Chapitre 13 – Dérekh erets

01. Une table vouée à la bienfaisance

Quand on s’apprête à se mettre à table, il convient de penser aux pauvres qui ont faim, et de leur distribuer de son pain. Nous voyons ainsi qu’Abraham notre père – que la paix soit sur lui – recherchait des voyageurs afin de les inviter chez lui et de les nourrir de ses meilleurs plats (Gn 18). Il ne voulait point manger seul, sans invités nécessiteux. Les Sages disent à ce propos : « L’hospitalité est plus grande que l’accueil de la Présence divine elle-même. » (Chabbat 127a ; cf. Baba Metsia 86b)

La Torah nous apprend aussi que, chaque fois qu’il est question de la joie associée à telle fête, et des repas que l’on y prend – ou de la consommation de la viande des sacrifices, ou encore de celle des fruits sur lesquels repose la sainteté de la seconde dîme, ou de néta’ revaï[a] –, il nous est ordonné d’associer à notre joie le prosélyte (guer), l’orphelin (yatom) et la veuve (almana) (Dt 12, 12 ; 14, 29 ; 16, 14).

Nos Sages enseignent : « Celui qui prolonge son repas, afin que les pauvres affamés puissent s’y joindre, on lui prolonge ses jours et ses années. » (Berakhot 54b-55a) Ils enseignent encore : « Tant que le Temple existait, l’autel (mizbéa‘h) apportait l’expiation à Israël ; à présent, c’est la table de l’homme qui fait expiation sur lui. » En effet, de même que cet homme « ressuscite » le pauvre, qui est considéré comme « mort », ainsi le Saint béni soit-Il le fera vivre, comme il est dit : « Et la justice[b] sauvera de la mort. » (Pr 10, 2 ; Zohar III 273b) Mais lorsque des pauvres ayant faim sont susceptibles d’arriver à notre table, et qu’on ne leur laisse rien, nos Sages disent : « Quiconque ne laisse pas de pain sur sa table ne voit jamais de signe de bénédiction. » (Sanhédrin 92a)

De nos jours, il ne se trouve pas tellement de pauvres manquant de pain, mais il y a des gens qui ont besoin qu’on leur manifeste de la considération et de l’affection, et c’est une grande mitsva que de les inviter à partager son repas, car grande est la capacité d’un repas à rapprocher les cœurs et à réjouir les déprimés, les solitaires. Nos Sages disent à ce propos : « Grande est la léguima[c] (c’est-à-dire un repas au cours duquel on boit du vin, qui réjouit), car elle rapproche les éloignés. » (cf. Sanhédrin 103b)

Si l’on a des domestiques, il faut veiller à ce qu’eux aussi mangent, après avoir servi les plats, de tous les bons mets servis ; et s’ils servent un plat dont l’odeur éveille le désir d’en manger, on devra leur permettre immédiatement d’y goûter, afin qu’ils ne s’affligent pas (cf. Ketoubot 61a ; Choul‘han ‘Aroukh 169, 1 ; 170, 3).

On doit même veiller à nourrir ses animaux avant de manger soi-même, comme l’enseignent les Sages : « Il est interdit à l’homme de goûter à quoi que ce soit avant d’avoir nourri son animal. » (Guitin 62a) Il est écrit, en effet : « Je donnerai l’herbe en ton champ pour tes bêtes » ; et seulement après : « et tu mangeras et te rassasieras. » (Dt 11, 15) Goûter ne serait-ce qu’un peu de nourriture est interdit, si nos bêtes ont faim ; mais boire est permis (Chevout Ya‘aqov III, 13 ; Michna Beroura 167, 40). Tout ce que nous disons là concerne les animaux domestiques, dont l’homme tire une utilité, et qui n’ont pas de moyen d’obtenir leur nourriture en dehors de ce qu’ils reçoivent de leur maître (Chéélat Ya‘avets I, 17).


[a]. Fruits produits par un arbre en sa quatrième année, après les trois années pendant lesquelles les fruits ont le statut de ‘orla, et sont à ce titre interdits.

[b]. Tsédaqa : justice pratiquée envers les pauvres, par le fait qu’on leur donne ce dont ils ont besoin.

[c]. Littéralement la gorgée.

 

02. L’invité

L’usage est bien établi parmi le peuple juif : quand quelqu’un se trouve chez nous à l’heure du repas, on l’invite à se joindre à nous, même si cette personne n’est pas pauvre. En revanche, c’est un bon usage, de la part du visiteur, que de refuser d’abord quelque peu cette invitation. Ce n’est que s’il constate que, véritablement, les hôtes souhaitent l’inviter – par exemple, s’ils répètent leur demande, ou qu’ils lui présentent une assiette – que le visiteur se joindra à leur repas (cf. Pniné Halakha, Liqoutim[d] II, chap. 3, 4-5 ; chap. 7, 9-10).

