Chapitre 19 – Répétition de l’officiant (‘hazara)

01 – L’institution de la répétition de l’officiant

Les membres de la Grande Assemblée (anché Knesset Haguedola) ont décrété qu’une fois la ‘Amida récitée par les fidèles, l’officiant répéterait celle-ci à voix haute, afin d’acquitter de leur obligation ceux qui ne savent pas prier par eux-mêmes (Roch Hachana 34b). Mais pour l’office d’Arvit, ils n’ont pas institué de répétition car, dans son fondement, cet office est facultatif (cf. chap. 25 § 2), aussi n’est-il pas besoin d’en rendre quitte ceux qui ne sont pas versés dans le rituel.

Les sages ont décrété que l’officiant devait lui-même prononcer préalablement la ‘Amida à voix basse, avec les autres membres du minyan, afin d’en bien ordonner le texte dans sa bouche avant d’entamer sa répétition. Ils ont encore décrété que ceux qui savent prier par eux-mêmes doivent, eux aussi, écouter la répétition de l’officiant et répondre amen aux bénédictions.

Or, dans la mesure où ce sont les sages qui ont institué la répétition de l’officiant, il faut la réciter, même en un endroit où tous les fidèles savent prier par eux-mêmes. Même après que l’on eut autorisé de porter à l’écrit la Torah orale, dont fait partie le texte de la prière, et que les livres de prière se furent répandus, au point que presque aucun minyan ne comportait de membre comptant sur la répétition pour  se rendre quitte, le décret des sages ne fut pas révoqué. Car le principe veut que, une fois que les sages ont pris une décision, celle-ci n’est pas susceptible d’être modifiée en raison des circonstances (Choul’han ‘Aroukh 124, 3 d’après un responsum de Maïmonide). De plus, les sages ont institué, au sein de la répétition, la Qédoucha et la bénédiction sacerdotale ; or, si l’on ne disait plus la répétition de la ‘Amida, ces deux cérémonies sortiraient de l’usage (Tour).

Selon la Kabbale, il apparaît qu’en plus de la signification première de cette institution – rendre quitte ceux qui ne sont pas versés dans le rituel –, la répétition possède une signification mystique profonde. D’après cela, l’une et l’autre des récitations de la prière sont nécessaires, car par leur biais celle-ci agit davantage. Aussi, aujourd’hui encore, alors qu’il n’est plus nécessaire de rendre quitte d’éventuels « non-experts », il reste nécessaire de réciter la répétition de la ‘Amida, pour le motif profond que nous avons évoqué. Et c’est une grande source de mérite que de répondre amen à la répétition de l’officiant. Pendant celle-ci, même l’étude de la Torah est interdite (voir Kaf Ha’haïm 124, 16). La valeur de la répétition est même plus élevée que celle de la prière dite à voix basse. Aussi, bien qu’il s’agisse d’une ‘Amida, prière par excellence, dont le contenu est profond et suprêmement élevé, il est permis de dire la répétition à haute voix : en raison de sa haute valeur, il n’est pas à craindre que les écorces[a] aient prise sur elle. Ceux qui écoutent la répétition doivent prendre soin de ne pas la déprécier en conversant. Nos maîtres disent de celui qui bavarde pendant la répétition de l’officiant qu’il est un « pécheur, dont la faute est difficilement excusable et que l’on doit réprimander » (Choul’han ‘Aroukh 124, 7)[b].


[a]. Ecorces (hébreu qlipa, pluriel qlipot) : ce terme désigne, dans la mystique juive, les forces du mal, en ce qu’elles voilent le bien.
[b]. Voir Divré Chalom vé-Emet II p. 23, qui cite des décisionnaires du Maroc et d’Algérie, selon lesquels on n’avait pas l’usage, dans certaines communautés, de réciter la répétition de la ‘Amida, à l’exception de certains jours particuliers tels que Roch Hachana.

02 – Qui peut s’acquitter par l’écoute de la répétition ?

Trois conditions doivent être rassemblées pour que le particulier puisse se rendre quitte de son obligation par l’écoute de la répétition de l’officiant : 1) Ne pas être capable de prier soi-même. Si l’on sait prier, on s’oblige à le faire et à demander miséricorde par soi-même, et l’on ne peut s’acquitter par l’écoute de l’officiant. Toutefois, si l’on ne sait prier qu’en prenant appui sur un sidour (livre de prière), et que l’on se trouve dans un endroit où il n’y en a pas, on pourra, à cette occasion, s’acquitter de son obligation par l’écoute de l’officiant. 2) Il faut encore que dix personnes soient présentes. En effet, si les sages ont établi que les particuliers pouvaient s’acquitter de leur obligation par l’écoute de l’officiant, ce n’est que dans le cadre d’un minyan. 3) L’auditeur doit comprendre les paroles de l’officiant. Si l’on ne comprend pas l’hébreu, on ne peut s’acquitter par la répétition de l’officiant.

Comme nous venons de le voir, si l’on sait prier, on ne peut s’acquitter de son obligation par l’écoute de l’officiant. Toutefois, si l’on a oublié d’inclure dans sa prière un passage dont l’omission est invalidante (tel que Yaalé véyavo un jour de Roch ‘hodech ou de ‘Hol hamoed, cas dans lesquels on n’est pas quitte et où il faut en principe répéter la ‘Amida), on peut, si l’on veut, s’acquitter par l’écoute de l’officiant, dans la mesure où l’on a déjà prié et demandé miséricorde pour soi-même (Choul’han ‘Aroukh 124, 10)[1].

