La prière d’Israël

04 – La mention des pluies et la prière pour la pluie

Pendant la période hivernale, nous mentionnons la pluie par deux fois au cours de la ‘Amida. Dans un premier temps, nous mentionnons la pluie afin de louer Dieu, qui fait pleuvoir ; dans un second temps, nous demandons à Dieu de nous bénir par la rosée et par la pluie.

Ainsi, dans la deuxième bénédiction de la ‘Amida, Mé’hayé hamétim (« qui ressuscites les morts »), nous disons la louange Machiv haroua’h oumorid haguéchem (« Tu fais souffler le vent et tomber la pluie »). Nos sages ont inséré la louange dite pour la pluie au sein de la bénédiction « qui ressuscites les morts », car la pluie amène la vie au monde.

Puis dans la neuvième bénédiction, Birkat hachanim (bénédiction des années), nous demandons la pluie. Selon l’usage séfarade, tout le texte de la bénédiction des années diffère selon que l’on est en hiver ou en été : en hiver, on commence par les mots Barekh alénou (« Bénis, pour nous, cette année et toutes ses récoltes… »), tandis qu’en été, on commence par Barkhénou Ado-naï Elo-hénou (« Bénis-nous, Eternel, notre Dieu »). Selon l’usage ashkénaze, le texte de la bénédiction des années est semblable en été comme en hiver ; simplement, en hiver, on insère les mots Véten tal oumatar (« Envoie la rosée et la pluie »), tandis qu’en été, on dit Véten berakha (« Envoie la bénédiction »).

Certes, la mention de la pluie et la demande de la pluie se font l’une et l’autre en hiver, mais il y a une différence entre elles : la mention de la pluie se dit durant toute la période où la pluie est susceptible de tomber[e], tandis que la demande de la pluie ne se dit qu’à partir du moment où nous souhaitons que la pluie commence à tomber.

La mention de la pluie commence à Chemini ‘atseret[f]. Il est vrai qu’il y aurait eu lieu de mentionner la pluie dès le début de la fête de Soukot, car c’est dès ce moment que commence la saison des pluies. Mais puisque la pluie est considérée comme un signe de malédiction à Soukot – car lorsque la pluie tombe, on ne peut accomplir le commandement de résider dans la souka –, on ne mentionne pas la pluie durant la fête de Soukot. Nos maîtres ont décidé que l’on commencerait à mentionner la pluie lors de la ‘Amida de Moussaf de Chemini atseret car, à ce moment, toute la communauté se trouve à la synagogue, et l’on peut alors annoncer, en présence de tous les fidèles, que l’on commence à mentionner la pluie. En revanche, tout le monde ne se rend pas à l’office du soir (Arvit) ; quant à l’office de Cha’harit, on ne peut y faire une telle annonce, puisqu’il ne faut pas marquer d’interruption entre la bénédiction de la Délivrance (qui suit la lecture du Chéma) et la ‘Amida (Beit Yossef et Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 114, 1-2 ; cf. ci-dessus chap. 16 § 7).

En revanche, en ce qui concerne la demande de la pluie, nos maîtres ont repoussé de quinze jours cette requête, au 7 du mois de ‘hechvan au soir (pour la diaspora, cf. ci-après § 7) . Cela, afin que le dernier des pèlerins, qui viendrait de la lointaine rive de l’Euphrate pour célébrer la fête de Soukot au Temple de Jérusalem, ait le temps, une fois la fête terminée, de rentrer chez lui sans être mouillé par la pluie en chemin (Choul’han ‘Aroukh 117, 1). Même après la destruction du Temple, la coutume n’a pas été suspendue, car toute coutume qui rappelle les jours glorieux où le Temple se dressait sur son enceinte est très chère à notre cœur, et nous ne voulons pas en suspendre l’application. Ce n’est que lorsque le Temple sera reconstruit, bientôt et de nos jours, que le Sanhédrin pourra décider s’il faut modifier le moment à partir duquel on prie pour la pluie, en considération des nouveaux moyens de transport.

On continue de mentionner la pluie jusqu’au premier jour de Pessa’h. A l’office de Cha’harit, on mentionne encore la pluie, et à Moussaf, on mentionne la rosée. En ce qui concerne la demande de la pluie, puisque celle-ci ne se dit que les jours ouvrables, la dernière fois où l’on prie pour la pluie est nécessairement à l’office de Min’ha de la veille de Pessa’h.


[e]. Le lieu de référence étant la terre d’Israël.
[f]. Fête de clôture, au lendemain du dernier jour de Soukot. Soukot est la fête des cabanes : durant sept jours, on réside dans une cabane (souka).

05 – Quand on se trompe dans la mention des pluies ou dans la prière les concernant

Quand l’erreur a consisté à mentionner la pluie en été : puisque, à pareille époque, cela ne constitue pas une louange, on doit revenir en arrière et rectifier son erreur. Si l’on n’a pas encore terminé la bénédiction, on retourne au début de celle-ci et l’on dit Morid hatal (« Tu fais venir la rosée »), suivant le rituel de l’été. Si l’on a déjà terminé la récitation de la bénédiction, celle-ci n’aura pas été valablement dite ; et puisque les trois premières bénédictions de la ‘Amida sont considérées comme un seul et même bloc (voir ci-dessus § 1), il faut recommencer la ‘Amida afin de la réciter comme il convient (Choul’han ‘Aroukh 114, 4).

Quand l’erreur a consisté à ne pas mentionner la pluie en hiver : si l’on a mentionné la rosée, comme on le fait en été (Morid hatal), on ne doit pas revenir en arrière, puisque l’on aura dit une certaine louange liée au don de l’eau. Mais si l’on n’a pas non plus mentionné la rosée, on revient en arrière, puisqu’on aura manqué de prononcer une louange aussi importante (Choul’han ‘Aroukh 114, 5).

Si l’erreur a consisté à demander la pluie en été : puisque la requête n’est pas d’actualité, on aura désorganisé le contenu de la bénédiction des années, et l’on devra donc revenir en arrière pour corriger son erreur. Par conséquent, si l’on n’a pas encore terminé la ‘Amida, on revient au début de la bénédiction des années (Barkhénou), et on la prononce comme il faut. De là, on poursuit la récitation de l’ensemble des bénédictions qui suivent, jusqu’à la fin de la ‘Amida. Si l’on a déjà terminé la ‘Amida, on reprend au début de celle-ci en priant comme il convient (Choul’han ‘Aroukh 117, 3).

