La prière d’Israël

07 – Usage a posteriori consistant à enchaîner les offices de Min’ha et d’Arvit avancé

Dans différentes communautés, on a pris l’usage d’enchaîner les offices de Min’ha et d’Arvit, entre le plag hamin’ha et tset hakokhavim. A l’époque des Richonim (Moyen Age), cet usage était surtout adopté dans le monde ashkénaze. A l’époque des A’haronim, il s’est surtout observé dans le monde séfarade. Nombreux sont ceux, parmi les grands maîtres du judaïsme, qui ont dénoncé cet usage et tenté de le faire disparaître. En effet, cet usage repose sur une contradiction : dès lors que l’on dit Min’ha après le plag hamin’ha comme le permettent les ‘Hakhamim, il est impossible de réciter, durant la même période, la prière d’Arvit, comme le permet Rabbi Yehouda. Il convient donc de fixer un cours de Torah entre Min’ha et Arvit ; de cette façon, on a le mérite d’ajouter à l’étude de la Torah et, dans le même temps, on maintient l’office d’Arvit dans son horaire.

Quoi qu’il en soit, les A’haronim ont donné pour instruction que, lorsque l’attente de l’apparition des étoiles est susceptible d’entraîner la dispersion des fidèles et l’annulation de l’office d’Arvit, on peut être indulgent et permettre de dire Arvit immédiatement après Min’ha. Bien entendu, il revient à chaque fidèle de répéter le Chéma après l’apparition des étoiles[6].

Quand un particulier a l’habitude de toujours prier selon l’horaire des ‘Hakhamim, c’est-à-dire de dire Arvit après l’apparition des étoiles, mais se trouve occasionnellement à un endroit où l’on prie selon l’usage admis en « cas de nécessité impérieuse » (Min’ha et Arvit enchaînés avant la tombée de la nuit), les avis sont partagés. Selon certains, il vaut mieux que le particulier prie avec cette communauté, afin de prier en minyan. Selon d’autres, il fera mieux de préserver sa coutume, en disant Min’ha avec cette communauté, mais en récitant seul Arvit, après l’apparition des étoiles[7].


[6]. Tossephot sur Berakhot 2a, le Roch, les élèves de Rabbénou Yona et d’autres Richonim expriment une objection à l’égard de l’usage consistant à dire Arvit avant le coucher du soleil, car cela revient à utiliser « deux indulgences qui se contredisent l’une l’autre ». En pratique, pour tenir compte du besoin de certaines communautés, on a fini par être plus indulgent, comme le rapportent le Michna Beroura 233, 11, le Kaf Ha’haïm 12 et le Yalqout Yossef III 235, 1. Tout le monde s’accorde cependant à exiger que le Chéma soit répété après l’apparition des étoiles.

On distingue deux opinions principales sur l’attitude à adopter quand on se trouve dans un endroit où l’on récite Arvit avant tset hakokhavim. Selon Maïmonide, on dit avec la communauté le Chéma et ses bénédictions, et l’on juxtapose la bénédiction de la Délivrance (Gaal Israël) avec la ‘Amida ; puis, après l’apparition des étoiles, on répète le Chéma en tant qu’accomplissement de la mitsva en son temps. C’est en ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh 235, 1. Selon Rabbi Haï Gaon, on dira avec la communauté le Chéma seul (sans ses bénédictions), afin que le Chéma serve d’introduction à la ‘Amida que l’on récitera également au sein de l’assemblée ; mais les bénédictions du Chéma, ainsi que le Chéma lui-même en tant que mitsva, on les récitera après tset hakokhavim. Il semble donc que, selon Rabbi Haï Gaon, il vaille mieux réciter les bénédictions du Chéma avec le Chéma lui-même après tset hakokhavim, bien que, de ce fait, on ne puisse juxtaposer la bénédiction de la Délivrance et la ‘Amida. L’auteur du Michna Beroura 235, 12 rapporte cet usage, auquel il se conformait lui-même (cf. Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm 2, 60, Pisqé Techouva 235, 3). Selon le Gaon de Vilna, dans tous les cas, il vaut mieux dire Arvit seul après tset hakokhavim, conformément à l’avis des ‘Hakhamim, que de prier en communauté avant tset hakokhavim comme l’enseigne Rabbi Yehouda.