Quand on a l’intention de s’acquitter de son obligation par l’écoute de l’officiant, on doit se tenir de la même façon que lorsqu’on prie par soi-même, pieds joints ; à la fin de la ‘Amida, on recule de trois pas (Choul’han ‘Aroukh 124, 1). On répond amen aux bénédictions prononcées par l’officiant. De même, on répond à la Qédoucha. En revanche, on ne répond pas Baroukh Hou ouvaroukh Chémo (« Qu’Il soit béni et que Son nom soit béni »). Arrivé à Modim, on écoute également l’officiant, sans dire soi-même le Modim derabbanan (cf. plus loin § 8) (Choul’han ‘Aroukh 124, 1, Michna Beroura 3). On prend soin de ne pas s’interrompre par des paroles ; et même si l’on entend, dans la pièce d’à côté, un autre minyan où l’on récite le Qaddich, on n’y répond pas. L’officiant doit, quant à lui, avoir soin de réciter toute la répétition à haute voix, car tel est bien le caractère de la répétition de l’officiant que de devoir être dite intégralement à haute voix. Certains officiants se trompent, et disent une partie de la bénédiction Modim à voix basse : non seulement ils n’accomplissent pas l’obligation de répéter la ‘Amida dans le plein sens du terme, mais il est de plus à craindre que, s’il se trouve un particulier qui souhaite s’acquitter par l’écoute de la répétition, il ne puisse le faire, dans la mesure où il n’entend pas l’intégralité de la prière prononcée par l’officiant (Michna Beroura 124, 41).


[1]. Toutefois, pour le Michna Beroura 124, 40, il vaut mieux répéter soi-même sa ‘Amida, car de cette façon on se concentre davantage.

En ce qui concerne la prière de Tachloumin, voir chap. 18 § 8, note 9 : pour le remplacement de la ‘Amida de Cha’harit, il est admis par la majorité des décisionnaires que l’on ne peut s’acquitter par la répétition de l’officiant ; pour le remplacement d’Arvit, les auteurs divergent.

03 – Attitude des auditeurs

L’auditeur doit avoir grand soin de répondre amen à chaque bénédiction récitée par l’officiant. Nos sages ont dit (Berakhot 53b) : « Celui qui répond amen est plus grand que celui qui prononce la bénédiction ». Il faut répondre amen avec toute son attention. En répondant amen, on pensera que ce que vient de dire l’officiant est vérité[c]. Par exemple, quand on écoute la bénédiction « Béni sois-Tu… qui crées tout par Ta parole » (Chéhakol nihya bidvaro), on doit penser : « C’est vrai que tout est créé par Sa parole ». Quand la bénédiction comprend également une requête, par exemple dans la bénédiction ‘Honen hada’at (« … qui dispenses la sagesse »), on oriente sa pensée vers ces deux aspects : 1) c’est vrai que la sagesse vient de Dieu ; 2) plaise à Dieu de nous gratifier de sagesse (Choul’han ‘Aroukh 124, 6 ; Michna Beroura 25).

Il ne faut pas précipiter le mot amen, en le disant avant que l’officiant ne termine la bénédiction. Il ne faut pas non plus escamoter le mot amen, en avalant l’une de ses lettres ou en le bredouillant d’une langue lâche et d’une voix faible. On ne retardera pas non plus le mot amen en l’éloignant de la fin de la bénédiction, car cela s’appellerait alors un amen yetoma (« amen orphelin ») (cf. Berakhot 47a ; Choul’han ‘Aroukh 124, 8).

Le fait de répondre amen est l’expression du lien  de l’homme avec la foi en Dieu, béni soit-Il. Or lorsque la foi est atteinte, la vie elle-même que Dieu nous dispense est altérée. Ben-Azaï dit en ce sens (Berakhot 47a) : « Si l’on prononce un “amen orphelin”, on expose ses enfants à devenir orphelins ; un amen précipité – on expose sa vie à être abrégée ; un amen escamoté – on expose sa vie à être coupée. Mais si l’on prolonge le mot amen, on prolonge ses jours et ses années. »

On répondra amen d’une voix agréable, sans élever la voix plus que ne le fait l’officiant qui dit la bénédiction (Choul’han ‘Aroukh 124, 12). Le mot amen ne doit pas être trop court : on le prolongera quelque peu, de telle façon qu’il dure un temps équivalent à celui qu’il faut pour dire les mots E-l Mélekh Nééman (« Dieu, Roi fidèle »)[d]. À l’inverse, on ne prolongera pas ce mot plus qu’il ne faut ; et s’il se trouve des fidèles qui répondent amen pendant trop longtemps, l’officiant n’a pas besoin de les attendre : après que la majorité de l’assemblée a terminé de répondre amen, il peut passer à la bénédiction suivante. En revanche, pour ce qui concerne les bénédictions par lesquelles l’officiant acquitte les auditeurs de leur obligation, comme celles qui précèdent la sonnerie du chofar, l’officiant doit attendre que tout le monde ait terminé de répondre amen, afin que même ceux qui prolongent ce mot puissent entendre la bénédiction suivante (Choul’han ‘Aroukh 124, 8-9, Michna Beroura 38).

Les plus grands maîtres parmi les Richonim avaient coutume de dire Baroukh Hou ouvaroukh Chémo (« Béni soit-Il et béni soit Son nom ») après la mention du nom divin prononcé dans les bénédictions, et cet usage s’est répandu parmi le peuple juif. Cependant, cette formule ne se dit que lorsqu’il s’agit de bénédictions par lesquelles l’auditeur n’a pas à s’acquitter de sa propre obligation ; par exemple, dans la répétition de l’officiant, pour un fidèle qui a lui-même prononcé la ‘Amida à voix basse. En revanche, pour des bénédictions par lesquelles l’auditeur doit lui-même, en répondant amen, s’acquitter de son obligation, telles que celles du Qidouch ou de la sonnerie du chofar, on a l’usage de ne pas répondre Baroukh Hou ouvaroukh Chémo, afin de ne pas interrompre la bénédiction par une parole que les sages du Talmud n’ont pas instituée. A posteriori, si l’on a répondu Baroukh Hou ouvaroukh Chémo après une bénédiction par laquelle on comptait s’acquitter soi-même, on est quitte, car par cette incise, on n’a pas détourné son esprit de la bénédiction (Michna Beroura 124, 21 ; Kaf Ha’haïm 26)[2].