Quand l’erreur a consisté à ne pas demander la pluie en hiver : si l’on n’est pas encore arrivé à la bénédiction Choméa’ téphila (« qui écoutes la prière »), on continue la récitation de la ‘Amida, et lorsqu’on arrive à la bénédiction Choméa’ téphila, au sein de laquelle il est permis de présenter des requêtes additionnelles, on prie alors pour la pluie (en intercalant les mots Véten tal oumatar livrakha : « Envoie la rosée et la pluie bienfaisantes », avant le mot Oumiléfanékha ou avant les mots Ki Ata Choméa’, selon le rite) ; de cette façon, on rectifie son erreur. En revanche, si l’on a déjà dépassé la bénédiction Choméa’ téphila, on a manqué l’endroit où il était encore possible de se reprendre et, de ce fait, la récitation de toutes les bénédictions dites après celle des années se trouve invalidée. Dans un tel cas, il faut revenir au début de la bénédiction des années, la dire comme il convient et, de là, poursuivre sa prière dans l’ordre, en redisant l’ensemble des bénédictions suivantes. Mais dans le cas où l’on a déjà terminé sa ‘Amida, et où l’on a déjà formé l’intention de reculer de trois pas, cette prière est défectueuse, puisque l’on a oublié de prier pour la pluie. Il faut alors reprendre sa ‘Amida depuis le début, selon les règles (Choul’han ‘Aroukh 117, 4-5).

06 – Conseil pour éviter de se tromper

L’erreur la plus fréquente, dans la ‘Amida, est celle qui touche à la mention des pluies et à la demande de la pluie. En effet, tous les six mois, le texte change : dans la mesure où l’on s’est habitué à un texte déterminé durant six mois, l’automatisme nous conduit à répéter ce texte habituel. Or, comme nous l’avons vu, trois des quatre erreurs possibles en la matière obligent à se reprendre (cf. note 4).

Si l’on doute d’avoir dit le texte qui convient, et tant qu’on est encore dans les trente jours qui suivent le changement de texte – au début de l’été ou de l’hiver –, il faut considérer que l’on s’est probablement trompé, car l’habitude est encore rivée au texte de la période précédente. Si donc il s’agit de l’une des trois erreurs obligeant à se reprendre, il faut se reprendre et prier comme il convient. Mais si trente jours sont déjà passés, on présume que la bouche s’est déjà habituée au changement de texte et que l’on a probablement prié correctement ; aussi ne doit-on pas reprendre sa prière.

Afin de lever ce type de doute, en raison duquel on doit souvent répéter sa ‘Amida, il est bon que chacun s’habitue au nouveau texte, le jour du changement, en le répétant quatre-vingt-dix fois[g], afin que ce nouveau texte soit courant dans sa bouche et que l’on ne se trompe pas. De cette façon, même si l’on doute, par la suite, d’avoir dit le texte adéquat lors d’une ‘Amida, on présumera que cela a bien été le cas, dans la mesure où l’on avait déjà habitué sa langue à dire ce texte quatre-vingt-dix fois ; et l’on n’aura pas, par conséquent, à reprendre sa prière (Choul’han ‘Aroukh 114, 8-9).

Aussi, selon la coutume séfarade, dans laquelle tout le texte de la bénédiction des années est renouvelé, quand arrive la nuit du 7 ‘hechvan, on s’habitue à entamer la bénédiction comme il convient, en répétant quatre-vingt-dix fois l’enchaînement entre la bénédiction précédente (celle de la guérison) et celle des années : Rofé ‘holé ‘amo Israël / Barekh alénou (« qui guéris les malades de Ton peuple Israël / Bénis, en notre faveur… »). Selon la coutume ashkénaze, on dira : Vé-et kol miné tévouata létova, véten tal oumatar livrakha (« … et toutes sortes de récolte, pour le bien ; et amène la rosée et la pluie, pour la bénédiction »). À l’approche de l’office de Moussaf du premier jour de Pessa’h, on dira quatre-vingt-dix fois : Mé’hayé métim Ata, rav léhochia, morid hatal (« Tu ressuscites les morts, Ton secours et grand, Tu envoies la rosée »). A la sortie du jour de fête, avant la prière d’Arvit de ‘Hol hamoed, on dira selon l’usage séfarade : Rofé ‘holé amo Israël / Barkhénou (« Qui guéris les malades de Ton peuple Israël / Bénis-nous ») ; selon l’usage ashkénaze, on dira : Vé-et kol miné tévouatah létova, véten berakha (« Et toutes sortes de récolte, pour le bien ; et amène la bénédiction ») (Michna Beroura 114, 40 ; Kaf Ha’haïm 60)[4].


[g]. Nombre correspondant aux trois offices quotidiens multiplié par le nombre de jours nécessaires pour prendre un nouvel automatisme. Cet exercice se fait en-dehors des offices.
[4]. Mais quand il s’agit du passage de l’été à l’hiver, en ce qui concerne la mention des pluies, on ne doit pas se reprendre dans le cas où l’on s’est trompé. Nous avons vu, en effet, que si l’on a omis de dire Machiv haroua’h oumorid haguéchem (« Tu fais souffler le vent et tomber la pluie »), on est quitte, du moment que l’on a mentionné la rosée (Morid hatal : « Tu fais tomber la rosée ») ; et puisque nous disons précisément Morid hatal en été, on sera quitte, même si l’on a dit en hiver le texte prévu pour l’été. (Le Rama 114, 3 écrit certes que l’on ne dit pas Morid hatal en été, mais la coutume ashkénaze en terre d’Israël est de le dire). En revanche, en ce qui concerne le passage de l’hiver à l’été, l’erreur invalide la prière, car elle consiste alors à dire Morid haguéchem (« Tu fais tomber la pluie ») en été. Quant à la demande de la pluie, toute erreur a un effet invalidant. En résumé, sur les quatre possibilités d’erreur, trois obligent à se reprendre, et dans un seul cas il n’est pas nécessaire de se reprendre.

