10 – La mitsva de ‘Hol hamo’ed

01 – ‘Hol hamo’ed

Le fête de Pessa’h et celle de Soukot commencent par un Yom tov et s’achèvent par un Yom tov. Dans l’intervalle, se trouvent les jours de ‘Hol hamo’ed. La fête de Pessa’h dure sept jours, dont cinq sont de ‘Hol hamo’ed. La fête de Soukot, si l’on y ajoute Chemini ‘atséret, dure huit jours, dont six de ‘Hol hamo’ed. C’est à ce propos qu’il est dit, s’agissant de Pessa’h : « Et le quinzième jour de ce mois sera la fête des azymes en l’honneur de l’Éternel ; sept jours durant, vous mangerez des azymes. Le premier jour sera pour vous une convocation sainte ; vous ne ferez aucun ouvrage servile. Vous présenterez un sacrifice consumé par le feu en l’honneur de l’Éternel, pendant sept jours ; le septième jour sera une convocation sainte, vous ne ferez aucun ouvrage servile » (Lv 23, 6-8). De même, il est dit de Soukot : « Parle aux enfants d’Israël en ces termes : “Le quinzième jour de ce septième mois sera la fête des tentes, pendant sept jours, en l’honneur de l’Éternel. Le premier jour sera convocation sainte ; vous ne ferez aucun ouvrage servile. Sept jours durant, vous présenterez un sacrifice consumé par le feu en l’honneur de l’Éternel ; le huitième jour sera pour vous convocation sainte, et vous présenterez un sacrifice consumé par le feu en l’honneur de l’Éternel ; c’est une fête de clôture : vous ne ferez aucun ouvrage servile » (ibid. 23, 34-36).

Les jours de ‘Hol hamo’ed ont un statut intermédiaire, profane (‘hol) d’un côté, et appartenant à la fête (mo’ed) de l’autre. C’est pourquoi ils sont appelés ‘Hol hamo’ed, « le profane de la fête ». D’un côté, ils sont inclus dans les jours de la fête, et c’est une mitsva de la Torah que de s’y réjouir ; on y offre, de même qu’à Yom tov, des sacrifices propres à la fête ; et ce n’est qu’en associant ces jours que la fête de Pessa’h et celle de Soukot font sept jours. De plus, à Pessa’h, il est interdit d’y manger du ‘hamets ; à Soukot, c’est une mitsva que d’y résider dans la souka, comme au premier jour de Yom tov. Les jours de ‘Hol hamo’ed sont, eux aussi, inclus dans la fête, puisqu’ils sont nommés miqraé qodech (convocations saintes), comme il est dit : « Voici les fêtes de l’Éternel, que vous proclamerez, convocations saintes, où vous présenterez un sacrifice consumé par le feu en l’honneur de l’Éternel, holocauste et offrande, victime et libations, chaque chose en son jour » (Lv 23, 37). Aussi, lors de la prière de Moussaf, on dit en ces jours : et yom miqra qodech hazé (« ce jour de convocation sainte ») (Choul’han ‘Aroukh 490, 3, Michna Beroura 6).

De l’autre côté, lorsque la Torah traite de ces jours de manière plus détaillée, elle insiste sur le fait que le premier et le dernier jours sont miqraé qodech, et qu’il est interdit d’y accomplir aucun ouvrage servile. On voit donc que les jours de ‘Hol hamo’ed ne sont pas appelés, à l’égard de l’interdit du travail, miqraé qodech. Aussi est-il permis d’y faire des mélakhot pour les besoins de la fête, ou pour éviter une perte. Et puisque ces jours présentent, par un côté, un aspect profane, on récite une Havdala entre le Yom tov et ‘Hol hamo’ed ; et l’on dit, dans le texte de cette Havdala : « Béni sois-Tu… qui distingues le saint du profane » (cf. ci-dessus, chap. 2 § 11).

Dans ce chapitre, nous traiterons de la mitsva de ‘Hol hamo’ed, et dans les deux suivants nous expliquerons largement les lois relatives au travail pendant ces jours : dans l’un, nous exposerons les règles applicables à tout homme, dans sa vie personnelle ; dans l’autre, des cas dans lesquels il est permis de travailler à ‘Hol hamo’ed.

