Chapitre 13 – Dérekh erets

11. S’il est interdit de consommer des aliments nuisibles

Bien qu’il faille s’efforcer de ne consommer que des aliments sains, la consommation d’aliments qui ne sont pas favorables à la santé n’est pas entièrement interdite. Aussi, celui qui en mange doit-il réciter la bénédiction adéquate. S’il était interdit de les manger, il serait également interdit d’en dire les bénédictions (conformément à ce que nous avons vu au chapitre 12 § 10) ; or nous ne voyons pas que quiconque, parmi les décisionnaires, professe un tel avis. Maïmonide lui-même (en Hilkhot dé‘ot, chap. 4), qui énonce quels sont les aliments néfastes et qu’il ne convient pas de consommer, ne formule pas cela comme un interdit formel (cf. ci-dessus, chap. 9 § 2, note 3 ; Igrot Moché, ‘Hochen Michpat II, 76 ; Nichmat Avraham, ‘Hochen Michpat 155, 2, au sujet des propos du Rav Chelomo Zalman Auerbach).

La raison en est que, à ce qu’il semble, les recommandations de la diététique ne sont pas un absolu. Il est probable que, lorsqu’ils sont pris en petite quantité par une personne mangeant peu, les aliments considérés comme nuisibles eux-mêmes ne causent pas de dommages. De plus, il y a des personnes pauvres, qui n’ont pas la possibilité d’acheter les aliments les plus sains, lesquels sont généralement plus chers. Si donc ils s’abstenaient des aliments réputés néfastes, cela leur porterait davantage préjudice, car le manque de nourriture les affaiblirait et les rendrait malades. Cela tend à montrer que toute nourriture, même celle qui n’est pas réputée favorable à la santé, est, en certaines circonstances, utile, et ajoute à la santé.

En outre, les gens diffèrent les uns des autres dans leurs caractéristiques morales et physiques, et il se peut que les nourritures dont nous parlons ne soient préjudiciables qu’à une partie des consommateurs, tandis que les autres les prendraient sans dommage. De même, il y a d’autres facteurs qui influent sur la santé, et il est possible que tel aliment ne cause de grand dommage que s’il est associé à d’autres facteurs, tandis qu’il ne serait pas tellement néfaste sans leur être associé. De plus, le psychisme de l’homme influe, lui aussi, sur sa santé, et il se peut que, pour qui s’est habitué à manger tels aliments, s’en priver entièrement ait un effet si déprimant que l’état dépressif entraînerait lui-même des maladies plus dures encore.

Toutefois, il est évidemment interdit de consommer des aliments entraînant un danger immédiat ou proche ; et celui qui commet la faute d’en consommer ne doit pas en réciter la bénédiction. Par exemple, il est interdit à un malade dont l’état est dangereux, et à qui les médecins ont prescrit une diète sévère – faute de quoi il est à craindre qu’il meure en peu de temps –, de consommer les aliments qui lui nuiraient.

Mais pour les autres personnes, quoiqu’il faille s’efforcer grandement de consommer des nourritures saines et de s’abstenir des aliments néfastes, et quoiqu’il convienne de former le public à une alimentation et à un mode de vie sains, on ne saurait user de contrainte à cet égard, car il n’y a pas là d’interdit formel.

De même, si l’on a trop grossi, bien que l’on doive s’efforcer de perdre du poids, il convient de faire cela délicatement et graduellement. Car si l’on menait une guerre totale contre son corps et son appétit, il serait à craindre qu’un régime aussi extrême n’entraînât un dommage plus grave encore pour notre santé psychique et physique.

Il faut encore noter que, de temps à autre, se font connaître de nouvelles méthodes de santé. Chaque méthode a ses partisans et ses zélateurs, qui sont certains qu’elle seule est juste, et que quiconque agirait selon ses directives connaîtrait la santé, le bonheur et la longévité. Mais quelques années plus tard, il apparaît que, s’il se trouvait dans ladite méthode des aspects véridiques, elle était aussi entachée de graves erreurs. Aussi, la juste directive, selon la halakha, est de suivre les recommandations de la majorité des médecins (cf. Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 618). Et si l’on sent qu’une méthode déterminée est bonne pour soi, on pourra suivre ses indications, à condition qu’elle ne soit pas opposée à la position admise par la majorité des médecins spécialistes. Autre condition : ne pas la suivre de manière extrême, car une position extrême risque en soi d’être dangereuse.