La source de la règle selon laquelle on doit se reprendre durant les trente premiers jours après le changement de saison se trouve dans le Talmud de Jérusalem, Taanit I, 1. C’est le Maharam de Rothenburg qui conseille d’habituer sa bouche en répétant les enchaînements quatre-vingt-dix fois. Bien que Rabbénou Pérets s’oppose à lui sur ce point, le Roch s’accorde avec son opinion, et c’est en ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh. Cela reste cependant un peu problématique car, pendant trente jours, c’est une centaine de fois que se dit la deuxième bénédiction de la ‘Amida, en raison des offices additionnels de Moussaf, les jours de Chabbat, de fête et de ‘Hol hamoed. À l’inverse, la bénédiction des années, dans sa nouvelle version, se dit moins de quatre-vingt fois en trente jours, puisqu’on ne la dit pas durant les offices réguliers de Chabbat, ni à Moussaf. De fait, certains pensent que le principe consiste à s’habituer au nouveau texte dans le cadre de quatre-vingt-dix prières. C’est ce qu’écrivent Elya Rabba et Dérekh Ha’haïm. D’après le Taz, le Gaon de Vilna et d’autres A’haronim, le fait de s’habituer dépend essentiellement des prières s’inscrivant dans une période de trente jours, même si le nombre de répétitions n’atteint pas nécessairement quatre-vingt-dix. Cf. Michna Beroura 114, 37. Au paragraphe 41, le Michna Beroura écrit en ce sens, au nom du ‘Hatam Sofer, qu’il est bon, a priori, de s’habituer à dire le nouveau texte cent-une fois. Toutefois, en pratique, le Michna Beroura conclut que si l’on s’est contenté de quatre-vingt-dix répétitions, il n’est pas en notre pouvoir de prescrire, contre l’avis du Choul’han ‘Aroukh, de se reprendre en cas de doute. Il semble que, dans la pensée du Maharam de Rothenburg, il n’y ait pas de différence significative entre quatre-vingt, quatre-vingt-dix ou cent fois, et que plus on récite de répétitions, plus on habitue sa bouche. Et dans la mesure où le Talmud de Jérusalem a établi qu’après trente jours on ne se trompe probablement plus, le Maharam a décidé qu’avec quatre-vingt-dix répétitions, moyenne du nombre de mentions et de prières pour la pluie prononcées en un mois, on peut habituer sa langue aux textes nouveaux.

07 – Règle applicable en diaspora

Nos sages ont repoussé le début de la prière pour la pluie, dans les communautés babyloniennes, au soixantième jour de l’équinoxe d’automne (ce qui correspond au 4 ou au 5 décembre). Cela en raison du fait que l’eau y abonde, en provenance du Tigre et de l’Euphrate, et qu’il n’y a donc pas besoin, dans ces régions, de multiplier les prières pour la pluie dès le début de l’hiver. Toutes les autres communautés en-dehors d’Israël sont rattachées à la règle régissant la Babylonie, et l’on y prie pour la pluie à partir du soixantième jour de l’équinoxe (Choul’han ‘Aroukh 117, 1)[5].

Quand un habitant de la terre d’Israël se rend à l’étranger pour une période de plusieurs mois : d’après certains, il doit prier pour la pluie conformément à l’usage d’Israël, puisque c’est là qu’il est établi (Peri ‘Hadach). Selon d’autres, il doit prier conformément à l’usage du lieu où il se trouve présentement (Birké Yossef). Afin d’être quitte aux yeux de tous les décisionnaires, en tout cas de doute, on intercalera la prière pour la pluie à l’intérieur de la bénédiction Choméa’ téphila  et non dans la bénédiction des années. Voir la note pour les détails de cette règle[6].

Dans les contrées où l’on a besoin de pluie au printemps, on ne continue pas pour autant à prier pour la pluie dans le cadre de la bénédiction des années : la règle qui s’applique à ces lieux est semblable à celle qui régit les particuliers en voyage, et l’on doit prier pour la pluie dans le cadre de la bénédiction Choméa’ téphila (« qui écoutes la prière »), au sein de laquelle chacun peut ajouter des demandes particulières (Choul’han ‘Aroukh 117, 2)[7].

Même dans les pays situés en-deçà de l’équateur, comme l’Argentine, le Brésil ou l’Australie, on prie pour la pluie quand c’est l’hiver en terre d’Israël. Et bien que, à pareille époque, ce soit l’été dans ces pays, on prie néanmoins pour la pluie selon l’hiver israélien, car la terre d’Israël est le pilier du monde, et le reste du monde y est rattaché.

Mais dans les pays où la pluie cause des dommages en été, la règle ne se rattache pas à celle qui s’applique à la terre d’Israël, afin que l’on ne prie pas pour une chose susceptible de constituer une malédiction pour les habitants du pays. On dira toute l’année, dans de tels cas, le texte de l’été dans la bénédiction des années, et dans la bénédiction Choméa’ téphila, on demandera toute l’année la pluie : pendant l’hiver de ces contrées, on pensera à la pluie au lieu où l’on habite, et pendant l’hiver israélien, on pensera à la terre d’Israël[8].

Un habitant d’Israël ou de l’un des pays de l’hémisphère nord qui quitte le sol de son pays de résidence pour visiter un pays de l’hémisphère sud, continuera à prier pour la pluie selon les dates de l’hiver israélien, même si la pluie est source de dommage dans le pays où il se trouve (puisque ce voyageur oriente sa pensée vers le pays où il est établi de façon permanente) (Chiourim Hametsouyanim Bahalakha 19, 3).


[5]. Dans les pays proches de la terre d’Israël, dont le climat est aride et qui ont davantage besoin d’eau, on commence la prière pour la pluie en même temps que les habitants de la terre d’Israël, le soir du 7 ‘hechvan (Yalqout Yossef I p. 251).
[6]. Cette controverse entre décisionnaires est expliquée par le Michna Beroura 117, 5. Le Kaf Ha’haïm 11 penche du côté du Birké Yossef, d’après lequel on doit prier selon l’usage de l’endroit où l’on se trouve. Nombreux sont les décisionnaires qui rapportent le conseil consistant à inclure la demande de la pluie dans la bénédiction Choméa’ téphila (Téphila Kehilkhata, Yalqout Yossef I p. 263, Iché Israël 23, 37). Ce faisant, on se rend quitte d’après toutes les opinions. En effet, même si l’on est tenu de demander la pluie, on peut rattraper cette demande au moment de la bénédiction Choméa’ téphila ; et à l’inverse, même quand il n’y a pas lieu de demander la pluie, on ne doit pas se reprendre si l’on a inclus cette demande dans la bénédiction Choméa’ téphila.