Il est interdit de profiter d’un « repas qui ne suffit pas au maître de céans », c’est-à-dire d’un repas auquel l’hôte ne souhaite pas que l’on se joigne : ce serait constitutif de la faute d’avqat guézel (littéralement « poussière de vol[e] »). Même si l’on a été invité à participer à ce repas, celui-ci est considéré comme « ne suffisant pas au maître de céans », dès lors que l’on sait qu’en vérité l’hôte ne souhaite pas notre participation – du fait qu’il a peine à voir dépenser son argent (Maïmonide, Techouva 4, 4).

Les Sages enseignent encore qu’il nous est interdit de profiter du repas d’un avare. Même si celui-ci a un intérêt personnel à nous inviter chez lui, il demeure interdit de participer à son repas, car « quiconque jouit des biens des avares enfreint un interdit » (Sota 38b).

Quand on invite son prochain à sa table, il faut lui offrir un visage souriant, afin qu’il mange avec appétit et ne craigne pas que nous nous affligions de le voir « liquider notre nourriture ». On devra en particulier montrer un visage souriant aux pauvres qui sont à notre table.

Il convient à l’invité d’honorer son hôte et d’être à l’écoute de ses souhaits ; comme le disent les Sages : « Tout ce que te dira le maître de céans, fais-le. » (Pessa‘him 86b)

Par exemple, si l’hôte demande à l’invité d’introduire le Zimoun, celui-ci le fera. S’il demande à son invité de dire des paroles de Torah, et que celui-ci soit en mesure de le faire, il le fera. S’il lui demande de manger, il mangera. Si l’on est déjà rassasié du repas de l’hôte, et que ce dernier insiste pour que l’on mange encore, on n’aura pas l’obligation de continuer à manger : puisque l’on a déjà mangé de son repas, et que l’on en est rassasié, l’hôte n’a pas à se vexer de ce que l’on ne mange pas davantage (Choul‘han ‘Aroukh 170, 5 ; Michna Beroura ad loc.).

Si l’on est particulièrement rigoureux envers soi-même en matière de cacheroute, on mangera néanmoins, quand on sera invité, le repas cachère que le maître de maison nous servira. Mais si l’on a coutume d’être rigoureux en un domaine où, selon les principes de la halakha eux-mêmes, il y a lieu d’être rigoureux – par exemple en matière de viande ‘halaq (glatt[f]) –, on n’aura pas lieu d’être indulgent pour répondre à la demande du maître de céans. Il s’est cependant trouvé des rabbins, parmi les grands maîtres d’Israël, qui, lorsqu’ils étaient invités, avaient l’usage d’adopter les avis indulgents, et mangeaient même de la viande cachère non ‘halaq (cf. Michna Beroura 170, 16 ; Pisqé Techouvot 8).


[d]. Les volumes de Liqoutim (« recueils ») ne sont pas traduits en français.

[e]. Bien qu’il ne s’agisse pas de vol à proprement parler, il y a là une certaine parenté avec le fait de soustraire à autrui ce qui est à lui, et à quoi il tient, d’où l’expression « poussière de vol ».

[f]. Littéralement « lisse » : pour la viande bovine, de nombreux décisionnaires exigent que les poumons de la bête abattue ne présentent pas d’adhérences.

 

03. Ne pas gâcher la nourriture

Il faut avoir grand soin de ne pas détruire des aliments. Quiconque détruit ou gâche de la nourriture, fût-ce dans la quantité d’un kazaït, enfreint l’interdit de bal tach‘hit[g] (Sifré sur Dt 29, 19). Par conséquent, nos Sages avaient soin de ne pas faire passer un verre rempli de boisson au-dessus du pain, de crainte que du liquide ne se renversât sur le pain, ce qui l’eût rendu repoussant et eût gâté sa comestibilité. De même, il est interdit de mettre au contact du pain un ustensile qui risque d’être sale ; cela afin de ne pas rendre le pain repoussant (Berakhot 40b ; Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 171, 1).

Dans le même sens, il est interdit de lancer à son prochain des aliments susceptibles de devenir dégoûtants s’ils venaient à tomber par terre ; ainsi des dattes ou des figues. Quant aux aliments qui ne deviennent pas dégoûtants s’ils tombent, par exemple les noix, il est permis de les lancer à son prochain (Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 171, 1). Il ne faut pas s’asseoir sur des aliments qui s’en trouveraient écrasés, de crainte de les rendre dégoûtants. Mais si des aliments sont rangés dans une boîte rigide, il est permis de s’asseoir sur la boîte (ibid. 2).

Quand on se sert d’un plat, il faut prendre garde de trop se servir, de crainte de ne pas pouvoir finir son assiette, ce qui causerait du gâchis. A posteriori, si l’on s’est trop servi, et que l’on craigne d’être déjà rassasié, il n’y a aucune mitsva à terminer la nourriture que l’on a dans son assiette, et ce n’est pas même un acte de piété. En effet, la santé du corps a plus d’importance ; et puisque trop manger porte atteinte à la santé, il importe davantage d’être pointilleux, quant au principe de bal tach‘hit, à l’égard de son corps qu’à l’égard des aliments qui seront jetés (Chabbat 140b ; cf. ci-après, § 9, et Pniné Halakha – Lois de la cacheroute 13, 10).