12. Expulsion des déchets du corps et bénédiction Acher yatsar

Après avoir bu et mangé, l’homme assimile la meilleure partie de la nourriture, dont il tire force et vitalité, tandis qu’il expulse la partie superflue, le déchet. Quand on a du mal à éliminer, la souffrance est grande, tout le corps devient malade ; et si l’on ne trouvait pas de traitement à une telle maladie, on mourrait dans de grandes peines. Par conséquent, les Sages ont institué une bénédiction particulière de louange et de reconnaissance envers Dieu, pour l’élimination des déchets du corps. Par cela, nous exprimons notre gratitude pour la création du corps dans son ensemble, qui fut conçu avec sagesse ; car Dieu créa des membres dotés d’orifices, tels que le cœur, les poumons, l’estomac et les intestins, et Il dota le corps d’ouvertures, le nez pour la respiration, la bouche pour l’alimentation et la boisson ; de même, Il créa un appareil digestif, destiné spécialement à l’expulsion des déchets liquides et solides du corps. Or si un seul détail de ce prodigieux système cessait de fonctionner, l’homme ne pourrait subsister. Le plus merveilleux, à cet égard, est la façon dont le Créateur a relié l’âme spirituelle au corps matériel ; car, lorsque le corps est malade, l’âme ne peut donner sa pleine expression ; et quand le corps meurt, l’âme s’en détache.

En général, l’homme est occupé aux buts qu’il poursuit, nourriture, boisson, acquisition de biens, tandis que l’expulsion des déchets de son corps n’est pas digne, selon lui, d’une attention particulière. Ce n’est que lorsqu’il est malade qu’il comprend combien il importe de louer Dieu pour cela. Il est donc juste, tant que l’on est en bonne santé, de réciter avec une attention convenable la bénédiction Acher yatsar. Peut-être, grâce à cela, jouira-t-on d’une bonne santé et de la longévité.

Les Sages attachent une grande importance à la présence de toilettes dans une maison. Rabbi Yossé a dit : « Qui est riche ? Celui qui a des toilettes non loin de sa table. » (Chabbat 25b) Selon Mar Zoutra, toute personne pieuse doit prier pour habiter un endroit où des toilettes se trouvent à proximité (Berakhot 8a).

Il y a là une profonde vérité. Nombre de personnes croient que les malheurs de l’homme proviennent seulement de ses manques. Mais en vérité, une grande partie des troubles frappant l’homme proviennent de certaines choses qui perturbent sa conscience, son esprit et son corps, de sorte que, s’il ne pouvait s’en délivrer, il irait en s’atrophiant. Quand quelqu’un étudie, parmi tout ce qu’il intègre se trouvent aussi de fausses opinions. Il existe aussi certaines opinions qui ont, en elles-mêmes, une part de vérité, mais qui ne conviennent pas à la personnalité de l’étudiant, lequel doit trouver le moyen de les écarter de sa pensée. Il en est de même dans le domaine des expériences de l’esprit : certaines d’entre elles, si elles s’accumulaient en nous, nous oppresseraient au point de nous rendre la vie impossible ; il faut donc les écarter de notre esprit. La richesse superflue, elle aussi, risque de peser sur l’homme, de façon qu’au lieu de l’aider à réaliser sa vocation, elle en ferait l’esclave de son avoir et de ses désirs, et finirait par anéantir son monde. Nous voyons donc que l’une des actions les plus importantes pour l’homme et de se délester des superfluités qui sont en son corps, en son esprit, en son patrimoine et en son intellect, afin de pouvoir continuer à mener une vie normale et saine.

Par la bénédiction Acher yatsar, nous remercions et louons Dieu de nous avoir créés avec une sagesse merveilleuse, et de nous avoir dotés d’instruments, d’ouvertures, par lesquels nous pouvons intégrer du dehors les choses qui nous sont utiles, et rejeter le superflu et le dommageable.

