04. Mélange contenant une céréale

Quand nous disions que, en cas de mélange d’aliments, nous allons d’après la majorité, nous visions les mélanges ordinaires. Mais si l’une des espèces constitutives du mélange est une des cinq céréales[c], la bénédiction de ce mélange est Mézonot. Par exemple, quand un gâteau contient de la farine d’une des cinq céréales, et quoique la majorité du mélange soit fait de sucre, d’œufs, de noix et de chocolat, la bénédiction est Mézonot. De même pour une pachtida de légumes à laquelle on a mêlé un peu de farine, afin d’en améliorer le goût : c’est la farine qui est principale, et l’on dit Mézonot sur la pachtida. Cela s’explique par le fait que les cinq céréales sont les aliments les plus importants, puisque c’est d’elles que l’on fait le pain et les gâteaux. Par conséquent, dès lors qu’il s’en trouve dans le mélange, c’est elles qui déterminent la bénédiction. La règle est la même pour une salade de nouilles et de chou : puisqu’un aliment à base de céréales fait partie de la salade, la bénédiction est Mézonot, même quand l’aliment céréalier est minoritaire.

Tout cela vaut à la condition que les céréales en question aient pour but de donner du goût à ce mets, ou de rassasier. Mais si le rôle des céréales est simplement de lier les ingrédients du mets (que celui-ci soit cuit à l’eau ou au four), les céréales sont l’accessoire des autres ingrédients, et n’ont donc pas la force de déterminer la bénédiction. Par conséquent, pour une pachtida de légumes à laquelle on a mêlé de la farine afin de donner du liant à l’ensemble, c’est Ha-adama que l’on récite (Choul‘han ‘Aroukh 208, 2-3). De même, quand, à une boulette de poisson ou de viande, est mélangée de la panure afin d’en accroître le volume et de l’attendrir, la panure est l’accessoire de la viande ou du poisson, et l’on dit Chéhakol sur la boulette (Avné Nézer, Ora‘h ‘Haïm 38)[5]. En cas de doute, chacun devra décider, selon son propre jugement, si le composant céréale est là pour donner du goût à la recette, ou a pour simple fonction de servir de liant (ou quelque autre utilité de ce genre).

On est parfois en présence d’un doute, quant au fait de savoir si tel plat que l’on a devant soi doit être considéré comme un seul et même aliment, composé de plusieurs ingrédients – de sorte que l’on devrait dire la bénédiction relative au principal, et couvrir par-là l’accessoire –, ou s’il s’agit de la réunion de plusieurs aliments, requérant chacun sa bénédiction spécifique. Prenons le cas d’un cholent[d] épais contenant de l’orge perlée, des saucisses à base de farine, parfois mêlée de viande (kichke), des morceaux de pommes de terre, des haricots et de la viande. Même si les kichke se sont effrités et dispersés dans l’ensemble du plat, un doute subsiste : le cholent doit-il être considéré comme un mélange unifié, dont la bénédiction est Mézonot ? ou bien faut-il dire que les morceaux de viande et de pommes de terre, parce qu’ils sont reconnaissables, sont considérés comme des aliments distincts, dont les bénédictions doivent être récitées ? Comme nous l’avons vu (§ 3), dans un tel cas, il faut d’abord réciter la bénédiction de chaque aliment séparément : Mézonot sur l’orge perlée, Ha-adama sur la pomme de terre et Chéhakol sur un morceau de viande ; après quoi on mangera le cholent en tant que mélange.

S’agissant de la bénédiction finale, si l’on a mangé un kazaït de céréales, on dira ‘Al hami‘hia. Quant aux autres aliments, s’ils étaient entièrement mêlés, au point que l’on n’a pas mangé, séparément, un kazaït de l’ensemble des ingrédients autres que Mézonot – pour la raison qu’il se trouvait une portion de l’aliment à base de céréales dans presque chaque cuillerée –, il est douteux que l’on doive dire sur eux Boré néfachot. Il se peut en effet qu’ils aient été couverts par la bénédiction dite sur les céréales. Mais si l’on en a mangé un kazaït séparément – c’est-à-dire que la somme de toutes les cuillerées d’aliments non mêlées de céréales forme un kazaït –, on dira Boré néfachot. De même, si les céréales que l’on a mangées ne formaient pas un kazaït, et que les autres ingrédients formaient en revanche un kazaït, on dira Boré néfachot, bien que tous les ingrédients fussent mêlés (‘Aroukh Hachoul‘han 212, 2).


[c]. Pour lesquelles la bénédiction finale est ‘Al hami‘hia.

[5]. La question de la berakha finale est expliquée ci-dessus, chapitre 10. En note 14, nous disions que, lorsqu’on a mangé un demi-kazaït d’aliment dont la bénédiction finale est Mé‘ein chaloch et un demi-kazaït d’aliment dont la bénédiction finale est Boré néfachot, on tient compte de l’opinion rigoureuse : les deux aliments ne s’associent pas l’un à l’autre pour créer l’obligation de dire Boré néfachot. En revanche, s’ils forment ensemble un même mets, qui n’est cependant pas entièrement mêlé comme le serait un mets homogène, et qu’ensemble ils fassent un kazaït, on dira Boré néfachot, quoique la majorité soit mézonot. C’est le cas, par exemple, d’un gâteau fourré, ou d’une salade de nouilles et de chou.

 

Pour un aliment homogène, dont les deux composants sont entièrement mêlés, la règle est différente : nous avons vu ci-dessus (chap. 10 § 9) que, dans un gâteau, tous les ingrédients sont assimilés à la farine, à condition que celle-ci représente au moins un huitième de l’ensemble. Si l’on en mange un kazaït, la bénédiction finale sera donc ‘Al hami‘hia. Dans le cas d’une pachtida, si la farine est majoritaire, on dit ‘Al hami‘hia sur un kazaït de l’ensemble. Si la farine n’est pas majoritaire, mais que l’on en ait mangé une part contenant, en pratique, un kazaït de céréales, ce dans le délai d’akhilat pras, on dira ‘Al hami‘hia ; mais si la part ne contenait pas un kazaït de céréales, c’est Boré néfachot que l’on récitera. Cf. l’explication de cette règle en Har‘havot, ad loc.

 

[d]. Plat traditionnel du Chabbat des communautés ashkénazes ; la version séfarade est la tafina ; les Israéliens parlent plus généralement de ‘hamin (« plat chaud »). Ce plat de haricots secs, de blé ou de pois chiches aux pommes de terre cuit lentement toute la nuit de Chabbat, sur un feu couvert ou sur une plaque électrique de Chabbat (plata).

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