Il est permis de se servir de pain comme d’une cuiller, pour manger autre chose ; cela, à condition que, finalement, on mange aussi le pain. Ceux qui sont pointilleux dans l’observance des mitsvot ont soin de manger, à chaque bouchée, un peu de pain, afin que celui-ci ne soit pas mésestimé en étant considéré comme un simple ustensile (Choul‘han ‘Aroukh 171, 3).

Si l’on aperçoit, par terre, du pain ou quelque autre aliment, en un endroit où passent des gens, et que cet aliment soit ainsi déconsidéré, il faudra, pour le respect dû à la nourriture, le ramasser et le placer en hauteur, sur quelque pierre, ou le mettre sur le côté du chemin, de manière qu’il ne soit pas rendu méprisable en étant exposé à être piétiné (‘Érouvin 64b ; Beit Baroukh 45, 31).


[g]. Litt. « tu ne détruiras pas », interdit basé sur Dt 20,19-20.

04. Les restes

Il faut s’efforcer de ne pas détruire les restes d’aliments. Tant que cela est possible, on les servira au cours des prochains repas, ou bien on les accommodera en quelque autre plat, comme une pachtida[h]. De même, si l’on organise un grand repas, il est bon de programmer dès l’abord ce que l’on fera des restes, que ce soit en les congelant afin de les consommer plus tard, ou en les distribuant à des amis ou à des nécessiteux. Quand il n’y a pas de possibilité de ce genre, parce que les restes en question ne sont pas tellement propres à être consommés, et que la peine que requerrait leur conservation serait plus grande que leur valeur, c’est une pieuse coutume que d’en nourrir des animaux. Si l’on possède un grand jardin, on pourra aussi y mettre les restes pour qu’ils retournent à leur poussière et enrichissent la terre (cf. Pniné Halakha – Lois de la cacheroute 13, 10).

Quand il est difficile d’utiliser les restes de nourriture, on peut les jeter à la poubelle ; mais quant au pain, il convient de l’envelopper, afin qu’il ne soit pas déconsidéré. Certains, croyant être rigoureux à l’égard d’eux-mêmes, s’abstiennent de jeter les restes de pain à la poubelle, et les déposent près des poubelles publiques et sur les clôtures des maisons. Mais c’est une erreur, car ceux-là déconsidèrent le pain en public, dérangent les voisins et enlaidissent le domaine public. Par conséquent, quand on a affaire à de grandes quantités, que les oiseaux et les bêtes ne peuvent manger en peu de temps, il convient d’envelopper les restes de pain et les jeter à la poubelle.

Si, après son repas, il reste des miettes, plus petites qu’un kazaït, il n’est pas interdit – à s’en tenir à la stricte obligation – de les détruire, et d’en user avec elles sans souci de les honorer. Mais nos Sages enseignent qu’il ne convient pas d’agir ainsi, car, en détruisant et en déconsidérant des miettes de pain, on attire à soi la pauvreté (Choul‘han ‘Aroukh 180, 4). Il y a à cela deux raisons : la première est que celui qui jette à terre des miettes paraît fouler aux pieds les bienfaits que le Saint béni soit-Il dispense dans le monde ; par cela, il s’expose à ce que, au ciel, on cesse de lui accorder d’autres bienfaits. La deuxième raison est que le fait de ne pas déconsidérer les miettes est une ségoula[i], car l’ange préposé à la nourriture et à la subsistance a pour nom Naqid, nom bâti sur la notion de propreté (néqiout), tandis que l’ange préposé à la pauvreté a pour nom Naval, nom faisant allusion à la saleté. Aussi, en un lieu où se trouvent des miettes alimentaires sur le sol, repose l’ange de la pauvreté, tandis qu’en un lieu propre, réside l’ange de la richesse (Pessa‘him 111b ; ‘Houlin 108b).

Aussi aura-t-on soin de ne pas laisser, dispersées par terre, des miettes identifiables comme provenant du pain, et bien sûr de ne pas jeter de telles miettes de la table vers le sol, car alors ce serait les exposer à la déconsidération quand on marchera sur elles. Il faut donc les rassembler du sol où elles ont chu, et les jeter dans sa cour ou à l’eau, ou encore les jeter à la poubelle d’une manière honorable (Michna Beroura 102, 10 ; cf. Pniné Halakha – Lois de la cacheroute 13, 12).


[h]. Omelette épaisse ou sorte de tarte aux légumes.

[i]. Une attitude ou un acte approprié pour attirer à soi une bénédiction particulière.