À partir de là, nous pouvons comprendre pourquoi nous veillons tellement à nous tenir à l’écart des excréments et de l’urine, au point qu’il nous est interdit de prononcer près d’eux quelque parole sacrée (davar ché-biqdoucha) (cf. Pniné Halakha – La Prière d’Israël 3, 9). Ces déchets ont en effet une certaine ressemblance avec la toumat met (impureté liée à la mort) : il s’agit de matières mortes, dégradation d’aliments qui ne peuvent plus ajouter à la vie ; le corps doit donc les éliminer afin de n’en pas subir de dommage.

13. L’interdit de retarder la satisfaction de ses besoins

Si l’on a besoin d’uriner ou d’aller à la selle, il convient de le faire sans tarder, afin de se nettoyer des déchets qui sont en son corps. Si le besoin est si urgent que l’on doive se retenir pour empêcher que la matière ne s’échappe, et que l’on ne puisse détacher l’esprit de ce besoin tant il est pressant, mais que malgré tout l’on n’aille pas aux toilettes, on enfreint l’interdit de bal techaqetsou (« vous ne vous rendrez point abominables[m] ») (Makot 16b ; Choul‘han ‘Aroukh Harav, deuxième édition 3, 11 ; Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch). De plus, celui qui se retient porte atteinte à sa santé (Maïmonide, Maakhalot assourot 17, 31). Et retenir ses urines, chez l’individu mâle, c’est se mettre en danger, au point de risquer la stérilité (cf. Yévamot 64b ; Michna Beroura 3, 31).

Si l’on est en mesure de se retenir plus du temps nécessaire pour parcourir une parsa[n] (soixante-douze minutes), et quoiqu’il soit souhaitable d’aller se soulager, cela n’est pas une obligation, et il est permis d’étudier la Torah pendant ce temps, ou de réciter des bénédictions (Michna Beroura 92, 7). Si l’on a commencé à étudier ou à vaquer à quelque autre occupation alors que l’on n’avait pas besoin d’aller aux toilettes, et que, par la suite, le besoin s’en soit fait sentir, au point que l’on ne pourrait se retenir soixante-douze minutes, mais sans que l’on soit pour autant obligé de se retenir afin que la matière ne s’échappe pas du corps, la majorité des décisionnaires estiment que l’on devra a priori s’interrompre et aller aux toilettes. Mais si l’on est en plein milieu d’une action, on pourra repousser quelque peu le moment d’aller aux toilettes, pour pouvoir finir cette action (Béour Halakha 92, 2, passage commençant par Qoré). Certains décisionnaires écrivent cependant que, même si l’on est au milieu d’un sujet ou d’une activité, il est préférable de s’interrompre immédiatement afin de se soulager (Ben Ich ‘Haï, Vayétsé 1). Toutefois, dans le cas même où le besoin est très pressant, mais où le fait de sortir pour aller aux toilettes nous causerait un grand embarras auprès des autres, tout le monde s’accorde à dire qu’il est permis d’attendre encore : si grand est l’honneur dû aux créatures qu’il repousse l’interdit de bal techaqetsou (Michna Beroura 3, 31 ; La Prière d’Israël 5, 9).

Aux toilettes, on se conduira de manière honorable, sans se déshabiller au-delà de ce qui est nécessaire afin de ne point se salir. Après s’être soulagé, on se nettoiera bien. Si c’est nécessaire, il est bon de se nettoyer à l’eau, ou à l’aide de lingettes humides (Choul‘han ‘Aroukh 3, 4 ; Michna Beroura 31). De même, on prendra grand soin de ne pas salir les toilettes ; et si, involontairement, on a causé quelque salissure, on nettoiera ce que l’on aura sali, afin de ne pas affliger ceux qui viendront faire leurs besoins après soi.


[m]. Lv 11, 43.

[n]. Unité de distance. La traduction « parasange », que l’on rencontre parfois, est peu convaincante, car la parasange est en principe la distance que l’on peut parcourir à pied en une heure.

 

14. Règles relatives à Acher yatsar

Après être allé aux toilettes, on se lavera les mains, et l’on récitera la bénédiction Acher yatsar. Que l’on soit allé à la selle ou que l’on ait uriné, et même si seules quelques gouttes sont sorties, on devra réciter cette bénédiction ; car si ces gouttes s’étaient accumulées dans le corps sans possibilité de sortir, on en subirait le dommage (Choul‘han ‘Aroukh 7, 4). Même si l’expulsion des urines ou des selles s’accompagne de grandes douleurs, on dira cette bénédiction pour avoir réussi à se libérer (Choul‘han Gavoha 7, 3)[3].