Détails d’application :

    Habitant de la terre d’Israël séjournant à l’étranger : 1) Si l’on a quitté la terre d’Israël avant le 7 ‘hechvan, on inclura la prière pour la pluie (en disant Véten tal oumatar livrakha – « Donne une rosée et une pluie de bénédiction ») à l’intérieur de la bénédiction Choméa’ téphila, cela à partir du 7 ‘hechvan. 2) Si l’on a quitté Israël après le 7 ‘hechvan, puisqu’on a déjà commencé à prier pour la pluie, on continue à le faire à l’intérieur de la bénédiction des années (Kaf Ha’haïm 13 au nom du Qécher Godel). 3) Si l’on a quitté Israël avec sa famille pour plus d’un an, on est considéré, durant cette période, comme résidant en-dehors de la terre d’Israël, et l’on adopte immédiatement l’usage local.
    Habitant de diaspora séjournant en Israël : il est préférable qu’il se conforme à l’usage des habitants d’Israël. Aussi, s’il a l’intention de repartir à l’extérieur d’Israël après le jour de l’équinoxe, il priera pour la pluie comme les habitants d’Israël. S’il a l’intention de repartir avant l’équinoxe, il devra, selon certains, inclure la prière pour la pluie à l’intérieur de la bénédiction Choméa’ téphila (cf. Iché Israël 23, 37). Selon d’autres, il priera pour la pluie selon l’usage des habitants de la terre d’Israël ; une fois revenu à l’extérieur d’Israël, il ne sera pas obligé de continuer à prier pour la pluie, mais il sera bon de le faire à l’intérieur de la bénédiction Choméa’ téphila (Yalqout Yossef I p. 265).

En toutes ces matières, il semble que, si l’on s’est involontairement comporté suivant l’une des opinions en présence (au lieu de prier pour la pluie dans la bénédiction Choméa’ téphila), il ne soit pas nécessaire de se reprendre (cf. Iché Israël 23, note 149). Un officiant, quoiqu’il prie pour la pluie dans la bénédiction Choméa’ téphila quand il s’agit de la ‘Amida dite à voix basse, doit prier selon l’usage local quand il récite la répétition de la ‘Amida, car celle-ci est dite pour l’assemblée (Iché Israël 23, 39).

[7]. Si, après avoir terminé la ‘Amida, on s’aperçoit que, par erreur, on a prié pour la pluie à l’intérieur de la bénédiction des années dans une région où l’on a besoin de pluie après Pessa’h, on doit, selon le Choul’han ‘Aroukh 117, 2, répéter sa ‘Amida, en stipulant intérieurement que, dans l’hypothèse où la halakha serait conforme à l’opinion du Roch – selon lequel il est permis, dans un tel cas, de prier pour la pluie dans la bénédiction des années –, cette deuxième ‘Amida constituerait une prière additionnelle volontaire. D’après le Rama, a posteriori, on n’est pas obligé de répéter sa prière. Si c’est au milieu de sa ‘Amida que l’on s’aperçoit que l’on a inclus la prière pour la pluie à l’intérieur de la bénédiction des années alors que ce n’en était pas la saison, on doit, selon le Yabia’ Omer II Ora’h ‘Haïm 9, 17 se fondant sur le Choul’han ‘Aroukh, revenir immédiatement au début de la bénédiction des années et corriger l’erreur. Toutefois, pour le Michna Beroura 10, dans la mesure où, a posteriori, on peut être quitte malgré cette erreur, on terminera sa ‘Amida. Si on le veut, on dira une ‘Amida additionnelle, en stipulant que c’est à titre volontaire. Selon le Kaf Ha’haïm 25, on termine d’abord sa ‘Amida en cours et, seulement après, on répète la ‘Amida en stipulant qu’il s’agit d’une prière additionnelle et volontaire.
[8]. La différence à faire entre la situation ordinaire, pour laquelle on va d’après la règle en vigueur en terre d’Israël, et une situation où la pluie est source de dommage, est expliquée par Torat ‘Haïm 3, 7, Kaf Ha’haïm 117, 17 et Iché Israël 23, 42. Or lé-Tsion II 7, 30 ajoute que, même lorsque la pluie est source de dommage, il est bon de prier, durant l’été de ces contrées, pour que la pluie tombe en terre d’Israël [puisque l’intention n’est évidemment pas d’entraîner un dommage là où l’on se trouve, mais de prier pour la pluie en Israël].

08 – Procédure de remplacement d’une ‘Amida que l’on aurait oubliée

Si l’on a oublié, ou encore si l’on a été empêché de réciter l’une des trois prières quotidiennes, on doit la remplacer, à la suite de la prochaine prière. Si l’on a oublié de dire la prière de Cha’harit, on remplacera la ‘Amida omise, en récitant une seconde ‘Amida à la suite de l’office de Min’ha. On fera d’abord la prière de Min’ha puis, après le dernier Qaddich, on dira une seconde ‘Amida à titre de remplacement (Tachloumin) pour celle de Cha’harit. Si l’on préfère, on peut réciter la seconde ‘Amida en même temps que la répétition de l’officiant, mais on devra alors avoir soin de marquer, entre la première ‘Amida et la seconde, une pause correspondant au moins au temps nécessaire pour parcourir quatre amot (environ deux mètres).

Si l’on a oublié de réciter la prière de Min’ha, on la remplacera à la suite de l’office d’Arvit : après le dernier Qaddich, on répétera la ‘Amida, à titre de remplacement pour celle de Min’ha. Si l’on a oublié de dire la prière d’Arvit, on remplacera la ‘Amida à la suite de la prière de Cha’harit : on pourra réciter la ‘Amida de remplacement, soit simultanément avec la répétition de l’officiant, soit après le dernier Qaddich de l’office[9][h].

Si l’on a oublié de réciter la ‘Amida de Tachloumin après la ‘Amida principale, on peut, a posteriori, la réciter tant que le délai de récitation de la ‘Amida principale n’est pas expiré. Ainsi, si l’on a oublié ou été empêché de réciter la prière de Min’ha, et que l’on n’a pas réparé cette omission immédiatement après l’office d’Arvit, on peut a posteriori réciter la ‘Amida de Tachloumin jusqu’au milieu de la nuit (‘Hatsot), qui est le terme a priori de la prière d’Arvit. Certains permettent même, a posteriori, de réparer son omission jusqu’à l’aube (‘amoud hacha’har). Si l’on a manqué de réparer l’omission de la ‘Amida d’Arvit immédiatement après avoir fait la prière de Cha’harit, on peut, a posteriori, réciter la ‘Amida de remplacement jusqu’à la fin de la quatrième heure solaire. Si l’on a manqué de réparer l’omission de la ‘Amida de Cha’harit immédiatement après l’office de Min’ha, on peut, a posteriori, réciter la ‘Amida de remplacement jusqu’au coucher du soleil (cf. Michna Beroura 108, 15 ; Kaf Ha’haïm 11). On n’attendra cependant pas le dernier moment avant le terme, mais on dira la ‘Amida de remplacement dès que l’on se sera aperçu qu’on ne l’a pas encore récitée, cela afin de ne pas prolonger davantage l’interruption entre la ‘Amida principale et la ‘Amida de Tachloumin. Et même si l’on a commencé à manger, on interrompra son repas pour prier, dès que l’on s’apercevra que l’on doit réciter la ‘Amida de Tachloumin (Michna Beroura 108, 10).

