Quand une chose dégoûtante est faite devant d’autres personnes, l’acte prend un caractère de gravité supplémentaire, car, en plus de se déconsidérer et de s’avilir, celui qui fait cela afflige également son prochain, en ce qu’il lui cause une sensation de dégoût. Ce faisant, il enfreint l’interdit : « Vous ne vous léserez pas l’un l’autre » (Lv 25, 17), et transgresse le commandement positif : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Lv 19, 18)
Il y a certains actes qui, lorsque l’homme les fait en secret, ne prêtent pas à reproche, mais qui seraient considérés comme dégoûtants s’ils étaient accomplis devant d’autres personnes – de sorte qu’ils seraient alors interdits au titre de bal techaqetsou (« ne vous rendez pas abominables ») et des mitsvot gouvernant les relations entre l’homme et son prochain. C’est le cas, par exemple, du fait de se curer le nez ou de gratter de petites plaies qu’on aurait sur le visage. De même, nos Sages enseignent :
« Certes, toutes les actions, Dieu les appellera en jugement, quelque cachées qu’elles soient. » (Ec 12, 14) Rav a dit : « Comme celui qui tue un pou devant son prochain, ce qui dégoûte celui-ci. » Chemouel a dit : « Comme celui qui crache en présence de son prochain, ce qui dégoûte celui-ci. » (‘Haguiga 5a)
Il faut prêter à cela une attention plus grande encore au moment du repas, car les actes dégoûtants, de même que les paroles inspirant du dégoût, coupent l’appétit et donnent la nausée à ceux qui sont attablés.
Si l’on prend une bouchée d’un aliment, et que l’on s’aperçoive qu’on ne l’aime pas, on ne l’extraira pas de sa bouche ni ne le posera sur la table, car cela écœurerait les convives (Choul‘han ‘Aroukh 170, 10). On ne ramassera pas non plus des miettes tombées à terre et qui sont devenues dégoûtantes, pour les déposer ensuite sur la table ; cela indispose ceux qui le voient, qui craignent que celui qui l’a fait n’en vienne à manger ces miettes. De même, si l’on a commencé à mordre dans une tranche de pain, on ne la remettra pas dans la corbeille commune, ni ne la transmettra à son voisin, car nombreux sont ceux qui en seraient dégoûtés (Choul‘han ‘Aroukh 170, 15 ; Michna Beroura 36). Par conséquent, si l’on n’a pas l’intention de manger une tranche entière, on coupera ce que l’on veut manger, et on laissera le reste dans la corbeille à pain.
De même, si l’on a commencé à boire son verre, on ne le remettra pas ensuite à son prochain pour qu’il y boive à son tour, de crainte que celui-ci n’en soit dégoûté. En outre, le transfert de nourriture ou de boisson d’une bouche à l’autre est susceptible de transmettre des maladies (cf. Choul‘han ‘Aroukh 170, 16 ; Michna Beroura 37). Cependant, si notre prochain n’en est pas dégoûté, il lui sera permis de boire à notre verre. De même, il est admis, au sein d’une même famille, de manger les restes de son prochain.
Certains actes, qui étaient admis autrefois, ne sont plus tenus pour polis de nos jours ; il faut donc se conduire conformément aux usages de notre temps. Par exemple, jadis, on avait l’habitude de manger avec les doigts, tandis que, de nos jours, on a l’usage de manger à l’aide de couverts ; celui qui mangerait avec les doigts transgresserait donc un interdit, puisqu’il causerait un sentiment de dégoût chez les autres convives, et se déconsidérerait. De même, autrefois, il était admis de cracher sur le sol de la maison, en présence d’autrui (cf. Berakhot 63a). Selon les médecins de jadis, quiconque sentait l’odeur d’un aliment pour lequel il éprouvait un grand désir, mais dont il n’était pas en mesure de manger, devait cracher immédiatement la salive accumulée dans sa bouche, faute de quoi il se fût mis en danger (Ketoubot 61b). De nos jours, il ne faut pas faire cela, car on ne considère pas cette salive comme dangereuse, et il ne serait pas poli de cracher devant d’autres personnes.
Certaines pratiques sont considérées comme polies au sein d’une société donnée, tandis que, dans d’autres cercles, elles seraient vues comme déplacées. C’est donc à chacun de connaître les différents usages, afin de pouvoir se comporter avec tact et de ne pas créer un sentiment de dégoût chez ceux dont les usages sont différents. Par exemple, certains ont l’usage de tremper leur pain dans l’assiette commune de ‘houmous, tandis que cela en dégoûterait d’autres. Lorsque tous les convives ont l’usage de tremper ainsi leur pain dans l’assiette centrale, cela n’est pas interdit. Mais s’il se trouve là une personne que cet usage dégoûte, les autres devront s’en abstenir.