Si l’on souffre de diarrhée et que l’on ait besoin d’aller souvent à la selle, on devra réciter la bénédiction Acher yatsar après chaque selle. Mais si, immédiatement après s’être soulagé, on sent que l’on aura bientôt besoin d’y retourner, on dira la berakha après cette deuxième fois (Michna Beroura 7, 2).

Puisqu’il a été tranché, en halakha, qu’après être allé aux toilettes on ne dit pas la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm sur l’ablution des mains, celui qui sort des toilettes n’est pas tenu de se laver les mains rituellement, à l’aide d’un ustensile : il lui suffit de se laver les mains en une fois, au robinet. Certaines personnes apportent à leur pratique un supplément de perfection, en se lavant les mains avec un ustensile. Certains ont même coutume de verser l’eau trois fois sur chaque main, alternativement. Pour préserver l’hygiène et la santé, les bons usages veulent que l’on se lave aussi les mains au savon[4].


[3]. Même si l’on a besoin d’un petit tube (cathéter) introduit dans la vessie pour extraire les urines, on dira Acher yatsar après leur évacuation (Har Tsvi, Ora‘h ‘Haïm I, 6). Si le cathéter est doté d’un bouchon, que l’on ôte à intervalle régulier pour permettre l’évacuation de l’urine, on récitera la bénédiction à chaque fois, après ouverture. Si le cathéter est relié à un sachet où l’urine se dépose de façon continue, on dira Acher yatsar une fois par jour, parmi les autres bénédictions matinales, et l’on formera l’intention, en la récitant, d’inclure par-là toutes les évacuations du jour (Nichmat Avraham, Ora‘h ‘Haïm 7, au nom du Rav Chelomo Zalman Auerbach ; Tsits Eliézer XVIII, 78, 4).

[4]. Les Richonim sont partagés quant au fait de savoir si, selon les Sages, il y a lieu de réciter la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm après que l’on est allé aux toilettes. Selon le Raavad, il faut la dire, même si l’on est simplement allé uriner. Selon le père de Rabbi Ya‘aqov Landau (auteur de l’Agour), la bénédiction ne se dit qu’après être allé à la selle. Selon le Mordekhi, c’est dans le cas où l’on s’apprête à étudier ou à prier que l’on doit réciter cette bénédiction. Pour le Roch, c’est seulement dans le cas où l’on s’apprête à prier, et où nos mains ont touché un endroit souillé, que l’on devra dire la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm. D’après le Rachba, c’est seulement au lever matinal, ou avant un repas accompagné de pain, que les Sages ont prescrit de la prononcer. C’est aussi ce qu’écrit le Mahari Abouha au nom de Rabbénou Tam ; tel est l’usage, et c’est en ce sens qu’est fixée la halakha (Beit Yossef et Choul‘han ‘Aroukh 7, 1).

Puisqu’on ne dit pas la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm, il n’est pas non plus nécessaire d’utiliser un ustensile verseur. Mais en utiliser un constitue un enjolivement de la mitsva (hidour), car, pour ceux d’entre les Richonim qui estiment qu’il faut dire cette berakha, il est nécessairement exigé de se laver les mains à l’aide d’un ustensile (en effet, les termes mêmes de la berakha se réfèrent à l’ustensile verseur ; cf. Roch sur Berakhot 9, 23). L’auteur du Hékhal Haqodech est rigoureux, et exige de verser l’eau trois fois sur chaque main, par alternance ; mais le Maguen Avraham 7, 1 réfute ses paroles. Telle est aussi la position du Michna Beroura 4, 39 et de la majorité des décisionnaires. Le Ben Ich ‘Haï, Toledot 16 prescrit de rincer chaque main trois fois, mais sans exiger d’ustensile (cf. Bérour Halakha 7, 3).