Il est bon d’embellir l’accomplissement de la mitsva en restant debout pendant la répétition de l’officiant, car même les auditeurs qui ne s’acquittent pas de leur propre obligation par l’écoute de la répétition sont considérés comme associés, dans une certaine mesure, à celle-ci : ils ont un statut comparable à celui de fidèles qui réciteraient une prière supplémentaire. Aussi est-il bon de se tenir debout, conformément aux règles régissant la ‘Amida. Toutefois, ce n’est pas une obligation, et celui qui veut s’asseoir y est autorisé (Michna Beroura 124, 20 ; Kaf Ha’haïm 24).


[c]. Le mot amen (« qu’il en soit ainsi ») est forgé sur la racine א.מ.ן, qui traduit une idée de force, de constance, de stabilité. Dans sa première acception, amen signifie : vérité, droiture, loyauté (Even-Shoshan, Hamilon hé’hadach).
[d]. Ces trois mots ont pour initiales les lettres aleph, mem, noun, qui forment ensemble le mot amen.
[2]. Toutefois, selon le ‘Hayé Adam et le Choul’han ‘Aroukh Harav 124, 2, si l’on a répondu Baroukh Hou ouvaroukh Chémo, on n’est pas quitte ; c’est aussi ce que pense le Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm II 98. En revanche, d’après le Rav Raqa’h (de Libye), on doit répondre Baroukh Hou ouvaroukh Chémo. [C’est aussi l’avis du Rav Chalom Messas pour les communautés du Maroc et d’Algérie. Cf. Divré Chalom vé-Emet du Rav Chelomo Tolédano, p. 152, qui justifie longuement cet usage, citant à ce propos, entre autres sources, le Roch, le Tour, le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 124, 5, le Qitsour Choul’han ‘Aroukh du Rav Raphaël Baroukh Tolédano, et le Rav Pé’alim, lequel signale que cet usage est fondé sur une source midrachique et est mentionné dans les Kavanot de Rabbi Isaac Louria.]

04 – Est-il indispensable que neuf hommes répondent à la répétition de l’officiant ?

Lorsque l’officiant récite la répétition, chacun, parmi l’assemblée, doit se taire et se concentrer, pour écouter les bénédictions et y répondre amen. Comme nous l’avons vu (règles du minyan, chap. 2 § 7), certains décisionnaires pensent qu’il est interdit à l’officiant de commencer la répétition de la ‘Amida avant que neuf personnes ne soient à même de répondre amen à ses bénédictions. D’autres pensent que, quand bien même une partie des membres du minyan seraient encore en train de réciter la ‘Amida, et bien qu’ils ne puissent en ce cas répondre amen, ils s’adjoindraient néanmoins au minyan.

A priori, on a coutume d’être rigoureux, et de ne pas commencer la répétition avant que neuf personnes ne soient à même de répondre. En cas de nécessité impérieuse, quand certains membres du minyan sont pressés de terminer l’office, et qu’il semble que celui des fidèles qui s’étend longuement dans sa prière n’est pas sur le point de terminer, on peut s’appuyer sur l’opinion de la majorité des décisionnaires, et commencer la répétition alors que seuls huit fidèles ont terminé leur ‘Amida. Quand ce n’est pas suffisant, parce que plusieurs fidèles prolongent leur prière, et que l’heure presse grandement, on peut être indulgent, et commencer la répétition alors que seuls cinq fidèles ont terminé leur ‘Amida, si bien qu’avec l’officiant, ils constituent ensemble la majorité du minyan. Pour lever le doute, lorsqu’on est contraint de commencer la répétition alors que neuf fidèles ne sont pas prêts à répondre, l’officiant émettra intérieurement la condition suivante : « Dans le cas où la halakha serait conforme à l’opinion selon laquelle il faut que neuf fidèles répondent, que ma répétition soit considérée comme une prière additionnelle volontaire (nédava). » Puisqu’on a le droit de dire une ‘Amida additionnelle à titre volontaire, les bénédictions qui seront dites ne le seront de toute façon pas en vain, et cela, de l’avis de tous les décisionnaires.

De même, si l’on est officiant dans un endroit où de nombreuses personnes ont l’habitude de bavarder, au point qu’il soit douteux d’avoir neuf personnes qui répondent amen à toutes les bénédictions, on émettra intérieurement, avant la prière, cette condition : « S’il ne se trouve pas neuf personnes pour répondre amen aux bénédictions, et que la halakha soit conforme à l’avis selon lequel neuf personnes doivent obligatoirement répondre, que ma prière soit considérée comme volontaire. »

Pour ne pas entrer dans ce type de doute, chacun de ceux qui entendent la répétition de l’officiant doit penser qu’il ne se trouve pas neuf fidèles pour répondre à part lui : on dirigera donc sa pensée vers les bénédictions de l’officiant et l’on répondra amen (Choul’han ‘Aroukh 124, 4)[3].


[3]. Les A’haronim sont partagés sur la question de savoir s’il faut obligatoirement neuf personnes pour répondre à la répétition. Cette controverse est expliquée par le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 55, 6-8 et les commentateurs. Ce point est résumé ici, chap. 2 § 7 (règles du minyan). A priori, on est rigoureux, conformément à l’opinion du Choul’han ‘Aroukh Harav et du Ben Ich ‘Haï. En cas d’urgence, on peut être indulgent, puisque l’opinion de la majorité des décisionnaires est indulgente. C’est ce qu’écrivent le Tsits Eliézer 12, 19 et le Yalqout Yossef I p. 287-291. Même si l’on admet d’adjoindre un fidèle qui n’a pas terminé de réciter sa ‘Amida, les auteurs restent partagés, comme l’explique le Michna Beroura 55, 32 : peut-on aller jusqu’à quatre fidèles en train de dire la ‘Amida, ou bien pas plus d’un seul ? Le conseil consistant à émettre une condition est rapporté par le Michna Beroura 124, 19.

