04. Chéhé‘héyanou sur de menus vêtements, de petits cadeaux

La bénédiction Chéhé‘héyanou a été instituée pour des choses nouvelles qui réjouissent l’esprit de l’homme ; c’est le cas si l’on a acheté des vêtements, des ustensiles, des meubles ou des bijoux, ou si on les a reçus en tant que cadeaux. Mais pour la vie routinière, par exemple pour le salaire mensuel que l’on reçoit, on ne récite pas Chéhé‘héyanou, bien que la valeur de ce salaire soit très supérieure à celle d’un vêtement neuf. De même, pour la nourriture que l’on achète d’un jour à l’autre, quelque élevé que puisse être son prix, on s’abstient de dire Chéhé‘héyanou. On peut dire que, pour la vie ordinaire, les Sages ont institué les bénédictions régulières, que nous récitons dans le cadre des Birkot hacha‘har, de la prière journalière et des bénédictions de jouissance ; tandis que Chéhé‘héyanou a été instituée pour les choses porteuses de renouvellement et de joie.

Même pour un vêtement ordinaire – par exemple, une belle chemise –, quiconque en tire de la joie devra dire la bénédiction. Même si l’on possède de nombreuses chemises, mais que l’on en ait acheté une nouvelle, ou qu’on l’ait reçue comme cadeau et que l’on s’en réjouisse, on dira Chéhé‘héyanou. Même si l’on a acheté ou reçu en cadeau un vêtement d’occasion, on dira Chéhé‘héyanou s’il s’agit d’un vêtement qui honore celui qui le porte, et dont on se réjouit. La règle est la même pour des ustensiles de cuisine d’une certaine importance, des bijoux, etc. (Choul‘han ‘Aroukh 223, 3).

Les personnes fortunées ou insensibles, que l’achat d’un vêtement ordinaire ne réjouit pas, ne pourront certes pas prononcer la bénédiction à son propos. Comment ces personnes pourraient-elles dire « qui nous as fait vivre, nous as maintenus et nous as fait parvenir à cette époque », alors qu’elles n’éprouvent point de joie ? En revanche, pour un vêtement important, tel qu’un costume ou une robe luxueuse, propres à les réjouir quelque peu, elles diront la bénédiction. Quant à ceux que des vêtements de luxe eux-mêmes ne réjouissent pas du tout, ils auront perdu l’occasion de réciter la berakha (Radbaz ; Michna Beroura 223, 13).

Mais dans leur majorité, les gens se réjouissent de l’achat d’habits ordinaires, tels qu’une chemise, un pantalon, une belle cravate, une jupe, un petit talith (talith qatan), un joli chapeau ou un pyjama. Pour tout achat d’un tel vêtement, on remercie Dieu en récitant Chéhé‘héyanou. En revanche, pour l’achat de vêtements simples et bon marché, pour lesquels il n’est pas habituel de se réjouir – chaussettes, sous-vêtements, foulard ordinaire, t-shirt simple –, il n’y a pas lieu de dire Chéhé‘héyanou. Selon la majorité des décisionnaires, même une personne pauvre, qui éprouve beaucoup de joie à les acheter, s’abstiendra de dire la bénédiction ; car il ne convient pas de dire une bénédiction pour une chose infime, qui, aux yeux de la majorité des gens, n’est pas considérée comme réjouissante. Toutefois, la personne pauvre fera bien de remercier Dieu avec ses propres mots, ou de réciter la berakha sans mentionner le nom ni la royauté de Dieu.

En résumé, deux conditions sont requises pour dire la bénédiction Chéhé‘héyanou. 1) Que celui qui la récite éprouve de la joie, grâce au vêtement ou à l’ustensile nouveau. 2) Qu’il s’agisse d’un vêtement ou ustensile dont de nombreuses personnes, habituellement, se réjouiraient[4].


[4]. Selon le Roch, le Radbaz et le Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 223, 6, un pauvre qui se réjouit de l’acquisition de choses minimes récitera la berakha, puisque tout dépend de la joie individuelle. Cependant, il ressort de Tossephot (Berakhot 59b, ד »ה ור’ יוחנן) que l’on doit suivre « l’usage général » ; et puisque l’achat d’une chose infime n’est pas considéré comme réjouissant, il n’y a pas lieu de réciter de bénédiction à ce propos. C’est aussi l’opinion de la majorité des décisionnaires (Rabbi Aaron Halévi ; Teroumat Hadéchen ; Rema ; Levouch ; Séder Birkot Hanéhénin ; Peri Mégadim ; Ben Ich ‘Haï, Réeh 3 ; Michna Beroura 223, 24 ; ‘Hazon ‘Ovadia). Mais pour qui se réjouit de choses simples, il convient de réciter la bénédiction sans mentionner le nom ni la royauté de Dieu, que l’on méditera seulement en son for intérieur (Michna Beroura 223, 24 ; Kaf Ha‘haïm 223, 45).

On peut dire qu’un vêtement, un ustensile ou un bijou valant environ cinquante shekels dans les magasins ordinaires – ce qui correspond de nos jours (5774 / 2014) au prix d’une belle chemise – est déjà une chose dotée d’une certaine importance. Si donc l’acheteur (ou celui qui en reçoit le présent) s’en réjouit, il dira Chéhé‘héyanou. Si l’on a acheté un objet dont la valeur, dans les magasins ordinaires, est d’environ cinquante shekels, mais qu’on l’ait payé moins cher, parce qu’on l’a acheté par Internet ou au marché aux puces, on dira assurément la bénédiction, puisque la joie de l’acheteur sera double : elle portera sur l’objet réjouissant et sur son prix modeste.

Pour des chaussures, il était autrefois de coutume de ne pas réciter la bénédiction : à ce qu’il semble, elles n’avaient pas tant d’importance, puisqu’elles avaient pour seule destination d’empêcher que l’on se blessât aux pieds. Mais de nos jours, où l’on investit beaucoup de métier et d’efforts dans la confection des chaussures, de leur coloris etc., et où le consommateur y attache importance et valeur, il convient à celui qui se réjouit de leur achat de dire la berakha.

Livres

Série Pniné Halakha 9 volumes
Commandez maintenant
Pniné Halakha We use cookies to ensure the website functions properly and improve user experience. You can choose which types of cookies to enable.
Cookie Selection