Dans un endroit où l’on enchaîne Min’ha et Arvit, il est préférable, si l’on peut, de veiller à dire Min’ha avant le coucher du soleil, et Arvit après. En effet, certains pensent que le temps d’Arvit commence au coucher du soleil ; et c’est ainsi que le Or lé-Tsion II 15, 6 comprend la position du Choul’han ‘Aroukh. Toutefois, quant à l’heure de récitation du Chéma, il est clair qu’elle commence à tset hakokhavim. Cependant, selon la majorité des décisionnaires, tels que le Michna Beroura 233, 9, l’heure d’Arvit même commence, selon les ‘Hakhamim, à tset hakokhavim.

[7]. Des propos du Kaf Ha’haïm 233, 12, il ressort que son auteur adopte la première opinion ; et l’on doit répéter les trois paragraphes du Chéma après la tombée de la nuit. Tandis que, des propos du Chaar Hatsioun 235, 16, il ressort que son auteur adopte la seconde opinion ; cf. Pisqé Techouva 235, 3. Mais si l’on a dit Min’ha avant le plag hamin’ha, on dira Arvit en minyan en adoptant l’une des deux méthodes rapportées dans la note précédente (celle de Maïmonide ou celle de Rabbi Haï Gaon).

08 – Heure limite de lecture du Chéma et de la prière d’Arvit

Selon la Torah, le temps de récitation du Chéma du soir s’étend toute la nuit. Il est en effet écrit que ce commandement s’accomplit durant le temps du coucher (be-chokhbekha) ; or la période où les gens sont d’ordinaire couchés dans leurs lits est la nuit. Cependant, les sages ont établi une haie protectrice autour de la mitsva, et ont fixé son terme au milieu de la nuit, afin que l’on n’en vienne pas, en repoussant la lecture du Chéma, à  s’endormir et à manquer l’accomplissement de cette mitsva. Quoi qu’il en soit, a posteriori, si l’on a transgressé la décision des sages et que l’on n’a pas lu le Chéma avant le milieu de la nuit, on doit le lire avant l’aube (‘amoud hacha’har) puisque, selon la Torah, la période propre à la lecture du Chéma s’étend toute la nuit[8].

Si, en raison d’un empêchement, on n’a pas récité le Chéma avant l’aube, on peut le réciter jusqu’au premier rayon du soleil (hanets ha’hama) (ces horaires ont été définis au chap. 11 § 1). Dans le cas où on lit ainsi le Chéma après l’aube, on récite les trois premières bénédictions du Chéma, mais non la quatrième (Hachkivénou, « Fais-nous reposer, notre Père, en paix ») : puisque l’aube s’est déjà levée, l’heure n’est plus celle du coucher. On ne dira pas non plus la ‘Amida d’Arvit une fois l’aube apparue. En effet, cette ‘Amida a été instituée pour la nuit, or après le lever de l’aube, le jour a déjà commencé (Michna Beroura 235, 34 ; Chaar Hatsioun 41)[9].

A priori, il vaut mieux réciter le Chéma et la prière d’Arvit dès l’apparition des étoiles, car les serviteurs zélés s’empressent d’accomplir les mitsvot. Toutefois, si l’on est en train d’étudier la Torah, on est autorisé a priori à repousser sa prière après la conclusion de son étude. Et tel est l’usage dans les yéchivot : on fixe l’office du soir à la fin du temps d’étude, et non immédiatement à l’apparition des étoiles. De même, si l’on préfère prier au sein d’un minyan plus tardif, parce que l’on pense pouvoir s’y mieux concentrer, on peut a priori retarder sa prière. Il est clair, par ailleurs, qu’il vaut mieux prier au sein d’un minyan tardif que de prier seul dès l’apparition des étoiles[10].