05 – Quand ne dit-on pas la répétition de la ‘Amida ?

Il arrive que le temps manque pour réciter d’abord la ‘Amida à voix basse, puis la répétition de l’officiant. C’est par exemple le cas quand un certain nombre de fidèles sont contraints de partir travailler, et que sans eux il n’y a pas de minyan. Pour que leur ‘Amida se déroule dans le cadre du minyan, les fidèles doivent prier ensemble à voix basse, mais pour ne pas perdre le bénéfice de la Qédoucha, l’officiant dit les trois premières bénédictions à voix haute ; puis le public répond à la Qédoucha récitée par l’officiant ; à partir de la bénédiction Ata ‘honen (« Tu dispenses la sagesse à l’homme »), on poursuit la ‘Amida à voix basse (Rama 124, 2).

De même, quand le minyan est petit, que certains de ses membres s’étendent longuement dans leur prière et qu’il est difficile aux autres d’attendre que les premiers aient terminé car ils sont pressés de prendre la route, il est permis de renoncer à la répétition : l’officiant dira les trois premières bénédictions à haute voix, afin qu’on puisse les faire suivre de la Qédoucha. Certes, nous avons vu qu’en cas de nécessité impérieuse il était permis de réciter la répétition de l’officiant alors qu’une partie des neuf autres fidèles est encore en train de dire la ‘Amida. Cependant, a priori, il se peut qu’il soit préférable de ne pas entrer dans ce type de doute, et qu’il vaille mieux renoncer à la répétition.

Quand on est dans un minyan dont les membres ont l’habitude de bavarder pendant l’office, au point que la présence de neuf fidèles répondant amen aux bénédictions de l’officiant est chose incertaine, il y a lieu de considérer la possibilité d’annuler la répétition. En effet, il vaut peut-être mieux renoncer à la répétition afin de minimiser la profanation du nom divin occasionnée par les bavardages qui courent pendant la répétition. L’usage est généralement de ne pas annuler la répétition en un endroit où l’on bavarde pendant l’office. Pour tout ce qui concerne ces règles, c’est au Rav de l’endroit de trancher[4].

Dans le cas où l’on renonce à la répétition : lorsque l’officiant entame les trois premières bénédictions à voix haute, il y a deux coutumes différentes quant au moment où le public doit commencer à prier. Certains ont coutume de commencer à prier après que l’officiant a terminé la bénédiction Ha E-l haqadoch (« Dieu saint ») (Michna Beroura 124, 8). D’autres ont coutume de commencer à prier en même temps que l’officiant (Kaf Ha’haïm 124, 10). Il paraît bon de suggérer que, pour l’office de Cha’harit, on commence à prier avec l’officiant afin de ne pas marquer d’interruption au milieu de la bénédiction Emet véyatsiv[e]. A l’office de Min’ha, celui qui a l’habitude de prier lentement fera bien de commencer la ‘Amida en même temps que l’officiant, afin de pouvoir la conclure à temps pour répondre au Qaddich qui la suit. Celui qui prie rapidement fera bien de commencer après que l’officiant aura achevé la bénédiction Ha E-l haqadoch[5].

Quand on renonce à la répétition durant l’office du matin, et qu’il se trouve des Cohanim[f], il est bon, afin de ne pas perdre le bénéfice de la bénédiction sacerdotale, que les Cohanim se lavent les mains avant la ‘Amida. En ce cas, ils réciteront la ‘Amida à l’endroit où ils se tiennent ordinairement pour la bénédiction sacerdotale. Arrivé à la bénédiction Retsé (« Agrée, Eternel notre Dieu, Ton peuple Israël et tourne-Toi vers sa prière… »), l’officiant reprendra sa lecture à haute voix, de façon que les Cohanim puissent bénir le peuple après la fin de la bénédiction Modim. Ceux des fidèles qui se trouveront au même passage dans leur prière à voix basse répondront amen à la bénédiction des Cohanim (cf. Michna Beroura 128, 71).