02 – Prières

Puisque les jours de ‘Hol hamo’ed se caractérisent par un mélange de saint et de profane, ces deux aspects se mêlent aussi dans les prières de cette période. Aux offices de Cha’harit, Min’ha et Arvit, on récite la ‘Amida des jours ouvrables, et l’on y ajoute le passage Ya’alé véyavo (« que notre souvenir et celui de nos ancêtres… s’élève et parvienne devant Toi… ») dans la bénédiction Retsé (« Agrée, Éternel notre Dieu, ton peuple Israël… »), afin d’y mentionner la fête (« en ce jour de la fête des azymes / des tentes… »). Si l’on oublie de réciter ce passage, dans quelqu’une de ces prières, on devra, tant que l’on n’a pas achevé la ‘Amida, revenir au début de la bénédiction Retsé, où l’on inclura cette fois Ya’alé véyavo ; de là, on poursuivra dans la continuité du texte, jusqu’à la fin de la ‘Amida. Si l’on a terminé la ‘Amida, même si l’on n’a pas encore reculé de trois pas, on devra répéter la ‘Amida du début, afin d’y réciter Ya’alé véyavo (Choul’han ‘Aroukh 490, 2).

Tout de suite après l’achèvement de la ‘Amida de Cha’harit, on récite le Hallel. À ‘Hol hamo’ed Soukot, c’est le Hallel complet que l’on récite ; à ‘Hol hamo’ed Pessa’h, le Hallel abrégé, comme expliqué ci-dessus (chap. 2 § 7).

Les sages ont institué, à ‘Hol hamo’ed, une lecture de la Torah, dont le thème est lié à celui de la fête. À Pessa’h, on lit chaque jour l’un des paragraphes où il est fait mention de cette fête ; à Soukot, on lit chaque jour le passage relatif aux sacrifices de la fête, dans la paracha Pin’has. On appelle à la Torah quatre personnes, ce qui reflète, là encore, le statut du jour. En effet, les jours ordinaires, on appelle trois personnes à la Torah, à ‘Hol hamo’ed quatre, et un jour de Yom tov cinq (Méguila 21a).

De même que, le Yom tov, on récite une ‘Amida de Moussaf, ainsi à ‘Hol hamo’ed ; car la prière de Moussaf correspond aux sacrifices additionnels que l’on apportait aux jours de fêtes. À cet égard, ‘Hol hamo’ed est semblable à Yom tov.

Lorsqu’un jour de ‘Hol hamo’ed coïncide avec un Chabbat, on récite, à Arvit, Cha’harit et Min’ha, la ‘Amida de Chabbat, à laquelle on ajoute Ya’alé véyavo dans la bénédiction Retsé. Le texte de Moussaf est celui de la fête, auquel on joint la mention du Chabbat ; le Chabbat y est cité avant la fête, car la sainteté du Chabbat a préséance sur celle de la fête ; et l’on conclut : Baroukh… meqadech ha-Chabbat vé-Israël véhazemanim (« Béni sois-Tu… qui sanctifies le Chabbat, Israël et les fêtes »).

Les Richonim sont partagés quant au port des téphilines à ‘Hol hamo’ed. Comme on le sait, le Chabbat et le Yom tov, il est interdit de mettre les téphilines, car celles-ci constituent un signe (ot) du lien unissant le Saint béni soit-Il et Israël ; or, puisque le Chabbat et le Yom tov sont eux-mêmes des signes de ce lien, quiconque y met les téphilines déconsidère objectivement le signe que constituent ces jours saints. S’agissant de ‘Hol hamo’ed, certains disent que, puisqu’une partie des travaux (mélakhot) y sont autorisés, ces jours ne sont pas considérés comme un signe, et l’on a donc l’obligation d’y mettre les téphilines (Roch, Rama). Tel était l’usage dans les pays de langue germanique. D’autres estiment que l’interdit du ‘hamets (pâte levée) à ‘Hol hamo’ed Pessa’h, et la mitsva de résider dans la souka à ‘Hol hamo’ed Soukot, constituent le signe du lien unissant le Saint béni soit-Il à Israël ; et afin de ne pas déconsidérer le signe des fêtes, il est interdit, à ‘Hol hamo’ed également, de mettre les téphilines (Rachba, Choul’han ‘Aroukh 32, 2). Telle est la coutume d’Espagne, et telle est aussi celle d’une partie des Ashkénazes. En pratique, en diaspora, il est juste que chaque communauté continue de se conformer à sa coutume ; mais en terre d’Israël, puisque la coutume courante, parmi les originaires de toutes les communautés, est de ne pas mettre les téphilines, tous ceux qui viennent s’installer en Israël doivent adopter la coutume d’Erets Israël[1].


[1]. Parmi les Ashkénazes qui ont pour coutume de mettre les téphilines à ‘Hol hamo’ed, certains ont l’usage de réciter la bénédiction (Roch) ; d’autres, de ne pas la dire (Maharil) ; d’autres encore ont l’usage de la dire à voix basse, afin d’éviter la controverse (Rama) ; et d’autres pensent qu’il ne faut pas du tout mettre les téphilines (Gaon de Vilna). Nombreux sont les décisionnaires qui s’accordent à dire qu’il est préférable de les mettre, sans prononcer la bénédiction, afin d’échapper à un cas de doute portant sur une bénédiction (Touré Zahav, Peri Mégadim, Ma’hatsit Hachéqel, Dérekh Ha’haïm, ‘Hayé Adam, Michna Beroura 32, 8).