 

05. L’interdit de manger des choses répugnantes

L’homme doit préserver son honneur, car c’est à l’image de Dieu qu’il fut créé. Aussi doit-il prendre garde de commettre des actes dégoûtants, qui le déconsidéreraient. C’est bien ce qui nous est enseigné, quant à la consommation des insectes : en plus de la défense qui nous est faite d’en manger – parce qu’ils font partie des animaux impurs, interdits à ce titre à la consommation –, leur ingestion présente également un caractère dégoûtant. Le verset dit ainsi : « Ne rendez pas abominables vos personnes, par toute la vermine rampante, et ne vous rendez pas impurs par elle, vous en contracteriez l’impureté ; car Je suis l’Éternel votre Dieu ; vous vous sanctifierez et serez saints, car Je suis saint. Et vous ne rendrez pas impures vos personnes par toute la vermine grouillant sur la terre. » (Lv 11, 43-44)

De même, il est interdit de se souiller par la consommation d’aliments ou de boissons malpropres (par exemple, s’il s’y est mêlé du vomi, quelque excrément ou de la salive nauséabonde). Il est également interdit de manger dans des ustensiles souillés ; par exemple, dans des ustensiles destinés à recueillir des excréments ou des urines. Il est de même interdit de manger avec les mains sales. Quiconque fait une de ces choses enfreint l’interdit de bal techaqetsou (« ne vous rendez pas abominables »). En principe, si l’on s’apprête à faire cela, et que des témoins soient présents, nous avertissant qu’il ne faut pas le faire, mais qu’on le fasse néanmoins, la peine de makat mardout (flagellation administrée dans les cas de rébellion[j]) est susceptible d’être prononcée (Maïmonide, Aliments interdits 17, 29-30).

De même qu’il est défendu de manger des aliments dégoûtants, il est défendu de commettre des actes dégoûtants. Au titre de l’interdit de bal techaqetsou, se trouve ainsi l’interdit de retenir ses selles ou ses urines, comme nous le verrons par la suite (§ 13)[1].

Quand un aliment est dégoûtant de l’avis de la majorité des gens, mais qu’une minorité de personnes aiment le manger, il est interdit à ceux que le trouvent dégoûtant de le manger. Quant à ceux qui estiment que cela n’est pas dégoûtant, il leur est permis de le manger. Il est cependant interdit de consommer une chose qui repousse tout le monde, même à celui qui, par exception, n’en serait point dégoûté ; car son opinion s’annule face à celle de tous les autres (Peri ‘Hadach, Yoré Dé‘a 84, 3).


[j]. Cette peine n’est applicable qu’au temps où siège le Sanhédrin.

[1].

1 Selon le Séfer Yeréïm, le Séfer Mitsvot Qatan et le Ramah, toutes les choses répugnantes sont interdites par la Torah elle-même, au titre de bal techaqetsou (« ne vous rendez pas abominables », Lv 11, 43) ; simplement, on n’est pas toraniquement passible de flagellation pour autant, car il s’agit là d’un lav ché-bikhlalot [interdit toranique déduit d’un commandement unique dont les implications pratiques sont variées] ; et ce sont les Sages qui ont décidé que la flagellation serait administrée en pareil cas. Selon Maïmonide, le Ritva, le Michné Lamélekh, ad loc., le Levouch et le Peri ‘Hadach, on n’enfreint l’interdit toranique de bal techaqetsou que dans le cas où l’on mange des insectes ou des reptiles ; tandis que, pour les autres choses répugnantes, l’interdit est rabbinique (cf. Encyclopédie talmudique, vol. 3).

06. Ne pas dégoûter d’autres personnes

Quand une chose dégoûtante est faite devant d’autres personnes, l’acte prend un caractère de gravité supplémentaire, car, en plus de se déconsidérer et de s’avilir, celui qui fait cela afflige également son prochain, en ce qu’il lui cause une sensation de dégoût. Ce faisant, il enfreint l’interdit : « Vous ne vous léserez pas l’un l’autre » (Lv 25, 17), et transgresse le commandement positif : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Lv 19, 18)

Il y a certains actes qui, lorsque l’homme les fait en secret, ne prêtent pas à reproche, mais qui seraient considérés comme dégoûtants s’ils étaient accomplis devant d’autres personnes – de sorte qu’ils seraient alors interdits au titre de bal techaqetsou (« ne vous rendez pas abominables ») et des mitsvot gouvernant les relations entre l’homme et son prochain. C’est le cas, par exemple, du fait de se curer le nez ou de gratter de petites plaies qu’on aurait sur le visage. De même, nos Sages enseignent :

« Certes, toutes les actions, Dieu les appellera en jugement, quelque cachées qu’elles soient. » (Ec 12, 14) Rav a dit : « Comme celui qui tue un pou devant son prochain, ce qui dégoûte celui-ci. » Chemouel a dit : « Comme celui qui crache en présence de son prochain, ce qui dégoûte celui-ci. » (‘Haguiga 5a)

Il faut prêter à cela une attention plus grande encore au moment du repas, car les actes dégoûtants, de même que les paroles inspirant du dégoût, coupent l’appétit et donnent la nausée à ceux qui sont attablés.

Si l’on prend une bouchée d’un aliment, et que l’on s’aperçoive qu’on ne l’aime pas, on ne l’extraira pas de sa bouche ni ne le posera sur la table, car cela écœurerait les convives (Choul‘han ‘Aroukh 170, 10). On ne ramassera pas non plus des miettes tombées à terre et qui sont devenues dégoûtantes, pour les déposer ensuite sur la table ; cela indispose ceux qui le voient, qui craignent que celui qui l’a fait n’en vienne à manger ces miettes. De même, si l’on a commencé à mordre dans une tranche de pain, on ne la remettra pas dans la corbeille commune, ni ne la transmettra à son voisin, car nombreux sont ceux qui en seraient dégoûtés (Choul‘han ‘Aroukh 170, 15 ; Michna Beroura 36). Par conséquent, si l’on n’a pas l’intention de manger une tranche entière, on coupera ce que l’on veut manger, et on laissera le reste dans la corbeille à pain.