[4]. Le Radbaz (chap. 1165) rapporte que Maïmonide avait suspendu la ‘Amida dite à voix basse en raison des bavardages qui avaient lieu pendant la répétition, et avait donné pour directive à l’officiant de dire la ‘Amida à voix haute, pendant que ceux qui savaient prier récitaient leur prière à voix basse avec lui. Toutefois, a priori, il convient bien entendu de faire les deux lectures successives de la ‘Amida, comme l’ont institué les sages. Cf. Chéérit Yossef III p. 117 et Ye’havé Da’at 3, 16, lequel conclut qu’il est obligatoire de réciter la répétition mais que, s’il est à craindre qu’il ne se trouve pas neuf personnes qui répondent amen, il est préférable de ne pas réciter la répétition.
[e]. Durant la prière de Cha’harit, il est interdit de s’interrompre par des paroles entre la conclusion de la bénédiction de la Délivrance (Emet véyatsiv, qui s’achève par Baroukh… gaal Israël) et le début de la ‘Amida. Cependant, si les fidèles attendent l’officiant avant de prononcer eux-mêmes la formule conclusive de la bénédiction – par exemple, avant la phrase Tehilot la-E.l E-lion (« Louanges au Dieu suprême ») –, ils devront, le moment venu, répondre à la Qédoucha, mais non aux bénédictions de la ‘Amida. C’est seulement près la conclusion de la bénédiction Ha E-l haqadoch par l’officiant que les fidèles pourront conclure leur récitation de la bénédiction de la Délivrance. Pour éviter cette interruption au sein de la bénédiction, il est conseillé de commencer la ‘Amida en même temps que l’officiant.
[5]. Dans les grandes lignes, la coutume ashkénaze est de commencer à prier après la bénédiction Ha E-l haqadoch, tandis que la coutume séfarade est de commencer en même temps que l’officiant. La différence repose sur la conception que l’on a de la bénédiction Ha E-l haqadoch: les décisionnaires sont partagés sur la question de savoir si la halakha est conforme au Talmud de Jérusalem, pour lequel il y a une importance particulière à répondre amen aux bénédictions Ha E-l haqadoch et Choméa’ téphila (« qui écoutes la prière »). Dans cette optique, le Rama écrit que l’on répond amen à ces bénédictions, même si l’on est au milieu des bénédictions du Chéma. Le Choul’han ‘Aroukh, en revanche, considère ces deux bénédictions comme toutes les autres, auxquelles on ne répond pas amen si l’on est en train de réciter les bénédictions du Chéma (66, 3). Aussi, pour le Michna Beroura, le public commence la ‘Amida après que l’officiant a achevé la bénédiction Ha E-l haqadoch ; tandis que, selon l’usage séfarade, cela n’est pas nécessaire, comme l’explique le Choul’han ‘Aroukh 109, 1 ; cf. Yalqout Yossef I p. 280-281.

Malgré cela, j’ai donné ci-dessus une directive unifiée aux Séfarades et aux Ashkénazes, du fait qu’à Cha’harit, il y a une logique à ce que les Ashkénazes eux-mêmes commencent en même temps que l’officiant, et cela pour différentes raisons. 1) A priori, il y a lieu de tenir compte de l’opinion du Choul’han ‘Aroukh, selon lequel on ne répond pas amen à Ha E-l haqadoch au milieu des bénédictions du Chéma. Si donc on commence à prier en même temps que l’officiant, on sort du doute. 2) Du point de vue de la prière en minyan, il y a un intérêt à ce que l’ensemble des dix fidèles commencent à prier ensemble (comme il est expliqué au chap. 2, note 2. 3) Il est plus facile de répondre à la Qédoucha après la bénédiction Mé’hayé hamétim (« qui ressuscites les morts »)   qu’au milieu  de la bénédiction Emet véyatsiv. 4) Il se peut que le fait de prier en même temps que l’officiant et au sein du minyan soit considéré comme une substitution possible à la réponse amen (cf. Michna Beroura 109, 13-14).

A Min’ha, il est plus facile de recommander aux Ashkénazes ayant l’habitude de prier lentement de commencer avec l’officiant, de telle façon qu’ils puissent répondre au Qaddich qui suit la ‘Amida, puisque répondre amen au Qaddich n’est évidemment pas de moindre importance que de répondre amen à Ha E-l haqadoch. Et en ce qui concerne ceux qui prient rapidement, il est bon, même d’après l’usage séfarade, de commencer après Ha E-l haqadoch, afin de pouvoir répondre amen aux bénédictions de l’officiant, parmi lesquelles, précisément, Ha E-l haqadoch, bénédiction qui possède, de l’avis de certains, une importance particulière. De plus, en procédant ainsi, on évite de n’avoir rien à faire après avoir terminé sa ‘Amida.

[f]. Cohen, Cohanim : membre de la famille sacerdotale, chargée notamment de bénir l’assemblée. La bénédiction sacerdotale est précédée d’une ablution des mains (voir chapitre 20).

06 – Qédoucha

Au cours de la troisième bénédiction, on inclut la Qédoucha. L’essentiel de la Qédoucha réside dans le fait de répondre Qadoch, qadoch, qadoch, Ado-naï Tséva-ot, melo khol haarets kevodo (« Saint, saint, saint est l’Eternel, Dieu des Légions, toute la terre est emplie de Sa gloire », Is 6, 3), et Baroukh kevod Ado-naï mimeqomo (« Bénie soit la gloire de l’Eternel depuis son Lieu », Ez 3, 12). Jadis, il était d’usage que l’officiant lise seul les phrases de transition entre les passages dits en chœur par l’assemblée, tandis que celle-ci répondait par les versets Qadoch…, Baroukh…, et Yimlokh Ado-naï lé’olam, Elo-haïkh Tsion lédor vador, Alléluia (« L’Eternel régnera à jamais, ton Dieu, Sion, d’âge en âge, Alléluia », Ps 146, 10) (Choul’han ‘Aroukh 125, 1). De nos jours, l’usage veut, suivant la voie de Rabbi Isaac Louria, de mémoire bénie, que l’assemblée dise, elle aussi, les phrases de transition, après quoi l’officiant les prononce à voix haute ; puis l’assemblée lui répond par les versets de la Qédoucha (Michna Beroura 125, 2, Kaf Ha’haïm 2).

Les décisionnaires sont partagés quant au point de savoir si le verset Yimlokh est considéré lui aussi comme faisant partie intégrante de la Qédoucha, ou s’il doit être considéré comme l’une des phrases de transition prononcées par l’officiant. La conséquence pratique de cette controverse est que, si ce verset doit être considéré comme faisant partie de la Qédoucha, le fidèle qui se trouverait au milieu des bénédictions du Chéma et qui entendrait la Qédoucha devrait répondre à l’officiant, non seulement par les deux premiers versets de celle-ci (Qadoch et Baroukh), mais également par Yimlokh. Si, en revanche, ce verset ne doit pas être considéré comme appartenant à la partie essentielle de la Qédoucha, celui qui se trouverait au milieu des bénédictions du Chéma n’aurait à répondre que Qadoch et Baroukh[6].