[8]. La Michna Berakhot 2a rapporte à cet égard deux opinions : selon les ‘Hakhamim (la communauté des sages), le temps de la lecture du Chéma s’étend jusqu’à minuit ; selon Rabban Gamliel, il se prolonge jusqu’à l’aube. La Guémara Berakhot 8b dit que la halakha suit l’opinion de Rabban Gamliel. C’est en ce sens que tranchent le Roch et le Rachba, selon lesquels, même a priori, on peut lire le Chéma jusqu’à l’aube. Cependant, pour le Rif, Maïmonide, le Séfer Mitsvot Gadol (Smag) et la majorité des décisionnaires, le terme de la lecture du Chéma est à minuit, et ce n’est que si l’on a transgressé cette limite en ne lisant pas le Chéma avant minuit, qu’on le lira avant l’aube. Selon ces Richonim, c’est un tel cas que vise la Guémara lorsque celle-ci dit que la halakha suit l’opinion de Rabban Gamliel (et peut-être est-ce l’opinion de Rabban Gamliel lui-même). C’est aussi en ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh 235, 3 ; le Béour Halakha ad loc. appuie cette décision. (Les Richonim discutent de l’intention réelle des ‘Hakhamim : pour les élèves de Rabbénou Yona, les ‘Hakhamim pensent que l’on ne récite pas le Chéma après la limite de minuit ; selon le Smag, a posteriori, on récite le Chéma après minuit. Le Gaon de Vilna explique que cette controverse oppose déjà le Talmud de Babylone à celui de Jérusalem : selon le Talmud de Babylone, les ‘Hakhamim pensent que, a posteriori, on récite le Chéma après le milieu de la nuit, tandis que selon le Talmud de Jérusalem on ne le récite pas. Cf. Bérour Halakha, Berakhot

Heure limite de la ‘Amida : selon le Dérekh Ha’haïm, il faut également réciter la ‘Amida d’Arvit avant le milieu de la nuit ; selon le Peri Mégadim, elle se récite toute la nuit, même a priori. Ces opinions sont rapportées par le Michna Beroura 108, 15. (Cf. ci-dessus chap. 17 § 13, le cas du voyageur qui doit terminer son voyage après minuit). Selon Or lé-Tsion II 15, 9, il vaut mieux prier seul avant minuit qu’en communauté après minuit. (cf. Pisqé Techouva 235, 10. L’opinion que l’on doit tenir pour essentielle est celle du Or lé-Tsion, afin de prier selon l’ordre institué a priori par les sages).

[9]. Si, en raison d’un empêchement, on n’a lu le Chéma du soir qu’après le lever de l’aube, on ne pourra, ce même jour, s’acquitter du Chéma du matin en le récitant avant le lever du soleil. En effet, une fois que l’on a considéré la période séparant le lever de l’aube du lever du soleil comme « heure du coucher », on ne peut plus le considérer à la fois comme « heure du lever » (Choul’han ‘Aroukh 58, 5 ; Michna Beroura 22). Cependant, certains disent que l’on peut, dans un tel cas, réciter le Chéma du matin dès le moment de michéyakir (où l’on peut distinguer le bleu du blanc ; Kaf Ha’haïm 58, 21).

D’après le Michna Beroura 235, 30, il aurait été possible selon la Torah de réciter le Chéma du soir jusqu’au lever du soleil. En effet, il y a encore des gens qui sont couchés jusqu’à ce moment ; par conséquent, aux instants qui précèdent s’applique encore l’expression be-chokhbekha (« à ton coucher »). Cependant, puisqu’à l’apparition de l’aube commence déjà le jour, les sages ont décidé qu’on ne lirait pas le Chéma du soir après l’apparition de l’aube. Ce n’est que si l’on n’a pu lire le Chéma avant l’aube en raison d’une contrainte, que l’on est autorisé à le lire jusqu’au lever du soleil. Selon le Rav Avraham Yits’haq Kook, dans Tov Roï 55, la limite toranique de récitation du Chéma du soir est l’apparition de l’aube, et ce sont les sages qui ont décrété, pour ceux qui auraient été contraints, la possibilité de rattraper cette lecture jusqu’au lever du soleil.

[10]. Le fondement de cet embellissement apporté à la mitsva [consistant à lire le Chéma et à prier dès l’apparition des étoiles] se trouve dans les écrits des élèves de Rabbénou Yona, et il est cité par Choul’han ‘Aroukh 235, 3 et Michna Beroura Néanmoins, d’autres Richonim ne citent pas cet embellissement et, selon le ‘Aroukh Hachoul’han 235, 18, certains sont même opposés à cela. Aussi, nombreux sont ceux qui n’exigent pas d’eux-mêmes de dire ‘Arvit dès que possible. Cf. Beit Baroukh 34, 17, Pisqé Techouva 235, 9.