Jusqu’à quand peut-on réciter la bénédiction Acher yatsar ? Des termes du Choul‘han ‘Aroukh 7, 3, il apparaît que l’on peut la dire toute la journée. Bien plus : si l’on a oublié de réciter cette bénédiction, et que l’on soit ensuite retourné aux toilettes, on la récitera deux fois. Mais dans leur majorité, les décisionnaires ne partagent pas cet avis : selon eux, on ne dit pas deux fois de suite la bénédiction Acher yatsar. Mais, tant que l’on n’a pas besoin de retourner aux toilettes, on récite la bénédiction que l’on n’avait point récitée jusqu’ici ; et si un nouveau besoin se fait sentir, on dira Acher yatsar après avoir satisfait ce nouveau besoin (Maguen Avraham ; Michna Beroura 7, 6 ; Cha‘ar Hatsioun 4 ; telle est l’opinion des décisionnaires ashkénazes et d’une partie des décisionnaires séfarades). Mais selon le Ben Ich ‘Haï (Vayétsé 12), on ne peut dire Acher yatsar que dans la demi-heure qui suit la satisfaction de ses besoins. Selon le Ye‘havé Da‘at IV, 5, on peut dire cette bénédiction dans les soixante-douze minutes.

Les A‘haronim sont partagés quant au fait de savoir si l’on peut se laver les mains rituellement à un lavabo qui se trouve dans la pièce même des toilettes. Certains sont indulgents (Erets Tsvi 111) ; d’autres rigoureux (Har Tsvi I, 50). En pratique, en cas de nécessité pressante, on peut être indulgent (Min‘hat Yits‘haq I, 60). Et s’il s’agit de toilettes combinées à une salle de bain, on peut être indulgent en cas de nécessité simple. Mais a priori, même si les toilettes sont combinées à la salle de bain, il est préférable de ne pas s’y laver les mains rituellement. Cf. cependant Yabia’ Omer III, 2, où il est indiqué que, si l’agencement du lieu permet de considérer l’espace du lavabo comme distinct de celui des toilettes – s’il est encadré de deux montants latéraux surmontés d’un linteau, formant ainsi une « structure de porte » (tsourat hapéta) –, cela peut suffire, même en l’absence de porte réelle.

15. Bénédiction pour la guérison (birkat ha-réfoua)

Il arrive que le corps tombe malade et requière qu’on s’attèle à ses soins. Il faut savoir que la racine de la maladie réside dans un manque spirituel, causé par la faute, ou par la nécessité où l’on était de s’élever à un plus haut niveau ; faute d’une telle élévation, des épreuves viennent à l’homme pour le purifier et le relever. Aussi, parallèlement à la nécessité d’aller chez le médecin et de s’aider de son traitement pour guérir (suivant les voies de la nature), on doit se livrer à un examen de conscience, afin de tenter d’identifier la racine de son mal. Comme le disent les Sages : « Si l’on se voit atteint par des épreuves, il faut examiner ses actions. » (Berakhot 5a) Telle fut la faute du roi Assa : même après être tombé malade en raison de ses fautes, il envoya mander des médecins, mais ne se repentit pas ni n’examina ses actes, comme il est dit : « En sa maladie même, il ne rechercha point l’Éternel, mais les médecins. » (2Ch 16, 12)

Même quand les médecins sont certains que tel traitement aidera le malade, la chose reste encore douteuse, car le corps humain est chose complexe, et les médecins ne sauraient connaître tous les processus qui s’y déroulent. De plus, la racine de la maladie réside dans l’esprit. Aussi, sans l’aide du Ciel, aucun traitement ne serait utile. C’est à ce propos que les Sages ont prescrit de prier l’Éternel pour que le traitement médical réussisse ; et grâce à cela, on s’éveillera à la téchouva.

Par conséquent, quand un malade commence un traitement médical, il dira auparavant : Yehi ratson milefanékha, Ado-naï Elo-haï, ché-yehé ‘esseq zé li lirfoua, ki rofé ‘hinam Ata (« Que telle soit ta volonté, Éternel, mon Dieu, que ce traitement contribue à ma guérison, car c’est Toi qui guéris gracieusement »). Et si, pour apporter un supplément de perfection à sa pratique, une personne en bonne santé veut dire cette prière avant le traitement d’une indisposition dont elle souffre, ou avant de prendre un comprimé contre la migraine ou quelque autre semblable affection, elle sera bénie pour cela.