Au total, pendant l’office de Cha’harit, on dit trois fois la Qédoucha : durant la bénédiction Yotser or (première des bénédictions du Chéma), durant la répétition de la ‘Amida, et pendant Ouva lé-Tsion (cf. chap. 23 § 2). Mais les décisionnaires divergent sur la question suivante : les règles de la Qédoucha s’appliquent-elles, non seulement à la Qédoucha de la ‘Amida, mais encore à celles de Yotser or et d’Ouva lé-Tsion ? Par conséquent, est-il obligatoire ou non de réciter la Qédoucha dans le cadre d’un minyan à ces deux occasions également ? En pratique, il a été décidé qu’il était permis de réciter seul ces passages. Pour lever le doute, il est bon que le particulier les chante selon la mélodie traditionnelle des téamim (signes musicaux), comme s’il lisait la Torah (voir chapitres 16 § 4 et 23 § 2). En revanche, la Qédoucha que l’on récite pendant la répétition de la ‘Amida constitue la Qédoucha par excellence : on ne la récite qu’en minyan.

Il est bon de se tenir debout, pieds joints, pendant la Qédoucha, car nous la prononçons sur le modèle des anges dont les jambes sont jointes, au point qu’elles semblent constituer une seule et même jambe (Choul’han ‘Aroukh 125, 2). Certains ont soin d’ajouter un supplément de perfection, en restant pieds joints jusqu’à la fin de la bénédiction Ha E-l haqadoch (Elya Rabba 125, 6). Cela n’est toutefois pas obligatoire, et nombreux parmi les grands maîtres d’Israël ont coutume de ne pas être rigoureux en la matière.

On a coutume de surélever un peu les talons quand on dit Qadoch, qadoch, qadoch, ainsi que Baroukh et Yimlokh, et d’élever les yeux, paupières closes, afin d’exprimer sa volonté de s’élever et de tendre vers les hauteurs. La source de cette coutume se trouve dans le Midrach (Beit Yossef et Rama 125, 2, Michna Beroura 6, Kaf Ha’haïm paragraphes 2 et 9).


[6]. Le Michna Beroura 125, 1 mentionne les deux opinions et, en 66, 17, écrit en pratique que l’on ne répond pas Yimlokh quand on se trouve au milieu des bénédictions du Chéma, car telle est l’opinion de la majorité des A’haronim. C’est aussi en ce sens que tranche le Ye’havé Da’at 6, 3. C’est également la règle qui s’applique lorsqu’on en est à la supplication qui se trouve à la fin de la ‘Amida (Elo-haï netsor, « Mon Dieu, préserve ma langue du mal… »), comme l’explique le Michna Beroura 122, 4. Toutefois, selon le ‘Aroukh Hachoul’han 66, 6, il n’y a rien de décisif en la matière, et l’on peut opter pour l’attitude de son choix. Le Kaf Ha’haïm 66, 18, après avoir cité de nombreux A’haronim qui pensent que Yimlokh ne s’inscrit pas dans la partie essentielle de la Qédoucha, dit que la conception décisive à ce sujet est conforme au Chaar Hakavanot, qui laisse entendre que Yimlokh fait partie de la Qédoucha. C’est aussi en ce sens que statue le Kaf Ha’haïm en 122, 1 et 124, 17. Autre conséquence pratique de cette discussion : si l’on se trouve au milieu de la ‘Amida, faut-il se taire également quand on entend Yimlokh? Cf. à ce sujet ‘Aroukh Hachoul’han 104, 13, Iché Israël 32, note 51.

07 – Quand l’officiant doit-il réciter les versets de la Qédoucha ?

L’officiant doit dire les versets Qadoch, Baroukh et Yimlokh en même temps que l’assemblée, afin de joindre sa récitation à celle de dix Juifs. Il les dit à voix haute, pour que, s’il se trouve une personne qui n’a pas encore terminé sa ‘Amida, elle puisse entendre l’officiant et s’acquitter ainsi de son obligation de se joindre à la Qédoucha, suivant le principe selon lequel celui qui écoute est semblable à celui qui répond (Choul’han ‘Aroukh 104, 7). Après avoir dit chacun des versets, l’officiant se tait un bref instant, afin que la majorité des fidèles termine de réciter les phrases de transition ; il les dit alors à voix haute.

Si la voix de l’officiant n’est pas assez forte pour se faire entendre parmi le chœur des fidèles, l’officiant attend quelque peu, jusqu’à ce que la majeure partie de l’assemblée ait terminé de réciter le verset, et que le volume sonore de cette récitation diminue un peu ; il commence alors à réciter le verset. De cette façon, il réunira deux avantages : d’une part, tout le monde pourra l’entendre, et d’autre part, dans la mesure où certains fidèles n’auront pas terminé la récitation du verset, il dira lui-même ce verset avec eux, parmi les voix du minyan.

Dans le cas où l’assemblée est si grande que la voix de l’officiant ne peut se faire entendre à moins d’attendre que tous les fidèles aient terminé de réciter le verset, il y a différentes opinions sur la conduite à tenir. Certains disent que l’essentiel est de dire les versets de la Qédoucha avec le public, et que l’on s’efforce simplement d’être entendu d’au moins dix fidèles. D’autres disent que l’essentiel est de pouvoir être entendu de tous, et qu’il ne faut pas craindre d’avoir à prononcer les versets, même si ce n’est pas de concert avec dix Juifs. En effet, puisqu’il s’agit de l’officiant, et dès lors qu’il se trouve un minyan pour l’écouter, les versets récités par cet officiant sont considérés comme récités au sein du minyan. Aussi l’officiant attendra-t-il de pouvoir faire entendre sa voix à tous. En pratique, chaque coutume a sa raison d’être[7].