09 – Choses interdites avant l’office d’Arvit

Il est interdit de manger dans la demi-heure qui précède l’apparition des étoiles ; il est même interdit de commencer un repas léger, de crainte que ce repas ne se prolonge au point que l’on se fatigue et que l’on s’endorme. De même est-il interdit de prendre une boisson enivrante. Mais il est permis de manger des fruits et des légumes. Il est même permis de prendre du pain ou des gâteaux jusqu’à la mesure de kabeitsa [volume d’un œuf ou, si l’on va d’après le poids, environ 58 grammes][11]. Mais si l’on a commencé son repas avant la demi-heure précédant l’apparition des étoiles, on peut continuer – puisque l’on a commencé à manger de façon permise –, à condition toutefois de terminer son repas à temps pour pouvoir réciter le Chéma et prier en respectant les horaires (Michna Beroura 235, 21).

Si l’on a commencé à manger pendant la demi-heure où c’était interdit, on interrompra son repas pour lire le Chéma, qui est une obligation de la Torah, mais on sera autorisé à repousser après son repas les bénédictions du Chéma et la ‘Amida, qui sont des obligations rabbiniques (Choul’han ‘Aroukh 235, 2).

Si un dîneur demande à un tiers, lequel ne participe pas au repas, de lui rappeler de lire le Chéma et de prier après le repas, ce dîneur peut même, en cas de nécessité, commencer à manger après l’apparition des étoiles (Michna Beroura 235, 18). Et si ce sont deux convives qui doivent dîner alors qu’ils n’ont pas encore dit Arvit, ils peuvent, en cas de nécessité, convenir entre eux de se rappeler mutuellement de prier ; de cette façon, il n’y a pas de risque d’oubli (cf. Michna Beroura, introduction au chap. 669. De même, si une personne est habituée à prier constamment au sein d’un minyan régulier, et sait dans son for intérieur qu’en raison de la fixité du minyan, qui lui sert de rappel, elle n’oublie pas de prier, il lui sera permis en cas de nécessité de dîner avant Arvit (cf. ‘Aroukh Hachoul’han 232, 16).

Dans de nombreuses yéchivot, on commence à dîner, en été, dans la demi-heure qui précède l’apparition des étoiles ; on s’appuie sur le fait que l’heure de la prière est fixe et connue de tous, si bien que tous les étudiants se rappellent les uns les autres de dire Arvit après le repas. Et bien qu’il convienne a priori de prendre le repas du soir après l’office, cet usage est bon, car il permet de maintenir les horaires d’étude. En effet, si l’on repoussait le repas après la prière d’Arvit, le temps d’étude de l’après-midi serait trop étiré, et le temps d’étude du soir trop court, ce qui serait susceptible d’entraîner un gaspillage du temps d’étude.

Si l’on est contraint de dîner avant la prière, que l’on ne participe pas régulièrement à un office fixe, et que l’on n’ait personne qui puisse nous rappeler de réciter le Chéma et de dire Arvit, on peut se préparer un signe pour soi-même, qui rappelle la nécessité de prier : par exemple, régler un réveil de manière qu’il sonne à la fin du repas, ou demander à son prochain qu’il veuille bien nous téléphoner pour nous rappeler de lire le Chéma et de prier (Halikhot Chelomo 2, 12). A posteriori, on peut attacher un objet à ses vêtements, de façon à ne pouvoir enlever ceux-ci avant de se coucher sans prêter attention au nœud destiné à rappeler de lire le Chéma et de prier (cf. Pisqé Techouva 235, 8).

Il est également interdit de dormir d’un sommeil dit « régulier » (cheinat qéva)[c], dans la demi-heure précédant l’apparition des étoiles. En cas d’urgence, si l’on est au début de la soirée, à une heure où tout le monde est d’ordinaire encore éveillé, on peut se désigner un « gardien » chargé de nous réveiller à l’approche de l’heure de la prière (cf. ‘Aroukh Hachoul’han 232, 17).

Si l’on a l’intention de dire Arvit seul, on ne commencera pas à étudier après l’apparition des étoiles, mais on priera d’abord et l’on étudiera ensuite. Mais si l’on se trouve avant l’apparition des étoiles, on pourra commencer à étudier, même si l’on a l’intention de continuer son étude, sans interruption, au-delà de l’apparition des étoiles. Et si l’on a l’habitude d’aller prier à la synagogue au sein d’un minyan fixe dont l’horaire est plus tardif, on pourra commencer à étudier chez soi après l’apparition des étoiles, car il n’y a pas de risque d’oublier ce qui constitue pour soi une activité régulière (Choul’han ‘Aroukh 89, 5 ; Michna Beroura 89, 30-31 ; 235, 17).