De même, si l’on a commencé à boire son verre, on ne le remettra pas ensuite à son prochain pour qu’il y boive à son tour, de crainte que celui-ci n’en soit dégoûté. En outre, le transfert de nourriture ou de boisson d’une bouche à l’autre est susceptible de transmettre des maladies (cf. Choul‘han ‘Aroukh 170, 16 ; Michna Beroura 37). Cependant, si notre prochain n’en est pas dégoûté, il lui sera permis de boire à notre verre. De même, il est admis, au sein d’une même famille, de manger les restes de son prochain.

Certains actes, qui étaient admis autrefois, ne sont plus tenus pour polis de nos jours ; il faut donc se conduire conformément aux usages de notre temps. Par exemple, jadis, on avait l’habitude de manger avec les doigts, tandis que, de nos jours, on a l’usage de manger à l’aide de couverts ; celui qui mangerait avec les doigts transgresserait donc un interdit, puisqu’il causerait un sentiment de dégoût chez les autres convives, et se déconsidérerait. De même, autrefois, il était admis de cracher sur le sol de la maison, en présence d’autrui (cf. Berakhot 63a). Selon les médecins de jadis, quiconque sentait l’odeur d’un aliment pour lequel il éprouvait un grand désir, mais dont il n’était pas en mesure de manger, devait cracher immédiatement la salive accumulée dans sa bouche, faute de quoi il se fût mis en danger (Ketoubot 61b). De nos jours, il ne faut pas faire cela, car on ne considère pas cette salive comme dangereuse, et il ne serait pas poli de cracher devant d’autres personnes.

Certaines pratiques sont considérées comme polies au sein d’une société donnée, tandis que, dans d’autres cercles, elles seraient vues comme déplacées. C’est donc à chacun de connaître les différents usages, afin de pouvoir se comporter avec tact et de ne pas créer un sentiment de dégoût chez ceux dont les usages sont différents. Par exemple, certains ont l’usage de tremper leur pain dans l’assiette commune de ‘houmous, tandis que cela en dégoûterait d’autres. Lorsque tous les convives ont l’usage de tremper ainsi leur pain dans l’assiette centrale, cela n’est pas interdit. Mais s’il se trouve là une personne que cet usage dégoûte, les autres devront s’en abstenir.

07. Bonnes manières à table

Lorsque plusieurs personnes sont réunies à table, chacun des convives se servira une part égale du plat central. Même si l’un des convives s’est peu servi, on ne prendra pas davantage qu’une part égale à toutes les autres, car il se peut que le premier veuille se resservir ensuite. Ce n’est que si l’on constate que ledit convive ne souhaite pas manger davantage que l’on demandera si l’on peut prendre le reste (cf. Choul‘han ‘Aroukh 170, 2).

Quand, parmi les convives, se trouve un grand homme, ou le père de famille, on attendra qu’il se serve le premier du plat commun ; les autres prendront leur part seulement ensuite (Choul‘han ‘Aroukh 170, 12).

Il ne convient pas de regarder avec insistance le visage de celui qui mange ; cela l’embarrasserait. En particulier, l’hôte doit s’abstenir de regarder le visage de son invité lorsque celui-ci est en train de manger ou de se servir (Choul‘han ‘Aroukh 170, 4). De même, il ne faut pas photographier, sans son accord, celui qui est en train de manger.

On ne s’emplira pas la bouche de beaucoup de nourriture à la fois, comme le font les gloutons. On ne boira pas non plus d’un seul coup un verre entier de vin, ou d’une autre boisson alcoolisée (Choul‘han ‘Aroukh 170, 7-8 ; Michna Beroura 22). On ne mangera pas rapidement, et l’on ne mâchera pas bruyamment la nourriture ; on mangera avec mesure, bouche fermée. On aura soin de ne pas salir ses habits, ses mains ou sa barbe (Ben Ich ‘Haï, Behar 8-9).

Les hommes raffinés, jadis à Jérusalem, ne prenaient point part à un repas sans savoir préalablement qui seraient les autres convives (Sanhédrin 23a ; Choul‘han ‘Aroukh 170, 20). Cela, parce que c’est un sujet d’opprobre pour un érudit que d’être à table aux côtés de personnes frivoles d’esprit, en particulier lors d’un repas où l’on boit du vin et des boissons alcoolisées, qui ouvrent les cœurs et rapprochent les convives les uns des autres. Certains sont cependant indulgents quand il s’agit d’une sé‘oudat mitsva (repas donné à l’occasion d’une mitsva), car alors le mérite de la mitsva a pour effet que cette proximité n’engendre pas de telle frivolité. Mais si l’on sait que telles personnes ne se comporteront probablement pas de manière honorable, on ne prendra point de vin ni de boisson alcoolisée en leur compagnie, même dans le cadre d’une sé‘oudat mitsva. Quand il s’agit d’un érudit très honoré, et que l’on sait que les gens se comporteront en sa présence de manière honorable, il sera permis à cet érudit de s’attabler et de boire en leur compagnie pour participer à la joie qu’occasionne une mitsva, quoique en d’autres circonstances ces gens se comportent avec légèreté : grâce à cela, ils se rapprocheront de la Torah et des mitsvot (cf. Béour Halakha, ad loc.).