[7]. Selon le Béour Halakha 125 (אלא), si l’officiant commence à dire le verset alors que l’assemblée n’a pas terminé de le prononcer, on considère que le verset est dit par l’officiant au sein du minyan, bien que la simultanéité ne soit pas entière entre l’officiant et l’ensemble de l’assemblée. Mais l’auteur est hésitant dans le cas où, même de cette façon, on ne peut entendre l’officiant : celui-ci pourra-t-il dire les versets après que l’assemblée aura terminé de les réciter ? Peut-on considérer que, si l’officiant les récite à voix haute, c’est bien pour acquitter les auditeurs de leur obligation et que, par conséquent, il n’est pas nécessaire de les réciter de concert avec dix fidèles, mais il suffit d’être entendu par dix fidèles ? Le Béour Halakha n’a pas tranché. Selon le recueil de responsa Divré Yossef (13), l’officiant doit dire les versets de concert avec l’assemblée. Selon les responsa Beit Yehouda 2, 3, on n’est pas pointilleux sur ce point, et c’est ce que laisse entendre Igrot Moché (Ora’h ‘Haïm 3, 4). Cf. Chéérit Yossef III p. 136, Iché Israël 24, 25 et notes.

Lorsqu’on récite la ‘Amida et que l’on s’interrompt pour pouvoir écouter l’officiant prononcer la Qédoucha, conformément aux indications du Choul’han ‘Aroukh 104, 7, mais que l’on ne parvient pas à entendre l’officiant, le Levouché Mordekhaï I 17 recommande de reporter son écoute sur l’un des fidèles qui récitent les versets. Cependant, nombreux sont ceux qui pensent que, puisque les fidèles qui répondent à l’officiant n’ont pas l’intention d’acquitter de leur obligation ceux qui sont encore au milieu de leur ‘Amida, reporter son écoute sur un membre du chœur ne serait pas utile. Aussi, ajoutent-ils, si l’on n’entend pas l’officiant, il vaut mieux continuer de réciter sa ‘Amida. C’est ce qu’écrit le Kaf Ha’haïm 104, 36 et c’est ce qui ressort d’Igrot Moché.

08 – Modim derabbanan ; autres règles

Lorsque l’officiant arrive à la bénédiction Modim (bénédiction de la reconnaissance), toute l’assemblée se prosterne avec lui et récite le Modim derabbanan, dont le texte diffère du Modim principal, comme l’explique le Talmud (Sota 40a).

Toute l’assemblée se prosterne pour le Modim derabbanan, et cette prosternation se fait de la même façon que celle du Modim de la ‘Amida récitée à voix basse (Michna Beroura 127, 2, Kaf Ha’haïm 1 ; cf. ci-dessus, chap. 17 § 6).

Certains disent que l’on doit également se prosterner quand on termine de dire le Modim derabbanan. D’autres encore pensent qu’il est souhaitable de dire l’intégralité du Modim derabbanan courbé. Mais l’usage répandu est de ne se prosterner qu’au début, et tel doit être l’usage selon Rabbi Isaac Louria (cf. Choul’han ‘Aroukh et Rama 127, 1 ; Kaf Ha’haïm 10).

Dans la répétition d’une ‘Amida qui aurait normalement requis la bénédiction sacerdotale (Birkat Cohanim), telle que Cha’harit, Moussaf, ou encore Min’ha des jours de jeûne, l’officiant dit, s’il ne se trouve pas de Cohen pour bénir l’assemblée, une prière brève à la place de la bénédiction sacerdotale. L’assemblée répond ken yehi ratson (« que telle soit Ta volonté »).

Il existe deux versions de la bénédiction de la paix : Sim chalom… (« Instaure la paix… ») et Chalom rav… (« Une grande paix… »). Selon l’usage séfarade et sfard (rituel conforme à l’enseignement de Rabbi Isaac Louria), on dit Sim chalom à chaque ‘Amida. Selon l’usage ashkénaze, pour une ‘Amida où la bénédiction sacerdotale est normalement requise, on dit Sim chalom ; quand la bénédiction sacerdotale n’est pas requise, on dit Chalom rav. Si l’on a substitué un texte à l’autre par erreur, on est quitte (Rama 127, 2, Michna Beroura 13, Kaf Ha’haïm 24)[8].

Si l’officiant s’est troublé au point de ne plus pouvoir continuer sa répétition, on attend qu’il se reprenne, et s’il ne réussit décidément pas à poursuivre, on désigne un remplaçant. Si l’incident s’est produit dans l’une des bénédictions médianes, le second officiant reprend à la première de ces bénédictions. Et s’il s’est agi de l’une des trois premières ou des trois dernières bénédictions, le second officiant reprend à la première de cette série de trois bénédictions (Choul’han ‘Aroukh 126, 1-2)[9].