La coutume de tous les Séfarades est de ne pas mettre les téphilines à ‘Hol hamo’ed, comme l’écrivent le Halakhot Guedolot, le Raavad, Na’hmanide et le Rachba. C’est aussi ce qu’écrit, d’après le Zohar, le Beit Yossef, Ora’h ‘Haïm 32, 2. Tel est aussi l’usage de Rabbi Yits’haq Louria, et c’est cet usage que suivaient de nombreux ‘Hassidim en Europe de l’est.

Cette règle n’est pas dépendante de la controverse sur le fait de savoir si l’interdit d’exécuter des mélakhot à ‘Hol hamo’ed est toranique ou rabbinique. En effet, selon le Halakhot Guedolot, cet interdit est rabbinique ; or le même auteur interdit de mettre les téphilines ; à l’inverse, pour le Ritva, l’interdit des mélakhot est toranique, tandis qu’il faut mettre les téphilines à ‘Hol hamo’ed (Mo’ed Qatan 19a ; cf. ‘Hazon Ovadia pp. 160-161).

En Erets Israël, les membres de toutes les communautés ont coutume de ne pas mettre les téphilines, car les immigrants des pays ashkénazes eux-mêmes se conformaient à l’avis de Rabbi Isaac Louria et du Gaon de Vilna. Et puisqu’on a soin de ne pas suivre deux usages différents dans une même synagogue (Artsot Ha’haïm, Michna Beroura 32, 8), il faut donner pour directive à tous ceux qui viennent à la synagogue de s’abstenir de mettre les téphilines à ‘Hol hamo’ed).

03 – Joie, repas et vêtements

C’est une mitsva pour chacun que de se réjouir avec les membres de sa famille et tous ceux qui l’accompagnent, aux jours de ‘Hol hamo’ed, comme il est dit : « Tu te réjouiras en ta fête, toi, ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, le lévite, le prosélyte, l’orphelin et la veuve qui sont en tes portes » (Dt 16, 14 ; Maïmonide, Yom tov 6, 17).

La mitsva de la joie doit s’exprimer par le biais des repas et des vêtements, car ce sont là des choses dont les gens ont l’habitude de se réjouir. De plus, d’un certain point de vue, ‘Hol hamo’ed est, lui aussi, considéré comme « convocation sainte » ; aussi est-ce une mitsva que de le sanctifier « par la nourriture, par la boisson et par une tunique propre » (Sifra, Emor 12, 4).

Par conséquent, c’est une mitsva que de fixer, chaque jour de ‘Hol hamo’ed, deux repas : l’un, le soir, l’autre le jour. C’est une mitsva que de manger, à chacun de ces repas, du pain et des mets réjouissants ; et c’est une mitsva que d’y boire un vin réjouissant, dans la mesure d’un revi’it (75 ml). Par quelque autre boisson alcoolisée, on accomplit également la mitsva, mais la façon la meilleure d’accomplir celle-ci est de boire du vin, lequel est la plus importante des boissons. Celui que la consommation de viande réjouit, il est préférable qu’il mange, lors des repas de ‘Hol hamo’ed, de la viande ou du poulet. Quiconque accomplit la mitsva avec perfection et honore les fêtes, impartissant des dépenses à l’achat de nourritures et de boissons délectables pour l’honneur du Ciel, sera grandement récompensé (Rabbi Yits’haq Louria). Ceux qui se sentiraient alourdis par la consommation de deux repas carnés par jour prendront, à l’un des deux repas, d’autres mets propres à réjouir leur cœur. On a coutume de recouvrir la table d’une nappe, tous les jours de ‘Hol hamo’ed, comme à Yom tov (‘Aroukh Hachoul’han 530, 4).

Cependant, les jours de ‘Hol hamo’ed ne sont pas aussi importants que ceux de Yom tov ; par conséquent, s’il est vrai qu’y faire des repas importants accompagnés de pain est constitutif d’une mitsva, ce n’est pas une obligation (‘hova). Si l’on n’a pas le désir de manger du pain à ces repas, on est autorisé à s’en abstenir. De même, si l’on ne souhaite pas manger de nombreux plats, ni boire du vin, on peut s’en abstenir. Cela, à condition que ses repas de ‘Hol hamo’ed soient meilleurs que ceux des jours ordinaires. Rendre son alimentation de ‘Hol hamo’ed semblable à celle des jours ordinaires, ce serait mépriser la fête ; or nos sages ont enseigné : « Celui qui méprise les fêtes n’a point part au monde futur » (Maximes des pères 3, 11 ; Rachi et Bartenora).