Si l’on a des enfants en bas âge qui participent au repas, il faut les surveiller afin qu’ils ne mettent pas les mains dans le plat commun, rendant ainsi répugnante la nourriture aux yeux des autres convives. On veillera aussi à ce qu’ils ne se salissent pas à l’excès, et à ce que leur nez soit propre. S’il se trouve là un invité, on ne placera pas à ses côtés de petits enfants, qui ont l’habitude de se salir, à moins que cet invité le veuille (Séfer ‘Hassidim 829 ; Kaf Ha‘haïm 170, 78).

08. Propos de Torah et conversation à table

Nous lisons dans les Maximes des pères (3, 3) :

Rabbi Chimon dit : « Si trois personnes ont mangé à une même table et n’y ont pas prononcé de paroles de Torah, c’est comme si elles avaient consommé des sacrifices offerts aux morts, comme il est dit : “Car toutes les tables sont remplies de vomissure et de saleté, sans laisser de place.” (Is 28, 8) Mais quand trois personnes ont mangé à une même table et y ont prononcé des paroles de Torah, c’est comme si elles avaient mangé à la table de Dieu, béni soit-Il, comme il est dit : “Et il me dit : ceci est la table qui est placée devant l’Éternel.” (Ez 41, 22) »

L’obligation de tenir à table des propos de Torah existe principalement lorsque trois personnes mangent ensemble, car alors leur repas prend une importance particulière : à l’instar de son importance matérielle, il faut aussi donner à ce repas de l’importance sur le plan spirituel, en y prononçant des paroles de Torah. Faute de cela, le repas serait tel un corps sans vie, dont l’âme a été reprise. Dès lors, les aliments que l’on y a servis seraient comparables à des « sacrifices offerts aux morts ». Mais lorsqu’on dit à table des paroles de Torah, l’âme se relie au corps, lui dispensant vie et bénédiction.

Quand on n’est pas trois à table, on n’est pas obligé de dire des paroles de Torah : le Birkat hamazon suffit alors (Maguen Avot du Rachbats). Certains estiment cependant que, même si l’on mange seul, il est préférable que l’on étudie quelque peu la Torah (Michna Beroura 170, 1).

Même la simple récitation de Chir hama‘alot (Ps 126, Cantique des degrés), ou d’autres versets, peut être considérée comme paroles de Torah (Michna Beroura 170, 1). Il est cependant préférable de tenir des propos de Torah ne consistant pas en une simple lecture de versets, mais présentant un supplément de valeur et de sens, afin que, grâce à cela, le repas entier s’élève.

Nos Sages enseignent : « On ne converse pas pendant le repas, de crainte que la nourriture ne parvienne à la trachée au lieu de l’œsophage, et que l’on ne s’étouffe. » (Choul‘han ‘Aroukh 170, 1) Dès lors que l’on parle, en effet, la trachée (conduit de la respiration) est ouverte, et la nourriture risque d’y entrer. Mais de nos jours, nombreux sont les auteurs indulgents en la matière. Certains expliquent que l’interdit s’appliquait lorsqu’on mangeait « accoudé » (bé-hassaba) – c’est-à-dire, en réalité, à demi-allongé –, mais que, si l’on est assis, il n’y a pas de danger à cela (Pericha ; Birké Yossef). Certains estiment que, de nos jours encore, il faut être rigoureux à cet égard (Peri Mégadim, Echel Avraham 1 ; cf. ‘Aroukh Hachoul‘han 2). Quoi qu’il en soit, même si l’on est indulgent, on sera pointilleux quant à la politesse : on s’exprimera de manière agréable, sans que les autres convives voient la nourriture que l’on a en bouche. À plus forte raison, on veillera à ne pas projeter de débris de nourriture tandis qu’on parle.

09. Ne pas trop manger

Il est interdit de manger à l’excès. Il y a deux raisons à cet interdit : la première est que l’excès alimentaire présente un danger pour la santé ; la deuxième est qu’il y a là un défaut moral, en ce que l’homme est trop entraîné à la suite de ses désirs matériels.

S’agissant du danger que représente pour la santé une alimentation excessive, Maïmonide écrit (Hilkhot dé‘ot 4, 2) :

On ne mangera pas au point de remplir son ventre, mais on réduira ses ingestions d’un quart par rapport à une pleine satiété.

Après avoir donné le détail des aliments nuisibles à la santé, Maïmonide ajoute (ibid. 4, 14-15) :

Tant que l’homme s’exerce physiquement et se donne beaucoup de peine, qu’il n’est point rassasié, et que ses entrailles sont libérées, aucune maladie ne peut s’abattre sur lui, et il va se renforçant, dût-il manger de mauvaises nourritures. (…) Une nourriture surabondante (akhila gassa) est pour le corps de tout être humain comme un poison mortel, et c’est là le principe de toutes les maladies. La majorité des maladies qui s’abattent sur l’homme n’ont en effet d’autre origine que l’ingestion de mauvaises nourritures, ou le fait de remplir son ventre et de manger à l’excès, même des aliments sains.