Il faut avoir soin de réciter la ‘Amida de Tachloumin seulement après la ‘Amida principale du présent office. Si l’on a eu pour intention de dire la première ‘Amida à titre de Tachloumin, et la seconde à titre de prière principale, on n’est pas quitte, par la première, de son obligation de Tachloumin. Par conséquent, on devra réciter une troisième ‘Amida, à titre de Tachloumin. Par exemple : si l’on a oublié de dire la prière de Min’ha le jour de Chabbat, et qu’à l’issue de Chabbat, durant l’office d’Arvit, on ait volontairement omis d’inclure dans sa première ‘Amida le texte additionnel de séparation entre le Chabbat et la semaine (Ata ‘honantanou : « Tu nous as gratifiés… »), en raison du fait que l’on a pensé que cette ‘Amida était dite à titre de Tachloumin pour Min’ha, incluant par ailleurs ce texte additionnel dans la seconde ‘Amida, on devra répéter la ‘Amida de remplacement pour Min’ha. En revanche, si l’on a simplement oublié de dire Ata ‘honantanou dans la première ‘Amida, que l’on s’en est souvenu dans la seconde et que l’on y a inclus ce texte, on est quitte, dès lors que l’on a eu l’intention, dans la première, de dire la ‘Amida d’Arvit, et dans la seconde, de dire la ‘Amida de Tachloumin[10].


[9]. Les A’haronim sont partagés sur la question de savoir s’il est possible de se rendre quitte de la prière de Tachloumin par l’écoute de la répétition de l’officiant. Selon le Peri Mégadim et le Michna Beroura 108, 5, puisque la récitation d’une ‘Amida de Tachloumin constitue une obligation, on ne peut se rendre quitte par l’écoute de l’officiant, dès lors que l’on appartient soi-même à la catégorie de Baqi (personne qui sait prier en s’aidant de son livre de prières). Selon le ‘Hida, en revanche, on peut réparer l’omission de la ‘Amida d’Arvit par l’écoute de l’officiant durant la répétition de la ‘Amida de Cha’harit, puisque, à l’origine, l’office d’Arvit a un caractère facultatif (voir chap. 24 § 2). C’est également ce que décide le Kaf Ha’haïm 108, 6. Cependant, il faut vérifier que l’officiant a effectivement l’intention d’acquitter les auditeurs par sa répétition. C’est également ce qu’écrit le Yalqout Yossef I p. 226. Le Michna Beroura est lui-même indulgent a posteriori : si un fidèle a eu l’intention de se rendre quitte en écoutant la répétition de l’officiant à Cha’harit, il est quitte. Le ‘Aroukh Hachoul’han 108, 16 est totalement indulgent, laissant entendre que l’on pourrait procéder de la sorte également pendant la répétition de Min’ha (pour réparer l’omission de la ‘Amida de Cha’harit). En ce qui concerne l’officiant lui-même, si celui-ci a manqué de dire la prière précédente, par oubli ou contrainte, tout le monde s’accorde à dire que la répétition qu’il fait de la ‘Amida peut, en ce qui le concerne, constituer efficacement une ‘Amida de Tachloumin (Michna Beroura 108, 4).

Lorsque le Choul’han ‘Aroukh 108, 2 écrit que la ‘Amida de Tachloumin venant remplacer celle d’Arvit doit se dire « après la ‘Amida de Cha’harit », il semble que cette disposition concerne précisément le particulier lorsqu’il prie seul. En revanche, si l’on prie au sein de l’assemblée, il est préférable de réciter la seconde ‘Amida simultanément avec la répétition de l’officiant, ou encore après le dernier Qaddich. En effet, si l’on disait la seconde ‘Amida après la fin de la répétition, il s’ensuivrait que l’on ne pourrait répondre à un certain nombre de Qaddich, ni à la Qédoucha qui se dit dans Ouva lé-Tsion (cf. chap. 23 § 2). Toutefois, Iché Israël 30, 6 comprend le Choul’han ‘Aroukh littéralement, même pour une prière publique. Voir Yalqout Yossef I p. 222 s.

[h]. La seconde ‘Amida, dite à titre de Tachloumin, suit le modèle de la première, dite à titre principal (voir § 10).
[10]. Selon la majorité des décisionnaires, tout dépend de la kavana (l’intention) (Michna Beroura 108, 28, contrairement au Taz). [Du point de vue factuel, les mêmes textes ont été dits, dans les deux cas, dans le même ordre. Seule l’intention associée à la récitation a pour effet de rendre juridiquement valide ou non la prière prononcée.] Le Maguen Avraham et le Taz hésitent, dans le cas où : a) l’intention aurait consisté à faire une première ‘Amida à titre de Tachloumin et une seconde à titre principal ; b) mais où aucun texte tel qu’Ata ‘honantanou ne marquerait de différence visible entre les deux récitations. Peut-être, dans un tel cas, n’y aurait-il pas besoin, selon ces auteurs, de refaire sa ‘Amida de Tachloumin. Toutefois, l’opinion du Choul’han ‘Aroukh et de la majorité des décisionnaires est que l’on doit en effet refaire la ‘Amida de Tachloumin, et telle est la règle. Il est bon, néanmoins, d’émettre intérieurement la condition selon laquelle, si jamais on n’avait pas réellement besoin de refaire cette ‘Amida de Tachloumin, la ‘Amida que l’on s’apprête à dire aurait valeur de prière additionnelle volontaire (nédava) (Michna Beroura 108, 7 ; Yalqout Yossef I p. 214).

09 – Quand ne peut-on pas remplacer une prière omise ?

Nos sages ont décrété qu’il est possible de rattraper une prière omise quand celle-ci précède immédiatement l’office présent. Aussi, si l’on a été contraint de manquer les prières de Cha’harit et de Min’ha, on récitera, après l’office d’Arvit, une seule ‘Amida à titre de Tachloumin, pour remplacer celle de Min’ha. Si on le souhaite, on pourra cependant ajouter après cela une ‘Amida additionnelle volontaire, en raison du fait que l’on a manqué la prière de Cha’harit (Choul’han ‘Aroukh 108, 4-5). Toutefois, de nos jours, on n’a pas l’usage de réciter la ‘Amida à titre volontaire (nédava)[11].

Si l’on a oublié de réciter la ‘Amida de Moussaf (prière additionnelle des jours de Chabbat et de fête), on ne peut la remplacer, du fait que les offrandes de Moussaf ne sont offertes que le jour même du Chabbat ou de la fête. Si l’on a oublié de dire la ‘Amida de Cha’harit un jour où l’on dit également Moussaf : bien que, comme nous l’avons vu, on ne puisse en principe remplacer d’autre ‘Amida que celle précédant immédiatement, on ne tient pas compte à cet égard de la prière de Moussaf, et l’on dit une ‘Amida de Tachloumin après la prière de Min’ha.