Selon certains, tout ce que les sages ont interdit avant Min’ha – tel qu’un travail susceptible de se prolonger longtemps – est également interdit avant Arvit (Rachba, Michna Beroura 235, 17). Selon d’autres, ce n’est qu’avant Min’ha que les sages ont interdit de commencer ce type de travaux car, l’après-midi, les gens ont l’usage de travailler et peuvent se laisser entraîner par leur ouvrage, oubliant de prier ; tandis que le soir, on ne se laisse pas tellement entraîner, d’ordinaire, par son labeur (‘Aroukh Hachoul’han 235, 16, se fondant sur ce que laissent entendre Maïmonide et d’autres Richonim). A priori, quand il est à craindre de se laisser entraîner par son labeur, il est bon d’être rigoureux (cf. chap. 24 § 5).


[11]. Choul’han ‘Aroukh 235, 2 ; Michna Beroura 235, 16 ; 232, 35. Le Michna Beroura 235, 34 explique que, même s’il s’agit d’un plat cuisiné fait à base de céréales, il est permis d’en manger à condition de ne pas s’en rassasier. De cela, nous apprenons que, si l’on a l’intention de se rassasier de fruits, de légumes ou de légumineuses, ces aliments eux-mêmes prennent le statut de repas, interdit avant la récitation du Chéma et la prière.
[c]. Voir chap. 8 § 6.

01 – Structure de la prière du coucher

Nos sages ont dit : « Quand on s’apprête à se coucher, on récite [le Chéma] depuis le verset Chéma Israël jusqu’à Véhaya im chamoa’ [« Il adviendra que, si vous écoutez mes commandements… », ce dernier verset non inclus], et l’on dit [la bénédiction Hamapil] : “Béni sois-Tu… qui fais tomber les chaines du sommeil etc.” » (Berakhot 60b). De même, Rabbi Yéhochoua ben Lévi a dit : « Bien que l’on ait déjà récité le Chéma à la synagogue, c’est une mitsva que de le réciter sur son lit. » Nos maîtres appuient leurs paroles sur le verset (Ps 4, 5) : « Méditez [la crainte de Dieu] sur vos couches et gardez le silence » (Berakhot 4b)[a].

Rabbi Yéhochoua ben Lévi avait coutume de réciter également avant de dormir le psaume 91 (« Celui qui s’assoit dans le secret du Très-Haut… ») et le psaume 3 (« Eternel, combien nombreux sont mes ennemis… »), car ces psaumes protègent des esprits nuisibles (Chevou’ot 15b). Nombreux sont ceux qui observent cette coutume. On a pris également l’usage, au cours des générations, d’ajouter des cantiques, des versets et des prières ; et puisqu’il s’agit d’ajouts tardifs, les rituels des diverses communautés présentent à cet égard des différences. Selon certains, il est bon de réciter également le deuxième paragraphe du Chéma ; selon d’autres, il est bon de réciter les trois paragraphes[1].

En résumé, si l’on s’en tient au décret des sages, il faut, avant de se coucher, dire le premier paragraphe du Chéma et la bénédiction Hamapil, tandis que les cantiques supplémentaires ne sont pas obligatoires. Simplement, l’usage de les réciter s’est répandu, conformément à la coutume de Rabbi Yéhochoua ben Lévi, lequel ajoutait des cantiques à titre de protection contre les esprits nuisibles (cf. Maguen Avraham 239, 2)[2].

Certains prennent soin de dire la bénédiction Hamapil en dernière position avant le coucher, après le Chéma et les autres versets[b]. Selon l’usage des kabbalistes, la bénédiction Hamapil précède le Chéma et les autres versets. Si l’on craint de s’endormir au cours de la prière du coucher, on commencera par le Chéma et Hamapil ; de cette façon, on aura l’assurance de réciter, avant de s’endormir, ce que les sages eux-mêmes ont institué (cf. Michna Beroura 239, 2).


