment, pour réciter la Téphilat hadérekh, est celui où l’on s’installe dans la voiture, avant de commencer le voyage. Autrefois, il est vrai, seule une minorité de décisionnaires recommandaient de réciter la Téphilat hadérekh dès le moment où l’on sort de chez soi, alors qu’on se trouve encore dans la ville (‘Atéret Zeqenim ; Touré Zahav 110, 7). La majorité des décisionnaires préconisaient, a priori, de la dire dès que l’on sortait de la ville, car c’est alors que commence la route qui est l’objet de notre prière ; ce n’est qu’a posteriori que l’on s’acquittait de son obligation en récitant la berakha en ville (Maguen Avraham ; Elya Rabba ; Peri Mégadim ; Michna Beroura 110, 29).
Puisque telle est l’opinion de la majorité des décisionnaires, il eût convenu, de prime abord, de se conformer à leur avis et de réciter la Téphilat hadérekh après être sorti de la ville. Cependant, comme nous l’avons vu au paragraphe précédent, il est bon de réciter la Téphilat hadérekh – sans mention du nom divin – quand bien même on voyage à l’intérieur de la ville. Dès lors, lorsqu’on a l’intention de faire un voyage reliant deux villes, il est juste de réciter la berakha, en mentionnant le nom divin, dès le début du voyage. Or, puisqu’il ne faut pas, a priori, réciter cette prière tout en conduisant, le temps le plus approprié pour cela est le moment où l’on prend place dans la voiture, quand on s’apprête à commencer son voyage[4].
Si l’on a oublié de la réciter en sortant de la ville, et que, avant d’atteindre sa destination, il reste encore une mesure de parsa (près de quatre kilomètres) à parcourir, on dira la Téphilat hadérekh. S’il reste moins que cela, on la récitera sans mention du nom divin dans la formule finale (Choul‘han ‘Aroukh 110, 7).
Si l’on fait plusieurs voyages le même jour, il suffit de réciter la Téphilat hadérekh à son premier voyage ; on formera l’intention, dans sa prière, de couvrir tous les voyages que l’on fera le même jour. Mais si l’on n’a prévu de faire qu’un voyage, et qu’ensuite on se ravise et que l’on décide de voyager une nouvelle fois, on devra la réciter à nouveau alors.
Quand le voyage prend plusieurs jours, on devra chaque matin réciter la Téphilat hadérekh (Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 110, 5).
Cependant, en pratique, même lorsque le conducteur doit dire la Téphilat hadérekh, il est préférable qu’il la dise tout en conduisant, car se ranger sur le côté de la route présente un certain degré de danger, et il est à craindre que, à vouloir parer la mitsva d’une plus haute perfection, on ne cause, avec le temps, un danger pour soi-même ou pour autrui.
De nos jours, où l’essentiel des dangers liés à la route réside dans les accidents, et où ceux-ci ont également lieu en ville, il convient de dire cette prière quand le véhicule est garé, avant de commencer à rouler, comme le pensent le ‘Atéret Zeqenim et le Touré Zahav. En effet, si nous récitions la berakha pendant le voyage, comme certains le proposent, c’est avec moins de perfection qu’on la réciterait, et elle n’inclurait peut-être pas non plus tous les dangers de l’itinéraire.
Il n’est pas à craindre de ne pas être quitte, de cette façon, aux yeux de la majorité des décisionnaires. En effet, eux aussi s’accordent à dire que, a posteriori, on s’acquitte de son obligation en récitant la berakha dans la ville (Peri Mégadim ; Echel Avraham 110, 14 ; Michna Beroura 29) ; à plus forte raison sera-ce le cas de nos jours, où il se peut qu’il faille la réciter également pour des voyages intra-urbains, comme nous l’avons vu au paragraphe précédent.
Il faut ajouter que, selon Rachi (sur Berakhot 30a), ce n’est qu’en parcourant la première parsa qu’on peut réciter la Téphilat hadérekh. Nombre d’auteurs mentionnent son opinion, bien qu’en pratique il soit admis de trancher comme le Halakhot Guedolot, d’après qui, si l’on n’a pas récité cette prière pendant la première parsa, on pourra la réciter tant que l’on aura encore, devant soi, une parsa de route au moins (Choul‘han ‘Aroukh 110, 7). Mais de nos jours, où certains auteurs estiment obligatoire de la réciter également pour un voyage interne à la ville, on ne pourrait plus, si l’on ne la récitait pas dès le début du voyage, la dire encore, selon Rachi, après avoir parcouru environ 4 km à l’intérieur de la ville.