Cela est également admis par les meilleurs médecins contemporains : manger à l’excès porte grandement atteinte à la santé.

De plus, il est interdit de se laisser trop entraîner par ses désirs matériels. Na‘hmanide explique que telle est l’intention de la Torah lorsqu’elle ordonne : « Vous serez saints… » (Lv 19, 2). En effet, si la Torah ne nous ordonnait pas d’être saints, on pourrait devenir ce que les Sages appellent un « impie dans le cadre de la Torah[k] », en se goinfrant de viande sans retenue, et en buvant à l’excès du vin et des alcools, tout en prétendant ne commettre aucune faute, puisque la viande et le vin seraient garantis par un excellent certificat de cacheroute. Aussi nous est-il ordonné : « Vous serez saints », afin qu’on ne se livre pas à une consommation surabondante.

La Torah n’a pas fixé de mesure à partir de laquelle la consommation devient surabondante, car les besoins diffèrent d’une personne à l’autre. Certains ont un grand corps, d’autres un petit corps ; les uns ont un métabolisme rapide, et requièrent davantage de nourriture, d’autres ont un métabolisme lent, et ont besoin de moins de nourriture. Entre deux personnes ayant les mêmes caractéristiques corporelles, l’une se livrera à un travail corporel pénible, nécessitant une alimentation abondante, tandis que l’autre aura un travail facile, requérant moins de nourriture (Chné Lou‘hot Habrit, Maamar 7, 12).

À l’inverse, il faut avoir soin de ne pas se faire souffrir en se privant des bonnes nourritures. Le Talmud rapporte ainsi, en de nombreux endroits, que d’un certain point de vue le nazir (abstème), en s’abstenant de vin, est appelé fauteur (‘hoté), comme il est dit : « Et il sera fait expiation sur lui pour ce qu’il aura fauté envers sa personne[l] (néfech). » (Nb 6, 11) Rabbi Eléazar Haqapar dit à ce sujet : « Ne faut-il pas en tirer un raisonnement a fortiori ? Si le nazir, qui ne s’est mortifié qu’en s’abstenant de vin, est appelé fauteur, celui qui se prive de toute chose, à combien plus forte raison ! » De là, Chemouel apprend ceci : « Quiconque se livre au jeûne est appelé fauteur. » (Ta’anit 11a ; Nédarim 10a ; Nazir 19a ; 22a ; Baba Qama 91b) Bien qu’il y ait à ce propos d’autres opinions, telle est la position principale : ce n’est que pour les nécessités du repentir (téchouva), ou dans des cas particuliers, qu’il y a lieu de jeûner et de pratiquer l’abstinence ; mais en général, il convient de profiter de toutes les bonnes et diverses nourritures que le Saint béni soit-Il a créées en ce monde, et de louer Dieu pour cela. De cette manière, la sanctification du nom divin se répandra dans l’univers, tant par les bénédictions que l’on récitera en l’honneur de Dieu, que par le bon sentiment procuré par les nourritures savoureuses que l’on aura dégustées. Grâce à cela, on pourra méditer sur la Torah et le monde avec générosité, on sera joyeux et bon envers les créatures. C’est ce que disaient Rava et Rav Na‘hman d’eux-mêmes : par l’effet de leur consommation de viande et de vin, leurs yeux se sont dessillés, de manière à avoir de la Torah une compréhension plus profonde (cf. Yoma 76b ; Baba Qama 71b). De même, nos Sages enseignent que l’on devra rendre des comptes pour tout ce que nos yeux auront vu mais dont on n’aura point mangé (Talmud de Jérusalem, Qidouchin 4, 12). Mais si l’on exagère en mangeant à l’excès, on sombrera dans le chaos de la matérialité, et l’on ne pourra plus prêter attention à l’esprit et à l’âme ; finalement, on sera à la fois malade, triste et déprimé.

Un bon conseil, pour éviter de trop manger : vers la fin de son repas, observer une pause d’environ vingt minutes. Seulement après cela, si l’on en sent la nécessité, on continuera de manger. En effet, il est fréquent que, tant que l’on mange, notre appétit demeure ; et l’on pense n’avoir pas encore mangé selon ses besoins. Mais si l’on fait une petite pause, le corps commence à digérer ce qu’il a ingéré ; dès lors, on éprouve une sensation de satiété. On peut profiter de cette pause pour étudier la Torah à sa table. On peut aussi réciter le Birkat hamazon et aller vaquer à ses occupations ; puis, si l’on désire ensuite manger de nouveau, on remangera, non sans réciter les bénédictions réglementaires.


[k]. Se dit d’une personne qui s’attache extérieurement à la pratique des mitsvot, mais se détourne de l’esprit de la Torah, en faisant débauche de ce qui lui est permis.