Puisqu’il n’est pas obligatoire de manger du pain aux repas de ‘Hol hamo’ed, celui qui, ayant mangé du pain, a oublié de réciter dans le Birkat hamazon le passage Ya’alé véyavo ne se reprendra pas. Le principe est en effet que, pour un repas où il n’est pas obligatoire de manger du pain, l’oubli de mentionner le jour n’oblige pas à recommencer le Birkat hamazon (Choul’han ‘Aroukh 188, 7 ; cf. ci-dessus, chap. 2 § 6).

C’est une mitsva que de porter de beaux et réjouissants habits, à ‘Hol hamo’ed. Ceux qui apportent à la mitsva un supplément de perfection ont coutume de porter, à ‘Hol hamo’ed, des habits aussi beaux que ceux de Chabbat. Mais cela n’est pas obligatoire ; ce qui est obligatoire, c’est qu’une certaine différence soit perceptible entre ses vêtements de ‘Hol hamo’ed et ceux des jours ordinaires[2].

Au titre de la mitsva de la joie s’inscrit le fait d’accomplir des choses qui réjouissent le cœur, comme de chanter, de danser, de se promener, chacun suivant ce qui le réjouit (cf. ci-dessus, chap. 1 § 13).


[2]. La mitsva de la joie s’applique à ‘Hol hamo’ed aussi bien qu’aux jours de Yom tov, comme l’enseigne Maïmonide, Yom tov 6, 17. Selon le Choul’han ‘Aroukh Harav 529, 5, il n’y a pas de mitsva d’honorer ces jours ni d’en faire une source de délice, puisqu’ils ne sont pas appelés « convocations saintes » (miqra qodech). Toutefois, nous trouvons dans la Mékhilta de Rabbi Ichmaël, Bo 9, que ‘Hol hamo’ed est, lui aussi, appelé miqra qodech ; aussi est-ce une mitsva que de le sanctifier « par le vêtement, par la boisson et par une tunique propre ». Le Cha’ar Hatsioun 530, 4 explique que ces jours se situent à un degré intermédiaire : d’un côté, il n’est pas interdit – comme à Yom tov – d’y accomplir des mélakhot ; aussi n’est-il pas obligatoire d’y manger du pain, et, si l’on a oublié de dire Ya’alé véyavo dans le Birkat hamazon, on ne se reprend pas (Choul’han ‘Aroukh 188, 7) ; de l’autre, puisqu’il y a en ces jours un aspect de miqra qodech, c’est une mitsva que d’y manger du pain et d’honorer ces jours par de beaux vêtements. Cf. encore Les Lois de Pessa’h 12, 1, où l’on voit que, selon certains auteurs, c’est une mitsva que de manger de la matsa chaque jour de la fête, aux deux repas. D’après certains décisionnaires, cités par Michna Beroura 639, 24, il faut en inférer qu’on doit prendre deux repas accompagnés de pain les jours de ‘Hol hamo’ed Soukot.

04 – L’interdit de se marier, en raison de la joie propre à la fête

Il est interdit de se marier à ‘Hol hamo’ed, car il ne faut pas mélanger une joie avec une autre. Il nous a été ordonné de nous réjouir pendant la fête, comme il est dit : « Tu te réjouiras en ta fête » (Dt 16, 14) ; il ne faut donc pas mélanger, avec la joie de la fête, une autre joie importante. Or celui qui se marie, tout à la joie qu’il éprouve à l’égard de son épouse, délaisse la joie de la fête pour se livrer à celle que son épouse lui donne. De plus, l’effort que requiert l’organisation d’un mariage, avec tout ce qui lui est nécessaire – maison, meubles –, risque de porter atteinte à la joie de la fête. Les sages ont également craint que, s’il était permis de se marier pendant la fête, on en vînt à ajourner la mitsva de procréer ; certains couples, en effet, qui pourraient se marier pendant les mois précédents, repousseraient leurs noces à la fête, afin que davantage de monde se joigne à leur joie, et afin d’économiser de l’argent, car ils pourraient alors faire du repas de fête et du repas de mariage un seul et même repas (Mo’ed Qatan 8b).

Ce n’est pas seulement le premier mariage qu’il est interdit de célébrer pendant la fête : la règle vaut aussi pour de secondes noces, car la joie est grande aussi en une telle circonstance. Toutefois, des époux qui avaient divorcé, et qui ont décidé de se remarier, sont autorisés à le faire pendant la fête, car leurs noces ne sont pas caractérisées par une joie si grande (Choul’han ‘Aroukh 546, 1-2).