Si c’est intentionnellement que l’on a omis de réciter l’une des trois prières quotidiennes, on ne peut la remplacer. Les Richonim écrivent cependant que, si on le souhaite, on peut en ce cas dire une ‘Amida supplémentaire à titre volontaire (Choul’han ‘Aroukh 105, 7). Or nous avons déjà vu que, de nos jours, nous n’avons pas coutume de réciter la ‘Amida à titre de prière volontaire. En effet, si l’on fait une telle ‘Amida, il faut être sûr de pouvoir se concentrer sur le sens des mots durant toute cette prière, du début à la fin (Kaf Ha’haïm 108, 31).

En revanche, si l’on a manqué de dire Min’ha ou ‘Arvit quand on en avait encore le temps, parce que l’on estimait qu’après avoir terminé l’activité à laquelle on avait commencé à se livrer il resterait du temps pour prier, et qu’en fin de compte on s’est laissé entraîner par ladite activité au point que l’heure limite de la prière a expiré, on n’est pas considéré comme ayant intentionnellement annulé sa prière. Dans un tel cas, on dira une ‘Amida à titre de Tachloumin après la prière suivante. De même, si l’on a commencé à manger avant de prier, en pensant avoir le temps de prier après son repas, et qu’en fin de compte on a oublié de prier, on dira une ‘Amida de Tachloumin après la prière suivante, bien que l’on ait commencé à manger de façon interdite à l’heure de la prière. En effet, ce n’est pas par mépris de la mitsva que l’on a omis de prier (Choul’han ‘Aroukh 108, 8). Si l’on se livrait à un jeu, par exemple le football, que l’on nous ait appelé pour venir prier et que, dans sa grande passion pour le jeu en cours, on ait répondu : « J’arrive dans un instant ! » ; si l’on a continué à jouer et qu’entre-temps l’heure limite de la prière ait expiré, on ne peut remplacer la prière négligée par une ‘Amida de Tachloumin. Et bien que, s’il n’y avait eu ce jeu, on aurait été très heureux de prier, on est considéré comme ayant annulé sa prière par mépris de la mitsva. En effet, on savait pertinemment que le terme de la prière était sur le point d’expirer.


[11]. Selon Maïmonide, le Roch, les élèves de Rabbénou Yona, le Rachbam et le Choul’han ‘Aroukh, on ne peut rattraper que la dernière prière. D’autres disent que l’on peut rattraper toutes les prières que l’on a manquées. C’est ce qu’écrivent le Rachba et un second avis mentionné par les élèves de Rabbénou Yona. Le Choul’han ‘Aroukh écrit qu’il est bon de compléter toutes les prières manquées par autant de récitations de la ‘Amida à titre de prière volontaire. Seulement, puisque de nos jours nous n’avons pas l’usage de réciter la ‘Amida à titre volontaire, il semble que seul un fidèle certain de se concentrer comme il convient tout au long de la ‘Amida, pourra prier à titre volontaire aux fins de remplacer une ‘Amida manquée.

10 – Règles supplémentaires et cas de doute

Si l’on a oublié de dire la prière de Min’ha à la veille de Chabbat, on dira deux fois la ‘Amida d’Arvit de Chabbat : la première fois pour Arvit même, la seconde à titre de Tachloumin pour Min’ha. Certes, la ‘Amida de Min’ha aurait dû compter dix-neuf bénédictions (et non sept seulement, comme celle du vendredi soir) ; mais puisque le moment du remplacement tombe le Chabbat, on doit prier selon le rituel propre à la prière de Chabbat (Choul’han ‘Aroukh 108, 9).

Si l’on a oublié de dire le passage Yaalé véyavo  à l’office de Min’ha de la néoménie (Roch ‘hodech), on n’est pas quitte de son obligation. Si le jour suivant se trouve être un second jour de Roch ‘hodech, il est clair que l’on devra réciter, après la ‘Amida d’Arvit, une seconde ‘Amida à titre de Tachloumin pour Min’ha et que, dans les deux prières, on mentionnera Yaalé véyavo. En revanche, si le jour suivant est un jour ordinaire, un doute apparaît. D’un côté, on peut soutenir que le seul défaut de la ‘Amida dite à Min’ha était l’omission de Yaalé véyavo ; par conséquent, en quoi sera-t-il utile d’ajouter, après l’office d’Arvit, une seconde ‘Amida sans Yaalé véyavo ? D’un autre côté, la raison pour laquelle on ne s’est pas rendu quitte lors de l’office de Min’ha est qu’à ce moment, c’était Roch ‘hodech, et que l’on a alors omis d’inclure Yaalé véyavo ; en revanche, lors de la prière de Tachloumin, on se rend quitte dès lors que l’on prie selon les règles en vigueur au moment présent. En pratique, il a été décidé que l’on réciterait deux fois la ‘Amida d’Arvit, tout en émettant intérieurement la condition selon laquelle, dans le cas où l’on n’aurait pas l’obligation de remplacer la ‘Amida omise, la seconde ‘Amida aurait valeur de prière additionnelle volontaire (nédava). Pour autant, il n’est pas nécessaire d’inclure quelque demande additionnelle à l’intérieur de cette seconde ‘Amida, comme le voudrait l’usage des prières volontaires.

Dans le même sens, si l’on se trompe pendant le Chabbat, et qu’au lieu de la ‘Amida de Min’ha de Chabbat on récite la ‘Amida des jours ouvrables sans mentionner la sainteté du jour, on devra réciter deux fois, à l’issue du Chabbat, la ‘Amida des jours ouvrables. On émettra alors intérieurement la condition selon laquelle, dans le cas où l’on ne devrait pas remplacer la ‘Amida omise, la seconde ‘Amida que l’on s’apprête à dire aurait valeur de prière volontaire (Choul’han ‘Aroukh 108, 11).

01 – L’institution de la répétition de l’officiant

Les membres de la Grande Assemblée (anché Knesset Haguedola) ont décrété qu’une fois la ‘Amida récitée par les fidèles, l’officiant répéterait celle-ci à voix haute, afin d’acquitter de leur obligation ceux qui ne savent pas prier par eux-mêmes (Roch Hachana 34b). Mais pour l’office d’Arvit, ils n’ont pas institué de répétition car, dans son fondement, cet office est facultatif (cf. chap. 25 § 2), aussi n’est-il pas besoin d’en rendre quitte ceux qui ne sont pas versés dans le rituel.