[a]. Le verset utilise, dans le sens de méditation, l’expression imrou bilvavkhem, qui se traduit littéralement « dites en vos cœurs ». Nos sages voient dans cette expression une allusion au Chéma – qui contient le verset « Ces commandements que Je te donne en ce jour seront dans ton cœur»,  et recomposent le verset des Psaumes : « Dites “En vos cœurs” [= le Chéma] sur vos couches [= avant de vous endormir] et gardez le silence ».
[1]. Nos sages ont institué, avant le coucher, la lecture du premier paragraphe seulement (Chéma Israël). C’est ce qu’écrivent le Rif (3a), Maïmonide et le Roch 1, 6. Toutefois, celui-ci rapporte en 9, 23 l’opinion de Rabbénou ‘Hananel, selon lequel on lit également le deuxième paragraphe (Véhaya im chamoa’). Peut-être Rabbénou ‘Hananel pense-t-il que, par l’expression « depuis le verset Chéma Israël jusqu’à Véhaya im chamoa’», le Talmud veut en réalité inclure le paragraphe Véhaya im chamoa’. Cependant, selon le Divré ‘Hamoudot 67, Rabbénou ‘Hananel vise uniquement les endroits où l’on dit Arvit avant la tombée de la nuit ; car pour s’acquitter de la mitsva de lire le Chéma, il faut réciter au moins les deux premiers paragraphes. Selon Rabbénou Yerou’ham (Netiv 3, deuxième partie) et Rabbénou Yona (Séfer Hayir’a), on dit les trois paragraphes, car l’ensemble comprend deux cent quarante-huit mots, ce qui constitue une protection contre les esprits nuisibles.
[2]. Le traité Berakhot 5a rapporte : « Rav Na’hman a dit : “Si l’on est un disciple des sages (talmid ‘hakham = maître versé dans la loi écrite et orale), on n’est pas obligé de dire le Chéma avant de s’endormir (car l’étude même a valeur protectrice)”. Abayé a dit : “Même un disciple des sages doit au moins dire un verset demandant miséricorde, tel que : En Ta main je confie mon âme, délivre-moi Eternel, Dieu de vérité (Ps 31, 6).” » Le Rif et le Roch mentionnent, dans leurs décisions, les propos talmudiques selon lesquels le disciple des sages n’est pas obligé de lire le Chéma avant de se coucher. Mais Maïmonide et le Choul’han ‘Aroukh ne mentionnent pas cela, ce qui laisse entendre que, selon eux, même un disciple des sages doit lire le Chéma avant de se coucher. Peut-être la source de leur décision se trouve-t-elle dans le Talmud de Jérusalem (Berakhot 1, 1), qui rapporte que des disciples des sages avaient l’habitude de réciter le Chéma plusieurs fois, afin de s’endormir tout en le récitant. Quoi qu’il en soit, à propos des versets supplémentaires, qui ne sont pas obligatoires, il semble qu’un talmid ‘hakham peut préférer étudier avant son sommeil, en lisant un livre ou simplement en pensée, et s’endormir ainsi. Cependant, le Kaf Ha’haïm 239, 1 écrit que, selon Rabbi Isaac Louria, le rituel du Chéma avant de se coucher constitue une réparation mystique (tiqoun), et qu’un talmid ‘hakham lui-même doit le réciter.
[b]. La bénédiction Hamapil inclut une prière pour la protection divine pendant le sommeil. Il est donc logique de faire suivre immédiatement cette bénédiction de l’endormissement, sans interruption d’autres prières ou versets.

02 – La bénédiction Hamapil

Certains décisionnaires préféraient s’abstenir de réciter la bénédiction Hamapil (« Béni sois-Tu… qui fais tomber les chaines du sommeil sur mes yeux… »). Ils craignaient en effet de ne pas réussir à s’endormir, ce qui aurait eu pour effet de rendre vaine leur bénédiction. Mais en pratique, le seul fait que les sages aient institué cette bénédiction indique qu’ils n’avaient pas cette crainte. La raison en est qu’elle est une bénédiction de reconnaissance à l’égard de Dieu pour le don du sommeil ; or, même si l’on ne parvient pas à s’endormir, la reconnaissance exprimée n’est pas vaine (‘Hayé Adam 35, 4). Toutefois, a priori, les sages ont décidé que cette bénédiction devait être récitée par ceux qui ont l’intention de dormir. Si l’on n’a pas l’intention de dormir pendant une nuit considérée, on ne récite pas la bénédiction Hamapil cette nuit-là.