Il est permis de se marier la veille d’une fête, et de fixer les repas de chéva’ berakhot (sept bénédictions) pendant la fête, car, de cette manière, la joie de la fête est principale, et la joie des chéva’ berakhot ne porte pas atteinte à celle de la fête, mais s’ajoute à elle (Choul’han ‘Aroukh 546, 3).

Il est permis d’organiser, pendant la fête, un repas de berit mila (circoncision) ou de pidyon haben (rachat du premier né), car la joie associée à de tels repas n’est pas grande au point qu’il soit à craindre de faire de l’ombre à la joie de la fête (Choul’han ‘Aroukh 546, 4).

Il est permis d’organiser une fête de fiançailles (messibat chidoukhin, improprement appelée de nos jours éroussin). Toutefois, certains auteurs n’autorisent cela qu’à la condition de se contenter d’offrir un buffet, et non un repas complet (Touré Zahav 546, 2) ; mais ceux qui voudraient être indulgents en cela, et servir un véritable repas, ont sur qui s’appuyer (Michna Beroura 546, 2).

05 – Occupations attristantes

Quand une personne meurt pendant la fête, on s’occupe de tout ce qui est nécessaire à son enterrement ; s’il le faut, on coud son linceul et l’on creuse sa tombe (Choul’han ‘Aroukh 547, 10 ; cf. ci-après chap. 12 § 11).

Mais on ne prononce pas d’éloge funèbre en son honneur, en raison de la joie propre à la fête, qui est une mitsva toranique ; aussi faut-il avoir soin de ne pas multiplier les pleurs et les manifestations de deuil (Mo’ed Qatan 27a, Choul’han ‘Aroukh 547,1).

Si le défunt était un érudit, on prononce un éloge funèbre lors de son enterrement, car l’honneur dû à la Torah repousse la joie de la fête (Mo’ed Qatan 27b, Choul’han ‘Aroukh, Yoré Dé’a 401, 5). Certains estiment que, de nos jours, il n’est plus d’érudit qui soit versé dans toute la Torah, aussi ne faut-il plus prononcer d’éloge funèbre pendant une fête (Maguen Avraham, Michna Beroura 547, 12). En pratique, on a coutume de faire un éloge funèbre en l’honneur d’un grand érudit, connu pour avoir propagé l’étude de la Torah, ou avoir enseigné la loi au grand nombre ; mais il est d’usage d’être quelque peu concis dans cet hommage.

Même à ‘Hol hamo’ed, les proches du défunt, qui ont l’obligation de prendre le deuil pour lui, déchirent leur vêtement au moment de l’enterrement (Choul’han ‘Aroukh 547, 6). De nombreux Ashkénazes et Séfarades ont coutume de ne déchirer leur vêtement, pendant la fête, que pour leurs parents, et non pour leurs autres proches (Rama ad loc., Kaf Ha’haïm 30).

Après l’enterrement, on remet ses vêtements de fête, et l’on n’observe pas les usages de deuil, car la joie de la fête a préséance sur le deuil. C’est après la fête que les proches s’assiéront et observeront les sept jours de deuil (chiv’a). Bien que l’on n’observe pas les coutumes des sept jours de deuil pendant la fête, les amis proches de l’endeuillé viennent lui rendre visite et le consoler (Choul’han ‘Aroukh 548,6).

Les sages ont décrété que les cohanim (prêtres) n’examineraient pas les plaies de tsara’at (« lèpre ») pendant la fête, de crainte que la plaie ne soit trouvée impure, ce qui transformerait en affliction la fête de la personne atteinte. On repousse donc l’examen de la plaie après la fête (Mo’ed Qatan 7a, Maïmonide, Yom tov 7, 16).

Il est interdit de jeûner pendant la fête ; même un jeûne visant à l’expiation de ses fautes est alors interdit (Choul’han ‘Aroukh Harav 288, 3, Michna Beroura 529, 1).

S’il faut s’abstenir d’accomplir une mitsva entraînant de la tristesse, telle qu’un éloge funèbre ou l’examen de plaies, à combien plus forte raison chacun doit-il prendre soin de ne pas s’entretenir de sujets susceptibles de causer de la tristesse – par exemple d’évoquer ses chers disparus – ou de sujets qui provoquent de la colère (Roua’h ‘Haïm 529, 4).