Les sages ont décrété que l’officiant devait lui-même prononcer préalablement la ‘Amida à voix basse, avec les autres membres du minyan, afin d’en bien ordonner le texte dans sa bouche avant d’entamer sa répétition. Ils ont encore décrété que ceux qui savent prier par eux-mêmes doivent, eux aussi, écouter la répétition de l’officiant et répondre amen aux bénédictions.

Or, dans la mesure où ce sont les sages qui ont institué la répétition de l’officiant, il faut la réciter, même en un endroit où tous les fidèles savent prier par eux-mêmes. Même après que l’on eut autorisé de porter à l’écrit la Torah orale, dont fait partie le texte de la prière, et que les livres de prière se furent répandus, au point que presque aucun minyan ne comportait de membre comptant sur la répétition pour  se rendre quitte, le décret des sages ne fut pas révoqué. Car le principe veut que, une fois que les sages ont pris une décision, celle-ci n’est pas susceptible d’être modifiée en raison des circonstances (Choul’han ‘Aroukh 124, 3 d’après un responsum de Maïmonide). De plus, les sages ont institué, au sein de la répétition, la Qédoucha et la bénédiction sacerdotale ; or, si l’on ne disait plus la répétition de la ‘Amida, ces deux cérémonies sortiraient de l’usage (Tour).

Selon la Kabbale, il apparaît qu’en plus de la signification première de cette institution – rendre quitte ceux qui ne sont pas versés dans le rituel –, la répétition possède une signification mystique profonde. D’après cela, l’une et l’autre des récitations de la prière sont nécessaires, car par leur biais celle-ci agit davantage. Aussi, aujourd’hui encore, alors qu’il n’est plus nécessaire de rendre quitte d’éventuels « non-experts », il reste nécessaire de réciter la répétition de la ‘Amida, pour le motif profond que nous avons évoqué. Et c’est une grande source de mérite que de répondre amen à la répétition de l’officiant. Pendant celle-ci, même l’étude de la Torah est interdite (voir Kaf Ha’haïm 124, 16). La valeur de la répétition est même plus élevée que celle de la prière dite à voix basse. Aussi, bien qu’il s’agisse d’une ‘Amida, prière par excellence, dont le contenu est profond et suprêmement élevé, il est permis de dire la répétition à haute voix : en raison de sa haute valeur, il n’est pas à craindre que les écorces[a] aient prise sur elle. Ceux qui écoutent la répétition doivent prendre soin de ne pas la déprécier en conversant. Nos maîtres disent de celui qui bavarde pendant la répétition de l’officiant qu’il est un « pécheur, dont la faute est difficilement excusable et que l’on doit réprimander » (Choul’han ‘Aroukh 124, 7)[b].


[a]. Ecorces (hébreu qlipa, pluriel qlipot) : ce terme désigne, dans la mystique juive, les forces du mal, en ce qu’elles voilent le bien.
[b]. Voir Divré Chalom vé-Emet II p. 23, qui cite des décisionnaires du Maroc et d’Algérie, selon lesquels on n’avait pas l’usage, dans certaines communautés, de réciter la répétition de la ‘Amida, à l’exception de certains jours particuliers tels que Roch Hachana.

02 – Qui peut s’acquitter par l’écoute de la répétition ?

Trois conditions doivent être rassemblées pour que le particulier puisse se rendre quitte de son obligation par l’écoute de la répétition de l’officiant : 1) Ne pas être capable de prier soi-même. Si l’on sait prier, on s’oblige à le faire et à demander miséricorde par soi-même, et l’on ne peut s’acquitter par l’écoute de l’officiant. Toutefois, si l’on ne sait prier qu’en prenant appui sur un sidour (livre de prière), et que l’on se trouve dans un endroit où il n’y en a pas, on pourra, à cette occasion, s’acquitter de son obligation par l’écoute de l’officiant. 2) Il faut encore que dix personnes soient présentes. En effet, si les sages ont établi que les particuliers pouvaient s’acquitter de leur obligation par l’écoute de l’officiant, ce n’est que dans le cadre d’un minyan. 3) L’auditeur doit comprendre les paroles de l’officiant. Si l’on ne comprend pas l’hébreu, on ne peut s’acquitter par la répétition de l’officiant.

Comme nous venons de le voir, si l’on sait prier, on ne peut s’acquitter de son obligation par l’écoute de l’officiant. Toutefois, si l’on a oublié d’inclure dans sa prière un passage dont l’omission est invalidante (tel que Yaalé véyavo un jour de Roch ‘hodech ou de ‘Hol hamoed, cas dans lesquels on n’est pas quitte et où il faut en principe répéter la ‘Amida), on peut, si l’on veut, s’acquitter par l’écoute de l’officiant, dans la mesure où l’on a déjà prié et demandé miséricorde pour soi-même (Choul’han ‘Aroukh 124, 10)[1].

Quand on a l’intention de s’acquitter de son obligation par l’écoute de l’officiant, on doit se tenir de la même façon que lorsqu’on prie par soi-même, pieds joints ; à la fin de la ‘Amida, on recule de trois pas (Choul’han ‘Aroukh 124, 1). On répond amen aux bénédictions prononcées par l’officiant. De même, on répond à la Qédoucha. En revanche, on ne répond pas Baroukh Hou ouvaroukh Chémo (« Qu’Il soit béni et que Son nom soit béni »). Arrivé à Modim, on écoute également l’officiant, sans dire soi-même le Modim derabbanan (cf. plus loin § 8) (Choul’han ‘Aroukh 124, 1, Michna Beroura 3). On prend soin de ne pas s’interrompre par des paroles ; et même si l’on entend, dans la pièce d’à côté, un autre minyan où l’on récite le Qaddich, on n’y répond pas. L’officiant doit, quant à lui, avoir soin de réciter toute la répétition à haute voix, car tel est bien le caractère de la répétition de l’officiant que de devoir être dite intégralement à haute voix. Certains officiants se trompent, et disent une partie de la bénédiction Modim à voix basse : non seulement ils n’accomplissent pas l’obligation de répéter la ‘Amida dans le plein sens du terme, mais il est de plus à craindre que, s’il se trouve un particulier qui souhaite s’acquitter par l’écoute de la répétition, il ne puisse le faire, dans la mesure où il n’entend pas l’intégralité de la prière prononcée par l’officiant (Michna Beroura 124, 41).


[1]. Toutefois, pour le Michna Beroura 124, 40, il vaut mieux répéter soi-même sa ‘Amida, car de cette façon on se concentre davantage.