Pour un sommeil de jour, on ne récite par la bénédiction Hamapil. Certains disent qu’il est bon de dire, si l’on doit dormir le jour, le verset Viyhi noam (Ps 90, 17 : « Que la bienveillance de l’Eternel notre Dieu soit avec nous… ») (Michna Beroura 239, 8 ; cf. Béour Halakha, passage commençant par Samoukh). Pour un bref somme nocturne, on ne récite pas non plus la bénédiction Hamapil (Echel Avraham 239 ; Beit Baroukh 35, 10). Si l’on s’est couché, la nuit, en récitant Hamapil, que l’on se soit ensuite levé pendant la nuit pour s’occuper de ses affaires, et que l’on se recouche enfin pour se rendormir, on ne redira pas la bénédiction avant de se rendormir, car on ne récite la bénédiction Hamapil qu’une fois par nuit (Beit Baroukh 35, 9 ; cf. Pisqé Techouva 239, 1, 4). Si l’on s’est endormi sans réciter préalablement la bénédiction Hamapil, que l’on se réveille au cours de la nuit, et que l’on ait l’intention de se rendormir, on prononcera la bénédiction avant de se rendormir. Si l’on ne veut pas se lever de son lit[c], on peut frotter ses mains sur sa couverture et dire la bénédiction (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 4, 23, Michna Beroura 61, contrairement à l’avis de Pisqé Techouva 239, 1, qui oblige à se laver les mains rituellement[d]).

Certains déduisent des enseignements kabbalistiques de Rabbi Isaac Louria que c’est seulement dans le cas où l’on va dormir avant le milieu de la nuit que l’on doit dire Hamapil ; mais que, si l’on va se coucher après le milieu de la nuit, on ne récite pas cette bénédiction. De nombreux Séfarades ont l’usage de réciter Hamapil sans mentionner le nom divin ni Sa royauté (« … Eternel, notre Dieu, Roi de l’univers ») quand ils se couchent après le milieu de la nuit (Kaf Ha’haïm 239, 8 ; cf. Ye’havé Da’at IV p. 122-124)[e]. En revanche, l’usage ashkénaze et d’une partie des Séfarades consiste à prononcer cette bénédiction, avec la mention du nom et de Sa royauté, du moment que l’on va se coucher avant l’aube.


[c]. Pour se laver les mains, afin d’avoir les mains propres au moment où l’on récite la bénédiction.
[d]. Sans pour autant prononcer la bénédiction sur l’ablution Al nétilat yadaïm.
[e]. C’est-à-dire qu’ils commencent la bénédiction par les mots Baroukh hamapil au lieu de Baroukh Ata Hachem Eloqénou mélekh ha-‘olam, hamapil… De même, ils concluent la bénédiction par : Baroukh haméïr lé’olam koulo bikhvodo (« Béni soit Celui qui éclaire le monde entier de Sa gloire ») au lieu de Baroukh Ata Hachem haméïr

03 – Autres règles

Si, après avoir récité le Chéma et la bénédiction Hamapil, on a besoin de parler, de manger, de boire ou de régler quelque question urgente, on y est autorisé. En effet, la bénédiction Hamapil n’est pas comparable aux bénédictions de jouissance, pour lesquelles il est interdit de s’interrompre entre la bénédiction et la jouissance : Hamapil est une bénédiction de louange pour le sommeil nocturne. Toutefois, il est bon, a priori, que la récitation du Chéma et des prières qui l’accompagnent soit immédiatement suivie du sommeil (cf. Rama 239, 1 ; Tsits Eliézer VII 27, Ye’havé Da’at IV p. 118-122, Pisqé Techouva 239, 3. Cependant, le Michna Beroura 239, 4 est rigoureux quant à la bénédiction Hamapil elle-même).

On peut réciter la prière du coucher en position allongée, à condition de se tourner sur le côté. Nos sages interdisent aux hommes de dormir sur le dos ou sur le ventre, et il y a à cela plusieurs raisons. Mais il est en revanche permis, même aux hommes, de lire un livre, étendu sur le dos, avant de s’endormir, sans avoir besoin de se tourner sur le côté. Ce n’est que lorsque l’on s’apprête à s’endormir qu’il faut prendre soin de ne pas reposer sur le dos ou sur le ventre (Az Nidberou 6, 50).

Les maîtres de la morale juive (moussar) écrivent qu’il est bon de faire son examen de conscience avant de s’endormir. Si l’on se rappelle avoir fauté, on confessera sa faute et l’on prendra la résolution de ne plus la commettre. Il convient également que nous pardonnions, avant de nous endormir, toute personne qui aurait commis une faute à notre égard, ou qui nous aurait fait souffrir, afin que personne ne soit puni en raison d’une faute commise à notre encontre. Grâce à ce mérite, on jouira de la longévité (Michna Beroura 239, 9).

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