07 – Usage a posteriori consistant à enchaîner les offices de Min’ha et d’Arvit avancé

Dans différentes communautés, on a pris l’usage d’enchaîner les offices de Min’ha et d’Arvit, entre le plag hamin’ha et tset hakokhavim. A l’époque des Richonim (Moyen Age), cet usage était surtout adopté dans le monde ashkénaze. A l’époque des A’haronim, il s’est surtout observé dans le monde séfarade. Nombreux sont ceux, parmi les grands maîtres du judaïsme, qui ont dénoncé cet usage et tenté de le faire disparaître. En effet, cet usage repose sur une contradiction : dès lors que l’on dit Min’ha après le plag hamin’ha comme le permettent les ‘Hakhamim, il est impossible de réciter, durant la même période, la prière d’Arvit, comme le permet Rabbi Yehouda. Il convient donc de fixer un cours de Torah entre Min’ha et Arvit ; de cette façon, on a le mérite d’ajouter à l’étude de la Torah et, dans le même temps, on maintient l’office d’Arvit dans son horaire.

Quoi qu’il en soit, les A’haronim ont donné pour instruction que, lorsque l’attente de l’apparition des étoiles est susceptible d’entraîner la dispersion des fidèles et l’annulation de l’office d’Arvit, on peut être indulgent et permettre de dire Arvit immédiatement après Min’ha. Bien entendu, il revient à chaque fidèle de répéter le Chéma après l’apparition des étoiles[6].

Quand un particulier a l’habitude de toujours prier selon l’horaire des ‘Hakhamim, c’est-à-dire de dire Arvit après l’apparition des étoiles, mais se trouve occasionnellement à un endroit où l’on prie selon l’usage admis en « cas de nécessité impérieuse » (Min’ha et Arvit enchaînés avant la tombée de la nuit), les avis sont partagés. Selon certains, il vaut mieux que le particulier prie avec cette communauté, afin de prier en minyan. Selon d’autres, il fera mieux de préserver sa coutume, en disant Min’ha avec cette communauté, mais en récitant seul Arvit, après l’apparition des étoiles[7].


[6]. Tossephot sur Berakhot 2a, le Roch, les élèves de Rabbénou Yona et d’autres Richonim expriment une objection à l’égard de l’usage consistant à dire Arvit avant le coucher du soleil, car cela revient à utiliser « deux indulgences qui se contredisent l’une l’autre ». En pratique, pour tenir compte du besoin de certaines communautés, on a fini par être plus indulgent, comme le rapportent le Michna Beroura 233, 11, le Kaf Ha’haïm 12 et le Yalqout Yossef III 235, 1. Tout le monde s’accorde cependant à exiger que le Chéma soit répété après l’apparition des étoiles.

On distingue deux opinions principales sur l’attitude à adopter quand on se trouve dans un endroit où l’on récite Arvit avant tset hakokhavim. Selon Maïmonide, on dit avec la communauté le Chéma et ses bénédictions, et l’on juxtapose la bénédiction de la Délivrance (Gaal Israël) avec la ‘Amida ; puis, après l’apparition des étoiles, on répète le Chéma en tant qu’accomplissement de la mitsva en son temps. C’est en ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh 235, 1. Selon Rabbi Haï Gaon, on dira avec la communauté le Chéma seul (sans ses bénédictions), afin que le Chéma serve d’introduction à la ‘Amida que l’on récitera également au sein de l’assemblée ; mais les bénédictions du Chéma, ainsi que le Chéma lui-même en tant que mitsva, on les récitera après tset hakokhavim. Il semble donc que, selon Rabbi Haï Gaon, il vaille mieux réciter les bénédictions du Chéma avec le Chéma lui-même après tset hakokhavim, bien que, de ce fait, on ne puisse juxtaposer la bénédiction de la Délivrance et la ‘Amida. L’auteur du Michna Beroura 235, 12 rapporte cet usage, auquel il se conformait lui-même (cf. Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm 2, 60, Pisqé Techouva 235, 3). Selon le Gaon de Vilna, dans tous les cas, il vaut mieux dire Arvit seul après tset hakokhavim, conformément à l’avis des ‘Hakhamim, que de prier en communauté avant tset hakokhavim comme l’enseigne Rabbi Yehouda.

Dans un endroit où l’on enchaîne Min’ha et Arvit, il est préférable, si l’on peut, de veiller à dire Min’ha avant le coucher du soleil, et Arvit après. En effet, certains pensent que le temps d’Arvit commence au coucher du soleil ; et c’est ainsi que le Or lé-Tsion II 15, 6 comprend la position du Choul’han ‘Aroukh. Toutefois, quant à l’heure de récitation du Chéma, il est clair qu’elle commence à tset hakokhavim. Cependant, selon la majorité des décisionnaires, tels que le Michna Beroura 233, 9, l’heure d’Arvit même commence, selon les ‘Hakhamim, à tset hakokhavim.

[7]. Des propos du Kaf Ha’haïm 233, 12, il ressort que son auteur adopte la première opinion ; et l’on doit répéter les trois paragraphes du Chéma après la tombée de la nuit. Tandis que, des propos du Chaar Hatsioun 235, 16, il ressort que son auteur adopte la seconde opinion ; cf. Pisqé Techouva 235, 3. Mais si l’on a dit Min’ha avant le plag hamin’ha, on dira Arvit en minyan en adoptant l’une des deux méthodes rapportées dans la note précédente (celle de Maïmonide ou celle de Rabbi Haï Gaon).

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