06 – Étude de la Torah

C’est une mitsva que d’étudier la Torah, à ‘Hol hamo’ed, car c’est à cette fin que le Saint béni soit-Il a donné les fêtes aux enfants d’Israël : afin qu’ils y étudiassent la Torah dans la joie et la tranquillité. C’est la raison pour laquelle il est interdit de travailler, à ‘Hol hamo’ed, comme le note le Séfer Ha’hinoukh (mitsva 323) : « Les jours de ‘Hol hamo’ed ont été fixés, non pour se livrer au travail, mais pour se réjouir devant Dieu, ce qui signifie se rassembler dans les maisons d’étude et écouter d’agréables et livresques paroles. » Nos sages ont dit : « Quiconque pourrait s’adonner à l’étude de la Torah et ne s’y adonne pas [entre dans la catégorie de ceux dont le verset dit :] “Car il a méprisé la parole de l’Éternel, et a violé son commandement” (Nb 15, 31) » (Sanhédrin 99a).

Nous l’avons vu (chap. 1 § 5-6), il faut partager le temps des Chabbats et des fêtes en consacrant « la moitié à l’Éternel et la moitié à soi-même », c’est-à-dire : « une moitié aux repas et à la boisson, l’autre à la maison d’étude » (Pessa’him 68b). Si telle est la règle le Yom tov, où c’est une mitsva que de faire de grands repas, qui durent longtemps, à combien plus forte raison doit-on, à ‘Hol hamo’ed, consacrer à tout le moins la moitié de la journée à l’étude de la Torah. Aussi les sages ont-ils décidé, ces jours-là, d’interdire le commerce – bien que cette activité n’entraîne pas nécessairement l’accomplissement de pleines mélakhot –, car le commerce risque d’importuner et de causer de l’inquiétude, portant atteinte à la joie de la fête et à l’étude de la Torah (‘Aroukh Hachoul’han 539, 4).

Comme nous l’avons vu (ci-dessus, chap. 1 § 6, note 2), suivant le compte horaire de la journée, il faut, pour en consacrer la moitié à l’Éternel, consacrer environ neuf heures à l’étude de la Torah et à la prière, le Chabbat et les jours de fête, ce qui inclut à tout le moins six heures d’étude de la Torah. Dès lors, à ‘Hol hamo’ed, où les offices durent moins longtemps, il faut consacrer à la Torah plus de six heures, afin de parvenir aux neuf heures consacrées à l’Éternel.

Le Talmud de Jérusalem rapporte :

Rabbi Aba, fils de Mamal, a dit : « Si j’avais avec qui atteindre la majorité nécessaire pour fixer la halakha, j’aurais permis de travailler à ‘Hol hamo’ed ! Le seul motif pour lequel le travail a été interdit, c’est pour que l’on pût manger, boire, se réjouir et étudier assidument la Torah ; or aujourd’hui les gens mangent, boivent et s’adonnent à la désinvolture ! » (Mo’ed Qatan 2, 3).

Nous apprenons par-là que l’interdit de dépenser vainement le temps imparti à l’étude de la Torah à ‘Hol hamo’ed est plus sévère que celui de travailler (Colbo 60).

De même, nos sages enseignent :

« Ce sont là mes fêtes » (Lv 23, 2) : lorsque vous accomplissez les mitsvot et sanctifiez les fêtes, en vous rassemblant dans les synagogues pour vous y adonner à l’étude de la Torah, alors le Saint béni soit-Il dit : « Ce sont là mes fêtes. » Sinon, le Saint béni soit-Il dit : « Ce ne sont pas là mes fêtes, mais vos fêtes. »

De même, à un apostat qui lui objectait : « Comment pouvez-vous célébrer les fêtes ? Il est dit en effet : “vos néoménies et vos fêtes, mon âme les a en haine !” (Is 1, 14) », Rabbi Aqiba fit cette réponse : « Quand nous sommes orientés vers la jouissance de notre corps, alors ce ne sont pas les fêtes de l’Éternel, mais les nôtres ; c’est à ce propos qu’il est dit : “mon âme les a en haine !” Par contre, si les fêtes sont mises à profit pour le service de Dieu et l’étude de la Torah, elles ne sont point haïes, mais aimées et chéries » (midrach cité par le Chné Lou’hot Habrit, Soukot, Ner mitsva 31).

Rabbi Moché ben Makhir, dans son ouvrage Séder Hayom (au chapitre consacré à ‘Hol hamo’ed), écrit :