[l].‘Al hanéfech : « relativement à la personne » (cf. le verset). Suivant la lecture midrachique qui est celle du Talmud – et qui diffère du sens littéral –, c’est l’abstention même à laquelle s’astreint le nazir qui, dans une certaine mesure, est fautive. La personne dont parle le verset est, selon cette lecture, le nazir lui-même.

10. Aliments sains et aliments nuisibles

C’est une mitsva que de conserver un mode de vie sain. Nous l’apprenons du principe général que prescrit la Torah : « Tu marcheras dans ses voies. » (Dt 28, 9) Dieu a en effet créé notre corps pour qu’il fût en bonne santé ; il nous revient de le conserver, et de ne pas manger de nourritures qui soient de nature à porter atteinte à notre santé. Il y a également en cela une manière de préparation à la pratique de toutes les mitsvot ; en effet, si l’on est en bonne santé, équilibré en son corps et en son mental, on pourra étudier la Torah l’esprit lucide, être assidu et énergique dans son observance des mitsvot, être heureux en sa foi, serein et bon envers les créatures. Mais si l’on est malade, en plus de voir ses jours s’abréger et son service de Dieu se réduire, on sera dérangé, de son vivant même, par des indispositions et des douleurs. C’est facilement que l’on s’énervera et que l’on cédera à la colère ; on aura du mal à approfondir son étude de Torah et à discerner le bien divin, et l’on ne pourra orienter son cœur vers les importantes missions que le Créateur a confiées à l’homme. Ces recommandations participent de ce qu’enseigne le verset : « En toutes tes voies, connais-le, et Lui aplanira tes sentiers. » (Pr 3, 6) De même, nos Sages enseignent : « Que toutes tes actions soient au nom du Ciel. » (Maximes des pères 2, 12) On raconte ainsi que Hillel l’ancien, lorsqu’il sortait pour se livrer aux soins de son corps, avait l’habitude de dire qu’il sortait pour les nécessités d’une mitsva, puisque c’est par son corps qu’il se tenait devant l’Éternel et accomplissait ses commandements (cf. Avot de-Rabbi Nathan, seconde version, 30).

Maïmonide écrit ainsi : « Puisque le fait d’être sain et intact fait partie des voies du service divin – en effet, il est impossible de rien comprendre ou savoir si l’on est malade –, il faut s’éloigner des choses préjudiciables au corps, et se tourner vers celles qui soignent les affections. » (Hilkhot dé‘ot 4, 1 ; cf. aussi 3, 3)

Dans toutes les générations, les sages ont conseillé de consommer des aliments sains, suivant ce qui était connu de la médecine de leur temps. Or il est vraisemblable que des aliments qui étaient alors favorables à la santé ne le sont plus aujourd’hui, de même que d’autres aliments pouvaient être nuisibles à la santé, alors qu’ils sont sains aujourd’hui. En effet, notre mode de vie a changé de façon considérable, et certains aliments, qui avaient tendance à s’abîmer sans réfrigération, et dont la consommation était dangereuse, sont aujourd’hui considérés comme favorables à la santé, puisqu’on peut les conserver comme il convient. D’autres aliments, en des temps de pénurie alimentaire, étaient considérés comme très sains, pour la graisse et le sucre qu’ils contenaient, tandis que de nos jours, en période d’abondance, ils sont vus comme très nuisibles[2].

De nos jours, la directive admise est de limiter autant qu’il est possible la consommation d’aliments raffinés, tels que le sucre, la margarine, le sel, la farine blanche et les graisses saturées. Parmi les aliments contenant de tels ingrédients : les boissons sucrées, les saucisses, les borékas et les gâteaux. Il est par contre recommandé de manger en quantité des légumes et des fruits, de boire de l’eau et de se donner de l’exercice physique. Par-dessus tout, l’important est de ne pas trop manger.


[2]. Maïmonide, au chapitre 4 des Hilkhot dé‘ot (lois des attitudes morales), cite une liste de bons aliments et de bonnes habitudes, ainsi qu’une liste de nourritures et d’habitudes néfastes. Or ces listes ne coïncident pas toujours avec les directives des Sages du Talmud, de mémoire bénie. Par exemple, les recommandations de Maïmonide en matière de saignée sont différentes, comme il apparaît au paragraphe 18 dudit chapitre. Le Kessef Michné explique cette différence par le fait que les remèdes varient selon les lieux et les époques. On trouve de semblables avis en Tossephot, Mo‘ed Qatan 11a ; Yam Chel Chelomo, ‘Houlin 8, 12. L’auteur du Yad Pechouta, dans son introduction au chap. 4, rapporte les propos de Rav Cherira Gaon et de Rabbi Avraham, fils de Maïmonide, d’après lesquels les Sages n’avaient pas l’intention, par leurs recommandations médicales, de fixer la halakha : leur propos était que leurs contemporains prissent en compte les conseils des experts en médecine vivant à leur époque. Si les experts en médecine devaient se prononcer différemment, c’est comme eux qu’il conviendrait d’agir.

Par conséquent, bien que Maïmonide fût un immense décisionnaire et un médecin important, on ne suit pas, de nos jours, toutes ses directives, car on doit aller selon ce qui est admis par les médecins de notre temps.

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