Après le traitement, si l’on s’était trouvé en danger vital – dans les cas, par exemple, de cathétérisme cardiaque, d’accident cérébral, d’opération sous anesthésie générale –, on dira : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha’olam, rofé ‘holim (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui guéris les malades »). Après un traitement qui ne présentait pas de danger, on dira la bénédiction sans mention du nom divin et de la royauté divine : Baroukh rofé ‘holim (« Béni soit celui qui guérit les malades. ») (Rav Kook) La coutume séfarade est de dire la bénédiction sans mention du nom divin ni de sa royauté, même après une intervention qui présentait un danger ; mais ceux qui veulent s’appuyer sur l’opinion du Rav Kook y sont autorisés[5].


[5]. La source de cette bénédiction se trouve en Berakhot 60a, au sujet de la saignée pratiquée pour une nécessité médicale. Selon le sidour de Rav Saadia Gaon, le Séfer Ha-ora de Rachi, le Séfer Mitsvot Gadol, le Séfer Mitsvot Qatan, le Raavan et Or‘hot ‘Haïm, on dit la bénédiction en mentionnant le nom et la royauté de Dieu. Il en est de même dans les éditions courantes de Maïmonide, et c’est aussi ce que rapporte, en pratique, le Beit Yossef 230, 4. Telle est la position de Rabbi David Aboudraham, qui explique que, lorsque le Talmud parle de saignée, il vise aussi les autres traitements, ce qui inclut le sectionnement d’une veine. Requièrent également de mentionner le nom et la royauté les auteurs suivants : Levouch ; Pericha ; Qitsour ha-Chla, Touré Zahav 3 ; ‘Hayé Adam 65, 1 ; Qitsour Choul‘han ‘Aroukh 61, 4. Certes, de nombreux Richonim mentionnent cette bénédiction sans citer le nom divin ni sa royauté ; mais telle est généralement la façon d’écrire, sous forme abrégée, les bénédictions, comme le note le Beit Yossef, ibid., tandis que l’on ne trouve aucun Richon qui dise explicitement de ne pas mentionner le nom et la royauté de Dieu.

Certains A‘haronim écrivent cependant qu’il n’est pas d’usage de réciter cette berakha en mentionnant le nom et la royauté de Dieu (Peri Mégadim, Echel Avraham 6 ; Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch, ad loc. ; Michna Beroura 7). De plus, selon les versions les plus précises de Maïmonide, il apparaît qu’il n’y a pas lieu de dire cette bénédiction en mentionnant le nom et la royauté ; et certains soutiennent que, si le Beit Yossef avait vu ces versions de Maïmonide, il serait revenu sur sa position, puisqu’il cite précisément Maïmonide comme source halakhique, s’agissant de cette berakha. Mais on n’est pas obligé de penser ainsi, puisque de nombreux Richonim ont prescrit de mentionner, dans cette berakha, le nom et la royauté de Dieu.

En pratique, la majorité des décisionnaires séfarades contemporains donnent pour directive de ne pas mentionner le nom ni la royauté de Dieu dans cette bénédiction. Tel est l’avis du Rav Mordekhaï Elyahou, dans son sidour, et du Birkat Hachem IV, 7, 19. Le Rav Kook a donné pour instruction, lorsque le traitement médical présente un danger vital, de mentionner le nom et la royauté de Dieu, puisque le cas n’est évidemment pas moindre que celui d’une saignée. Mais dans le cas d’une intervention médicale où il n’est pas à craindre de danger, le Rav Kook reconnaîtrait que l’on ne mentionne pas le nom ni la royauté divines (‘Olat Réïya I, p. 390). L’usage le plus répandu parmi les Séfarades est de ne pas dire du tout la bénédiction ; mais celui qui le souhaite est autorisé à s’appuyer sur l’opinion du Rav Kook – que la mémoire du juste soit bénie. Il n’y a pas là d’abrogation de la coutume séfarade, puisque le Beit Yossef lui-même tranche en ce sens, et que c’est aussi la position de Rabbi Yits‘haq Bueno en Choul‘han Mélakhim 230, 5. Les originaires du Yémen, eux aussi, peuvent dire ainsi cette bénédiction, comme le décide le Chtilé Zeitim 230, 7.

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