En ce qui concerne la prière de Tachloumin, voir chap. 18 § 8, note 9 : pour le remplacement de la ‘Amida de Cha’harit, il est admis par la majorité des décisionnaires que l’on ne peut s’acquitter par la répétition de l’officiant ; pour le remplacement d’Arvit, les auteurs divergent.

03 – Attitude des auditeurs

L’auditeur doit avoir grand soin de répondre amen à chaque bénédiction récitée par l’officiant. Nos sages ont dit (Berakhot 53b) : « Celui qui répond amen est plus grand que celui qui prononce la bénédiction ». Il faut répondre amen avec toute son attention. En répondant amen, on pensera que ce que vient de dire l’officiant est vérité[c]. Par exemple, quand on écoute la bénédiction « Béni sois-Tu… qui crées tout par Ta parole » (Chéhakol nihya bidvaro), on doit penser : « C’est vrai que tout est créé par Sa parole ». Quand la bénédiction comprend également une requête, par exemple dans la bénédiction ‘Honen hada’at (« … qui dispenses la sagesse »), on oriente sa pensée vers ces deux aspects : 1) c’est vrai que la sagesse vient de Dieu ; 2) plaise à Dieu de nous gratifier de sagesse (Choul’han ‘Aroukh 124, 6 ; Michna Beroura 25).

Il ne faut pas précipiter le mot amen, en le disant avant que l’officiant ne termine la bénédiction. Il ne faut pas non plus escamoter le mot amen, en avalant l’une de ses lettres ou en le bredouillant d’une langue lâche et d’une voix faible. On ne retardera pas non plus le mot amen en l’éloignant de la fin de la bénédiction, car cela s’appellerait alors un amen yetoma (« amen orphelin ») (cf. Berakhot 47a ; Choul’han ‘Aroukh 124, 8).

Le fait de répondre amen est l’expression du lien  de l’homme avec la foi en Dieu, béni soit-Il. Or lorsque la foi est atteinte, la vie elle-même que Dieu nous dispense est altérée. Ben-Azaï dit en ce sens (Berakhot 47a) : « Si l’on prononce un “amen orphelin”, on expose ses enfants à devenir orphelins ; un amen précipité – on expose sa vie à être abrégée ; un amen escamoté – on expose sa vie à être coupée. Mais si l’on prolonge le mot amen, on prolonge ses jours et ses années. »

On répondra amen d’une voix agréable, sans élever la voix plus que ne le fait l’officiant qui dit la bénédiction (Choul’han ‘Aroukh 124, 12). Le mot amen ne doit pas être trop court : on le prolongera quelque peu, de telle façon qu’il dure un temps équivalent à celui qu’il faut pour dire les mots E-l Mélekh Nééman (« Dieu, Roi fidèle »)[d]. À l’inverse, on ne prolongera pas ce mot plus qu’il ne faut ; et s’il se trouve des fidèles qui répondent amen pendant trop longtemps, l’officiant n’a pas besoin de les attendre : après que la majorité de l’assemblée a terminé de répondre amen, il peut passer à la bénédiction suivante. En revanche, pour ce qui concerne les bénédictions par lesquelles l’officiant acquitte les auditeurs de leur obligation, comme celles qui précèdent la sonnerie du chofar, l’officiant doit attendre que tout le monde ait terminé de répondre amen, afin que même ceux qui prolongent ce mot puissent entendre la bénédiction suivante (Choul’han ‘Aroukh 124, 8-9, Michna Beroura 38).

Les plus grands maîtres parmi les Richonim avaient coutume de dire Baroukh Hou ouvaroukh Chémo (« Béni soit-Il et béni soit Son nom ») après la mention du nom divin prononcé dans les bénédictions, et cet usage s’est répandu parmi le peuple juif. Cependant, cette formule ne se dit que lorsqu’il s’agit de bénédictions par lesquelles l’auditeur n’a pas à s’acquitter de sa propre obligation ; par exemple, dans la répétition de l’officiant, pour un fidèle qui a lui-même prononcé la ‘Amida à voix basse. En revanche, pour des bénédictions par lesquelles l’auditeur doit lui-même, en répondant amen, s’acquitter de son obligation, telles que celles du Qidouch ou de la sonnerie du chofar, on a l’usage de ne pas répondre Baroukh Hou ouvaroukh Chémo, afin de ne pas interrompre la bénédiction par une parole que les sages du Talmud n’ont pas instituée. A posteriori, si l’on a répondu Baroukh Hou ouvaroukh Chémo après une bénédiction par laquelle on comptait s’acquitter soi-même, on est quitte, car par cette incise, on n’a pas détourné son esprit de la bénédiction (Michna Beroura 124, 21 ; Kaf Ha’haïm 26)[2].

Il est bon d’embellir l’accomplissement de la mitsva en restant debout pendant la répétition de l’officiant, car même les auditeurs qui ne s’acquittent pas de leur propre obligation par l’écoute de la répétition sont considérés comme associés, dans une certaine mesure, à celle-ci : ils ont un statut comparable à celui de fidèles qui réciteraient une prière supplémentaire. Aussi est-il bon de se tenir debout, conformément aux règles régissant la ‘Amida. Toutefois, ce n’est pas une obligation, et celui qui veut s’asseoir y est autorisé (Michna Beroura 124, 20 ; Kaf Ha’haïm 24).


[c]. Le mot amen (« qu’il en soit ainsi ») est forgé sur la racine א.מ.ן, qui traduit une idée de force, de constance, de stabilité. Dans sa première acception, amen signifie : vérité, droiture, loyauté (Even-Shoshan, Hamilon hé’hadach).
[d]. Ces trois mots ont pour initiales les lettres aleph, mem, noun, qui forment ensemble le mot amen.
[2]. Toutefois, selon le ‘Hayé Adam et le Choul’han ‘Aroukh Harav 124, 2, si l’on a répondu Baroukh Hou ouvaroukh Chémo, on n’est pas quitte ; c’est aussi ce que pense le Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm II 98. En revanche, d’après le Rav Raqa’h (de Libye), on doit répondre Baroukh Hou ouvaroukh Chémo. [C’est aussi l’avis du Rav Chalom Messas pour les communautés du Maroc et d’Algérie. Cf. Divré Chalom vé-Emet du Rav Chelomo Tolédano, p. 152, qui justifie longuement cet usage, citant à ce propos, entre autres sources, le Roch, le Tour, le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 124, 5, le Qitsour Choul’han ‘Aroukh du Rav Raphaël Baroukh Tolédano, et le Rav Pé’alim, lequel signale que cet usage est fondé sur une source midrachique et est mentionné dans les Kavanot de Rabbi Isaac Louria.]

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