[8]. Selon le Béour Halakha 127, 2 (אבל), si l’on s’aperçoit, à Cha’harit, au milieu de cette bénédiction, que l’on est en train de dire la version commençant par Chalom rav, on se reprend, tant que l’on n’a pas conclu cette bénédiction par sa formule finale (Baroukh Ata…). En effet, la version Chalom rav est plus courte, et il y manque donc certaines paroles que l’on dit dans la version Sim chalom. En revanche, si l’erreur a consisté à dire Sim chalom le soir, et que l’on s’en souvienne au milieu de la bénédiction, il n’est pas nécessaire de se reprendre, puisque cette version « inclut » celle de Chalom rav. Selon le rituel de la plupart des ‘Hassidim, on dit Sim chalom tous les jours à Min’ha ; selon toute vraisemblance, la raison en est la suivante : les jours de jeûne, on dit la bénédiction sacerdotale à Min’ha [car, bien qu’on soit en milieu de journée, le jeûne a pour effet qu’il n’est pas à craindre que les Cohanim aient bu du vin, ce qui les empêcherait de bénir l’assemblée] ; cela veut bien dire que, n’était-ce la crainte d’ébriété [qui est levée les jours de jeûne], tout office de Min’ha requerrait la bénédiction sacerdotale ; aussi convient-il de dire Sim chalom.
[9]. Selon le Choul’han ‘Aroukh 126, 3, un officiant qui aurait oublié de dire, dans la répétition, le passage Yaalé véyavo à Roch ‘hodech ou à ‘Hol hamoed, et qui aurait achevé cette répétition, n’aurait pas besoin de reprendre celle-ci au début, bien qu’un particulier, pour la même erreur, doive se reprendre. En effet, le caractère du jour sera mentionné par la suite dans la ‘Amida de Moussaf ; aussi, pour éviter de peser sur le public, on n’exige pas de reprendre la répétition de l’officiant. Toutefois, si ce-dernier n’a pas encore terminé sa répétition, il reprend à Retsé (bénédiction dans laquelle Yaalé véyavo est inclus), afin de pouvoir ajouter Yaalé véyavo. En effet, une telle reprise courte n’entraîne pas un grand dérangement pour le public. Un officiant qui se serait trompé dans la ‘Amida qu’il a dite à voix basse n’a pas besoin de se reprendre, car il s’acquittera de son obligation par le biais de la répétition (Choul’han ‘Aroukh 126, 4).

09 – Peut-on rattraper la répétition de l’officiant ?

Quand dix Juifs ont prié, chacun de son côté, et qu’ils se rassemblent ensuite en un même endroit, ils n’ont pas le statut de minyan, puisque chacun a prié en tant que particulier. Aussi n’y a-t-il pas lieu de dire la répétition de la ‘Amida (Radbaz, Michna Beroura 69, 1 ; Kaf Ha’haïm 1. En revanche, pour le bénéfice des retardataires, on ajoute Barekhou à la fin de l’office, comme nous le verrons au chap. 23 § 9).

Mais si l’un des dix Juifs présents dans la même pièce n’a pas encore prié, il dira, une fois arrivé à la bénédiction Yichtaba’h, le Qaddich ainsi que Barekhou. Et lorsqu’il parviendra à la ‘Amida, il prononcera les trois premières bénédictions à voix haute, et les autres Juifs se joindront à lui pour réciter la Qédoucha. De cette façon, tous pourront bénéficier du Qaddich, de Barekhou et de la Qédoucha. C’est la règle dite de Pores ‘al Chéma.

De même, lorsqu’un particulier arrive en retard à l’office, si neuf hommes se trouvent là, qui sont prêts à répondre à sa suite, il dira, une fois arrivé à Yichtaba’h, le Qaddich et Barekhou ; et une fois arrivé à la ‘Amida, il récitera les trois premières bénédictions à voix haute et bénéficiera de la Qédoucha[10].

Quand six hommes se rassemblent pour prier, et que quatre autres, qui ont déjà prié, se joignent à eux, l’officiant peut faire l’ensemble de l’office : en effet, puisque dix Juifs sont rassemblés et que la majorité d’entre eux n’a pas encore prié, le statut de minyan leur est appliqué[11].

Mais si seulement cinq d’entre eux n’ont pas prié, la règle à eux applicable est semblable à celle qui s’applique au particulier : lorsqu’ils arrivent à Yichtaba’h, on dit le Qaddich et Barekhou, et quand on arrive à la ‘Amida, l’un des cinq récite les trois premières bénédictions à voix haute, puis on récite la Qédoucha (voir Béour Halakha 69 Omer).


[10]. Certains pensent que ce particulier, auquel l’assemblée accepte de répondre, devra dire le Qaddich après avoir dit Ta’hanoun (cf. chap. 21), et le Qaddich Titqabal après avoir terminé Ouva lé-Tsion (chap. 23). C’est ce qu’écrivent le Kaf Ha’haïm 56, 37 et Iché Israël 34, 4. Les notes du Ich Matslia’h sur le chapitre 69 du Choul’han Aroukhrapportent que, selon certains, on ne dit le Qaddich Titqabal que dans le cas où trois des dix personnes n’avaient pas encore prié avant l’arrivée de l’officiant retardataire. Selon d’autres, il faut six des dix personnes. Le Ich Matslia’h ajoute que chaque endroit va suivant son usage. Il semble que l’usage soit de ne dire les Qaddich qui suivent la ‘Amida que dans le cas où six fidèles n’auraient pas encore prié avant l’arrivée de l’officiant.

Si l’on s’en tient au droit strict, dans le cas où celui qui n’a pas encore prié n’est pas à même de le faire à haute voix, un autre fidèle peut officier pour son compte, réciter pour lui le Qaddich et Barekhou, dire à haute voix les trois premières bénédictions de la ‘Amida, puis poursuivre à voix basse jusqu’à la fin de la ‘Amida (cf. Rama 69, et Michna Beroura 17).

[11]. Le Radbaz parle d’un cas où six hommes commencent à réciter la ‘Amida, dans l’espoir que quatre autres personnes arrivent, et où, après avoir terminé la ‘Amida à voix basse, on constate effectivement que quatre personnes, qui ont déjà prié, sont arrivées, et que ces quatre personnes sont prêtes à compléter le minyan. Dans un tel cas, on peut soutenir, d’après le Radbaz, que, du fait qu’ils ne constituaient pas un minyan au moment où ils priaient à voix basse, les fidèles ne peuvent réciter la répétition. Mais nombreux sont ceux qui pensent que, dans la mesure où, d’une part, les premiers se sont rassemblés en vue de prier en minyan, où d’autre part ils espéraient que le minyan serait complété, et où enfin ils constituaient la majorité d’un minyan, ils peuvent procéder à la répétition. C’est ce qu’écrit le Har Tsvi (Ora’h ‘Haïm 1, 51). C’est aussi ce qu’écrit le Chéérit Yossef II p. 190.

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