Que l’on ne dise pas : « Puisque je ne peux pas travailler ces jours-là, je vais manger, boire, me promener et me réjouir. » Car telle n’est pas le propos des fêtes, Dieu nous garde de croire cela. En vérité, les jours de Yom tov ne furent donnés aux enfants d’Israël que pour qu’ils fussent libérés de leurs affaires et de leurs travaux, et qu’ils s’adonnassent à l’étude de la Torah sans être dérangés. Ce sont là des jours propices, où l’étude est couronnée de succès. Aussi ne faut-il pas les perdre en nourriture, boisson, sommeil et promenade ; chacun se tiendra en son lieu particulier et se livrera à l’étude dont Dieu lui a fait grâce : ceux qui savent lire la Torah écrite la liront, ceux qui savent étudier la Torah orale l’étudieront, ceux qui savent étudier le Talmud l’étudieront. On mangera aussi de bons et savoureux plats, on boira comme il convient et l’on dormira quelque peu : tout cela constitue le délice du corps ; après quoi, le reste de la journée, on délectera son âme malheureuse, qui reste pareille à une captive en exil, et dont personne ne se soucie – ni d’elle ni de ce qui lui est profitable. Car tous se tournent vers les désirs du penchant au mal, du corps meurtri… Or tous ces jours sont marqués par un supplément de sainteté… et il n’est pas concevable que cette sainteté ait été conférée à ces jours pour y manger, boire et s’y conduire comme les jours profanes. Celui, donc, qui se comporterait alors de telle façon, ce serait folie de sa part ; il devra rendre des comptes à ce propos ; il profane la sainteté et l’élévation de ces jours.

Certes, la promenade ou les excursions ont aussi leur place durant les fêtes. Nous voyons en effet que les sages permettent de déplacer des objets, le Yom tov, pour les besoins d’une promenade dans le domaine public (cf. ci-dessus, chap. 6 § 2). Dans le même sens, les sages ont autorisé ceux qui voudraient monter à cheval, pour se promener à ‘Hol hamo’ed, à tailler les sabots du cheval, ou à réparer sa selle et sa bride en accomplissant des actes ne requérant pas les compétences d’un spécialiste (Choul’han ‘Aroukh 536, 1 ; cf. ci-après, chap. 11 § 15). Mais ce que visent les textes, ce sont des promenades courtes, qui s’adjoignent à la joie de la fête, sans fatiguer ni requérir de grand effort. Il est évident qu’elles ne doivent pas se faire au détriment de la demi-journée qu’il faut consacrer à la Torah.

Pour se rendre à Jérusalem, ville de la sainteté et du Temple, ou pour rendre visite à son maître, il est permis de faire un long voyage (cf. ci-dessus, chap. 1 § 16-17), même si, ce jour-là, on ne parvient pas à consacrer pleinement la demi-journée à l’étude toranique. En effet, il semble que le fait de se livrer à ces mitsvot inclut en lui les deux aspects ensemble : le voyage accomplit une part du ‘hetsio lakhem (« moitié pour vous »), et les mitsvot elles-mêmes constituent une part du ‘hetsio l’Hachem (« moitié pour Dieu ») ; car séjourner dans les parvis de l’Éternel et rendre visite à son maître constituent une grande et importante préparation à l’étude de la Torah.

07 – Signification spirituelle de ‘Hol hamo’ed

La mitsva de ‘Hol hamo’ed est très particulière : de prime abord, il eût convenu, après s’être élevé à la hauteur du Yom tov, de ne pas en redescendre, ce jusqu’à la fin de la fête ; or la mitsva veut au contraire que, après le premier Yom tov, on pratique des jours de ‘Hol hamo’ed ; et ce n’est qu’à la fin de la fête que l’on s’élève de nouveau à la dimension du Yom tov. Expliquons quelque peu le sens de la chose, en nous fondant sur les merveilleux commentaires de Rabbi Nathan, le disciple de Rabbi Na’hman de Breslev.

Le Ba’al Chem tov a enseigné que, de même que l’on apprend à marcher à un bébé, en l’aidant d’abord, puis en le lâchant, et que ce bébé tente de se tenir debout, de marcher, puis tombe, jusqu’à ce qu’enfin il réussisse à marcher par lui-même, ainsi, au commencement de l’ascension spirituelle de l’homme, on lui dispense du Ciel une grande illumination, supérieure à celle qui eût correspondu à son niveau actuel ; après cela, on la lui ôte et il chute. C’est alors à lui de s’efforcer de suivre sa voie et de surmonter les épreuves. Grâce à cela, il réussira à accéder de nouveau à une grande illumination, semblable à la précédente ; mais cette fois, il ne chutera pas, car cette lumière correspond à présent à son niveau. D’après cela, on peut comprendre le propos de ‘Hol hamo’ed : au début de la fête, Dieu nous prodigue une illumination supérieure à notre niveau ; à l’issue du Yom tov, il nous la retire, et notre rôle est de nous renforcer durant les jours de ‘Hol hamo’ed, dans l’étude de la Torah et la joie de la fête. Grâce à cela, nous mériterons de nouveau un Yom tov, à la fin de la fête. Or, puisque nous avons déjà eu le mérite de nous y préparer pendant ‘Hol hamo’ed, nous accéderons alors à un plus haut degré. Comme l’ont enseigné les sages : l’élévation du passage de la mer Rouge, qui eut lieu au septième jour de Pessa’h, est supérieure à la plaie des premiers-nés, qui était au premier jour de Pessa’h. De même, nos sages enseignent qu’une simple servante a vu, pendant la traversée de la mer Rouge, ce que même Isaïe et Ezéchiel ne virent pas (Mékhilta, Bechala’h). De même, à Chemini ‘atséret, la joie est à son comble, car, tout au long des sept jours de Soukot, notre joie en Dieu était associée aux autres nations, tandis que, à Chemini ‘atséret, Dieu se réjouit avec nous seuls (Souka 55b) (Liqouté Halakhot, ‘Hol hamo’ed 1, 1 ; 2, 1).

Il y a une autre utilité à ce que l’on descende du niveau de Yom tov à celui de ‘Hol hamo’ed : par cela, nous pouvons élever des âmes abaissées, pour lesquelles la sainteté de Yom tov est trop élevée. C’est précisément parce que ‘Hol hamo’ed est plus proche des choses profanes que ces âmes pourront s’élever, par ces jours, et grâce aux mitsvot que nous y accomplissons, telles que : l’étude de la Torah, la joie de la fête, l’attachement à ses amis et la charité (tsédaqa). On trouve une allusion à cela dans le fait que le travail qu’il est permis d’accomplir alors fait référence à notre rôle spirituel durant ces jours : à ‘Hol hamo’ed, il est permis d’accomplir un travail qui, si on ne le faisait maintenant, serait perdu (dvar haaved[a]) ; cela fait allusion au fait que ces jours sont destinés à élever les âmes perdues. De même, il est permis de travailler pour les besoins de la fête[b] ; cela fait allusion au fait que, par le biais de ces jours, nous pouvons comprendre la signification des fêtes, et grâce à cela, mériter d’intégrer leur grande lumière, le dernier jour de Yom tov (ibid. 3, 4 et 6 ; 4, 3 et 6).

Les jours de ‘Hol hamo’ed ont encore un autre propos : puisqu’ils possèdent une facette profane, c’est par eux que la sainteté est attirée et se dévoile au sein des jours ordinaires. Il faut en effet savoir que, plus un jour est sanctifié, plus l’influence divine y est connaissable ; dès lors, l’interdit de travailler y est plus grave. À l’inverse, plus on s’éloigne de l’influence divine, plus on doit faire d’effort et s’assujettir à un dur labeur, pour les besoins de sa subsistance, selon ce qui nous advint à la suite de la faute d’Adam. Notre rôle est de révéler la parole de l’Éternel en toute l’œuvre de nos mains ; grâce à cela, par un processus graduel, nous nous libérerons du joug du rude travail pour notre subsistance, et nous mériterons que tout notre travail soit fait au nom du Ciel, dans la tranquillité et la joie (cf. ci-dessus, chap. 3 § 1).

Le Chabbat est le fondement de la sainteté temporelle ; sa sainteté est permanente et se maintient depuis les six jours de la Création. Aussi est-il interdit d’y faire la moindre mélakha. À partir de la sainteté du Chabbat, Israël a reçu ordre de distiller la sainteté en toutes les fêtes, et jusqu’aux jours ouvrables. Dans un premier temps, la sainteté se propage aux jours de Yom tov, qui sont, en eux-mêmes, des jours ouvrables, mais qui ont été consacrés par Israël et sont devenus des jours saints (comme nous l’avons vu au chap. 1 § 3). Et puisque ces jours ont été sanctifiés par le biais d’Israël, il est permis d’y faire les mélakhot nécessaires à l’alimentation d’Israël. Toutefois, les jours profanes restent éloignés de la sainteté ; c’est pourquoi Dieu nous a donné les jours de ‘Hol hamo’ed, qui sont des jours intermédiaires : certains travaux y sont permis, certains autres y sont interdits. Par ces travaux, accomplis pendant la fête de manière permise et au nom du Ciel, la sainteté se propage en tous les travaux que nous devons accomplir aux jours ouvrables, durant l’année. Tel est le fondement de la réparation (tiqoun) du monde : que le labeur nécessaire à la subsistance soit lui-même accompli au nom du Ciel, afin d’amender le monde, de l’améliorer, de multiplier la tsédaqa et de fixer des temps pour l’étude de la Torah. Par cela, nous amendons les trente-neuf mélakhot, afin qu’il n’y reste plus trace de faute ni de malédiction, lesquelles conduisent l’homme à s’asservir à la matérialité ; ces mélakhot se voient au contraire consacrées à l’érection du tabernacle et du Temple, destiné à ce que la Présence divine repose sur  le monde (Liqouté Halakhot, ‘Hol hamo’ed 4, 8).


[a]. Cf. ci-après, chap. 12 § 2 s.

[b]. Cf. chap. 11 § 7-8.

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